Depuis les cinq premiers mois de son gouvernement, le dictateur
Figueiredo a dû s'affronter à plus d'un million et demi de travailleurs en grève. Ce sont plus de 85 mouvements de grève qui ont eu lieu, dans au moins douze états de la Fédération. Cela constitue le fait le plus remarquable depuis 16 ans pour le mouvement ouvrier
Ce large mouvement revendicatif se combine avec une mobilisation
«Parti des travailleurs», dirige par les syndicalistes «authentiques»
La dictature, de son côté, essaie sa «réforme». Et, pour cela, outre l'impérialisme américain, la social-démocratie vient à son secours,
Grèves, manifestations populaires, luttes contre le coût de la vie, pour l'amnistie générale et sans restrictions, pour une Assemblée constituante souveraine, ainsi que la construction d'un «Parti des travailleurs»... Voilà les enjeux actuels pour la classe ouvrière politique tout et les oppositions syndicales.
avec Brizola, vieux leader populiste.
brésilienne.
La dictature militaire qui s'est installée au Brésil en 1964, renforcée par le nouveau coup d'Etat «institutionnel» en pendant une période (jusqu'en 1977/78) la dictature la plus sanguinaire de l'histoire du pays. Malgré ses promesses du début de construire une « démocratie moralisée», libérée de la subversion et de la corruption, promesses réatfirmées à chaque changement de général-président, la dictature n'a abouti qu'à mettre en place le pouvoir le plus incontrôlé et le plus despotique que la vie brési lienne ait connu. Le nombre de pouvoirs réunis dans les mains du chef de l'Etat n'a cessé de croître. Le Président s'est placé au-dessus du pouvoir judiciaire, en tant que réel détenteur des trois pouvoirs.
La torture et l'assassinat des adversaires politiques ont été les bases essentielles de la dictature. L'impunité dont jouissait l'appareil répressif lui a peris de deveaussi importante : lutte pour la construction d'un nir un véritable pouvoir indépendant dans l'Etat. Le Brésil a formé une police politique capable d'ailleurs d'exporter sa «technologie» vers d'autres pays d'Amérique latine.
La répression politique a été l'instrument fondamental pour la réalisation du blocage des salaires, de la reconcentration des revenus qui a fait du Brésil l'un des pays ayant l'une des plus fortes inégali té de répartition des revenus. Cela a été un élément fondamental dans le processus d'accélération de l'accumulation du capital, enregistré entre 1968 et 1973, le soi
«miracle
Néanmoins, pendant cette période de répression brutale et de réussite économique sans précédent, le régime n'est pas parvenu à acqué-
Cela est dû à l'incapacité de la dictature de concevoir une idéologie lui donnant une légitimité et, par conséquent, une base sociale
Brésil
L'essor
Benedito OLIVEIRA raisonnable. Le coup d'Etat par lequel elle est parvenue au pouvoir fut présenté comme un coup d'Etat «libéral», ayant comme objectif le rétablissement d'une véritable démocratie, détruite par la démagogie, la corruption et la subversion. Jamais n'ont été développées de théories sur le «parti uni que» ou des déclarations à propos de la corruption totale de la «clas se politique» qui auraient permis d'ériger le gouvernement mili taire en nécessité. De là, surprenant maintien du Congrès pendant presque toute la période, son absence de «calendrier électotal», bien que les élections soient vidées de tout sens en termes de pouvoir; de là, aussi, la préoccupation de changer de présidents au terme de leur mandat, en renforçant le caractère militaire de la présidence et malgré la toute-puissance de l'Armée, en suggérant sans arrêt que la «prochaine fois», il y aurait un gouve mement civil.
Pendant une courte période, (sous le gouvernement de Medici, de 1969 à 1974), on a essayé de légitimer le régime sur la base du «miracle économique». Mais cette courte tentative fut anéantie par le début de la crise économique en 1973; et même, pendant cette période, le régime a été démenti par la divulgation des données sur l'accroissement des revenus, de la dépendance envers l'impérialisme, de la dette extérieure, etc.
c'est-à-dire d'essayer de se donner 1964 qu'on peut trouver les rai une façade libérale à travers une sons fondamentales de la crise acde s'auto-justifier en tant que dic- compréhension de l'accélération tature, l'option finalement faite (rendue obligatoire par le début de la crise) d'essayer à n'importe quel auto-réforme de la dictature, sont tuelle.
