le 9 avril 1979.
•Bogota,
En Colombie, le mouvement ouvrier organisé, dans sa totalité, a, de fait, décidé de mener une action unitaire pour la défense
Vaste mobi masse en c des droits o des droits démocratiques, contre le gouvernement du Président Julius Cesar Turbay Ayala. Lors d'un «forum de masse pour la défense des droits de l'homlisation de léfense le l'homme me», qui s'est tenu le 30 mars et le ler avril, Tulio Cuevos Romero, Président du Conseil national syndical (1), a appelé à une mobilisation nationale uni-
taire pour le ler mai contre la répression gouvernementale.
Un mois après son entrée en fonction en août 1978, le nouveau président, Turbay, déclara l'état d'urgence et fit appliquer la «loi de sécurité», ce qui est assez énorme, étant donné que la Colombie est officiellement en «état de siège» depuis 30 ans (2). Ces mesures reçurent immédiatement l'appui chaleureux des deux principaux partis bourgeois colombiens, le Parti libéral et le Parti conservateur.
L'article 28 de la Constitution nationale et le «statut de sécurité » autorisent une détention de 10 jours, sans inculpation (habeas corpus), permet le transfert des compétences des juridictions des tribunaux civils aux tribunaux militaires (sans jurés) pour les «délits politiques». Il permet également que des peines de un à quatre ans de prison soient prononcées en jouant sur les définitions des «délits», tels que par exemple, «désordres publics», «rébellion» et «propagande subuersive». De plus, Turbay imposa de nouvelles restrictions au droit d'association ou au droit de grève; il institua la militarisation des zones rurales, s'efforça de censurer la presse et donna aux militaires le feu vert pour l'usage de la torture. LES PREMIERES VICTIMES
En octobre 1978, de petites manifestations organisées par des étudiants ultra-gauches de l'Université nationale à Bogota fournirent à Turbay le prétexte dont il avait besoin pour laisser libre champ aux militaires. La répression s'exerça dans un premier temps contre les étudiants militants, puis elle s'étendit rapidement aux autres étudiants, aux professeurs, aux travailleurs. Le premier document largement diffusé, et qui concernait la torture pratiquée par les militaires, était basé sur les témoignages de 34 de ces étudiants.
Le vol spectaculaire d'armes, effectué par le M. 19 dans la nuit du Nouvel An, dans un dépôt d'armes de l'armée, fournit au gouvernement un prétexte encore meilleur pour accroître la répression (3). Vers la fin de janvier, le Conseil pour les relations de l'hémisphère, dont le siège est à New York, estimait que les prisons colombiennes renfermaient au moins 2300 prisonniers politiques. Au cours du «Forum sur les droits de l'Homme», on avança le chiffre de 7000.
Sous couvert d'une campagne pour retrouver les armes et mettre le M. 19 hors d'état de nuire, les milliers de personnes furent arrêtées. Il apparut clairement alors qu'un plan était à l'œuvre pour emprisonner des dirigeants politiques et syndicaux, connus pour leur opposition au terrorisme et à la guérilla sous toutes leurs formes. La grande majorité des prisonniers furent détenus pendant les dix jours autorisés par l'article 28 et à leur sortie (4), on les avertit, pour la plupart, qu'ils devaient mettre un terme à leurs activités «subversives». Beaucoup furent tortuassistèrent à la torture des autres prisonniers. Il était alors clair que, prenant prétexte d'une guerre anti-guérilla, on essayait de manière massive de terroriser et d'intimider la gauche et le mouvement ouvrier. LE FORUM POUR LA DEFENSE DE DROITS DE L'HOMME
La campagne pour la défense des droits de l'homme et contre
CONTRE-EL
ESTadO dE:
la répression gouvernementale débuta véritablement à l'étranger. Amnesty International, le Conseil des relations de l'hémisphère, des organisations de colombiens en exil dans différents pays et d'autres personnes commencèrent à révéler au grand jour les faits concernant la répression et à organiser des campagnes de lettres de protesta-
Tandis que la campagne internationale connaissait un grand essor, deux faits devinrent évigouvernement soucieux de préserver son de marque sur le plan international et la bourgeoisie colombienne n'était en aucune manière d'accord sur la répression, son étendue et ses métho-
Les quotidiens du Parti libéral, El Tiempo et El Espectador, divergeaient sur l'appréciation de la campagne pour les droits de l'homme. Alors que El Tiempo adoptait une position très dure, détendant a la fois la repression et attaquant ceux qui protestaient, El Espectador commença la publication d'une série d'articles, informant ses lecteurs du nombre de lettres de protestation parvenues et en reproduisant certaines. Dans le même temps, ce journal publiait avec zèle les communiqués des militaires faisant état des «captures» récentes de suspects.
