Nous publions ici des extraits importants d'un ample reportage d'Ernest Harsch qui a passé plusieurs semaines en Afrique du Sud,
Ernest HARSCH en novembre et décembre 1978.
Malgré les criantes inégalités de l'Apartheid, le gouvernement sud-africain s'efforce de convaincre les Noirs qu'il est pour un changement, qu'il ne désire rien autant que de voir les conditions de vie de la majorité noire du pays s'améliorer de façon substancielle.
En fait, en surface seulement, quelques-uns des aspects de l'Apartheid ont changé depuis les rébellions massives des Noirs en 1976.
Le régime a mis fin à quelques pratiques ségrégationnistes mineures. Il songe à autoriser d'une manière limitée les syndicats africains. Il a promis plus d'argent pour l'éducation des Noirs, a mis en place des conseils communaux «élus» dans beaucoup de villes noires et garanti des droits limités aux propriétaires africains en matière de baux. Il est en train de rédiger un nouveau décret consti-
Afrique du Sud
L'Afrique
après Sow
le carcan de l'apartheid evolue tutionnel qui établirait des «parlements» fantoches pour les gens de couleur et les secteurs indiens de la population. Il s'est engagé à « abolir» les laissez-passer, honnis des Noirs, et qu'ils doivent porter sur eux.
Mais je n'ai pu trouver aucun signe par lequel les Noirs bénéficieraient réellement de ces changements actuellement mis en œuvre.
Partout où je suis allé, les Noirs étaient encore soumis à la même oppression rigoureuse et à la même exploitation exercées par la minorité blanche qu'ils supportent depuis de nombreuses années.
En clair, la domination blanche sera toujours la loi d'airain régissant la société sud-africaine.
Au mieux, quelques-unes des réformes qui sont faites à l'heure actuelle sont destinées à jeter de la poudre aux yeux pour mieux masquer la réalité. Dans du Sud eto la plupart des cas, il s'agit de mieux protéger les intérêts des blancs et d'intensifier plus e core l'oppression des nationalités et l'exploitation de classe de la population noire. « RESERVE AUX BLANCS» TOUJOURS A L'ORDRE DU JOUR
L'une des mesures les plus immédiatement transparentes mise en œuvre en ce moment est la soi-disant disparition progressive de l'«Apartheid mineur», pour reprendre leur phraséologie, c'est-à-dire la ségrégation dans les domaines public et privé.
Les pancartes sur les bancs des parcs indiquant « réservé aux Blancs» ont été recouvertes de peinture, quelques plages ont été déclarées « multi-raciales» ; il y a de temps en temps des manifestations sportives mixtes et quelques hôtels et restaurants ont été proclamés « internationaux », c'est-à-dire qu'ils reçoivent des visiteurs noirs étrangers, ainsi que des Blancs.
Les démarches minimales du gouvernement en faveur de la « déségrégation» ont été plus
apparentes que réelles. Les toilettes publiques, les salles d'attente des aéroports, les boutiques où l'on vend de l'alcool, les terrains de sport, les théâtres, les taxis, les restaurants, les plages et une foule d'autres lieux publics ou privés sont encore largement soumis à la ségrégation.
A part quelques lignes d'autobus à Cape Town, la ségrégation existe dans presque tous les transports en commun.., avec en général des voitures séparées pour les Noirs et les Blancs.
Presque tous les équipements pour les Noirs sont très inférieurs en qualité, à ceux, séparés, des Blanes. Les autobus et les trains pour les Noirs sont généralement les plus vieux et les plus mal entretenus, ce qui amène des accidents plus fréquents.
Selon le point de vue du ré. gime, le maintien de quelques pratiques ségrégationnistes « mineures » est nécessaire pour réaffirmer le statut social inférieur de la population noire, pour symboliser la grande différence qui sépare les «maîtres» des « domestiques». Si la ségrégation sociale et culturelle disparaissait, pensent les autorités, qu'esi-ce qui empêcherait les Noirs de lutter avec plus de vigueur pour l'égalité des droits politiques ?
La segrégation par le logement, une des plus évidentes caractéristiques de l'Apartheid, n'a pas diminué d'un pouce. Les Noirs des villes vivent dans des centaines de cités séparées, agglutinées autour des villes principales, avec des conditions de résidence et de déplacements strictement régies par une pléthore de lois et de règlements. Les cités noires sont en général très pauvres et sinistres, avec peu de services et peu d'équipements, alors que beaucoup de Blancs jouissent de logements dans des banlieues gaies, aérées, et bien entretenues, mais réservées à leur seul usage.
La ségrégation dans le logement est en fait de plus en plus stricte. Dans les villes où quelques Noirs vivent encore près du centre-ville ou près des centres de résidence des Blancs, les responsables de la police ou du gouvernement s'emploient à les en chasser et à les repousser vers des cités plus isolées, bien souvent à des kilomètres de leur lieu de travail. EDUQUES POUR SERVIR
Depuis le début des affrontements lors de la rébellion de Soweto en 1976, le caractère raciste du système d'éducation s'est encore accru, venant s'ajouter à toutes les difficultés de vie dans les cités. Les étudiants ont organisé des manifestations ou boycotté les cours ; les enseignants ont démissionné de leurs postes pour obtenir la suppression de «l'éducation bantoue».
