PORTUGAL Le texte que nous publions ci-dessous a été adopté unanimement pas la dernière réunion du Comité central de la Liga Comunista Internacionalista (LCI : Ligue communiste internationaliste), organisation sympathisante de la IV° Internationale au Portugal. Cette résolution synthétise les développements de trois années de processus révolutionnaire au Portugal et s'attache à en tirer les lèçons, au moment où les travailleurs portugais sont en butte à une offensive conjointe des patrons, des propriétaires terriens et du gouvernement de Mario Soares qui, de plus en plus, fait droit aux exigences de retour à l'ordre de ces derniers. En 1974, le monde impérialiste fut sévèrement ébranlé : les dictatures grecque et portugaise se sont effondrées; la première récession économique généralisée depuis la 2ème guerre mondiale a éclaté, combinée avec une instabilité sociale croissante et la crise de direction politique dans les métropoles impérialistes, avec le renforcement du mouvement de masse dans des pays décisifs et la débandade de l'occupation yankee en Indochine. Le spectre de la révolution hantait l'Europe. Durant deux années, la révolution portugaise a concentré l'attention et les espoirs des travailleurs d'Europe ainsi que les préoccupations de la bourgeoisie internationale. De fait les expériences de lutte de la classe ouvrière portugaise représentaient l'expression la plus élevée d'une combinaison entre la montée de la révolution coloniale, d'une part - symbolisée par la victoire de la révolution cubaine, par la résistance victorieuse des masses indochinoises contre l'agression impérialiste et par la lutte de libération dans les colonies portugaises - et, d'autre part, Ta remontée révolutionnaire dans les Etats impérialistes, après les crises pré-révolutionnaires de mai 68 en France et de l'automne 69 en Italie. Pendant plusieurs années, la longue lutte armée des mouvements de libération a ébranlé le régime Salazar-Caetano, a ouvert une crise au sein de l'armée coloniale portugaise et a démontré l'inefficacité des solutions bourgeoises. En se conjuguant avec les premières luttes de masse du prolétariat portugais, elle a enclenché un processus de révolution permanente. En se généralisant rapidement à toute l'Afrique australe, cefte explosion fut aussi le signal d'une ascension prolongée des luttes prolétariennes au Portugal.
AU MOJONUS Trois ans après, le bilan des luttes des masses laborieuses donne une idée des conquêtes importantes qui ont déjà été arrachées : le mouvement ouvrier peut se structurer indépendamment du patronat et de son Etat; la classe ouvrière s'est donnée ses syndicats et a librement élu ses directions syndicales; elle s'est organisée de manière autonome dans ses commissions de travailleurs; elle a fait ses premières expériences de coordination pour centraliser le contrôle ouvrier sur le plan sectoriel et inter-sectoriel; elle a imposé les nationalisations et le démantèlement des grands groupes financiers; le contrôle ouvrier s'est étendu même aux secteurs dirigés par le capital impérialiste ou placés sous contrôle de l'Etat; pour la première fois, les soldats ont porté dans la rue leurs revendications de classe, l'exigence des droits démocratiques et le lien étroit avec les luttes des travailleurs; les initiatives des ouvriers agricoles et des petits paysans ont permis l'occupation des grands domaines et le lancement de la réforme agraire; les partis politiques se sont organisés légalement; les droits démocratiques de grève, de manifestation et d'organisation ont été imposés. Trois ans après, le prolétariat portugais concentre son expérience, sa capacité d'organisation et sa volonté de lutte pour faire front à la politique d'austérité, de récupération capitaliste, pour rejeter le Pacte social par lequel on veut lui faire accepter les traditionnels "sacrifices" ", pour répondre aux tentatives