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POLITICOS
Etant donné que le premier de ces journaux tend à refléter l'opinion des milieux financiers de la capitale et le second celle de certains groupes industriels, il était clair qu'au sein de la bourgeoisie, certains avaient des arrières-pensées quant aux répercussions possibles d'une «guerre de subversion», en Colombie même, comme à l'étranger. Le «Forum» devait confirmer plus tard ces divergences tactiques.
D'un point de vue politique, la question clé était comment organiser une campagne de défense en Colombie pour mobiliser la classe ouvrière et ses alliés, étant donné les interdictions frappant les manifestations, etc. dans le cadre de l'état de siège et de la «loi de sécurité». C'est à ce moment que les dirigeants du Parti communiste colombien (PC), du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), du Mouvement Firmes, le PST et des personnalités appartenant au Parti libéral et au Parti conservateur, à titre individuel, conçurent et lancerent le projet à travers le pays d'une série de forums publies, sur les droits de l'homme, afin de préparer un forum national, début d'une campagne de riposte à la répression (5).
La sensibilité du gouvernement aux critiques de ses opérations de «sécurité» était évidente par maints aspects. Après la publication d'extraits muniqués de presse sur la Colombie, par le Conseil des relations de l'hémisphère, parus dans des journaux colombiens ou étrangers, le gouvernement s'attaqua violemment et tous les moyens au Conseil.
Il envoya également des lettres de réponse à certaines personnes qui avaient participé à la campagne de lettres, leur demandant quels étaient leurs buts et si elles connaissaient la situation en Colombie. Espectador fut rayé de la liste des journaux autorisés à passer communiqués officiels pour avoir publié des protestations!
Turbay était au courant des réductions de l'aide militaire et économique menaçant les différentes dictatures qui violaient les droits de l'homme, et il se donnait beaucoup de mal pour présenter l'image d'une Colombie «démocratique», sans arrêter toutefois le cours de la répression. LES DIVERGENCES
Dès le début, il existait des divergences stratégiques quant à l'orientation à donner à la campagne. Les sommités du Parti libéral et du Parti conservateur, suivis en cela par le PC et les centristes, voulaient faire une campagne de dénonciation, à partir de personnalités, alors que les trotskystes se battaient pour que le mouvement ouvrier s'engage dans la campagne afin d'aboutir éventuellement à une manifestation de rue. Au fond, deux points importants étaient en jeu : le premier était de savoir si la vague de répression n'était qu'un «excès» du gouvernement ou au contraire un des fondements de sa politique actuelle. En d'autres mots, quelle était la cible principale du gouvernement, la guérilla ou le mououvrier ? Le point s'articulait autour de ce qui était nécessaire pour retenir le gouvernement dans ses actes de répression : une simple campagne de lettres et de discours de personnalités artistes, écrivains, etc. ou une démonstration de la puissance du mouvement ouvrier ?
Mais les exactions de Turbay d'un côté, et la riposte de l'autres, tranchèrent le débat au cours des deux mois qui précédèrent le forum. De janvier à mars, Turbay fit procéder à l'arrestation de plus de 2000 activistes (6), dont un grand nombre étaient des militants et des dirigeants syndicaux connus. Le mouvement ouvrier riposta par des déclarations à la presse et en participant aux forums locaux et régionaux, animés dans un premier temps par les organisations ouvrières locales, et par la suite, fédérales et nationales.
