Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUROPE

A l'action immédiate pour la semaine de 35 heures !

Inprecor n° 52, 10 mai 1979 · p. 32-35 · 2 415 mots

Syndicalisme Allemagne France Grande-Bretagne

taliste a frappé de plein fouet l'emploi des travailleurs. Qu'on soit en phase de récession ou en phase de reprise, massif subsiste et augmente. Les capitalistes parlent de «restructuration» et «d'adaptation» de la production aux conditions du marché mondial». Mais, en pratique, cela signifie réductions d'emploi, des licenciements masfermetures cours ou annoncées pour

Il a actuellement millions de chômeurs officiellement recensés, rien que dans les pays impérialistes, sans tenir compte des pays dits du tiersmonde. Ce chiffre risque encore d'augmenter considérablement d'ici un an, avec la nouvelle récession qui pointe à l'horizon. Dans les pays du commun, les statistiques officielles du chômage admettent 6,5 millions de chômeurs. Mais tous les gouvernements geois ont mis au point une série de procédés afin de réduire les chiffres officiels du chômage. Le nombre réel des sans-emplois est bien plus élevé que ces chiffres-là. Il se situe vraisemblablement aux environs de 8 mi de chômeurs dans les pays de la Communauté nomique européenne.

Il est décidément plus facile d'éliminer des chômeurs et des

A l'action immédiate grés, des femmes, des jeunes et des vieux - des statistiques du chômage que de leur fournir de le chômage combattre

«nouvelles

«l'économie-mixte-dorénavantcontinuelles classe ouvrière.

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Quant aux patrons, leur part et de la part des syndicats - c'est-à-dire

Marché ration des revendications.

bouraprès chômage, période provoqué d'abord un leurs changement de

Ilions neuf

Patrons, écod'austérité par les ou pour se refuser à mener un combat

La crise de l'économie capi- chômeuses - surtout des immi- cette politique. «Priorité abgouvernements en place se sont avérés totalement incapables de

• fléau qui s'est abattu sur les travailleurs, malgré tous les grands serments sur capable-d'assurer-le-plein-emploi-et-l'expansion-constante-du -niveau-de-vie», mythe que les dirigeants des grandes organisations ouvrières ont gobé, eux aussi, et aidé à répandre dans la augmenter! voient pas sans déplaisir la montée du chômage. A leurs yeux, la crainte des travailleurs de perdre leur emploi pourrait être le début de plus de «sagesse» de d'une baisse de combativité et d'une modé-

La brusque réapparition du

June longue de plein emploi, a certain désarroi chez les salariés, que organisations de masse n'avaient guère préparés à ce conjoncture. gouvernements et bureaucraties ouvrières en ont profité pour faire avaler différentes variantes de politiques travailleurs, d'ensemble contre solue à l'emploi, même au prix some sempion, meme au pro de sacrifices sur les salaires», consigne qu'on a accepter par les travailleurs au cours des années 1976 et 1977. Mais les travailleurs ont le bilan. En échange des «pactes sociaux» (Italie, Espagne), de

«politique (Grande-Bretagne, Danemark), de la «modération des augmentations de salaires» (Allemagne, France, Belgique, Pays-Bas), le chômage n'a point disparu ou diminué. Il a même tendance à

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C'est donc un véritable jeu de dupes que la politique de collaboration de classe a imposé à la classe ouvrière et celle-ci a fini par s'en apercevoir. Aujourd'hui la colère gronde contre le chômage et la politique d'austérité en France, en GrandeBretagne, en Espagne. Elle monte en République fédérale, en Italie, au Portugal et ailleurs.

