Autour d'Hai
la politique
de Washing
Dick ROBERTS
Alors que la radio annonçait qu'une nouvelle fuite de produits radioactifs s'était produite le 30 mars à la Centrale de Three Mile Island, le secrétaire à l"Energie, l'Energie, James Schlesinger, présentait à Washington le point de vue de l'administration Carter sur l'énergie nucléaire devant une commission du Congrès.
L'énergie nucléaire «continue à être un élément essentiel» dans la politique de la nation pour l'indépendance énergétique, a déclaré Schlesinger. « Historiquement», a-t-il dit, le «dossier» du nucléaire est «excellent» et les risques dans les réacteurs à eau légère, comme celui de Three
Mile Island, sont «relativement risburg :
energétique
Ion négligeables» comparés à ceux des centrales alimentées par le charbon et le pétrole.
Il est évident que juste avant le désastre de Three Mile Island, l'administration Carter se préparait à lancer une offensive importante en faveur de la production d'énergie nucléaire. Le prétexte devait en être la crainte de la nouvelle «crise de l'énergie» que Washington avait essayé de provoquer autour de la révolution iranienne. Les principaux articles de la presse d'affaires soulignaient la nécessité d'une telle campagne.
«Les lumières de l'industrie nucléaire US s'éteignent une à une», se plaignait le magazine
Business Week, dans un rapport spécial du 25 décembre. «Les commandes de réacteurs ont diminué, 1973 à O cette année».
Le magazine Fortune a commencé une série d'articles titrant par exemple : «Il est temps de terminer la guerre sainte contre l'énergie nucléaire». «Aujourd'hui», dit Fortune, «les Etatsde leur énergie électrique de 72 centrales nucléaires. C'est déjà suffisant pour faire une différence vitale lorsque la fourniture de • petrole etranger est reduite ou lorsque les mineurs entreprennent une grève de longue durée». LE PLAN CARTER
Depuis le début, l'administration Carter a essayé de laminer l'opposition grandissante l'énergie nucléaire. La nomination de James Schlesinger a ré vélé la position de la Blanche. Schlesinger a d'abord été à la tête de la Commission de l'Energie nucléaire, secrétaire à la Défense, et de tout temps un avocat déclaré de l'énergie nucléaire.
Dans son premier discours important lénergie, avril 1977, Carter a carrément donné le feu vert à la production d'énergie nucléaire : «Nous devons... augmenter notre capacité de production d'uranium enrichi combustible pour les centrales nucléaires à eau légère», a-t-il dit.
«Nous devons aussi réformer la procédure d'implantation des centrales», continua Carter. Et de se plaindre : «Cela ne devrait pas prendre dix ans pour autoriser l'implantation d'une centrale.» «Réformer» signifie rendre plus difficile, au cours de la procédure d'autorisation, la possibilité de poser des questions sur la sécurité et risques pour l'environne-
L'intérêt de Washington pour l'énergie nucléaire naît des besoins, à la fois militaires et économiques, du capitalisme américain. C'est la production d'armes atomiques qui a donné au départ sa force à l'énergie nucléaire. Le programme «des atomes pour la paix» fut lancé par la Commission à l'Energie atomique (Atomic Energy Commission - AEC) nouvellement fondée, au début des années 50, pour promouvoir le développement nucléaire.
Son nom même trahit un de ses buts : la production d'énergie nucléaire pouvait aider à détourner l'attention de la production ininterrompue d'armes nucléaires pour l'arsenal de mort du Pentagone. LE SECRET
Le gouvernement, les entreprises qui fabriquaient ies réacteurs nucléaires vices publics conspirèrent pour cacher les dangers de la production nucléaire.
Alors que Schlesinger dirigeait l'AEC, par exemple, en 1971-1973, une enquête les problèmes de sécurité dans les réacteurs nucléaires a été réalisée. «Le grand nombre d'incidents dans les réacteurs, et le fait que beaucoup d'entre eux ne sont pas négligeables du point de vue de la sécurité, ... soulève un problème important, par rapport aux examens et aux inspections couramment pratiqués à la fois par l'industrie nucléaire et par l'AEC.» L'AEC garda ce rapport secret. Il apparut au grand jour, grâce aux efforts de l'Union des scientifiques touchés par les problèmes du nucléaire , en 1974.
Au cœur de ce processus, on trouve deux des principaux bastions du capitalisme industriel américain : Westinghouse et General Electric, les entreprises engagées depuis le début, avec l'AEC, dans le développement de la technologie nucléaire.
Depuis les années 1890, General Electric et Westinghouse sont les secteurs clés de l'empire financier de J.P. Morgan & Company. Ce puissant groupe bancaire, aujourd'hui concentré autour du Morgan Guaranty Trust, contrôle aussi AT&T, US Steel, et un grand nombre de compagnies ferroviaires. Il contrôle également une foule de compagnies productrices d'électricité.