successives de reconstruction de l'appareil d'Etat fondées sur l'intervention croissante d'un Président de la République qui demande tous les pouvoirs. Les luttes doivent aujourd'hui prendre en charge les aspirations des travailleurs et répondre à la combativité des centaines de milliers de travailleurs qui se sont mobilisés isolément et sans succès alors que leurs directions mettaient leur signature au bas du Pacte social en acceptant le principe d'augmentations de salaires inférieures à 15%. Dans les syndicats, il faut imposer des directions combatives. Des partis ouvriers il faut exiger qu'ils prennent leurs responsabilités. Telles sont les conditions pour que la révolution portugaise réaffirme sa force. Il existe actuellement de nouvelles possibilités pour le développement de ce combat : le contexte européen rend difficile le succès de manœuvres contre-révolutionnaires de l'impérialisme, la montée de la révolution dans l'Etat espagnol crée des difficultés supplémentaires à la bourgeoisie internationale; ceci permet que la prochaine phase de la révolution portugai-
PORTUGAL se se synchronise plus directement avec le mûrissement de situations pré-révolutionnaires en France, en Italie et en Espagne. Voilà la chance historique que nous ne pouvons laisser passer. | bourgeoise a été la preuve de son impréparation à répon- Pendant un an et demi, la crise politique de direction dre à la montée du mouvement de masse. En l'absence de partis bourgeois structurés (conséquence du processus de décomposition du régime salazariste), depuis le début, le MFA n'a pu jouer aucun rôle comme alternative solide de pouvoir. Mouvement de caste nourri par le mécontentement contre la guerre coloniale, le mouvement des capitaines ne pouvait d'aucune façon constituer l'instrument du projet de Spinola ou de la bourgeoisie internationale : dès sa création, ce mouvement fut un mouvement petit-bourgeois, sujet aux pressions de la lutte des classes. En occupant le vide du pouvoir, il a dramatiquement intensifié ces pressions qui l'ont pénétré, l'ont divisé et enfin l'ont brisé. Mais simultanément - avec l'aval soit du PCP, soit du PS - il a fourvoyé les luttes du mouvement ouvrier vers les illusions et les compromis qui ont empêché le combat d'avancer qualitativement et de se transformer, de contestation généralisée de la société bourgeoise, en lutte organisée pour son renversement. La faillite du projet spinoliste, basé sur le renforcement de l'autorité présidentielle pour négocier des solutions néo-coloniales et la restriction des droits démocratiques, a rapidement confirmé cette situation. Elle a contribué à diminuer la marge de manœuvre de la hiérarchie militaire et à intensifier la combativité du mouvement ouvrier, renforcé par le succès de ses initiatives autonomes. La division des partis bourgeois, en les paralysant encore davantage, rendait difficilement crédibles. les prétentions de Sa Carneiro (PPD) et de Freitas do Amaral (CDS). Né d'une fraction de l'ancien régime, le Centre démocratique et social (CDS), en dépit de son initiative de créer la Confédération des industriels portugais (CIP) et la Confédération des agriculteurs du Portugal (CAP), ne pouvait constituer une alternative politique. Le Parti populaire démocratique (PPD), regroupant la majorité des caciques locaux et des notables bourgeois, n'a pas adopté une orientation propre et indépendante de la collaboration de classes à laquelle il était contraint en fonction de la situation de crise sociale. Les gouvernements provisoires successifs n'ont pu résoudre aucun problème social. Ils se sont limités à céder, ici ou là, aux pressions des masses, stimulant ainsi leur combativité et leur organisation indépendante (comme ce fut le cas avec la généralisation du contrôle ouvrier après les nationalisations), mais en tentant constamment d'entraver les luttes par leurs "batailles de la production". Le