LE MODELE ECONOMIQUE Le «modèle économique» ins tauré depuis 1964 n'est en réalité que l'accentuation et l'approfondi sement du «modèle» mis en œuvre pendant la seconde moitié des années 50, sous le régime de Juscelino Kubitscheck. Très brièvement, cela consiste à appliquer le blocage des salaires (un accroissement significatif du taux de plus-value), ainsi qu'une complète intégration à l'impérialisme, permettant donc un grand essor industriel, fondé sur l'association de ces trois secteurs : l'impérialisme, les entrepri ses d'Etat et le grand capital national.Dès cette période d'ailleurs, très difficile de parler de «grand capital national», en fonction de cette intégration. Le terme de «grand capital associé» est plus approprié (1).
Le caractère anti-populaire de ce modèle, clair déjà au début des années 60, a été une des raisons principales du coup d'Etat de 1964. Le coup n'a été en fait que l'ajustement de la superstructure politique à la répression déjà pré-
Les résultats les plus importants de l'accélération de ce type d'accumulation du capital depuis 1964 ont été l'industrialisation, le développement de l'urbanisation et le poids du prolétariat industriel. La population urbaine représente déjà, dans l'ensemble du pays, plus de 60 %. Au Sud-est, où se trouvent les principaux états industriels (Sao Paulo, Minas Gerais et Rio de Janeiro), elle représente plus de 80 %, soit 90 % répartis entre Sao Paulo et Rio de Janeiro.
L'industrialisation ainsi que l'urbanisation du pays sont complétées par la pénétration crois sante du capital dans l'agriculture, reléguant les formes archaïques de rapports de travail - tels que la «parceria» (2) - au second plan. Dans le Sud-est, la proportion des prolétaires ruraux est déjà supé-
Cette difficulté pour le régime des éléments importants pour la récente de la crise du régime.
C'est dans le changement du son «institutionnalisation», profil économique du pays depuis rieure à 70 % et les «boias frias» (3) et les travailleurs saisonniers représentent un fort pourcentage.
Il est important aussi de souli gner le caractère de l'industrialisation fortement marquée par la présence du capital monopoliste, notamment dans les branches les plus modernes de l'économie. La présence chaque fois plus importante du grand capital (étatique, impérialiste et associé) et la perte d'expression de la moyenne bourgeoisie ont conduit à un accrois sement du nombre des salariés.
est important également de évolution grande partie anciennes professions «libérales».
Une telle transformation n'a pu être réalisée qu'avec l'augmentation de la dépendance technologique et financière. L'endettement lui aussi grandissant du pays en est
Depuis 1973, l'économie est en crise. D'abord, sa dépendance a augmenté dans tous les dofinancier, technologique (l'industrialisation a été développée avec l'accentuation de la dépendance, surtout dans le domaine des équipements industriels), et même la dependance à l'égard du marché international à cause des nombreuses facilités obtenues pour la vente de ses produits.
En ce quiconcerne la balance des paiements, on pourrait dire qu'elle constitue le point le plus sensible de la crise avec un endettement constant en raison du déficit.
Deuxièmement, lisation ne peut être faite qu'avec un grand soutien de «l'Etatmère». La quantité de subventions accordée par les pouvoirs une preuve : en 1973, la detteextérieure était de 6 milliards de dollars; en 1974, 17 milliards (corres pondant à une dette à court terme de 12 milliards de dollars); aujourd'hui, l'estimation dépasse le chiffre de 50 milliards de dollars. L'effort de la politique économique a été dirigée vers l'augmentation des exportations (d'ailleurs très rapide et qui a doublé dans la période mentionnée).
Mais la difficulté fondamentale consiste en ce que cet accroissement des exportations est accompagné d'une augmentation égale, voire supérieure du flot d'importations - fait compréhensi ble en fonction du type d'industrialisation existant dans le pays : très accentuée dans le secteur des biens de consommations durables (automobile, électro-ménager), et moins importante dans le secteur des biens de production. S'y ajoute le problème du pétrole, toujours utilisé par le régime comme «bouc émissaire».