Maintenant que les protestations se sont éteintes, le régime Botha, esseyant de resserrer son emprise sur l'école, a introduit une nouvelle loi pour l'éducation et la formation (« Education and Training Bill») au Parlement.
Jusqu'à un certain point, cette loi cherche à désamorcer la colère largement répandue chez les étudiants noirs, les parents et les enseignants, concernant les insuffisances de l'éducation pour les Noirs, en s'engageant à rendre l'école obligatoire pour les étudiants africains au cours des premières années d'enseignement
Les livres et les fournitures scolaires, qui auparavant devaient être payés par les parents et les étudiants, sont maintenant fournis par le gouvernement. Une seule échelle de salaire doit être établie pour les enseignants noirs et blancs. Un changement s'est produit par rapport à la politique précédente. qui autorisait la construction de nouvelles écoles secondaires seulement dans les Bantoustans, et des plans sont maintenant à l'étude pour la construction d'au moins quatre nouvelles écoles à Soweto.
Mais, par bien des aspects, cette loi est extrêmement rétrograde. Tout d'abord, elle maintient le principe de l'enseignement strictement ségrégationniste pour les Noirs, et elle ne laisse aucune possibilité de changer les programmes d'enseignement, qui visent à modeler les jeunes Noirs et à leur faire accepter leur position de dominés dans la société sud-africaine.
Il n'y a pas non plus de clause obligeant le gouvernement à réduire le grand fossé qui existe dans les dépenses de l'Etat pour l'éducation des Blancs et celle
peuvent aussi être pénalisés s'ils il s'agit d'aider à renforcer le
L'auteur s'est appuyé sur de nombreuses publications de l'IC, inédites en français, dont il cite les extraits les plus importants. Secrétaire de Trotsky, à Prinkipo, de juillet 1932 à juillet 1933, dirigeant de la IVe Internationale, Pierre Frank a aussi des Noirs. dollars seulement sont dépensés pour chaque étudiant africain, alors que le étudiant blanc est de 750 dollars. Et les parents noirs doivent payer des frais de scolarité, que ne font pas les Blancs. sont prises sur les impôts et les charges prélevées sur la communauté noire, les plans pour augmenter les dépenses d'éducation auront pour conséquence pour les parents noirs. renforce la pénalisation pour des infractions diverses. Les parents peuvent avoir des amendes s'ils n'inscrivent pas leurs enfants à l'école. Quelqu'un surpris à enseigner à des étudiants africains sans autorisation officielle peut de 500 rands (1) ou être emprisonné boycott diants ou les professeurs sera illégal, passible d'une amende de 200 rands. Les professeurs Bulletin de souscription Je, soussigné. (nom. prénom) demeurant (adresse complète) - souscris à l'ouvrage Histoire de communiste (volumes 1 et 2) par Pierre Frank - Je vous prie
• de le tenir à ma disposition à la librairie La Breche impasse Guérénée. 75 004 Paris)
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En moyenne, 65 désobéissent aux coût moyen d'un du gouvernement. ce Puisque les sommes consal'éducation des Noirs des charges De la même manière, la loi cun droit. avoir une amende pour une année. Le des cours par les étu-
L'IC, qui avait à l'origine engendré les plus grands espoirs et disposé d'un prestige énorme, a péri aprês une vie tourmentée d'un quart de siècle. Livrée à la direction de Staline, elle s'est désagrégée dans de avant de sombrer, vancière la Ile Internationale, au l'internationale cours d'une guerre mondiale. communiste» expose les conditions de création de l'IC, ses positions politiques sur les plus grands événements de l'époque. Ce livre est la première étude historique publiée en français qui aborde l'ensemble de l'histoire de l'IC. Il se conclut par un examen succinet des enseignements pour le mouvement ouvrier mondial que l'on peut tirer de cette expérience, plus particulièrement sur la question de l'Internationale dont Rosa Luxemburg écrivait, qu'en elle «se situe le centre de gravité de l'organisation de classe du prolétariat». puisé dans ses souvenirs de rencontres avec nombre de militants de l'époque.
instructions ou s'ils critiquent le gouvernenoirs.
ment ou un service quelconque
DE NOUVELLES ENTRAVESI
POUR LE MOUVEMENT
OUVRIER NOIR
Le régime se prépare aussi à faire quelques ajustements dans sa politique de l'emploi.
que
Le 2 mai, le ministre du Tra-
Botha, a annoncé que le gouvernement acceptait
«en principe» l'extension d'un cas, droit syndical limité à quelques à céder.
travailleurs africains à qui la précédente loi n'accordait au-
L'annonce de cette loi montre que le régime d'Apartheid accepte la plupart des recommandations faites le jour précédent par la commission créée truction par le gouvernement et dirigée par le Professeur Nic Wiehahn.
En surface, le changement peut apparaître comme une concession importante. En fait, communiste multiples crises comme sa de-
( 1919-1943)
par Pierre Frank
2 volumes de
400 pages tornal 135 x 21 couverture deux couleurs pelliculée en souscription
78 F au lieu de 120 F à la librarie La Brèche
Jusqu au
15 octobre 1979 date de parution éditions la brèche contrôle sur les travailleurs
Malgré de nombreux obstacles légaux, les attaques incessantes de la police et l'interdiction de la plupart des greves des svndicats noirs ont deja éte constitués, à l'initiative des travailleurs eux-mêmes. Ceci a été particulièrement vrai lors de la grève de Natal en 1973. Bien les syndicats africains n'aient aucun statut légal, ils ont néanmoins réussi à organiser quelques 80000 travailleurs africains et, dans certains à amener les employeurs
Deux semaines avant l'annonce de Botha, les représentants de douze syndicats noirs se sont rencontrés à Hammanskraal, les 14 et 15 avril, pour lancer la première fédération des syndicats noirs depuis la desde toutes celles qui existaient dans les années soixante. Appelée la Fédération des Syndicats sud-africains (« Federation of South African Trade Unions - FOSATU»), elle se Histoire de l'Internationale
réclame de 45000 travailleurs africains et de couleur.
