Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PAYS DE L'EST

Organisons la solidarité ouvrière avec les travailleurs des pays de l'Est

Inprecor n° 52, 10 mai 1979 · p. 36-39 · 2 264 mots

Europe de l'Est Syndicalisme France URSS et Russie

militaires d'Amérique latine ou le gouvernement d'Afrique du Sud peuvent recevoir en toute quiétude les protestations du mouvement ouvrier international : cela conforte leur point de vue que les syndicats du monde entier sont aux mains des « marxistes» qui les attaquent parce qu'ils restent les derniers remparts face au développement du communisme. Il en va tout autrement dans les Etats ouvriers bureaucratisés où le pouvoir aura des difficultés croissantes à

Pays de l'Est

Organisons la solidarité ouvriere avec les travailleurs des pays de l'Est digérer les attaques communistes et des syndicats.

Encore faut-il passer des déclarations de principes aux activités concrètes de solidarité, y compris avec les opposants soviétiques.

La solidarité ouvrière internationale envers les travailleurs d'URSS et des pays ironiqueappelés

«démocraties ment populaires » n'a que peu de traditions.

Elle est pourtant plus décisive que partout ailleurs. D'abord parce qu'étant

Sur les chantiers navals de Gdansk.

donna la dra distomation donné le degré d'atomisation de la société de ces pays - où tout est organisé pour empêcher toute initiative d'auto-organisation - il est très difficile de maintenir un rapport de forces face à la bureaucratie sans un appui extérieur au système. Cet appui international - qui peut être une question vitale au sens propre du terme, tous les opposants le recherchent et le plus souvent indistinctement de Carter aux PC eurocommunistes, en passant par le Pane. Cependant une minorité croissante s'oriente plus systématiquement vers le mouvement ouvrier occidental, pas tant, bien sur, en fonction de critères idéologiques, mais sur la base de l'expérience réalisée qui prouve : a. que le monde «libre» préfère aujourd'hui s'entendre avec la bureaucratie en place que d'encourager une contestation qu'il est loin de contrôler; b. que l'eurocommunisation des PC permet un début d'intervention de ces mêmes PC et des syndicats qu'ils dominent, intervention infiniment plus gênante me » de Carter.

Bien entendu cette intervention encore trop timide dépend des pressions antibureaucratiques venant de la peur salutaire du «socialisme réellement existant» qui se manifeste à la base des organisations ouvrières occidentales. Sur ce terrain, les militants marxistes révolutionnaires peuvent prendre des initiatives qui auront un gros impact ici comme là-bas. Il n'est pas exagéré de dire que dans

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A PRAGUE, RENCONTRE AVEC DES PORTE-PAROLE DE LA CHARTE 77

Extrait du Peuple, numéro 1039, du ler au 15 juin 1978 Interrogé, à son retour à Paris, par plusieurs journalistes à propos d'éventuels contacts avec des signataires de la «Charte 77» en Tchécoslovaquie, René Duhamel, Secrétaire de la CGT, a fait la déclaration suivante :

« En marge des travaux du IXe Congrès syndical mondial, une délégation du Bureau confédéral de la CGT, composée de Georges Séguy, André Allamy, Henri Krasucki, Jeanine Marest et moi-même, a rencontré une délégation du Conseil central des syndicats tchécoslovaques, conduite par son Président Karel Hoffmann.

Durant plus de deux heures, la délégation de la CGT a protesté contre la répression pour délit d'opinion qui frappe, en Tchécolovaquie, les signataires de la «Charte 77» sur les libertés, ceux qui la soutiennent ou tout simplement refusent de la condamner.

Elle a réclamé qu'il soit mis fin aux scandaleux « interdits professionnels» qui frappent ces mêmes personnes.

Par ailleurs, en accord avec la délégation de la CGT, j'ai eu la possibilité de m'entretenir longuement avec plusieurs porte-parole de la «Charte 77» : Karel Bartosek, historien (aujourd'hui ouvrier dans une station de pompage), Jiri Cutka, professeur d'histoire (aujourd'hui maçon), Thomas Urba, psychologue, Julius Tomin, philosophe (depuis trois ans au chômage), Prokop Voskovec, metteur en scène de théâtre et écrivain (aujourd'hui veilleur de nuit dans un hôtel), Marta Kubisova, chanteuse, Jan Moravec, metteur en scène de cinéma, Rudolph Slansky, ingénieur économiste, fils de l'ancien secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, pendu lors des grandes « purges» des années cinquante.

Ces personnes, de générations différentes, d'opinions ou croyances les plus diverses, toutes attachées à l'idée même du socialisme dans la liberté, ont fait devant moi la preuve de la réalité des mesures répressives pour délit d'opinion.

A partir d'exemples concrets, ils ont montré comment à la répression brutale se substitue (ou s'ajoute) une répression insidieuse qui vise à briser le moral des contestataires : refus d'embauche, licenciements successifs, enfants renvoyés de l'Université, ete.

