Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE BRETAGNE

Les projets réactionnaires de la bourgeoisie anglaise

· Inprecor n° 53, 24 mai 1979 · p. 8-9 · 1 167 mots

Grande-Bretagne

•Les projets économiques, sociaux et politiques de Thatcher sont d'une grande cohérence et ont un contenu éminemment réactionnaire. persuadée que la seule manière d'imposer un changement radical du rapport des forces sociales à la classe ouvrière passe par la remise en cause des données politiques d'après-guerre.

En d'autres termes, la classe ouvrière et les couches opprimées doivent abandonner l'illusion qu'ils ont «droit» à un emploi, à un service médical

Plus de 2% (1) De 0 à 2% (1) De 0 à 2% (2) Plus de 2% (2) • Déplacement des voix conservatrices

(par rapport à octobre 1974) 1) Au-desssous de la moyenne 2) Au-dessus de la moyenne et à un logement. Bien plus, il faut enfoncer dans la conscience populaire l'idée que ceux qui, de plus en viennent allonger les files de chômeurs ne sont que des «profiteurs» éhontés. On vantera plus les vertus des «mères de famille» que des femmes syndiquées. Et lorsque la classe ouvrière, ne faisant qu'exercer ses droits démocratiques, s'organisera pour la défense de son niveau de vie en occupant les usines, Thatcher va essayer de faire croire qu'il s'agit de «bandits» et de «voyous».

Pour faire passer ces changements dans la conscience populaire, il va être nécessaire de déclencher une active campagne idéologique. Il est évident qu'elle a déjà démarré au cours des derniers mois. A tous les niveaux, Thatcher va s'efforcer de mettre en œuvre sa politique de «diviser pour mieux régner».

Heath, lui, avait porté ses coups niveau différent. Il n'avait pas essayé de remettre fondamentalement en cause les politiques des années d'après-guerre : le sur l'Etat providence, le plein emploi, la stratégie économique de type keynésien, la libéralisation du système juridique et le des nationalisations existantes. En fait, pour répondre aux mesures administratives et structurelles projetées par Heath, la classe ouvrière pouvait se référer aux projets politiques du Parti travailliste.

Les visées de Thatcher ont une portée beaucoup plus large. Et pour toutes ces raisons, elle représente, sur le champ politique, un adversaire beaucoup plus redoutable qu'Heath. Elle pourrait très bien se permettre de remettre à l'honneur les vieilles méthodes de la classe dominante et innover en matière d'attaque de la classe ouvrière. Il ne serait pas du tout surprenant, par exemple, qu'elle se serve de référendums pour se prévaloir d'un «mandat démocratique» pour s'attaquer aux luttes syndicales et au mouve-

Tout en reconnaissant les offensive politique cohérente, il serait faux de penser que la classe dominante pourra la mener à bien sans rencontrer de résistance et sans affrontements importants, bien que de larges secteurs de la gauche se laissent aller au désespoir et au pessi-

Thatcher n'a pas encore remsuccès significatifs dans la politique offensive qu'elle a choisi d'appliquer dans un premier temps. Il est vrai que le champ politique s'est considérablement déplacé vers la droite. La campagne électorale menée aussi bien par les partis de la bourgeoisie que par le Parti travailliste fut sans aucun doute l'une des plus droitières que la Grande-Bretagne ait connu depuis la guerre.

Mais cela ne veut pas dire que ces projets ont rencontré l'adhésion totale de la classe ouvrière. Par exemple, son idée que «les syndicats sont trop puissants» a peut-être gagné quelque crédit dans les couches retardataires de la classe ouvrière, mais Thatcher est bien loin d'obtenir une quelconque approbation coups violents qu'elle entend porter aux organisations ouvreres. De la même manière, si beaucoup de gens pensent que les «profiteurs» sont en nombre croissant, ceci ne lui garantit pas un accord unanime sur la nécessité de démanteler de larges secteurs du système d'assistance

Si quelque chose a bien été confirmé par les élections, c'est

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le fait que la combativité de la classe ouvrière n'a pas été fondamentalement atteinte et que sa capacité à défendre ses acquis et ses droits fondamentaux n'a pas été brisée. De nombreux secteurs de la classe sont entrés en lutte pendant la campagne électorale même. suite. Ces ripostes posent les limites de la victoire de Thatcher.

Il est vrai que la classe ouvrière a essuyé des revers de 1975 à 1978. Mais elle n'a pas connu de défaites déterminantes. Les syndicats ont accru le membres, preuve qu'ils sont toujours considérés comme les organisations défendant les intérêts des trales défaites subies dans des secteurs sérieusement touchés par le chômage - bâtiment, construction navale, etc. - les militants actifs n'ont pas été vaincus ou intégrés à la bureaucratie.

Les ouvriers de Ford ou les chauffeurs prouvé que les patrons pouvaient être vaincus par des luttes dures menées par des travailleurs déterminés. Dans le secteur public, les travailleurs ont connu des revers, mais de nouvelles luttes se préparent. La bourgeoisie n'est pas sûre d'avoir le dernier mot dans un affrontement important avec des travailleurs de secteurs clés de l'industrie, comme les mineurs, par exemple.

D'un autre côté, des forces sociales importantes - en particulier parmi la jeunesse - sont organisées dans la Ligue antinazie et engagées dans la lutte anti-raciste. Et, même si les acquis des femmes ont été quelque peu remis en cause, la seule tentative sérieuse pour limiter la loi de 1967 sur l'avortement s'est vue confrontée à une importante mobilisation.

Il serait léger de spéculer sur le moment et les formes exacts que prendront les luttes à venir. Mais les perspectives d'ensemble sont claires : quel que soit le sursis dont Thatcher bénéficie pour appliquer sa politique de collaboration avec les dirigeants syndicaux, des dizaines de milliers d'ouvriers et d'opprimés se mettront en lutte contre sa politique. Les révolutionnaires doivent se préparer dès maintenant à ces luttes qui mobiliseront des dizaines de milliers de travailleurs et qui toucheront le cœur

Cette dynamique n'implique pas un glissement vers la droite dans l'approche politique, comme c'est la tendance a gauche - depuis la gauche du Parti travailliste, en passant par les communistes, et jusqu'à l'extrême-gauche. La victoire de Thatcher est un repli, mais ce n'est en aucun cas la fin de la guerre.

Les perspectives de lutte s'établissent en fonction du rapport de forces des classes. Les provocations ultra-gauches prétendant que la victoire des conservateurs est illusoire, sont absurdes. Le fait que la classe ouvrière ait été incapable de dominer les effets désastreux de sa direction et d'empêcher Thatcher de former un gouvernement sera ressenti par des couches larges de la classe ouvrière comme un recul, et c'en est un. La victoire des conservateurs redonne confiance à la classe dominante et lui fournit des avantages évidents. Néanmoins, les récentes luttes de la classe ouvrière et des couches opprimées et leur niveau général de conscience politique, liés à l'impopularité que Thatcher va rapidement rencontrer, tout cela crée un contexte favorable à une reprise des luttes. En Ecosse, où les conservateurs n'ont pas obtenu de sièges, cela ne fera, de toutes façons, que se renforcer.

Toute démarche droitière fondée sur l'analyse qu'une défaite fondamentale a été subie, ne peut se justifier. Et cela ne donne certainement pas aux travailleurs les perspectives dont ils ont besoin pour affronter les luttes qui se préparent.

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