Westinghouse et General Electric elles mêmes vendent les trois quarts des réacteurs produits dans le pays. Elles vendent réacteurs nucléaires l'étranger. Et elles contrôlent une part considérable de l'uranium nécessaire à la production nucléaire.
Les deux autres compagnies fabriquent des réacteurs nucléaires sont la Babcok and Wilcox division de J. Ray McDermott, et la Combustion Engineering. LES PROFITS
Ces monopoles entendent tirer d'immenses profits de la construction continue de centrales nucléaires. Aujourd'hui une unité de 1000 mégawatts coûte près de 1,5 milliards de dollars !
D'après Business Week, l'industrie «la plus prometteuse» et les prévisions du gouvernement pour la croissance de l'industrie nucléaire au cours de la prochaine décennie tablent sur 180 nouvelles centrales. Ce qui revaleur de 270 milliards de dollars !
Ce sont ces énormes vestissements et profits tentiels qui maintiennent la pression en ce qui concerne le développement de l'énergie nucléaire - et non le prétendu épuisement des combustibles fossiles aux Etats-Unis. En réalité, les Etats-Unis continentaux sont très riches en sources d'énergie, surtout en charbon et en gaz de la pénurie d'énergie a été proclamé à grand bruit pour aider Washington à lever le contrôle des prix sur le pétrole domestique et le gaz naturel. Les compagnies pétrolières ont délibérément réduit la production de pétrole aux USA, accumulant les stocks pour le jour où elles pourront le vendre sur le marché mondial à des prix non réglementés.
Tout en agitant le drapeau de «l'indépendance énergétique des Etats-Unis», les géants péaméricains recueillent des profits immenses de l'im-
portation de pétrole des producteurs de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Ces gnée de trusts pétroliers européens - contrôlent la distribution et la vente du pétrole de
Par leur manipulation de la distribution mondiale du pétrole, pendant les grèves des ouvriers du pétrole en Iran au cours du dernier trimestre 1978 - durant lesquelles ils créèrent la peur de la « pénurie » du pétrole, bien qu'à l'évidence aucune pénurie n'ait jamais existé -, les cinq principales compagnies pé-
US virent leurs profits s'accroître dans les proportions suivantes : Exxon jusqu'à 48%, Gulf : 45%, Mobil : 10%, Stanof California : 33%,
Les compagnies pétrolières ont une autre raison pour développer des importations massives en ce moment: elles veulent soutirer ce pétrole au Moyen-Orient avant que d'autres bouleversements révolutionnaires, comme en Iran, ne menacent de le soustraire à leur contrôle.
Quant aux réserves aux EtatsUnis, en 1974, le «Projet pour une politique de l'énergie» de la Fondation Ford, a calculé qu'il y avait 200 à 400 milliards de barils de pétrole encore non découverts, mais récupérables, aussi bien ordinaire que sous-marin, s'ajoutant à ce qui est déjà connu. Le chiffre ci-dessus dépasse toutes les réserves connues du Moyen-Orient.
Pour le gaz naturel, les chiffres de la Fondation Ford étaient beaucoup plus élevés : 1000 à 2000 trillions de pieds cubes (un mètre cube équivaut approximativement à 40 pieds cubes). La production actuelle de gaz naturel aux USA est inférieure à 1% des chiffres ci-dessus. LE CHARBON
De plus, il y a d'immenses réserves de charbon. En fait, les compagnies pétrolières mêmes ont acheté quelques-unes des plus grandes compagnies compagnies productrices d'uranium, pour étendre leur contrôle sur les ressources énergéti-
Aujourd'hui les compagnies pétrolières extraient 17% du charbon et 25% de l'uranium aux Etats-Unis. Les compagnies ferroviaires possèdent aussi de grandes quantités de charbon.
Les réserves de charbon sont énormes. Mais la classe dirigeante américaine refuse d'investir dans les équipements anti-pollution nécessaires pour transforrapidement le charbon en et dans l'amélioration du réseau ferroviaire nécessaire pour le transport du charbon.
Il y a beaucoup de gaz naturel et une quantité considérable de pétrole. Mais ces ressources sont gardées en réserve dans une plus ou moins grande selon que les compagnies s'efforcent de faire monter ou non les prix du gaz et du pétrole au delà des limites actuelles.
La pénurie organisée, les factures de combustible tant en flèche, l'insécurité pour les travailleurs pour le public dans son ensemble, et maintenant la dernière menace d'un désastre nucléaire - voici ce que le contrôle capitaliste de l'énergie nous apporte.
Il est temps que la production de l'énergie soit réorganisée du haut en bas - sous le contrôle des travailleurs, et non pour l'accroissement des profits