Dans ce contexte, le dévelopfinancier a rempli des tâches cohérentes d'une part par rapport au «modèle économique» mais a révélé sa faiblesse : on reconnaît déjà officiellement, par exemple, qu'il est un encouragement à la spéculation. LA CRISE DU MODELE publics est invraisemblable. Plusieurs groupes privés (étrangers d'ailleurs, comme la FIAT) ont reçu pratiquement gratuitement des offres d'installation pour certaines industries, tant était grande la préoccupation du gouvemement (à l'échelon fédéral et municipal), d'offrir le maximum d'avantages possibles, soit en subventions, terrains, exemptions d'impôts, participation en tant qu'actionnaires sans avoir de contrôle. C'est surtout dans les secteurs destinés à l'exportation que ce phénomène est le plus évident, car il justifie les efforts importants faits pour rendre les produits brésiliens plus compétitifs.
La pénétration de ce «nouveau capital» dans la campagne a eu lieu aussi avec une participation directe de l'Etat, sous la
forme de financements à des d'intérêts réels négatifs (taux d'intérêt moins grands que le taux d'in flation).
Le deuxième point sensible de cette politique économique, conceme la «lutte contre l'inflation» qui accentue la dépendance financière, le poids grandissant des dépenses publiques pour faire marcher les diverses entreprises, ainsi que la présencapital monopoliste et d'un secteur financier hautement spéculatif. Depuis 1974, l'inflation a dépassé le taux annuel de 30% et cette année on atteindra certainement le taux INDEX DES SIGLES
PC Parti comuniste brésilien PC du B - Parti communiste du Brésil
(pro-albanais) MR-8 - mouvement révolutionnaire du 8 octobre APMC - Alliance populaire marxiste-léniniste Pendant longtemps, le remède contre l'inflation était l'«arrocho» salarial (le blocage des salaires). Le SMIG a été duit dans les années 40, en tant que salaire de survie pour une famille de travailleurs. Jusqu'au début des années 60, il a connu de grandes oscilliations (toujours des hauts et des bas liés aux mouvements revendicatifs des travailleurs), mais, l'ensemble de la période, il y a eu une très faible augmentation, de beaucoup inférieure à l'accroissement de la producti vité, ce qui signifie une élévation du taux de plus-value. Dans la période qui va de 1964 jusqu'à 1974, le SMIG a subi une chute grave. Pour cela, le régime a dû réprimer profondément le mouvement syndical, qui était déjà de son côté très lié à l'Etat - structure verticale, copiée sur le modèle mussolinien, dans les années 40, par le Président Vargas.
veau de vie des années 40 puisse être rétabli, sans y incorporer aucun gain de productivité, le SMIG devrait être augmenté de plus de 120 %.
Comment donc la popula tion brésilienne a-t-elle pu survivre à une chute brutale de son niveau de rémunération ? Pour cela, il y a des explications : le d'heures travaillées a augmenté (malgré la journée légale de 8 heures), par le biais de l'artifice des «heures supplémentaires» et tandis que le moyen de personnes travaillant par famille - les femmes et les enfants - a aussi augmenté.
A insi donc, la dictature s'es trouvée dans l'impossibilité de contenir l'inflation par une plus grande compression du SMIG.
La profondeur de la crise économique a ouvert une crise permanente et croissante de la dictature. Sa légitimité a été mise en doute par son manque «d'efficacité», augmentant son instabilité, en diminuant par conséquent sa base de soutien au sein même de la bourgoisie. Par conséquent, une période de conflit inter-bourgeois a commencé sous le gouvernement Geisel (1974-1979), tant par rapport au choix de la stratégie politique à adopter, qu'en ce que qui concerne le «partage du gâteau». Lors de l'installation de l'actuel dictateur Figueiredo, un essai de solution a cette crise a été tenté avec la création d'un ministère « spécial» afin de plaire à toutes les fractions.
Néanmoins, le résultat en a été le bouleversement de la forme de domination bougeoise. Jusqu'en 1964, cette domination s'appuyait sur deux pilliers importants: - le contrôle que l'oligarchie rurale, la bourgeoisie latifundiaire, exerçait sur des vastes continla population: les «currais eleitorais», le «vote de cabresto» (4), qui avaient un poids décisif au sein du Congrès National: - le contrôle que les appareil populiste (syndicats et partis contrôlés par le Ministère du Travail, tel le PTB - Partido Tra-
Aujourd'hui pour que le ni balhista brasileiro - Parti travailliste brésilien - fondé sur la structure syndicale verticale) exerçaient sur la majorité de l'électorat ouvrier, grâce d'ailleurs à la complicité du Parti communiste brésilien.
