C'est à la suite d'une proposition faite lors d'une assemblée des Commissions ouvrières (C.O.), alors illégales, à Madrid, de mettre en place une structure autonome qui regrouperait les femmes du syndicat et servirait d'instrument et de moyen de pression au sein de celui-ci pour défendre les revendications spécifiques des travailleuses que commença le débat sur la discrimination de la femme.
Cette proposition, présentée par l'aile gauche du syndicat, envisageait l'élection indépendante de femmes dans les organismes de direction afin de pallier à leur très faible présence jusqu'ici instances.
cette même époque qu'avaient lieu dans l'Etat premières réunions massives de femmes où, pour la première fois, on entendit des accusations contre le silence et l'oubli par le mouvement ouvrier de l'oppression de la femme. Un mouvement ouvrier qui venait de remporter une des batailles les plus importantes contre la dictature : les grèves générales de janvier 1976.
Le syndicat ne put ignorer ces accusations et la proposition eut un impact indubitable et, avant même que la direction des C.O. ait pris position, les premières réunions de femmes travailleuses eurent lieu. Dans ces réunions (illégales)
Espagne
Le mouvement
syndical
et la libération
des femmes
vèrent des dizaines de femmes (150) à Madrid, Valence, Barcelone.
Les travailleurs commencèrent ainsi à discuter des questions spécifiques de l'oppression et de la discrimination des femmes et du rôle que la lutte contre celles-ci devait occuper dans l'ensemble des préoccupations de la classe ouvrière, dans l'ensemble de la lutte des classes. Parallèlement, on commença à discuter de la nécessité ou non, pour le syndicat, de se doter d'une structure spécifique pour organiser les femmes et pour qu'il soit capable de remplir ses tâches envers cette moitié de la classe ouvrière : les femmes.
Parallèlement à la discussion se développèrent les premières expériences. Cette pratique dura presque deux années au cours desquelles les réunions de femmes gagnèrent plus de place dans le syndicat, jusqu'au premier Congrès des Commissions ouvrières. Toutes les régions et toutes les nationalités, en particulier les plus avancées, élaborèrent des programmes concernant les revendications spécifiques de la femme travailleuse ; ainsi les congrès locaux approuvèrent toutes les revendications importantes (comme l'avortement, le divorce, le droit au travail) ainsi que la structuration interne que la pratique avait imposée, structuration d'une part liée à la direction du syndicat et, d'autre part, la participation de toutes les femmes affiliées qui le désiraient. Ainsi naquirent les Secrétariats de la Femme.
Le premier Congrès des Commissions ouvrières reconnaissait dans son programme «l'existence d'une oppression et d'une surexploitation de la femme travailleuse », la nécessité de mener dès maintenant une lutte contre cette situation, lutte que le syndicat ne pouvait pas laisser de côté et qu'il considérait indissolublement liée à la lutte de classe. QUE SONT LES SECRETARIATS DE LA FEMME ?
Le débat et la pratique antérieurs au congrès ont porté leurs fruits et, aujourd'hui, les camarades hommes sont plus conscients que seules les femmes qui ont élevé la voix, qui ont commencé ce travail en organisant les premiers Secrétariats, qui ont combattu les préjugés existants parmi les travailleurs en défendant leurs revendications dans les assemblées, les congrès, etc. sont capables de mener la double bataille nécessaire, sur le terrain social, pour obtenir leurs revendications et, au sein du syndicat, pour que celui-ci les fasse siennes et les défende devant l'ensemble de la classe ouvrière.
C'est pourquoi les Secrétariats sont nés avec un net carac-
tère féministe et revendicatif, de femmes, bien que nulle part on n'ait recouru au caractère non mixte de ceux-ci (comme partie d'un syndicat, ils ne sont pas fermés camarades hommes, la pratique impose en fait ce soit des réunions de femmes que tout le syndicat doit
En liaison avec chaque organe du syndicat, dans les commissions exécutives et les secrétariats de branche (Chimie, graphiques, Textile, etc.)
apparaissent des Secrétariats de la Femme qui expriment l'impact social du mouvement des femmes parmi les travailleuses.
Une série d'importantes luttes de femmes pour leurs droits dans le syndicat et contribuent ainsi à amplifier les objectifs des Secrétariats.
Les Secrétariats de la Femme commencent à faire front aux problèmes les plus urgents des travailleuses, élaborant ainsi un programme. En janvier 1978, le gouvernement convoqua des élections syndicales. Elles donnèrent lieu à la première campagne des Secrétariats dans tout l'Etat, et fournirent une première occasion pour défendre leur programme parmi les travailleuses. C'était le moment de lutter contre les vieux préjugés, de rechercher la participation maximum des femmes dans les élections, leur présentation comme candidates sur les listes des syndicats de classe, face à l'utilisation prévisible vieux schémas par les syndicats jaunes (surtout dans le collège des techniciens et travailleurs de l'administration).
Les résultats de ces premières élections sont significatifs. L'argument selon lequel les femmes sont plus dominées par le patronat s'évanouit ; les syndicats de classe eux-mêmes remportèrent des succès dans les secteurs où il y avait une majorité de femmes et s'ils perdirent dans le svndicat des techniciens. ce ne fut pas a cause du vote des femmes, mais des chefs et des jaunes. Cependant, la faible présence de femmes dans les comitésd'entreprises récemment élus met en faible participation, leur peu d'investissement monde du travail. Cette représentation est à peu près la moitié de celle obtenue lors des dernières élections du syndicat vertical. Il reste done encore beaucoup de chemin à parcourir pour les travailleurs et les syndicats de classe.