L'offensive menée par les trotskystes afin que le mouvement ouvrier s'engage dans la campagne et le déroulement ultérieur des événements a permis au mouvement ouvrier dans son ensemble de participer à la campagne et de jouer un rôle prépondérant lors du forum national. L'OPPOSITION A LA REPRESSION S'ELARGIT
Alors que les forums locaux se mettaient en place, il apparut bientôt que l'opposition à la torture, aux détentions et à la «loi de sécurité» était plus large encore qu'on aurait pu le croire. Les forums que se préparaient regroupaient un grand nombre de personnes, d'horizons divers, le nombre d'ouvriers y était important et sans cesse croissant.
Plus de 7000 personnes participèrent aux forums tenus dans plus de 20 villes. Les plus importants eurent lieu à Medellin (1000 personnes), Bucaramanga (1000), Barranquilla (2000) et Bogota (500). Plusieurs forums furent directement pris en charge par les syndicats, tels la rencontre des enseignants à Bogota le 24 mars, et le meeting des 2 et 3 février, auquel participèrent 14 syndicats, à Barrancabermeja, à lappel de l'Union syndicale ouvrière (Union Sindical Obrera) et de Federopetrol (7).
Une pétition contre la «loi de sécurité» et la répression exigeant l'organisation d'un plébiscite national, obtint 300000 signatures en 2 mois, preuve supplémentaire de l'impopularicampagne gouvernementale. Voz Proletaria, l'organe du PC, écrivit que la semaine précédant le forum national, les militants du Parti communiste et du Parti socialiste révolutionnaire avaient, au cours d'une mobilisation importante à Meréuni 10000 à 11000 signatures en l'espace de 8
Les trotskystes jouaient un prépondérant mobilisation et l'accueil favorable que leurs propositions reçurent lors de la préparation des ainsi que l'évolution perspectives de de classe de la campagne de défense, impliquant la participation du mouvement ouvrier, mouvement ouvrier, tout cela rendit les réformistes très nerveux et il y eut une discussion très dure lors de la préparation du forum national.
Voulait-on en faire une petite réunion, bien tranquille avec la participation de délégués ou bien un meeting de masse, ouvert au public et défiant ouvertement le gouvernement ?
Les trotskystes se battirent pour une représentation effective, visant à démontrer la force de la classe ouvrière, et pour un grand rassemblement public, coup d'envoi d'une large mobilisation. Moins de deux semaines avant le forum, une page entière réservée dans El Espectador ne faisait aucune mention d'un rassemblement public. Cela s'était produit également pour les premières affiches.
On sentait cependant le poids de la classe ouvrière, et les groupes les plus importants de délégués appartenaient à la classe ouvrière. On se mit finalement d'accord sur un rassemblement public pour clore le forum, le ler avril, à 10 heures du matin et un dimanche ! La discussion sur les perspectives devait avoir lieu ensuite dans les différents comités et commissions. LE GOUVERNEMENT ATTAQUE LE FORUM
Sensible comme il l'était à la campagne de lettres, le gouvernement était de plus en plus incapable de tolérer le forum à mesure que la campagne se déroulait. La semain précédant la séance d'ouverture, Turbay lâcha les militaires contre les organisations. Plus de 100 personnes furent arrêtées lors de raids, 86 en une seule journée à Bogota et Medellin; il y avait parmi eux des syndicalistes et des militants de gauche participant au forum. Par des mesures violentes, Turbay essaya de faire pression sur le déroulement du forum et les membres du PST, PSR, PC et CSTC furent tous victimes de détention (8).
Mais toujours préoccupé par son image de marque, le gouvernement se rendit compte qu'il ne pouvait interdire le rassemblement, étant donné la vaste mobilisation qu'il suscitait. Il se servit en fait de la tenue du forum pour démontrer le respect du gouvernement à l'égard de l'opposition et des droits de l'homme.
En outre, il développa pendant une semaine une campagne propagandiste dans la presse bourgeoise, se posant en défenseur des droits de l'homme en Colombie et faisant des guérilleros et de «ceux qui les soutenaient» les vrais violateurs des droits de l'Homme. Un «livre blanc» publié par les militaires s'efforçait d'en donner la preuve en dressant la liste d'actions réelles ou imaginaires plies par les guérilleros au cours des dernières années. Les médias se firent l'écho des résultats d'une enquête menée par les de torture, et dont la conclusion était que tout ceci n'était que mystification de la subversion. Les directions des Partis libéral et conservateur firent des déclarations soutenant Turbay à 100%, contre ceux qui le critiquaient à propos des droits de l'homme.