Malgré ces mesures répressives les signataires de la «Charte » se refusent à émigrer comme on les y incite. Ils entendent lutter, sur place, pour le socialisme et la liberté.

Il est apparu nettement au cours de la discussion que certaines campagnes menées dans les pays occidentaux auxquelles s'associent volontiers des adversaires du socialisme, non seulement n'aident pas les signataires de la « Charte 77», mais portent prejudice a leur cause en dénaturant le véritable caractère de leur action.

En réponse à ces informations, j'ai cru devoir rappeler la condamnation par la CGT de l'intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en 1968, ainsi que ses positions fondamentales concernant les libertés et les droits de l'homme dans les pays socialistes.

J'ai fait connaître aux signataires de la «Charte 77» la récente déclaration de la CGT à propos des « interdits professionnels» en Tchécoslovaquie..

Je les ai assurés également que «toutes celles, tous ceux qui, quelque part dans le monde - où que ce soit - luttent pour le progrès social, la liberté ou la paix, peuvent compter sur la fidélité de la CGT aux grandes traditions de solidarité ouvrière internationale».

de toutes origines sociales, mais

Paris, le 2 mai 1978 une large mesure l'évolution politique de l'opposition dans les Etats ouvriers bureaucratisés sera déterminée par le degré d'implication du mouvement ouvrier international dans sa défense. Réciproquement, seule une défense en pratique des victimes de la répression stalinienne par les organisations ouvrières pourra convaincre la masse des travailleurs échaudés par l'expérience soviétique, que le socialisme implique la démocratie ouvrière.

En France, la CGT est restée à la FSM la seule centrale tant soit peu représentative du monde capitaliste, lui conférant par ce fait même encore l'apparence d'une fédération mondiale de syndicats. Mais il ne fait aucun doute que les déclarations orchestrées autour du dernier Congrès de la FSM à Prague (voir les encarts dans cet article), comme la Charte universelle des syndicats qu'elle y avait fait adopter de force (qui reconnaissait - y compris dans les pays dits « socialistes» -le droit de greve, la liberté de fonder des organisations syndicales indépendantes de l'Etat et du parti, l'interdiction de la discrimination dans le travail pour ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses, etc) permettent une activité « légale » des militants syndicaux français. Notons en passant que cete orientation nouvelle de la CGT publiquement affichée en 1977 (voir Le Peuple du ler au 15 octobre 1977, organe officiel de la CGT) n'a été que peu discutée dans les sections syndicales, ce qui tait qu'il est, pour une fois, très utile de disposer des prises de positions officielles de la CGT pour convaincre une base quelquefois réticente sur l'opportunité de s'engager à défendre des oppositionnels (voir entre autres Le Peuple du 1er au 15 juin 1978).

A chaque fois que c'est possible, cette activité de soutien doit aller plus loin que le vote de motions de protestation contre un cas connu de répression. Elle peut aller jusqu'à l'envoi de délégations dûment mandatées sur place pour y

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Nu

La CGT n'a jamais séparé la lutte pour la défense des revendications économiques et sociales de l'action pour le maintien de la paix, le développement de rapports internationaux permettant l'établissement d'un climat mondial de coopération entre les peuples.

La défense de la liberté, et de toutes les libertés, a toujours été au cœur de nos préoccupations.

On ne peut pas tolérer ce qui se passe au Chili où la junte militaire vient encore d'accentuer la répression anti-syndicale.

On ne peut pas tolérer les verdicts des procès en Tunisie au cours desquels les inculpés ont été privés de toute véritable défense.

On ne peut tolérer les brutalités policièresé les interventions des militaires. les

EN TUNISIE, EN TCHECOSLOVAQUIE

EN IRAN, ....ET AILLEURS

Extraits de l'Ingénieur métallurg méro 144, janvier 19 assassinats, les disparitions que ce soit en Iran, en Afrique du Sud, en Argentine ou ailleurs.

On ne peut pas tolérer que les droits et libertés des hommes et des femmes soient bafoués, que des pressions psychologiques soient exercées sur eux.

Aussi, il est normal que le

SNCIM s'associe aux différentes démarches et interventions de la CGT.

Parfois, en plus du caractère général de la répression, il y a celle qui touche particulièrement les ingénieurs et les cadres. C'est le cas d'un ingénieur tchèque, Petr Uhl.

La section SNCIM de la Régie Renault à Boulogne, alertée de cette affaire, a proposé à notre direction nationale d'intervenir.

iste 79

C'est le sens de la lettre ci-dessous :

Jaroslav Bubenik Comité d'entreprise du

Mouvement révolutionnaire des Syndicats ZV-ROH Entreprise POTRUBI -PRAHA NP Gorkeho Namesti - PRAHA 1

«Camarades,

Il a été porté à notre connaissance un cas de licenciement, celui de Petr Uhl, ingénieur à l'entreprise nationale Potrubi à Prague.