sabotage économique, le boycott international, la fuite des capitaux devenaient une réalité. De son côté, la révolution prenait forme avec la formation des Commissions de travailleurs, organes embryonnaires du pouvoir des travailleurs qui auraient dû leur permettre de faire face à la crise économique avec un programme de lutte, avec une alternative ouvrière, avec un projet de reconstruction socialiste de l'économie portugaise. Pendant deux ans, l'évolution de la lutte des classes au Portugal fut marquée par le choc entre les luttes de masse qui mettaient à l'ordre du jour la centralisation de ce pouvoir alternatif naissant et les tentatives de reconstruction de l'appareil d'Etat qui s'y opposaient. Il livrer : ce jour-là, malgré les appels systématiques du MFA Le 25 avril est le meilleur symbole de la lutte qui allait se aux travailleurs à rester chez eux, les masses sont descendues dans la rue; elles se sont mises en chasse des agents de la PIDE, elles ont porté leurs revendications démocratiques à un niveau qui mettait en cause la domination de cette bourgeoisie des Melo et des Champalimaud (1), si fragile par rapport aux autres bourgeo isies impérialistes d'Europe et d'Amérique, mais si féroce à l'égard de ses propres esclaves salariés au Portugal et dans les colonies. La crise politique et économique couronnait la défaite militaire de l'empire. Prise au dépourvu, la bourgeoisie portugaise fit ce que ne fait déjà plus sa collègue espagnole : bévue sur bévue. Les brutales tentatives de mettre un frein à la désagragation de l'appareil d'Etat lui firent commettre les pires erreurs : le coup avorté du 28 septembre 1974 visait à repousser les élections à l'Assemblée constituante, qui concentraient les aspirations démocratiques des masses; le coup également failli du 11 mars 1975 était destiné à rétablir l'autorité militaire par une limitation stricte de tous les droits démocratiques. Toutes ces tentatives démontraient que la préoccupation essentielle de la bourgeoisie restait toujours la reconstruction de l'autorité et de la domination de son Etat. Elles prouvaient aussi qu'un tel projet impliquait nécessairement la restriction de tous les droits démocratiques déjà imposés par les travailleurs. Le mouvement des masses laborieuses, en dépit de ses faiblesses, a montré que la révolution portugaise serait sociale et socialiste ou ne serait pas. Elle ne pouvaitêtre limitée, au contraire de ce que prétendait la direction stalinienne, à une simple démocratisation formelle de l'appareil d'Etat bourgeois. Les Commissions de travailleurs élues dans les entreprises, les occupations de terres et d'usines, les commissions d'habitants (moradores), les revendications de nationalisations et la révolte croissante des soldats créaient une dynamique différente qui mettait en cause les fondements de la propriété privée et exigeait l'autogestion de la société par les producteurs eux-mêmes. En ce sens, la révolution portugaise a renouvelé les traditions révolutionnaires de 1917 en Russie, de 1918-1920 en Allemagne et en Autriche, de 34-37 en France et en Espagne.
Mais il fallait encore faire un saut qualitatif et décisif sur le terrain où la bourgeoisie se sentait à juste titre le plus faible mais où elle parvint à rétablir son équilibre : le pouvoir d'Etat. A la résistance tenace de la bourgeoisie ne s'opposa pas un front unique couronnant les revendications partielles et dispersées des organes embryonnaires de dualité de pouvoir d'une réponse politique centrale, permettant la naissance d'un autre pouvoir capable de défendre un programme de lutte et un projet d'organisation socialiste de la société; il fallait détruire l'appareil bureaucratique et du militarisme bourgeo is. La bourgeoisie quelle qu'ait été sa faiblesse momentanée, a vite riposté : le boycott, l'encerclement économique de la révolution ont encore aggravé la crise du pays.