Le ministre de la justice, Hugo Escobar Sierra, morcer le mouvement contre la loi de sécurité en proclamant que celle-ci «n'avait pas un cade permanence», mais il oubliait de préciser à quelle date elle cesserait d'être en vigueur!
Dans leurs éditions du 30 mars, les quotidiens reproduidéclarations, qu'une déclaration assurant que la démocratie la plus large existait dans le pays.
El Tiempo, cependant, quelques paragrapnes plus loin, talsait état d'une protestation du PSR et de la Fédération syndicale des travailleurs de Cundinamarca (9) contre la détention de certains de ses membres. LE DEROULEMENT DU FORUM
Le gouvernement avait raison d'attendre le pire de ce forum. La participation y fut massive et plus importante que prévue.
Ce fut un coup dur qui lui fut porté, réduisant à néant ses prétentions à être le champion des droits de l'homme. Les deux premiers jours, environ 1554 délégués se trouvèrent réunis dans le Nation's Capitol Building, et le forum bénéficia d'une large audience.
198 syndicats étaient représentés par 472 délégués, dont 4 des plus importantes fédérations avec leurs directions (10).
organisations paysannes avaient envoyé 107 délégués, les organisations d'étudiants 117, les organisations professionnelles 57, confessionnelles 17, médias 43, les groupes féministes 9, les partis politiques 75, et 227 personnalités représentaient le cinéma, la radio, la télévison, des groupes luttant pour les libertés civiques, 4 comités internationaux pour la défense des droits de l'homme et 316 comités qui avaient préparé la manifestation. Le forum reçut aussi un soutien non négligeable de la part de 6 évêques et archevêques de l'Eglise catholique, parmi des centaines d'au-
La séance inaugurale fut ouverte par l'ancien ministre des affaires étrangères et membre du Parti conservateur, Alfredo Vazquez Carrizosa. Les anciens ministres, J. Emilio Valderrama, Luis Carlos Galan et Roberto Arenas Bonilla, étaient présents ainsi que plusieurs sénateurs, aujourd'hui en prison.
Les deux premiers jours furent consacrés à des commissions recueillant les témoignages sur la torture, et les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques; la militarisation rurales; les interdictions professionnelles droits civiques; les délits d'opinion et la censure sur les médias et les moyens d'information; l'état de siège prolongé et la «loi de sécurité» à la lumière de la Constitution; les aspects sociaux, économiques et constitutionnels des droits de l'homme en Colombie, etc. UN PREMIER MAI UNITAIRE
Mais le fait le plus important de ce forum national fut l'appel lancé par la CNS lors du rassemblement public du ler avril «pour un premier mai unitaire», pour la mobilisation de la classe ouvrière et de ses alliés.
Ceci avait été chaudement discuté dans les commissions et des pressions avaient été faites sur la CNS par les libéraux, les conservateurs et le PC, pour qu'elle ne lance pas cet appel.
Mais le mouvement ouvrier, les trotskystes et les délégués indépendants se battirent dans les commissions et dans trois commissions, Torture, Paysans Droits du travail, la bataille fut gagnée.
Pour continuer à défendre les droits de l'homme et les droits démocratiques, les réformistes proposaient simplement de créer une structure permanente, une commission des de l'homme, ce qui, disaient les socialistes révolutionnaires, était nécessaire mais pas suffisant et n'apportait pas de réponse adéquate sion actuelle.