La domination de l'oligarchie a été anéantie autant par le processus d'industrialisation et d'urbanisation, que par la modification de la structure agraire. La domination du populisme urbain a été détruite par cette même industrialisation qui a accru le poids de la classe ouvriè-
Get par conséquent sa vocation à l'hégémonie, mais plus encore, par la répression dont son appareil a souffert. La période immédiatement postérieure à 1964 a vu le populisme passer par un processus de radi calisation (surtout nationaliste, où Leonel Brizola, leur principal leader, développait un dis cours anti-impérialiste). Cela a amené la dictature à tenter de le détruire. Il est tout à fait naturel qu'une structure contrô lant le mouvement ouvrier par «l'intérieur» ait été obligée de suivre ce dernier dans son processus de radicalisation et par conséquent, la «destruction» du mouvement ouvrier impliquait aussi son démantèlement.
A partir de 1974, après avoir détruit la gauche «guerilleriste», le régime tente son «institutionalisation». Mais le problème était plus compliqué qu'il ne pensait. Comment faire ? D'un côté la voie électorale était bouchée car le populisme qui détenait les « voix achetées»
TA NIS
RRES
était démantelé, sinon détruit. Et de l'autre côté la violence terroriste de la dictature avait jété dans le camp de l'opposition tous ceux qui possédaient une «conscience humaniste». Même l'Eglise, un des pilliers du coup d'Etat de 64, s'est transformée en appui actif de l'opposition.
Cette période a été marquée aussi par le début des victoires sans précédent de l'opposition bourgeoise - le MDB (Movimento democratico brasileiro -Mouvement démocratique brésilien),
L'ACCELERATION DE LA La crise économique à partir de 1973, a aiguisé le problème de la légitimité de la dictature. Le Général Geisel, depuis le début de son gouvernement, parlait de «détente» du régime. La défaite électorale de novembre 1974 l'a obbligé à un recul.
Jusqu'à 1978 l'opposition s'est dévéloppée sous l'emprise de la bougeoisie libérale, autour de thèmes «institutionnels».Ce type d'opposition a eu son apogée après le «Pacote de Abril» une série de mesures décrétées par le régime dans un contexte d'interdiction de fonctionnement du Congrès, visant à permettre les élections parlementaires de 1978. Dans ce «pacote» se trouvait par exemple, l'élection indirecte d'un tiers du Sénat par l'intermédiaire d'un collège électoral, où prédominaient les parlementaires de petites villes, ainsi que la confirmation d'élections indirectes - par ce même collège -pour les gouverneurs (et non par les assemblées législatives, comme avant, car cela aurait donné au MDB le gouvernement des principaux Etats du pays); il y a eu aussi la généralisation de la «Lei Falcao» - loi portant le nom de son auteur, le minis tre de la Justice en exercice à l'époque, limitant la propagande électorale à la radio et à la télévision à une simple divulgation des noms, des numéros et des curriculum vitae des candidats.
surtout dans les grands centres urbains.
Plus récemment, à partir de 1977/78, la dictature a découvert un défi plus grave que les défaites électorales : le mouvement ouvrier a ressurgi plein de vigueur et sur des nouvelles bases, se caractérisant par sa défiance à l'égard du populisme traditionnel.
C'est ce contexte qui expli que la crise persistante de la dictature, commencée en 1974 et accélerée en 1977/78, ainsi que la montée de la combativité du mouvement ouvrier. CRISE DE LA DICTATURE
Cet ensemble de mesures a obligé le MDB à demander la convocation d'une Assemblée Constituante, mot d'ordre avancé depuis quelques temps par certains secteurs de la gauche. Ce mot-d'ordre commença alors à jouer un rôle déterminant en même temps que la demande de la révocation de l'Acte institutionnel n.5 (5), la fin revendiet famisie déjà avancées partiellement par l'opposition bourgeoise.
Outre l'approfondissement de l'opposition libérale bourgeoise, l'année 1977 a été marquée par un grand essor du mouvement étudiant, avec des immenses manifestations de rue, les premières d'ailleurs depuis 1968. Plus importante encore a été l'émergence du «syndicalisme authentique». Quelques dirigeants syndicaux, formés pendant la période de total contrôle de la dictature, ont commencé de plus en plus, à prendre des positions de classe, combatives. Leur première grande campagne a été faite sur le rattrapage salarial, c'est-à-dire le réajus tement salarial de 34% que la dictature elle-même avait admis, en utilisant les chiffres frauduleux des indices de l'inflation.