La plupart des syndicats existants maintenant, y compris la FOSATU, ont une direction réformiste. Mais la classe dominante blanche et son gouvernement craignent cependant que ces syndicats ne deviennent les points de cristallisation d'une opposition ouvrière militante
L'extension d'un droit syndical formel aux Africains ne veut pas dire que les syndicats seront enregistrés aux termes de la législation industrielle du régime. Il leur sera appliqué le même type de restrictions concernant le droit de grève et de négocier avec les employeurs qui régissent le droit du travail, pour les Blancs, les gens de couleur et les travailleurs indiens. L'arbitrage obligatoire est l'élément clé de ces lois, le régime blanc jouant un rôle dominant et intervenant directement en faveur des patrons.
Parmi les «garde-fous» imposés à ces nouveaux syndicats, selon un rapport publié dans l'édition hebdomadaire du 5 mai du journal Star de Johannesburg, il y aura « surveillance des élections ou désignation des gens occupant des fonctions de responsabilité ; l'analyse de la situation financière des syndicats sera effectuée par un inspecteur du ministère du Travail et les dispositions interdisant l'engagement politique des syn- caine. dicats seront étendues».
Les changements soulignés par Botha montrent aussi des limitations significatives. Les travailleurs immigrés africains, qui représentent plus d'un tiers des travailleurs africains, ne seront pas autorisés à se syndiquer, de même qu'un nombre sans cesse grandissant d'Africains qui n'ont pas de droit de résidence permanente à l'extérieur des bantoustans.
Les « emplois réservés» légaux, par lesquels des postes particuliers sont réservés par la loi aux Blancs seulement, doivent être supprimés, mais dans les faits, ces réservations légales ne touchaient que quelques milliers d'emplois au plus. Des milliers d'autres emplois sont interdits aux Noirs non officiellement et la nouvelle législation ne cherche en rien à ouvrir ces emplois aux Noirs.
Les aspects les plus révélateurs du rapport de la «Weihahn Commission » concernent promesses d'augmenter la répression contre les syndicats noirs qui refuseraient d'être enregistrés ou qui ne correspondraient pas à la stricte qualification. Ils ne seront pas autorisés à négocier avec les employeurs, ni même à organiser les travailleurs, restrictions qui pourront forcer bon nombre d'entre eux
Il est aussi certain que les militants qui chercheront à utiliser la reconnaissance des syndicats noirs pour faire avancer la lutte des classes devront affronter toute la violence de la police.
Du point de vue des autorités, un ferme contrôle de la classe ouvrière sud-africaine est un facteur crucial pour le maintien du capitalisme et de la domination blanche. La loi sur la terre, les lois instaurant les laissez-passer, les Bantoustans, le refus des droits démocratiques, tout cela s'articule autour de cet objectif central.
Les raisons n'en sont pas difficiles à deviner. Les huit millions et plus de travailleurs noirs dans le pays sont la colonne vertébrale de l'économie sud-afri-
C'est le travail des Noirs qui a construit l'Afrique du Sud et la maintient vivante. LES SALAIRES DE L'APARTHEID
Parce que les ouvriers noirs à l'encontre des Blancs) sont soumis à une très dure répression raciste, les patrons ont été capables de les surexploiter et de maintenir leurs salaires au taux le plus bas.
Par exemple, l'usine Volkswagen à Uitenhage, près de Port Elizabeth, paie maintenant un salaire minimum de 0,86 rands à l'heure, ce qui fait 148,78 rands par mois. Le minimum vital pour faire vivre une famille à Uitenhage, (selon l'Institut pour la planification de l'Université de Port Elizabeth) est de 149,02 rands par mois (de tels chiffres, de plus, sous-estiment généralement les besoins réels d'une famille).
En 1978, on estimait que les mineurs noirs recevaient des salaires mensuels moyens de 119 rands, alors que les mineurs blancs gagnaient environ 840 rands par mois, sept fois plus.
Les ouvrières noires reçoivent des salaires encore plus bas que les hommes. A Pretoria, les domestiques gagnent par mois environ 36 rands net, pour 12 heures de travail par jour pendant la semaine et un peu moins pendant les week-ends. A Pinetown, près de Durban, les ouvrières non qualifiées gagnent 30 rands par mois. Dans la zone industrielle de Babelegi, dans la
Bophutah Tswana, femmes ouvrières sont fréquemment employées pour moins de 6,90 rands par semaine.
Ce sont les Noirs qui souffrent le plus de l'inflation. Selon le Département des Statistiques, le taux d'inflation d'octobre 1977 à octobre 1978 fut de 11,3% pour les plus hauts revenus presque tous Blancs) et de 12,8% pour les plus bas revenus (la plupart des Noirs). De la même manière, les taxes récentes sur les ventes touchent plus durement les Noirs.