La division sur les axes stratégiques était évidente lors du rassemblement du dimanche matin. Lorsque Tulio Cuevas lança son appel pour le premier mai, les de personnes présentes y répondirent chaleureusement. Lorsque Kemel George du PST et Arnulfo Bayonna du PSR concentrèrent leurs discours sur l'appel, ils furent eux aussi applaudis. Les orateurs des Partis libéral et conservateur et les autres notables ne montrèrent pas d'enthousiasme et dèrent bien de parler de l'appel. Il est intéressant de signaler que communiste, Gilberto Vieira, en
Cela ne pouvait pas être une omission fortuite. Cela découlait, en toute logique, de la ligne défaitiste mise en avant par Gilberto Vieira. Il avait clairement exprimé que, si «ce forum» n'était pas capable d'arrêter le gouvernement dans la voie de la répression, confrontée à une situation de type fasciste à la chilienne et que, par conséquent, la tâche prioritaire était d'organiser la «résistance des syndicats» et non pas d'attendre, comme ce fut le cas au Chili. Vieira n'était pas le seul à gauche à avancer ces opinions défaitistes. Gerardo du mouvement cenFirmes, prit des accents «don-quichottesques» pour proposer d'arrêter le gouvernement. Tout ce qu'Enrique Sambos Calderon, du magazine de gauche Alternative, put proposer populaire», appel que le libéral Fabio Lozano et le conservateur Roberto Gerlein ne manquèrent pas d'applaudir.
Le point commun de toutes ces propositions était qu'elles refusaient de se situer dans une perspective de lutte de classe, fondée sur la confiance dans les capacités de la classe ouvrière colombienne à affronter l'offensive actuelle de la classe dirigeante et à en triompher. DECLARATION FINALE
Outre l'appel au premier mai, les conclusions auxquelles arrivèrent les différentes commissions, et qui furent résumées dans une «Déclaration finale», approuvée à l'unanimité par les délégués, portèrent un coup serieux à la crédibilité du gouvernement. Même le rassemblement du dimanche constitua une victoire en lui-même alors que le gouvernement essaya d'intimider ceux qui voulaient y participer par une présence massive et provocante de la police.
Un journaliste, parmi ceux dut subir une fouille de la tête aux pieds. La police confisquait tous les documents politiques. Malgré cela plus de 3500 personnes s'entassèrent dans le théâtre Jorge Gaitan, situé dans les faubourgs, pour entendre quelles étaient les conclusions du forum. Plusieurs centaines de personnes ne purent entrer dans le théâtre bondé et écouterent de l'exles disours retransmis par un haut parleur.
tous les témoignages présentés sur les exactions com- rania n'avaient aucun droit de mises, c'est celui sur l'usage de la torture qui causa le plus de tort au gouvernement. Des photographies officiels, émanant de l'institut médico-légal, turent présentes et permirent de réfuter sans appel les dénégations du gouvernement. Il apparut clairement que toutes ses déclarations n'étaient qu'un tissu de mensonges. Ces photographies et documents furent reproduits dans l'hebdomadaire Alternative du 2 au 9 avril, et dans El Espectador du 2 avril.
Il y était fait état du cas des 34 étudiants de l'Université nationale, arrêtés par les militaires en octobre 1978. Le rapport de l'Institut, digne de respect, concluait :
d'entre eux portaient des traces externes visibles de violences... «4. Les lésions constatées avaient été faites pour la plupart à l'aide d'instruments contendants, cependant on constata aussi des blessures ayant été faites par des intruments pointus ou chauffants...
El Espectador soulignait que ces «documents laissaient apparaître de sérieuses contradictions avec les conclusions auxquelles étaient arrivés les fonctionnaires délégués par le ministre de la justice». LA REACTION DU GOUVERNEMENT : DE NOUVELLES DETENTIONS
Bien que Camacho Leyva, ministre de la Défense, ait lâchement nié que les signataires du rapport aient jamais existé, le procureur général colombien, Guillermo Gonzalez Charry, ne mit pas en doute l'authenticite de ces documents. Mais il expliqua dans une lettre adressée à l'éditorialiste de El Especta-
«KLIM», que le rapport officiel niant la torture et issu de ses services, avait été mal interpréte.