Face à une opposition qui se généralisait, la dictature était disposée à accorder une série de «réformes» du régime, pour la fin de 1977. Des mesures telles que la suppression de l'AI-5 et son remplacement par des mécanismes de «défense de l'Etat», comme la possibili té pour le pouvoir exécutif de supprimer les mandats parlementaires, ou de décreter un «état d'urgence» sans consulter le Congrès, pouvant ainsi intervenir dans les organismes sociaux, en suspendant les garanties constitutionnelles, ainsi que la concession d'une certaine amnistie partielle. Commençaient ainsi les manœuvres pour gagner l'opposition libérale.
Le poids prédominant de l'opposition bourgeoise au sein opposition plus large, commençait donc à être mis en cause. Au cours de l'année 1978, et surtout à partir du mois de mai, une grande vague de grève éclata - cela dans un contexte où les grèves sont toujours illégales. La région de l'ABC, principal centre de l'industrie automobile se trouva à l'avant-garde. Ce fut la grève la plus importante depuis 1968, rassemblant plus de 50000 ouvriers. Cette grève toutefois n'a pas été assumée par les syndicats et a pris ainsi la forme de grève usine par usine.
La dictature a opté pour la négociation en donnant satisfation à un grand nombre de revendications salariales.
Ce mouvement de s'est prolonge tout au long de l'année 78, principalement parmi les branches des salariés tels que les médecins, les profes seurs, etc. En septembre, lors de la grève des métallos de Joao Monlevade (à Minas Gerais), un syndicat «authentique» a assumé pour la première fois la direction officielle du mouvement qui a été victorieux. En octobre-novembre, nouveau saut qualitatif a été fait : plus de 250000 métallos entraient en grève à Sao Paulo, Osasco et Guarulhos (dans la région métropolitaine de Sao Paulo). Le résultat a été décevant, à cause des manœuvres des dirigeants de ce syndicat - syndicat jaune. La fin de la grève a été décrétée sans que les revendications aient été satisfaites et malgré le désaccord d'une grande majorité de travailleurs.
Un autre événement politique important de cette année a été constitué par les élections parlementaires de novembre. Le niveau politico-institutionnel commençait à être en retard par rapport au mouvement social réel.
L'année 1979 a été marquée à la fois par la radicalisation de la lutte pour les libertés démocratiques ainsi qu'une nouvelle explosion du mouvement ouvrier. La «réforme» du régime entrait en vigueur au premier janvier, avec la fin de P'AI-5, comme première mesure. Ensuite il y eut le projet d'amnis tie partielle - qui excluait les condamnés pour «crimes de sang», c'est-à-dire, ceux qui ont affronté la dictature par les armes -; ainsi que la «reforme partidaire», permettant la légalisation d'autres partis politiques que l'ARENA (Alianca Renovadora Nacional - Alliance rénovatrice nationale), parti officiel, et le MDB- opposition tolérée, ou même la dissolution des partis existants.
importante pour rendre viable l'alliance du régime avec les libéraux et même pour rétablir des rapports• avec les anciens leaders populis tes tels que Leonel Brizola -aujourd'hui aligné sur la socialdémocratie. Ce projet d'amnis tie partielle a obtenu des réponses massives de la part du mouvement populaire, qui le rejette et exige une réelle amnistie générale et sans restrictions. D'un autre côté, pendant le même mois d'août, les prisonniers politiques ont organisé mouvement de grève de la faim qui a pris des proportions natio-
Les principaux syndicaux ont, eux aussi, manifesté leurs refus de cette amnis tie partielle en descendant dans la rue avec la population dans plusieurs villes du pays. «Lula» - Luis Inacio da Silva - le principal «syndicaliste authentique», a également déclaré lors d'un meeting organisé par son syndicat à Sao Bemardo, que «les vrais fauteurs de délits de sang étaient le régime militaire qui tue les ouvriers par la famine»
La nouvelle reformulation des lois concemant les partispolitiques est fondamentale pour la dictature, afin qu'elle puisse avoir une majorité parlementaire. Sa tentative consiste à construire un Parti libéral « indépendant», qui serait une sorte de rassemblement de toute l'opposition bourgeoise, fonctionnant ainsi comme pilier politique du régime; il s'agit d'un autre côté, de favoriser la constitution d'un parti d'opposition «populiste» ou social-démocrate, qui puisse être un interlocuteur «responsable». Le grand obstacle pour concrétiser ce plan, outre les contradictions inter-bourgeoises, est l'apparition du mouvement pour le «Parti des travailleurs» (6), orchestré par les «syndicalistes authentiques», exprimant ainsi la combativité du mouvement ouvrier.