Il manquait une direction révolutionnaire. Les réformistes, largement majoritaires dans la classe ouvrière, ont fait tout leur possible pour contrôler le mouvement des masses. Le PCP voulait en rester aux mesures économiques prises par le gouvernement jusque vers le 11 mars et maintenir le mouvement à la remorque du MFA et du Conseil de la Révolution. Mais ces mesures gouvernementales donnaient naissance à une économie paralytique qui ne rompait pas ses liens avec le capitalisme mais qui ne satisfaisait pas non plus les patrons. Quant au MFA, il était déjà divisé en fractions, ce qui lui interdisait de jouer son rôle. La majorité des officiers défendait les intérêts de la bourgeoisie, en raison de leur éducation dans les guerres coloniales, des stages de l'OTAN, du mode de sélection de l'appareil militaire lui-même. Toute la structure de l'armée défendait la société bourgeoise. La structure du MFA n'a donc jamais cessé d'être un mélange du militarisme bourgeois classique et des organismes créés pour contenir le mouvement des soldats surgi dans les forces armées. En conséquence, le développement autonome des organes démocratiques des soldats se heurta à la structure du MFA. Cette confrontation atteint son paroxysme dans des luttes d'envergure nationale comme l'occupation du CICAP (Centre d'instruction des conducteurs automobiles de Porto) et s'est soldée par la victoire de la hiérarchie militariste commandée par Eanes, le 25 novembre 1975.
Le bilan des gouvernements provisoires au sein desquels le PCP et le PS ont cherché à concrétiser leur politique, bilan de l'orientation de ces deux partis réformistes majoritaires est celui d'un faillite complète, d'une trahison systématique des espoirs que des millions de travailleurs ont déposé en eux. En acceptant l'autorité des gouvernants, des assemblées du MFA, du COPCON ou du Conseil de la Révolution, en négociant directement pendant 18 mois avec le PPD, les partis réformistes n'ont fait que poursuivre la politique qui les avait déjà conduits à accepter les diktats de Spinola. Par le premier Pacte qui donnait le pouvoir au MFA, les réformistes répondaient à la montée du mouvement de masse consécutif à la provocation du 11 mars; avec le second Pacte, négocié cette fois sous l'intervention directe de Mario Soares, ils acceptaient le pouvoir d'Eanes et soumettaient la constitution au futur président militaire, bien qu'ils aient été majoritairement élus, ce qui révélait que le pays voulait changer de politique et avancer vers le socialisme. Aujourd'hui, le troisième Pacte, le "Pacte social" dit plus franchement qu'il veut garantir la récupération capitaliste par des restrictions à la consommation intérieure et par les sacrifices des travailleurs, le renforcement du pouvoir patronal par l'intervention et les décrets gouvernementaux. Le gouvernement promet du travail, mais le résultat c'est 700 000 chômeurs, dont 200 000 jeunes qui ne parviennent pas à trouver un premier emploi; c'est un système absurde qui coûte en moyenne 4 millions d'escudos (2) pour créer un emploi. Le gouvernement promet de contrôler le marché, mais la spéculation se généralise de nouveau, les prix grimpent avec chaque décret gouvernemental. •La crise économique du capitalisme a été puissamment aggravée par la politique des gouvernements provisoires; il est pourtant certain que le gouvernement de Soares, en tentant de résoudre la crise au profit des capitalistes, n'a fait que lui ajouter de nouvelles contradictions. En contre-partie, trois ans de luttes intenses ont prouvé qu'un programme alternatif était possible : un plan économique d'urgence discuté par les travailleurs dans leurs organisations de classe, adopté par eux sans ingérence des technocrates et des ministres du patronat, un plan de généralisation des occupations, des nationalisations et du contrôle ouvrier, d'imposition du monopole du commerce extérieur et de création d'une Banque centrale unique. Mais, en se soumettant aux exigences de la collaboration de classes, ni le PCP ni le PS n'étaient disposés à suivre une telle politique de défense des travailleurs. Elus majoritairement par trois fois, disposant d'une majorité écrasante dans toutes les principales régions du pays, les dirigeants du PCP et du PS ont préféré contenir les luttes des travailleurs, empêcher leur