Malgré tous les discours du Procureur général, l'administration continuait à appliquer la répression avec la même rigueur. Escobar, ministre de la Justice, fustigea «ceux qui critiquaient le système» (El Espectador du 15 avril). Il déclara même que les anciens ministres Vasquez, Carlos Galan et Emilio Valdiersigner des déclarations pour la détense des droits de l'homme, puisqu'en fait ils les avaient violés lorsqu'ils étaient ministres ! Il réclamait aussi l'épuration au sein de l'Université catholique «infiltrée» de Javeriana, où les «nouveaux prinde l'Eglise étaient en-
Le 31 mars, pendant le «Forum», le domicile de C. Moraavocat du mouvement, la cible d'un groupe terroriste d'extrême-droite, s'auto-proclamant «Escadron de la Mort», il lui ordonnait d'arrêter de défendre la subversion. Après que l'«Escadron» eut annoncé son existence quelques semaines au-
paravant, la presse s'interrogea sur les liens éventuels de ce groupe avec le gouvernement, mais en définitive admit l'hypothèse qu'il ne s'agissait que d'un groupe de propagande. Le gouvernement colombien ne serait pas en effet le premier gouvernement latino-américain à faire exécuter par des groupes terroristes d'extrême-droite les actes de répression dont il n'ose pas prendre lui-même la responsabilité.
De fait, expliqua-t-il, le rapport n'avait pas reçu son accord, mais avait été simplement transmis au public depuis son bureau ! La responsabilité en revient, dit-il, non à ses propres services, qui bien sûr n'ont aucune autorité sur les enquêtes réalisées par les militaires, mais bien plutôt au ministre de la Défense. Un grand titre citait Gonzalez : «Je ne suis pas le laquais (de Turbay)!».
Pourquoi le gouvernement durcit-il encore la répression ? La bourgeoisie colombienne ne peut plus compter sur la politique de balancier entre ses deux partis pour faire illusion auprès des masses laborieuses. Dès 1970, on pouvait constater cette désaffection de la classe ouvrière pour le système bi-partidiste, lorsque la bourgeoisie dut voler la victoire électorale remportée par la formation de type front populaire, l'Anapo-Socialiste.
Ainsi que le dit la résolution de la Commission exécutive de la CSTC, «ce qui se passe au fond, c'est la détermination officielle de persécuter et de frapper l'ensemble du mouvement syndical pour empêcher l'avancée d'un processus unitaire pour maintenir les conditions d'exploitation et de misère qui quotidiennement violemment les masses laborieu-
«Empêcher la riposte», ajouSocialista, journal du PSR, dans le numéro du 31 mars, «de la classe ouvrière et des couches populaires en créant un climat de panique collective». «L'objet» continuait-il «de cette opération répressive, est de devancer la réaction des masses face à la hausse du coût de la vie et à l'inflation galopante.»
LES METALLURGISTES
Et, magré la répression, la classe ouvrière riposte à l'inflation et à la baisse de son niveau de vie. Les travailleurs d'Ecopetrol ont annoncé qu'ils étaient prêts à se mettre en grève pour la réintégration de leurs 217 camarades licenciés en 1977 et contre la vie chère. Rio qui ont le mieux révélé le dilemme devant lequel se trouvent le gouvernement et la bourgeoisie, ainsi que les capacités de la classe ouvrière.
C'est l'un des syndicats les plus conservateurs du pays. Depuis 30 ans qu'il existe, il n'a pas mené une seule grève contre la direction. Mais le 4 avril, 7500 métallurgistes se mirent en grève, espérant étendre le mouvement aux industries du bâtiment et de la métallurgie, soit 300000 ouvriers environ. Ils ont dit qu'ils en avaient assez et ont exigé une augmentation de 75% pour compenser les ravages de l'inflation. La compagnie avait déjà dépassé la limite de 18% imposée par le gouvernement en accordant 28% d'augmentation, mais les refusérent
Pour mettre fin à une tene situation, le gouvernement Turbay, représentant des deux partis bourgeois, montra qu'il était déterminé à utiliser toutes les méthodes nécessaires.
Paz del Rio et le «Forum» n'avaient fait que mettre en évidence le fait que la classe ouvrière ne se laissait pas inti«l'urugayenne» ou à nochet» n'est pas aussi inévitable que petits-bourgeois radicalisés, ou la bourgeoisie libérale, veulent bien le croire. La vraie raison pour laquelle le gouvernement hésite à pousser plus avant l'offensive contre ouvrier révèle sa faiblesse . l mouvement n'a pas oublié le paro civico. Il craint une lutte frontale contre les puissantes mobilisations du mouvement ouvrier colombien et il recherche des méthodes indirectes pour l'affaiblir.Le «Forum» fut l'occasion de mobiliser de manière massive le mouvement ouvrier et ses alliés en dépouillant, devant les masses laborieuses, en Colombie et dans le monde, le gouvernement de toute crédibilité morale et politique. Ce fut aussi l'occasion de rassembler autour de la classe ouvrière les diverses forces politiques, condition première pour éduquer les masses sur la vraie nature de ce gouvernement, et préalable à toute mobilisation.