La courbe des luttes ouvrières, des grèves, des ripostes violentes à la crise capitaliste, un moment en recul, commence à remonter. En témoignent les des sidérurgistes de l'Est et du Nord, et celles des ouvriers de Caen, de Nantes, de Saint-Nazaire, de La Rochelle, de Saint-Etienne, en France; l'impressionnante grèves en Grande-Bretagne qui impose des augmentations de salaires de l'ordre de 15 à 20 %, crevant le «plafond des 5 %» que le gouvernement travailliste a voulu maintenir; la remontée non moins impressionnante des grèves en Espagne, se rapprochant du «record historique» du premier semestre de 1976; la grève prolongée des sidérurgistes de la Ruhr de décembre 1978-janvier 1979 : toutes ces explosions témoignent de la volonté des travailleurs de refuser les charges de la crise capitaliste que patronat et gouvernements cherchent à lui impo-

Il ne faut cependant pas se faire d'illusions. Dans le cadre du régime capitaliste, aucune mesure conservatoire limitée, aucun aménagement de la durée des congés ou de l'âge de la retraite, aucune réduction marginale de la durée du travail ne viendront à bout du chômage massif. Celui-ci se maintiendra et s'étendra s'il n'y a pas une réduction radicale et immédiate de la durée du travail, appliquée à toutes les professions en une fois, de l'ordre d'au moins 10%, vu le rythme actuel d'accroissement annuel de la productivité.

Seule l'introduction immédiate de la semaine des 35 heures, sans diminution du salaire hebdomadaire, avec embauche proportionnelle obligatoire et avec contrôle ouvrier sur les cadences, effectivement et rapidement remettre au travail les 8 millions de chômeurs du Marché commun. * Sans diminution des salaires : sinon, la réduction du pouvoir d'achat réduira les ventes, donc les commandes, donc la production - et les emplois de ce fait supprimés compenseront les emplois créés par la réduction de la semaine de travail. * Avec embauche proportionnelle obligatoire et contrôle ouvrier sur les cadences : sinon, les patrons s'arrangeront pour imposer la charge de la diminution des heures de travail sur le dos des travailleurs, par l'accélération des cadences, tionalisation» des procédés de travail, la surcharge des tâches - et les chômeurs resteront chô-

Il y a quelques années, seules des minorités d'avant-garde se sont battues en faveur des 35 heures. Mais la dure leçon de la crise a ouvert les yeux à des couches sans cesse plus larges de travailleurs syndiqués. Leur pression a été telle que tour à tour les deux confédérations syndicales belges, FGTB •et CSC, les deux confédérations syndicales françaises, CGT et

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CFDT, la confédération syndicale britannique, TUC, la confédération syndicale allemande, DGB, et le syndicat allemand

IG-Metall, syndicat italien des FIMM, la confédération syndicale danoise, LO, ont inserit la revendication des 35 heures

Belgique) dans leur programme officiel de revendi-

Certes, les bureaucraties syndicales n'ont souvent repris cette revendication que du bout des lèvres, pour la fragmenter (une heure de réduction de la semaine de travail... par an !), ce qui lui enlève toute efficacité comme arme contre le chômage, ou pour abandonner cyniquement. Ce tut le cas récemment des bureaucrates de l'IG-Metall à la fin de. la grève de la Ruhr, contre la volonté de la majorité absolue des grévistes de la sidérurgie qui s'étaient battus avec tant d'acharnement pour effectuer la première percée dans ce sens pour l'ensemble du prolétariat d'Europe.

Un des arguments principaux qu'ils utilisent pour justifier cette reticence, en opposition avec la volonté de leurs membres, c'est que l'introduction de la semaine de 35 heures dans un seul pays affaiblirait la «capacité concurrentielle» de «l'industrie nationale», ferait reculer «nos exportations» et supprimerait donc des emplois plutôt que d'en ajouter.

Cet argument est d'origine patronale. Comme les propositions dans le sens du protectionnisme, il cherche à diviser les travailleurs selon des lignes de répartition «nationales». oubliant que l'exemple de la classe ouvrière d'un pays réalisant un succès important contre le chômage - fléau reconnu par les travailleurs de tous les pays d'Europe comme le fléau principal - serait vite suivi par leurs frères et soeurs de classe de tous les pays voisins. L'histoire le confirme : les pays où la classe ouvrière avait la première conquis la semaine de 48 heures, puis la semaine de 40 guère sortis ruinés de l'expérience.