centralisation, diviser les syndicats et s'opposer à la démocratie en leur sein. Ils ont préféré se mettre à la remorque du projet bourgeois de renforcement de l'appareil d'Etat fondé sur l'autorité d'un président élu, d'un militaire dont le programme est d'attaquer les conquêtes des travailleurs. C'est dans ce contexte que le gouvernement plusieurs fois remodelé de Mario Soares attaque les conquêtes des travailleurs (lois sur les licenciements, sur la durée du travail, sur l'augmentation des salaires limitée à 15%, mise en cause de la réforme agraire avec l'appui de la gendarmerie (GNR) et des commandos de Jaime Neves). Il tente de résoudre la crise par l'intermédiaire d'appuis externes, qui sont pourtant très limités, d'une politique résolument inflationniste, d'une intervention accrue de l'Etat pour concrétiser cette politique. L'accord conclu entre le PS et le PPD, qui définit les secteurs publics et privés, révèle qui sont les alliés d'une telle politique. L'inclusion de ministres ex-PPD au gouvernement, sur instruction d'Eanes, montre qui va appliquer cette politique. Face à une telle offensive, la réponse possible et nécessaire des travailleurs ne peut surgir que du refus de cette politique de capitulation : elle ne peut se développer que si les luttes contre le patronat sont centralisées, que si les revendications unifiantes comme le refus des décrets gouvernementaux, comme la publication immédiate des contrats collectifs de travail (CCT), comme l'échelle mobile des salaires, comme celle mise en avant par les travailleurs de la fonction publique d'une augmentation de 2000 escudos pour tous, sont reprises comme objectifs de notre lutte.
L'histoire de ces trois dernières années est l'histoire des mobilisations des travailleurs. Par la création de ses propres organes de lutte, par les courageuses mobilisations qui mirent en déroute les tentatives de putsch des 28 septembre 74 et 11 mars 75, la politique de Spinola et les premières offensives patronales, la révolution portugaise a enrichi l'expérience des combats du prolétariat européen. Avec les erreurs et avec toutes les leçons à en tirer, le contrôle ouvrier, les occupations de terres et de maisons, l'extension des luttes, les grands débats dans le mouvement syndical constituent des points de départ pour les luttes actuelles. Aujourd'hui de nouvelles confrontations se préparent. La bourgeoisie et l'impérialisme ont appris de leurs premières défaites.
PORTUGAL Ils lancent une offensive mieux planifiée, grâce à la collaboration que le PS et le PCP leur ont offerte. Ils s'appuient sur l'isolement des luttes, ils espèrent que les décisions gouvernementales condamnent les travailleurs à voir leur pouvoir d'achat continuellement baisser; ils interviennent, par le bras d'Eanes et de la hiérarchie militariste, dans les affaires du gouvernement et dans toutes les décisions politiques. La victoire de la révolution portugaise et son avenir dépendent de ces batailles qu'il faut livrer, jour après jour, pour centraliser toute la force de la classe ouvrière et défaire les plans de la bourgeoisie. Il faut une plate-forme d'unité ouvrière pour réaliser ces objectifs. Dans cette perspective, la Ligue communiste internationaliste défendra devant tous les travailleurs les cinq points suivants qui résument l'alternative politique qu'elle présente :
Contre l'austérité capitaliste et les Pactes sociaux, les travailleurs doivent refuser toutes les combinaisons de concessions et de capitulation face au patronat. Il faut rejeter la législation antiouvrière, discuter dans nos organisations d'un plan économique d'urgence pour sauver les conquêtes des travailleurs et exiger que le gouvernement de Mario Soares s'y conforme, comme le lui ont clairement demandé les travailleurs. Mais la seule riposte décisive qui fera reculer le patronat et empêchera le gouvernement de nous imposer ses décrets de misère ce sera la centralisation nationale des luttes, l'organisation d'une journée nationale pour des contrats comportant la clause d'échelle mobile des salaires, préparée par la solidarité active avec toutes les luttes ouvrières, par la discussion organisée dans tous les secteurs et entreprises, et menée à bien par la CG TP-Intersyndicale (Confédération générale des travailleurs portugais) nationale et par toutes les directions syndicales.