Le chômage chez les Noirs est énorme. Pour les Africains seuls, il atteint maintenant plus de deux millions de personnes, et croit à un taux de 10000 par mois. CEUX QUI PROFITENT DE L'APARTHEID
La surexploitation de la force de travail noire en Afrique du Sud permet aux entreprises qui opèrent dans le pays d'amasser des profits relativement élevés. C'est la raison principale de l'oppression nationale des Noirs.
L'année 1978 fut particuliè rement bonne pour quelques compagnies. De Beers Consolidated Mines, qui est lié au géant
Anglo-American Corporation, a fait un bénéfice net en 1978 de 750,6 millions de rands, soit 31,8% de plus que l'année précédente. Gold Fields of South Africa a vu ses profits nets au cours de la seconde moitié de 1978 augmenter de 50% par rapport aux profits de la même période l'année précédente.
Le taux de profit dans les mines, l'industrie, les banques et la plupart des secteurs en Afrique du Sud sont bien plus élevés que dans le reste de l'Afrique et parmi les plus élevés des pays industrialisés. La raison principale en est bien entendu le taux particulièrement Las des salaires perçus par les travailleurs noirs. Une étude réalisée par le South African Institute of Race Relations (Institut sud-africain des relations raciales) d'une grande entreprise typique a montré que si les salaires de ses travailleurs étaient élevés jusqu'au niveau de subsistance minimum, les profits diminueraient de 8% ; si les salaires augmentaient jusqu'à un niveau de pauvreté plus « humain», les profits diminueraient de 21,9%.
En clair, le maintien d'une force de travail noire sous-payée est central pour assurer la prospérité du capitalisme sud-africain.
Un nombre croissant d'entreprises et de banques les plus importantes tirent profit de l'Apartheid en Afrique du Sud : Anglo-American, Rembrandt, Barrow Rand, Federale Volksbeleggings, Volskas. Mais les intérêts étrangers sont encore dominants, leurs investissements et leurs prêts à l'Afrique du Sud jouent un rôle crucial dans le maintien de tout le système de domination des Blancs.
Bien que les banques étrangères et les hommes d'affaires étrangers aient montré certaines réserves à engloutir davantage d'argent en Afrique du Sud, tout de suite après les événements de 1976, il semblerait qu'ils reprennent maintenant confiance en Botha et en ses capacités de protéger leurs investissements - pour le moment du moins.
A la mi-novembre, le Trésor sud-africain a obtenu un prêt direct de 250 millions de dollars de la part d'un organisme syndical de douze banques importantes dans six pays d'Europe.
Un mois plus tard, une enquête menée par le Département américain du commerce révéla que les compagnies américaines en Afrique du Sud prévoyaient d'augmenter leurs dépenses de capital de 20%.
On s'attend à ce que les dépenses totales de capital réalisées par les compagnies américaines atteignent 240 millions de rands en 1979, alors qu'elles atteignaient 200 millions l'année dernière. Les investissements américains directs s'élèvent à environ 1,6 milliards, soit 16% de tous les investissements étrangers directs en Afrique du Sud.
Pratiquement tous les Noirs avec qui j'ai parlé en Afrique LE SYSTEME DES BANTOUSTANS
Les diverses réformes annoncées par le Premier ministre Botha et ses lieutenants - l'Apartheid mineur, la loi sur l'éducation, l'institution des conseils communaux, les projets de création de «parlements» pour les gens de couleur et les Indiens - ne sont que de nouvelles manières de mettre en œuvre une vieille stratégie : la politique classique colonialisme, du « diviser pour régner».
Et depuis des années, le roe solide sur lequel repose cette stratégie est le système des Bantoustans.
Les dix Bantoustans sont des ilots découpés dans la campagne couvrant seulement 13,7% du territoire de l'Afrique du Sud. A peu près la moitié des Africains y sont parqués. Etant que les Bantoustans n'ont aucune industrie importante, le chômage y est endémique. Etant donné que le sol du Sud étaient très critiques sur le rôle des entreprises étrangères, en particulier les entreprises américaines, qui maintiennent le régime d'Apartheid.
«Les camions utilisés par la police ont été fabriqués aux USA», me dit un ancien militant étudiant. « Quand les renforts de la police ont été envoyés à Cape Town, pendant les événements de 1976, ils ont été transportés par des avions américains.»
D'autres soulignèrent l'engagement dans l'économie sud-africaine des compagnies étrangères, dont le fondement est l'exploitation des travailleurs, ce qui contredit l'image « libérale » que certaines veulent se donner. «L'Afrique du Sud, l'Amérique, c'est la même chose », me dit un Africain, « ils nous paient le moins qu'ils peuvent» . un peuple divisé, un peuple dominé de la plupart d'entre eux est pauvre et très érodé, les habitants des Bantoustans ne peuvent produire suffisamment pour nourrir la communauté.
Le revenu moyen par personne dans les réserves, au début des années soixante-dix, s'élevait à 7,20 dollars par mois. La tuberculose, la pellagre, la diphtérie et la « kwashiorkor» (maladie causée par un manque de protéines) y existent à l'état endémique. Dans le Transkei, la «vitrine » bantoustan de Pretoria, environ 40% des Africains meurent avant l'âge de 10 ans, résultat direct de la malnutrition.