Mais l'argument se retourne contre ceux qui le propagent au sein du mouvement ouvrier, des lors qu'on pose la question : partisans de la «construction de l'Europe», soit partisans de «l Europe travailleurs». Qu'attendez-vous donc pour

A LIRE AUSSI DANS INPRECOR Articles sur la RFA 1. Les sidérurgistes pour les

35 heures, numéro 40, 14 décembre 1978. 2. Six semaines de grève dans la sidérurgie - premier bilan, numéro 40, 14 décembre

1978.

Articles sur la Grande-Bretagne défaites et à la veille d'une année électorale, de Brian

Grogan et de Rich Palser;

paru dans Inprecor no 22, du 17 février 1978. 2. Callaghan et Ford contre la ouvrière, de Brian paru dans Inprecor no 36, du 19 octobre 1978. 3. La dernière année du gouvernement Callaghan, de

Rich Palser;

paru dans Inprecor no 40, du 14 décembre 1978. 4. Le gouvernement travailliste passera-t-il l'hiver ? par

Brian Grogan; numéro 45,

15 février 1979. déclencher une action conjointe pour les 35 heures dans l'ensemble des pays du Marché commun ?

En fait, la nécessité d'une telle action conjointe est ressentie de manière si profonde parmi les syndiqués et la masse des travailleurs, que la CISL avait organisé, le 5 avril 1978, une action à l'échelle européenne pour les 35 heures. Mais il s'agissait d'un simulacre d'action : cinq minutes d'arrêt de travail, des manifestations après la fin de la semaine de travail et autres mesures dérisoires. Il faudra des actions autrement cidées pour venir à bout de la résistance patronale, qui s'annonce farouche.

Même les dirigeants ultraréformistes et partisans de collaboration de classe de la social-démocratie européenne ont inscrit les 35 heures tête de leur programme pour les élections européennes de juin 1979. La CGT française a décidé de sonder les organisations syndicales européennes en vue d'une «initiative commune» er faveur des 35 heures.

Mettons donc toutes ces organisations devant leurs responsabilités : la lutte contre chômage, les licenciements et les fermetures d'entreprises ne peut pas se limiter à de vagues promesses électorales ou à des «initiatives» de consultations et de négociations, qui risquent de rester sans lendemain.

A l'occasion de sa campagne internationale, dans tous pays d'Europe, autour des élections européennes, la IVe Internationale appelle tous les militants du mouvement ouvrier, tous les travailleurs et toutes les travailleuses tensifier l'agitation parmi leurs sein de leurs organisations de masse, en vue d'un accord immédiat d'unité d'action de tous les syndicats des pays du Marché commun pour déclencher une action rapide et de grande envergure, à l'échelle nationale et internationale, pour la semaine de 35 heures, sans réduction du salaire hebdomadaire, avec embauche proportionnelle obligatoire et avec contrôle ouvrier sur les cadences.

Le chômage ne reculera pas si nous n'arrachons pas rapidement, et d'un seul coup, les 35 heures !

A l'action pour les 35 heures !

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Interview de Moneta

Nous reproduisons ci-dessous une interview de Jakob Moneta, responsable de l'IG-Metall et membre de la section allemande de la IVe Internationale, sur la bataille pour les 35 heures dans les syndicats allemands. Cette interview a été réalisée par La Brèche, journal de la LMR en Suisse. Brièvement, quelle a été l'importance de la grève de la sidérurgie de décembre 1978/1979 dans la situation politique allemande ? Y a-t-il des changements ?