Un premier mai unitaire, massif, mobilisant les forces du mouvement ouvrier et de ses alliés, tels les mouvements paysan et étudiant, doit être la prochaine action à entreprendre. Si on ne réussit pas à organiser ce premier mai, et il reste à voir comment on peut amener la direction conservatrice du syndicat à lancer cet appel, la bourgeoisie se sentira plus sûre d'elle-même - mais pas au sens où les staliniens l'entendent.
Comme les socialistes révolutionnaires l'ont souligné, pour résoudre cette crise fondamentale, dans l'intérêt des masses laborieuses, il est nécessaire de rompre avec la direction conservatrice du mouvement syndical et avec sa politique de collaboration de classe pour la remplacer par une direction de classe:
Cela passe aussi par la reconnaissance de la nature politique de la crise et de la nécessité de la prise du pouvoir par les ouvriers et les paysans, dans le cadre d'une économie planifiée nationalisée, pour une Colombie socialiste. Et pour ce faire, il est nécessaire de construire le parti révolutionnaire qui garantira la victoire.
Bogota, le 9 avril 1979 NOTES 1) Le CNS (Conseil national du travail) regroupe les 4 principales fédérations syndicales : PUTC (Union des travailleurs colombiens), la Confédération syndicale des travailleurs (CTSC), la Confédération générale des travailleurs (CGT), la Confédération des travailleurs colombiens (CTC). 2) L'état de siège date de la guerre civile non-déclarée de 1948-53 qui a opposé le Parti libéral au Parti conservateur et qui a fait 200000 morts. L'état de siège est inscrit dans la Constitution (article 121).
3) Il n'est pas sûr que le tunnel prétendument emprunté les armes ait existé, ni même que le vol ait eu lieu.
Tandis que les quotidiens acceptaient de publier des «communiqués de guérilla», les avocats des guérilléristes arrêtés dirent qu'il n'existait pas et demandèrent de pouvoir visiter. Finalement, deux mois plus tard, ils purent s'y rendre, conclurent qu'il était difficile de l'utiliser pour transporter 5000 armes. «El Espectador» rapporte qu'au cours d'une série de raids rondement menés par les militaires, les 5 000 armes « volées» et même plus avaient été retrouvées ! Salvador
4) Les statistiques pour voler tenus, presque paraître toujours.
5)
PC : Parti le tionnaire (sympathisant
Internationale, mais centriste.
6)
rialiste du «Tiempo», 7 avril.
7) Les deux leurs du pétrole.
Vasquez,
8)
Avaro
PC; Libardo Gonzales Flores, militaires officielles parues dans «El Espectador» permanente du 7 avril montrent que sur 862 dé-
PSI,
500 ont été libérés sans inculpation, 122 appelés à comdevant les tribunaux aussi taires, quant aux autres, ils attendent pas chez lui, communiste de Co-
9)
La lombie; PSR : Parti socialiste révolula IVe
Mouvement «Firmes» : regroupement un homme
Enrique Santos Calderon, éditoest syndicats des travailproche est du dirigeant diriti communiste.
11) Les
(Pereira), geant du PSR; Gloria Stella Gallego, au local national du ainsi que ses 3 frères et sœurs. L'appartement du Secrétaire général de la CSTC, Roso Osario, a été visité, mais ce dernier n'était de même que lors des précédentes descentes.
Fédération du travail des ouvriers du canton de Cundinamarca (Bogota en fait partie). 10) Particulièrement significatif car il n'y en a qu'un qui soit dirigé par de gauche. Tulio Cuevas, président de la CNS et de l'UTC, proche du Parti conservateur; M.J. Hurtado, président de la CTC, du Parti libéral; Victor Baena Lopez, président de la CGT, est proche des démocrates-chrétiens; I n'y a que Juan Pastor Perez de la STC qui soit sympathisant du Par évêques Dario Castrillon Tulio Botero Salazar (Me-