Ce sont donc les lieux que Pretoria prétend être la «terre natale» des différents peuples d'Afrique. C'est là que les Africains sont supposés exercer leur « droit à l'autodétermination », en tant que Zoulous, Xhosas, Tswanas, Pedis, etc., mais non en tant que Sud-Africains. Sous la tutelle des « maitres blanes de Pretoria», ces lieux doivent être fragmentés,
« indépendants, et devenir de mini-Etats.
Les Bantoustans remplissent une double fonction. En raison du manque de travail qui y règne, ils servent de réservoir de main-d'œuvre noire bon marché que les employeurs capitalistes blancs peuvent utiliser comme travailleurs migrants quand ils en ont besoin. En même temps, la fiction des Bantoustans (terre natale) justifie l'appropriation par les Blancs de la majeure partie du territoire et le refus d'accorder aux Africains des droits politiques et sociaux dans la totalité du pays. De la même manière, le système vise à alimenter les divisions ethniques entre les Africains, en affaiblissant leurs luttes communes pour obtenir un gouvernement majoritaire noir sur l'Afrique du Sud tout entière.
Les autorités racistes n'ont pas l'intention de remettre en cause cette politique. Elles sont même préparées à la pousser plus avant, afin de faire de chaque Africain un «citoyen» de lun ou l'autre des Bantoustans, qu'ils y vivent ou non. C'est ce qui s'est déjà produit pour plus de six millions de Xhosas, et de Tswanas, qui ont perdu leurs de citoyenneté en Afrique du Sud, conséquence de la proclamation de «l'indépendance » du Transkei et du Bophuta Tswana. Et avec cela, ils ont perdu aussi les quelques droits de résider dans les villes qui resencore aux Africains.
Quand le Venda sera proclamé « indépendant» cette année, encore un demi-million de Vendas seront soumis au même sort.
L'amendement de la loi régissant les Bantoustans, voté en 1978, prive les enfants des vilnés après l'indépendance de leurs parents dans les bantoustans, de tout droit de résider d'une manière permanente dans les zones urbaines « blan-
Un autre amendement donne aux autorités des pouvoirs encore plus grands pour déporter dans les réserves les « oisifs ou les indésirables», s'ils ont été au chômage pendant plus de 122
Au moment où le chômage des Noirs augmente considérablement, le régime s'inquiète de la présence de dizaines de milliers de jeunes Noirs «oisifs» dans les villes. P.T. du Plessis, Président de la Commission des affaires bantoues, a donné l'alar«troupes de choc du soulèvement des jeunes Noirs».
Et plus encore, le nombre de procès résultant de l'application de la loi du « contrôle des cours des dernières années. La liste des délits pour lesquels les résidents des cités peuvent être bannis dans les Bantoustans s'allonge régulièrement.
le ministre des Relations multimis que les laissez-passer laient disparaître, le mécanisme central par lequel les lois controlent l'entrée des Africains étant entré en vigueur. Mais ceci n'est qu'une ruse. Les laissez-passer vont être remplacés par des documents d'identité « simplifiés », destinés, on peut s'en douter, à renforcer la surveillance du régime sur les Africains.
Là où les Bantoustans sont proches des principaux centres industriels, quelques cités entièrement noires y ont été totalement transportées, les travailleurs voyant alors leur trajet pour se rendre au travail allongé. D'autres cités, telles Kwa Mashu, sont simplement devenues partie du Bantoustan par la modification des frontières de celui-ci. Par de telles méthodes, les autorités atteignent leur but final, qui est de priver tous les Africains de leur citoyenneté sud-africaine.
Les Bantoustans semblent subir des modifications. Le Premier ministre Botha a déclaré en janvier 1979 que la Loi de 1936 sur les territoires indigènes et les droits de ceux-ci, fixant les limites des Bantoustans actuels à 13,7% du pays, devrait être revue. Ceci implique que les réserves pourraient être agrandies. Mais, même si c'était cela ne changerait pas leur fonction fondamentale.
LES CHEFS SUR LA CORDE RAIDE
La déclaration de Botha a été saluée par un grand nombre de représentants officiels des Bantoustans, y compris le Chef Lennox Sebe du Ciskei et le Chef Gastha Buthelezi de Kwa Zulu. Sebe a déclaré qu'elle «faisait entrer de l'air» dans la politique des Bantoustans et Buthelezi l'a présentée comme «une démarche radicale bien éloignée de la position prise sous le régime de Mr. Vorster».
Des responsables comme Buthelezi, Sebe, Kaiser Matanzima et Lucas Mangope jouent un rôle vital dans la politique tout entière des Bantoustans. Sans leur coopération, Pretoria n'aurait jamais été capable de mettre en place de cette manière le système. Ils ont joué, en effet, le rôle de policiers et d'administrateurs pour le compte de la domination blanche. La plupart des Noirs les considèrent comme des pantins.
Avec la bénédiction de Pretoria, les chefs des Bantoustans ont mené un grand nombre d'opérations répressives et réactionnaires.
Dans le Transkei, il est désormais considéré comme un «crime de trahison», passible de la peine de mort, de critiquer ou ridiculiser la soi-disant « indépendance » des tans. Au Venda, plusieurs douzaines de professeurs, étudiants et personnalités politiques ayant critiqué le Chef Patrick Mphephu ont été récemment détenus, sans procès. LA «SOLUTION» VERLIGTE
Au début, Pretoria a essayé, d'une manière purement mécaniste, d'étendre les compétences des responsables des Bantoustans, afin qu'ils couvrent aussi les zones urbaines où vivent les Africains. Le régime espère de cette manière semer la division parmi les ethnies et canaliser leurs énergies politiques vers l'impasse que constitue pour eux «l'auto-détermination » des Bantoustans.