C'est là le vrai problème qu'affronte la dictature; l'opposition bourgeoise joue désormais un rôle secondaire. Le géde mars demier s'est vu convrier mieux organisé encore et plus combatif : plus de 250000 metallos de la région de l'ABC ont fait grève pendant plus de 15 jours. Cela a représenté un défi pour la dictature, l'obli geant à repenser sa politique vis-à-vis du mouvement ouvrier. Ce fait constitue sans doute, une des causes du changement de comportement de la part de l'actuel dictateur, par rapport à son prédécesseur -Geisel. Figuei redo a opté pour une stratégie plus osée, en élargissant les brèches de l'«ouverture» promise, pour pouvoir ainsi acquérir une image populiste. Il est possible d'affirmer qu'à partir de ce moment la dictature a décidé de miser sur une évolution du même type que celle appliquée en Espagne.
La grève de l'ABC s'est soldée après des négociations entre les dirigeants syndicaux et le régime, par un «match nul» ! Si les travailleurs n'ont pas remporté une victoire, n'obtenant pas de hausses de salaires signifi catives, le régime a été contraint de reconnaître les dirigeants syndicaux comme de réels re représentants des travailleurs. II faut souligner que tout cela s'est passé dans un contexte «d'intervention» de la dictature qui a mis les syndicats «hors-la loi», alors que les grèves continuaient à être illégales. Juste après la fin des grèves, les dirigeants destitués ont été réintégrés à leurs postes, - fait jamais vu dans l'histoire du syndicalisme brésilien, puis que la loi, toujours en vigueur, sur l'inélégibilité ne le perettait pas auparavant.
La courbe du mouvement gréviste continuait à monter. A partir de mai 79, c'était l'Etat de Minas Gerais -deuxième puissance industrielle - qui devegravité de la combativité ouvrière. Tout débuté avec la grève gnants du secteur public, qui a duré 37 jours, avec un énorme soutien populaire et qui a réussi ainsi à sous l'impact de cette première grève, une succession de mouvements se déchaînent : la méles conducteurs des transports publiques, les éboueurs, les gardiens de banque, les employés des hôpitaux et, à partir du 30 juillet, les ouvriers du bâtiment à Belo Horizonte et à Ouro Branco (travaux de T'ACOM INA S), les routiers, les fonctionnaires les employés de commerce (pour première fois dans leur histoire), de la préfecture, de banque, les métallos de Divinopolis, neurs de Nova Lima, etc.
Ce nouvel essor du mouvement ouvrier (qui ne s'est pas li
Gerais, encore qu'il en soit le centre) présente des caractéristiques extrêmement la forme d'organisation. Toutes les grèves actuelles ont été organisées par la base et par les «Comités Généraux de grèves», même quand les syndicats officiels les soutiennent. Cela représente une totale rupture masses vis-à-vis de la structure syndicale, lee à l'Etat et prouve donc le haut niveau d'organisation des secteurs-clés de la classe ouvrière brésilienne.
La deuxième caractéristique fut la généralisation des manifestations de rue , destinées à populariser le mouvement obtenir le soutien de la population. D'une manière générale, cet appui des masses s'est mani festé de facon significative. Il y a aussi une tendance marquée à l'unité des travailleurs dans une perspective combative, antidic-
tature et anti-patronat, avec une hégémonie grandissante du prolétariat.
Troisièmement il y a la participation des syndicalistes en grèves d'autres catégories, ce qui commence à donner un fonctionnement interprofes sionnel des luttes du genre Central Unique des travailleurs - organe d'ailleurs, inexistant et interdit, comme toute structure interprofessionnelle par la dictature.
La quatrième caractéristique est la montée de la répres sion. Jusqu'à maintenant, dictature est responsable de la mort de deux ouvriers dans l'Etat de Minas Gerais, un Belo Horizonte - un ouvrier du bâtiment tué par balle - et autre à Divinopolis métallurgiste est mort de fractures du crâne après avoir été tabassé par les policiers. Des dizaines d'ouvriers ont dû être hospitalisés. Les piquets de grève sont dispersés par l'intervention de la Police mili taire. Plusieurs membres du «Comité de grève» des employés de la Banque ainsi que ceux de l'Administration ont été écroués. D'ailleurs, le prédent du syndicat de la Banque de Belo Horizonté a été démis de ses fonctions.