Contre le pouvoir d'Eanes et de la hiérarchie militaire, les 2 travailleurs doivent organiser la défense de leurs grèves et la solidarité avec les travailleurs agricoles attaqués par la GNR et l'armée. Ils doivent exiger de leurs directions qu'elles forment le gouvernement et rompent avec l'autorité du Président et de ses hommes de main. La lutte contre ce pouvoir contrôlé par personne fait partie intégrante de la défense des droits démocratiques que nous avons conquis dans la lutte et qui nous permettent de dire que les travailleurs n'hésitent pas à exiger qu'ils puissent décider eux-mêmes de leur destin et de toutes les grandes options politiques, économiques et sociales du pays. 3 Pour l'organisation de nos luttes par des syndicats de combat anticapitalistes. Une fois de plus les rassemblements du ler mai ne seront pas organisés de façon unitaire par tous les syndicats. La division des travailleurs bloque une réponse massive de la classe ouvrière et offre le flanc à la droite. Il faut que s'établisse dans les syndicats une pratique démocratique, que soient reconnues les tendances qui s'y expriment, que les travailleurs contrôlent leurs directions et puissent exiger d'elles l'application d'un programme de lutte et empêcher que les directions syndicales n'acceptent le Pacte social, les décrets ministériels ou les contrats qui ne font pas droit à nos revendications. La LCI luttera dans les syndicats pour que tous les travailleurs qui s'opposent au Pacte social commencent à s'organiser pour défendre un programme de lutte anticapitaliste, pour que le ler mai soir une puissante démonstration d'unité et de volonté de battre l'austérité. 4 Pour le combat contre la politique antipopulaire du gouvernement. Actuellement, le gouvernement porte des coups systématiques aux conquêtes des masses, que ce soit dans le domaine de la réforme agraire, dans les entreprises et les syndicats, dans les quartiers, contre les droits de la jeunesse. Aucun combat ne peut être victorieux s'il ne s'oppose pas avec détermination à ce front unique de la bourgeoisie, qui commence par les pétitions de l'Eglise contre le droit à l'avortement, se poursuit dans les tentatives de renforcer la sélection capitaliste à l'école, et se conclut dans l'intimidation des luttes ouvrières par la police du capital. La LCI défendra la mobilisation active et l'organisation de tous ces secteurs, frappés par la crise sociale et faisant partie intégrante de la riposte de masse à l'austérité et à la politique antiouvrière.
Pour un gouvernement du PS et du PCP sans capitalistes ni généraux, fondé sur la majorité à l'Assemblée de la République et contrôlé par les travailleurs. Quand Mario Soares dit que les mesures capitalistes de son gouvernement sont la dernière chance avant le Chili; quand Alvaro Cunhal se dit prêt à accepter un gouvernement présidé par un militaire et à négocier le Pacte social (si tant est qu'il ne l'ait pas déjà accepté), ce sont des milliers de travailleurs qui sont trahis ! En votant pour ces partis, ils ont exigé d'eux qu'ils luttent contre la bourgeoisie; en les soutenant ils croyaient trouver une voie vers le socialisme. La LCI luttera aux côtés de tous les travailleurs pour exiger avec eux que leurs directions rompent avec la bourgeoisie, pour qu'ils défendent les revendications dés travailleurs à l'Assemblée de la République, pour qu'ils forment un gouvernement qui s'appuie sur les mobilisations des travailleurs. Avec ce programme immédiat, il est possible de vaincre la droite, de renforcer les luttes des travailleurs et de les mener à la victoire. C'est le drapeau de notre lutte. C'est le combat de notre classe. Le Comité central de la LCI (organisation de la IVème Internationale au Portugal). NOTES (1) Deux des familles à la tête des plus grands groupes financiers portugais. (2) Environ 510000 francs français.