Mais cette tentative a lamen-
tablement échoué. A la place, une nouvelle génération de militants noirs a émergé dans les communes, prête à lutter pour établir la domination de la majorité sur tout le pays. Les soulèvements massifs de Soweto, Cape Town et d'autres villes, ont révélé un haut niveau de conscience unitaire parmi les Noirs et qui a pris les autorités par surprise.
En clair, si la domination blanche veut gagner du temps, cela réclame de nouvelles tactiques.
Depuis les soulèvements de 1976, en particulier, de nombreuses voix au sein de la classe dominante et au gouvernement ont réclamé des « changements» - des changements, tels qu'ils les voient, c'est-à-dire pour protéger de manière plus efficace l'essence de la domination blanche.
Certaines de ces forces sont représentées au sein du Parti national, le parti de la bourgeoisie, à travers l'aile verligte (2). Alors qu'ils rencontrent une opposition très rigide de la part des secteurs les plus traditionnalistes, à base rurale à l'intérieur du Parti national, les éléments verligte ont gagné une grande représentation et une large influence dans l'appareil gouvernemental depuis que Pieter W. Botha est devenu Premier ministre en septembre 1978.
Bien qu'il ne se reconnaisse pas lui-même comme verligte, Botha a appelé deux membres dirigeants de cette aile à des postes clés du cabinet : Piet Koorhof comme «Minister of Plural Relations and dévelopment», pour mettre en œuvre la politique du gouvernement à l'égard des Africains, et Punt Jansen comme ministre de l'Education et de la Formation, pour appliquer les changements dans le système éducatif africain.
De concert avec d'autres « réformateurs », dirigeants du parti et avec le soutien prudent du Premier ministre, il a été à l'avant-scène lors des efforts de rénovation de l'Apartheid. Ils ont réussi à accorder cette politique avec la nécessité pour le régime de maintenir son contrôle sur une population noire croissante et plus urbaine.
Le produit de cette politique est un feint relâchement de certains aspects de la ségrégation urbaine, l'altération dans la politique éducative et les modifications à venir dans les Bantoustans et dans la politique de l'emploi des Noirs.
Une autre innovation, qui est au cœur même de la pensée verligte, est une tentative de provoquer l'émergence d'une petite-bourgeoisie noire urbaine qui voit que ses intérêts sont liés au maintien du statu-quo et qui peut servir de tampon entre les masses noires et le régime blanc.
Le Premier ministre Botha a lui aussi ouvertement favorisé cette tentative. En 1976, peu après le début des rébellions de Soweto et alors qu'il était ministre de la Défense, il avait déclaré que le régime serait capable de se protéger seulement «s'il réussissait à établir une classe moyenne forte - pas seulement au sein des Blancs, mais parmi les Noirs aussi».
A la fin de 1977, un certain nombre de restrictions concernant l'établissement de commerces et de professions des Africains ont étélevées. Les autorités ont abandonné l'obligation de produire des papiers attestant la « citoyenneté » bantoustan pour ceux qui voulaient ouvrir un d'actions et les membres des restrictions ont été levées pour n'importe quel type de commerce et pour toutes les professions libérales, excepté que les entete de richisse sles, priété d'Africains, jours interdites dans les Bantaille maximum des entreprises a en fait plus que doublé.
Les autorités ont aussi été amenées à des concessions qui paraissent pouvoir s'appliquer à un nombre plus grand de Noirs. En 1978, le régime a récompensé ceux des Africains qui pouvaient se permettre d'acheter ou de construire leur propre maison dans les zones urbaines où les droits des teneurs de baux sont limités, en leur permettant d'être propriétaires, de vendre ou de léguer leur maison, et ce, pour une période de 99 ans.
Comme beaucoup d'autres «réformes» instituées par le régime, cependant, celle-ci aussi comporte des pièges. Pretoria veut être capable de limiter et de décider de qui peut bénéficier de ces avantages limités.
Non seulement cette mesure coupe court à la demande de garantie de détenir les titres de propriété des maisons et des terrains (une revendication clé des leaders noirs), mais aussi elle restreint les possibilités de transfert de propriété d'un bail. Par exemple, les Africains qui sont « citoyens» ou « Bantoustans indépendants» ne peuvent pas léguer leurs maisons à leurs enfants. PLUS DE « CLUBS POUR LES GARCONS INUTILES»
Afin de mettre en place les mécanismes de la collaboration des Noirs, et pour introduire un élément de domination indirect dans les communes, le régime a commencé à imposer des « conseils communaux » avec un personnel noir dans un certain nombre de zones.
Les anciens conseils urbains bantous, n'avaient qu'un pouvoir de délibération, ont été largement tournés en ridicule par les habitants des communes noires et qualifiés de pour les garçons inutiles», en raison de leur manque de toute autorité politique.