Je ne crois pas qu'on puisse parler de changements de fond dans le climat politique, mais il y a eu une polarisation verbale car la CDU s'est officiellement opposée aux 35 heures et s'est prononcée pour le maintien du principe du lock-out alors que le SPD soutenait en parole les 35 heures et s'opposait au lock-out. Les travailleurs n'ont-ils pas posé la question de l'utilité d'un gouvernement SPD en rapport avec leur lutte immédiate pour les 35 heures ?

Non, ils ne l'ont pas fait. Ils ont considéré la lutte pour les 35 heures comme une affaire syndicale et pas comme une affaire gouvernementale. Par ailleurs, les syndicats revendiquent depuis longtemps du gouvernement qu'il adapte à la réalité l'ordonnance sur le temps de travail, établie sous Hitler en 1938 et qui fixe toujours le temps de travail légal à 48 heures. La majorité de la classe ouvrière travaille en effet 40 heures, mais malgré toutes les promesses cette modification n'a pas été apportée. Quels ont été les objectifs immédiats des travailleurs quand ils ont suivi le mot d'ordre de grève pour les 35 heures ? Voulaient-ils simplement travailler moins ou bien poursuivaientils des objectifs plus fondamentaux ?

Dès qu'ils ont compris que la lutte pour les 35 heures était une lutte pour le maintien des postes de travail dans la sidérurgie, cela a été leur objectif essentiel. Ils ont suivi sur ce point l'exacte argumentation de leur dirigeant Loderer qui avait calculé que, jusqu'en 1985, un tiers environ des postes de travail de la sidérurgie seront éliminés. C'est cela qui a mis les travailleurs en mouvement et a donné à la lutte son caractère dur, surtout pour ceux qui étaient directement en grève.

Dans une série d'entreprises, les hommes de confiance du syndicat et partiellement même des conseils d'entreprises ont publiquement appelé à ne pas accepter le compromis parce que les 35 heures n'y étaient pas inscrites, pas même un pas dans ce sens. Ils ont expliqué que leur but n'avait pas été atteint, à savoir réduire le temps de travail hebdomadaire pour engager la lutte contre le chômage. C'est la raison de leur opposition. Ils ont exercé une réelle pression et je dois dire qu'ils n'abandonnent pas, même aujourd'hui, le combat. De l'étranger, on dirait que le SPD

Best un tout petit peu revenu sur ses positions fermement pro-bourgeoises, sur les Berufsverbote, etc. Est-ce à mettre en rapport avec les ruptures qui se dessinent, dans une certaine mesure, dans le mouvement syndical ?

Je n'y crois guère. Je pense plutôt que, sur les Berufsverbote, c'est à mettre en rapport avec l'activité de dizaines de milliers de gens en RFA, pas seulement des étudiants, coup de jeunes, avec les résultats du Tribunal Russel sur la RFA et la pression ou les remous que cela a suscité à l'étranger - tout cela a exercé une forte pression sur le SPD. On ne peut pas encore du tout affirmer que les Berufsverbote sont écartées, même après tout de que les pays régis par les sociaux-démocrates ont fait, mais il est certain qu'on peut percevoir un certain malaise dans certaines couches de la direction SPD Tu es militant de «Aktionskreis Leben» (Cercle d'action pour la vie, courant d'opposition au nucléaire dans les syndicats allemands). Existe-t-il la possibilité que le mouvement qui s'est engagé autour des 35 heures se combine avec ce courant, spécialement contre les installations prévues Gorleben ?

Aktionskreis Leben a lié depuis très longtemps la lutte pour les 35 heures et celle contre les centrales nucléaires. Car ceux qui défendent la construction de centrales ont toujours affirmé que cela servirait à défendre les postes de travail d'une part, en exportant centrales, comme en Argentine ou au Brésil, ou d'autre part parce qu'une partie des centrales et plus encore des industries de reconversion peuvent être orientées vers le plutonium et la fabrication de bombes atomiques. Aktionskreis Leben y a opposé la revendication des 35 heures pour défendre les postes de travail afin de contrer cette propagande que développent même certains nucléaires!

29 mars 1979

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