L'année 1979 s'est par la négociation de la grande majorité des contrats collectifs dont certains concernent particulièrement les femmes (Chi-
Textile, etc.) et les Secrétariats, aujourd'hui plus forts, mettent en avant les revendications des femmes : - Non aux catégories discrimide qualification pour le même travail ; - Non à la discrimination dans l'embauche et la promotion ; droit à changer de poste durant la période de grossesse; maintien d'un certain pourcentage de femmes dans les entreprises, etc. Ils combinent ces revendications avec les droits des comités d'entreprises : droit de veto du comité face aux chefs accusés d'agressions sexistes, contrôle du comité sur les examens d'embauche, etc. LUTTE DES FEMMES ET LUTTE DES CLASSES
La bataille n'est pas facile. La crise s'est aggravée et il y a deux millions de chômeurs qui pèsent sur toutes les actuelles négociations de contrats. Le patronat le sait et se sent très fort. D'autre part, les travailleurs ont à comprendre et à diffuser ces revendications, mais ils ne les considèrent pas comme importantes, ils ne pensent pas qu'il soit possible d'arriver à des luttes pour les obtenir. Mais malgré tout, il s'agit d'un pas en avant. Et un pas très important. Ces revendications ont été introduites dans l'immense majorité des plateformes, et, dans presque toutes les assemblées, les femmes ont parlé pour les défendre. On arrive ainsi à ce que les aspects les plus réactionnaires et discrimi. natoires soient supprimés et le patronat a été à plusieurs reprises obligé de céder. C'est le cas par exemple de la suppression des catégories complémentaires (qui comprenaient pour leur quasi-totalité des femmes qui touchaient des salaires extrêmement bas dans la Chimie)
ou, encore, le changement de poste durant la grossesse dans
Malgre la structuration encore très faible de ces Secrétariats de la Femme, la bataille pour la participation femme aux activités syndicales et la défense de toute une série de revendications féministes par
Sont permis d'obtenir l'appui du syndicat à une série de luttes importantes contre la discrimination envers les fem-
L'exemple le plus significatif est sans doute celui de l'Andalousie, où la situation du chômage est tellement grave qu'elle a provoqué plusieurs explosions avec des affrontements Le gouvernement s'est vu obligé d'envoyer de l'aide sous forme d'«emplois communautaires» (il s'agit de fonds destinés à donner du travail durant deux à trois jours par semaine, travail qui ne peut être obtenu que par un seul membre de la famille) qui excluent les femmes. Malgré la situation d'indigence et de faim dans certains villages de la province de Cordoba, il y a eu des grèves générales locales de quinze jours pour demander que les « emplois communautaires » soient également donnés aux femmes. st actuellement on est arrivé à ce que deux personnes par famille puissent en bénéficier (1).
Egalement importante est la lutte qui s'est développée à Valence avec l'appui des syndicats, pour exiger la réadmission de plusieurs travailleuses licenciées comme «emmerdeuses malhonnêtes» !
Dans un autre ordre d'idées, la participation des syndicats à la Campagne pour le 8 mars a impliqué la convergence avec les organisations féministes sur une série de revendications communes autour des problèmes des femmes travailleuses. Il y a malgré tout eu une série de
tensions et de crispations, qui se reflétaient en général sur des questions superficielles (lieu de la manifestation, couleur des banderoles, etc.), mais qui reflétaient le septicisme et le rejet par une partie - minoritaire mais croissante - des militantes féministes de la prise en charge par des organisations mixtes (syndicats, partis) des revendications des femmes et leur refus d'admettre comme réelle la volonté du mouvement ouvrier de mettre fin à une erreur historique et injustifiable : celle d'avoir relégué, quand ce n'est pas ignoré, les revendications qui visent à améliorer la situation des femmes pour mettre fin à leur discrimination. Belgique
Ces camarades semblent appliquer la méthode du doute : si les revendications ne sont pas reprises, c'est mal; si elles le sont, c'est pire.
La participation des secrétariats syndicaux aux organisme de coordination du Mouvement de coordination des femmes a augmenté et elle s'est vue renforcée par cette activité commune des femmes travailleuses avec d'autres femmes, également organisées pour lutter sur leurs problèmes spécifiques. Cette collaboration et ce mes, en donnant tout leur poids renforcement mutuel est un pas décisif pour renforcer l'aile non sexiste du Mouvement des femdans ces coordinations aux groupes de base du Mouvement face à toutes les organisations fémi nistes qui privilégient l'apparition de leurs sigles et de leurs positions, en insistant sur la nécessité d'organiser et de s'adresser à l'ensemble du mouvement de masse et de ses organisations. 1. Dans certains villages, les grèves générales furent menées de façon solidaire par les hommes et les femmes au chômage. Dans d'autres, elles ciellement reconnus, sans personnalité juridique il est vrai, mais acceptés par les pouvoirs publies comme «organisations syndicales représentatives». Ceci leur assure l'exclusivité dans la menée des négociations paritaires à tous les niveaux. Pour être représentatif, un syndicat