Le mouvement populaire est parvenu à répondre à cette intensification de la répression par des manifestations. exemple fut la grande manifes tation des ouvriers du bâtiment de plus de 10000 personnes pour riposter à la mort d'un des leurs. Un autre aspect de cette mobilisation est la lutte pour l'amnistie générale.
Il est très difficile de faire des prévisions. Mais il est clair aujourd'hui, qu'l devient chaque fois plus difficile pour la dictature de contenir le mouvement ouvrier et populaire par la répression. Le mouvement possede une forte dose de spontanéité, d'autant plus que la lutte se joue pour la survie. L'inflation, cette année, dépassera 60%, gommant ainsi tous les réajustements salariaux obtenus dernièrement. Cette mobilisation massive et relativement spontanée empêche objectivement une répression « sélecti ve» : pour réprimer, il faut le faire massivement ! Mais nous doutons qu'actuellement la dictature pu isse trouver un soutien de la part de la bourgeo isie pour développer un processus de «fermeté», quoique certains efforts soient faits pour cela : il suffit de voir la presse «libérale elle oue le Brasi , Veve
"Jornal do Brasil», développer une campagne démontrant que les 5 derniers mois,
LE PARTI DES
Du côté du mouvement ouvrier, outre le haut niveau de combativité, les formes d'organisation, la conscience de classe et le soutien de la part de la population, il reste quand même une faiblesse assez importante : le faible niveau de conscience politique.
Le grand projet est le PT - dos trabalhadores», Parti des travailleurs - qui se rait, d'après ses dirigeants, un début d'un Front unique ouvrier. Cette proposition tout en étant correcte, rencontre des vacilations difficiles à surmonter, à commencer par les réticences émanant de la plupart de la gauche.
Le Parti communiste brési lien, est favorable à une large unité de toutes les oppositions autour du MDB, voire de teurs de l'ARENA - des «libéraux» . Il joue systématiquement un rôle de frein pendant les grèves, allant même jusqu'à les boycotter - comme ce fut le cas des grèves des journalis tes de Sao Paulo.
Un autre secteur de la gauche est composé du «Partido comunista do Brasil», pro-albanais, du «Movimento revolunario 8 de outubro», d'origine guérilliste, l«Aliança popular marxista-leninista», ainsi que d'autres organisations, ont préféré soutenir le lancement de ce qu'ils appellent un «Parti populaire», sur des bases plus populaires et moins classistes que le PT.
Pour les marx istes révolutionnaires, il est d'une importance décisive d'impulser la formation du PT. En son sein nous pourrons constituer une aile ayant sous Figueiredo, ont vu plus de grèves que les derniers mois sous la présidence de Goulart en 1964.
Depuis l'entrée en fonction de Figueiredo, il y a déjà eu 1200000 grévistes; au début but août, il y avait déjà eu perte de 14300000 de journées de travail; sous Figueiredo, il n'y a jamais eu de jour sans grève, et ainsi de suite... TRAVAILLEURS sa personnalité propre. C'est la seule possibilité pour la classe ouvrière d'avoir une direction révolutionnaire, outil indispensable pour les écheances à venir. 1) Cette alliance entre l'impérialistat et le gs na capital associe, s'est entreprises d'Efaite en intégrant aussi la bureaucrasurtout les miIl y a un très grand roulement des postes pabletraites rouvent etammarta d'importants gostes dans ces entreprises.
Parceria : forme de métayage 3) Boas frias : littéralement, nourriture froide, Désigne les travailleurs qui habitent dans la banlieue urbaine et qui, quotidiennement, sont transportés en camion pour travailler dans les champs, emportant ainsi leur nourriture déjà préparée. 4) Voto de cabresto : voix achetées, par les leaders politiques régionaux ou par les latifundiaires, pour faire passer leurs candidats. 5) AI-5 : amendements de la Constitution, après 1968, comportant un certain nombre de mesures, telles que :
pour les parlementaires, perte de leur fonction avec suppression des droits civiques ; pour tous les cito yens, suppression de l'habeas corpus etc. 6) Parti travailliste brésilien : ancien parti populiste qui a joui d'un soutien populaire et qui a mené avec succès une politique de collaboration de classe - où le PCB lui-même a joué un role important, en faisant de l'enavec les mêmes et vieux leaders, Bri- trisme • et qui resurgit aujourd'hui zalo entre autres.