Les nouveaux conseils se sont vus assigner des tâches adminislimitées, afin de leur donner l'apparence de plus de pouvoir. Cela va de la possibilité de décider du lieu de construction des églises, des écoles et des établissements de commerce, au contrôle des animaux errants, au développement des équipements sportifs, à la promotion «d'un réel développement communal» et à la «sécurité morale et matérielle » des habitants des communes, et c'est aussi une fonction routinière dont les responsables blancs n'auront plus à se préoccuper.
Les conseils se verront aussi confier certaines tâches de police, y compris la responsabilité de démolir les bidonvilles non autorisés et de nommer des «gardes communaux » pour maintenir «la loi et l'ordre». Ce dernier point est l'objet de discordes particulièrement aigües dans des communes comme Soweto, où les habitants se rendent compte avec amertume que les gardes ne sont rien d'autre que l'extension de l'appareil policier, construit pour accentuer la répression contre la communauté noire.
Le pouvoir réel, bien entendu, reste aux mains des Blanes. Les conseils donnent simplement la possibilité aux services administratifs de se décharger de quelques tâches de gestion quotidienne sur les collaborateurs noirs.
SOLOMON MAHLANGU
Les conseils sont très impopulaires chez les Noirs et les «élections» de ces conseils ont été souvent boycottées. A Soweto, seulement 6% du corps électoral a voté. Cependant, environ 130 conseils avaient été mis en place dans les communes noires dans le pays tout entier, vers la fin de 1976.
Une démarche à peu près similaire, sur une échelle encore plus grande, est envisagée pour les gens de couleur et les Indiens.
En septembre 1977, le gouvernement a dévoilé un nouveau projet constitutionnel destiné à entrer en vigueur dans les prochaines années. Il s'agit fondamentalement de mettre en place des parlements fantoches pour les gens de couleur et les Indont les fonctions seraient de débattre et de légiférer sur des points concernant seulement ces communautés. Là enresterait qui présiderait également un cabinet du conseil composé d'une majorité de membres blancs.
Botha veut utiliser ces nouvelles institutions afin d'obtenir la collaboration de personnalités de couleur et indiennes influentes, ce que le régime a déjà fait à l'aide du « Coloured People's Representative Council » et du «South African Indian Council » (deux corps consultatifs qui existent déjà).
De plus, en offrant quelques droits de vote aux gens de couleur et aux Indiens, mais non aux Africains, Botha espère exacerber les frictions entre les trois secteurs de la population noire et réduire l'identification croissante qui touche les jeunes de couleur et de leurs frères et sœurs africains.
Aucun de ces changements introduits à l'heure actuelle ne modifie d'un pouce la voie fondamentale de la politique de l'Apartheid qui a déjà été développée depuis plusieurs décennies. Botha et ses partenaires verligte essayent tout simplement de mettre en œuvre cette politique de manière plus flexible pour l'adapter à des circonstances changeantes.
Dans quelle mesure seront-ils capables de mener à bien cette politique, cela reste à voir. Ils doivent faire face à une opposition, non seulement de la part des Noirs, mais aussi de la part de certains secteurs de la classe dominante, qui craint que toute modification du système de l'Apartheid mette en branle des forces sociales incontrôlables.
Un certain nombre de déclarations faites par les dirigeants verligte, en dépit de l'image moderniste qu'ils souhaitent donner d'eux, révèle une détermination tout aussi violente que celle des racistes les plus enragés, de maintenir une domination économique et politique des Blancs à tout prix.
Pik Botha, le ministre verligte des Affaires étrangères, a affirmé que le gouvernement n'acceptera jamais, « même dans un siècle», de partager le pouvoir politique avec les Africains. Il maintient aussi que les Blancs devront «combattre jusqu'au dernier» plutôt que d'abandonner la politique d'imposer « l'indépendance » des Bantoustans.
Willem de Klerk, l'éditeur de Die Transvaler et aussi verligte déclaré, a publié un avertissement aux Noirs en juin 1978, les avisant de se contenter des «si les porte-parole noirs continuent à cracher par terre à chaque fois que les Blancs font proposition sur proposition», dit-il, «si chaque tentative des Blancs de faire progresser les choses ne fait que provoquer une nouvelle protestation et une nouvelle revendication de la part des Noirs..., si les leaders noirs ne font que se moquer de nous, et s'amusent à nous faire peur, en nous disant que le jour de la libération et des reglements de compte est arrivé.... si cela doit continuer ainsi..., alors le fouet va claquer...»
Ce qui s'en suivra, expliquait de Klerk, ce sera une «grande contre-révolution». DOMINE PAR SJAMBOK
Il apparaîtra à beaucoup de Blanes que la grande contre-révolution de de Klerk est déjà en marche, et cela depuis de nombreuses années.
Malgré tous les discours sur le «changement», il n'y a eu aucune diminution des violences exercées contre les Noirs et c'est un des éléments de la vie quotidienne en Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud détient le record du nombre d'emprisonnés dans le monde, avec une moyenne journalière de 100000 personnes emprisonnées. La grande majorité d'entre elles est composée de Noirs.
Environ un million de Noirs sont arretes chaque annee, tombant sous le coup des lois spé-
cifiquement racistes.
Les militants politiques courisques particulièrement graves face à la répression policière. Entre le ler juillet 1976 et le 30 juin 1977, plus de 13500 personnes ont été poursuivies pour avoir commis des délits tels que « déprédations volontaires de biens» ;
«sabotages »; « incitation à des manifestations raciales» et tres charges similaires, dont beaucoup ont leurs racines dans les rébellions massives contre le gouvernement au cours de cette
2430 personnes ont été aussi détenues entre juin 1976 et septembre 1978, tombant sous le coup du «Terrorism Act», de «l'Internal Secrity Act» et de tout l'arsenal légal concernant la « sécurité». Environ un millier d'entre elles ont été ensuite jugées et condamnées.