Ce licenciement nous préoccupe particulierement parce que, d'après les informations que nous avons, les motifs invoqués seraient que M. Petr Uhl ne satisfait pas aux exigences politico-morales demandées aux travailleurs de l'entreprise Potrubi, car il a signé «la soi-disant déclaration de la Charte 77».

Notre objectif est la défense des intérêts de tous les travailleurs, ce qui se traduit par

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notre position sur la question fondamentale des sanctions professionnelles sur une base politique :

* une société socialiste développée doit garantir des droits de l'homme très superieurs à ceux reconnus dans le régime capitaliste,

* l'expression d'une opinion opposee ou différente ne peut être considérée comme un délit, mais relève de la discussion et du débat politique,

* le droit élémentaire au travail n'est vraiment assuré que lorsqu'il garantit un accès égal aux professions et aux responsabilités à partir de critères de connaissances, de compétences clairement et conventionnellement établis, excluant tout abstraction.

Nous vous rappelons également que, lors du IXe Congrès de la FSM qui s'est tenu à Prague, il a été adopté la Déclaration universelle

Droits syndicaux qui proclame que nul ne doit pouvoir être lésé dans son travail du fait de ses opinions politiques et que le rôle des syndicats est de veiller au respect partout et par tous de ces droits syndicaux et non de souscrire à leur négation.

(...)

Dans l'attente de votre réponse, recevez, camarades, salutations syndicalistes ». discuter avec tel ou tel travauleur privé de son emploi, y discuter également avec le syndicat de l'entreprise qui a accepté le licenciement, bref, tisser un minimum liens vivants entre travailleurs d'une même branche des deux côtés du «rideau de fer». Bien entendu, l'envoi de délégations mandatées est certainement le plus efficace, mais même des contacts informels - qui peuvent de toutes façons être préalables à l'envoi de déléga-

Nous n'avons pas reçu, à ce jour, de réponse. Par contre, Petr Uhl nous a adressé la lettre suivante :

« Chers camarades,

J'ai bien reçu la copie de votre lettre du 5 septembre 1978 adressée à Jaroslav Bubenik, président du Comité d'entreprise du Mouvement révolutionnaire des Syndicats de l'entreprise nationale Potrubi Praha.

Votre lettre représente un grand appui moral pour moi et pour mes amis qui se trouvent dans une situation analogue à la mienne. Dans noles syndicats français- et la CGT tout d'abord -jouissent de la réputation de l'instrument des travailleurs qui défend leurs intérêts et qui, à la fois, applique les principes de la solidarité internationale des travailleurs.

Je suis pleinement d'accord avec tout ce que vous écrivez dans votre lettre; en ce qui nous concerne, nous essayons de mettre au jour les mêmes principes dans notre propre pays, surtout le principe d'un accès égal aux professions et aux responsabilités sans une aiscrimination quelconque. La Déclaration universelle des Droits syndicaux (publiée récemment, même en Tchécoslovanotre Constitution, nos lois, ainsi que les deux tions «officielles» - sont extrê mement importants.

Une telle activité est aujourd'hui possible parce qu'à la différence des années cinquantesoixante, on sait maintenant parfaitement qui s'adresser pour manifester son soutien au moins dans quatre pays (Tchécoslovaquie, Pologne, Roumanie et même URSS). Il serait quand même honteux pour le pactes internationaux sur les Droits de l'Homme (devenus partie intégrante de l'ordre de droit tchécoslovaque) représentent la base de notre activité. Mais les syndicats tchécoslovaques officiels ne font absolument rien dans ce sens, au contraire: ils prennent part à la discrimination politique dans l'emploi et dans la profession. Dans notre pays, les syndicats ne sont pas un instrument des travailleurs, mais un organisme bureaucratique. Il est dans l'intérêt des travailleurs de l'Europe occidentale de le démasquer et de dresser conception syndicats dans un système socialiste que celle qui est pratiquée dans les pays qui se disent socialistes aujourd'hui. Et je pense, selon votre lettre, que marchez par un chemin. Je me permets d'attirer votre attention sur les initiatives syndicales indépendantes - en URSS, en Pologne et, en perspective aussi, en Tchécoslovaquie - qui sont et seront une réponse naturelle à l'absence d'un mouvement syndical réel dans ces pays. Votre appui à ces initiatives serait un pas à la réhabilition d'un véritable internationalisme prolétarien.

(...)

Recevez, chers camarades, l'expression de mes salutations fraternelles et syndicales. mouvement ouvrier occidental que des listes de militants courageux qui ont osé donner leur nom et leur adresse ne circulent que pour le plus grand profit de la police politique. Rien qu'en Roumanie où la répression est l'une des plus terrible, le SLOMR (Syndicat libre des travailleurs de Roumanie - sindicatul liber al oamenilor din românia) revendique 1600 adhérents et vient de lancer un appel aux syndicats occidentaux (voir Rouge des 5 et 12 avril 1979).

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