Une autre forme de tion contre les militants politiques est la «condamnation à l'interdiction » qui empêche la personne condamnée de publier quoi que ce soit, lui interdit de se déplacer en dehors de certaines zones et décide des personnes qu'il ou elle est autorisé à rencontrer. Ces interdictions empêchent en général toute activité militante et politique ouverte et même accroissent les difficultés pour trouver un travail ou pour continuer à étudier. Le SAIRR - South African Institute of Race Relations -dans un rapport, a montré qu'il y a maintenant 167 personnes frappées d'interdiction et la plupart d'entre elles depuis cinq
Les brutalités contre les prisonniers, politiques ou non, sont monnaie courante. Bien que beaucoup de cas soient passés sous silence, des exemples de coups, de torture et de meurtre dans les prisons sont tellement habituels qu'ils sont souvent cités dans les témoignages au cours des procès.
Pendant et après les révoltes de Soweto, plusieurs douzaines de prisonniers politiques sont morts après avoir été arrêtés, la plupart dans les mains de la police. Le ministre de la Justice, des Prisons et de la Police, James T. Kruger a admis que 117 détenus sont morts alors qu'ils avaient été arrêtés par la police au cours de la seule année 1976.
Les meurtres sanctionnés par la justice de Pretoria sont tout aussi nombreux. En 1978, les tribunaux ont envoyé au gibet 132 personnes - toutes noires sauf une -. En 1978, le taux des exécutions fut de 46,6% plus élevé que le chiffre de 1977, qui était de 90, lui-même supérieur de 47,5% au chiffre de 1976, qui était de 61.
Les Noirs sont souvent assassinés dans les rues par la police. En plus de 600 personnes ou plus qui ont été tuées pendant la répression contre les manifestations de masse de 1976 et 1977, des dizaines d'autres sont assassinées chaque année dans le cadre des activités de routine de la police. Ces meurtres sont destiterroriser la population noire toute entière.
autre développement, d'origine plus récente, est l'apterroristes non officielles dirigées contre les dissidents politiques blancs.
En janvier 1978, Richard Turner, un assistant interdit de tendance socialiste, a été assassiné à Durban par un tireur inconnu.
En août, Harold Strachan, un critique qui avait auparavant ré vélé les conditions de détention des prisonniers politiques, échappé de peu à la mort lorsmillimètres de sa tête.
Le régime de l'Apartheid se prépare à affronter des révoltes encore plus fortes, à la fois en Afrique du Sud et hors des frontières. Les dépenses militaires pour 1977-1978 atteignent 1,7 milliards de Rands, soit plus de 18% du budget total de
Malgré l'embargo sur les armes décidé par les Nations Unies, et qui est supposé être « obligatoire» pour tous les des Nations-Unies, continue à des armes de l'étranger. Analysant récemment les statistiques des activités commerciales, Howard Preece, rédacteur financier du Rand Daily Mail, écrivait, le 18 décembre, que l'« Afrique du Sud continue de depenser plus de 300 millions de rands chaque année en importations malgré les grandes restrictions faites аих ventes d'armes à ce pays».
Cette puissance militaire massive continue à menacer les peuples noirs dans les autres pays aussi. Le lieutenant général RRD Rogers, chef de l'Aviation, a déclaré le 29 novembre que la société sud-africaine devait faire face « à une période d'attaque sur tous les fronts». Il continuait : « dans ces conditions, une force de défense forte et bien entraîné est nécessaire. Non seulement pour défendre la terre de nos pères, mais pour rétablir la stabilité au sud de l'Afrique et pour que nous jouions le rôle de gardiens de la paix et de la liberté dans le sous-continent».
Ce que Rogers veut dire par «gardiens de la paix et de la liberté » a déjà été démontré par l'invasion de l'Afrique du Sud en Angola en 1975-1976 et le massacre par Pretoria de centaines de réfugiés namibiens au sud de l'Angola en mai 1978.
Comme ils l'ont fait auparavant, les dominateurs blancs d'Afrique du Sud emploient une combinaison de répression radicale et d'ajustements structurels pour essayer de contenir la lutte des Noirs et, par conséquent, maintenir leur loi.
Mais le gros problème de Pretoria est que les Noirs sont déjà préparée à ces affrontements. NOTES 1. Le rand équivaut à 1,15 dollar, soit entre 4,60 Ff. et 5 Ff. 2. L'aile vers « verligte» («illuminé ») du Parti national, se considère comme plus libérale que le gros de ce parti. La plupart des « verligte» appartiennent aux couches les mieux éduquées de la communauté afrikaner et certains d'entre eux ont des liens très étroits avec la nouvelle bourgeoisie riche afrikaner (une majorité de grands capitalistes parlent toujours anglais).
Les «verligte» traitent les dirigeants les plus rigides et les plus conservateurs du Parti national de « verkramptes» (c'est-à-dire dogmatiques, ou au sens plus littéral, étroits d'esprit). Andries Treurnicht, le dirigeant du Parti du Transvaal, est le chef le plus connu de l'aile « verkrampte».