Cyril SMUGA LA TRAJECTOIRE DE L'OPPOSITION POLONAISE
Loin de se limiter aux cercles restreints d'intellectuels «dissidents» (c'est-à-dire en marge, si les mots ont un sens), l'opposition polonaise représente plusieurs organisations structurées, éditant leur propre presse et capables à l'occasion de faire descendre dans la rue plusieurs milliers de manifestants. Des ateliers clandestins sortent ainsi 23 journaux, dont le tirage cumulé approche les 50000 exemplaires et les éditions Nowa ont publié une vingtaine de livres, pamphlets et essais, que leurs auteurs n'ont pas pu publier officiellement. RENAISSANCE OPPOSITIONNELLE SUR FOND DE CRISE
Le développement de l'opposition en Pologne est étroitement lié à l'échec de la politique économique de l'équipe Gierek. Ce demier, nommé premier Secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais (POUP - né de la fusion du groupuscule stalinien fondé pendant la guerre pour palier l'absence du PC, que Staline a dissous en 1938 et de l'aile gauche du Parti socialiste), après les émeutes de 1970 sur la côte baltique, s'est efforcé de développer l'industrie et le niveau de vie des masses, s'appuyant sur un endettement extérieur qu'il espérait éponger en développant les exportations. La récession de l'économie capitaliste a mis une fin rapide à cet espoir.. D'autre part, le de l'agriculture - dont une large partie des revenus servait à financer l'accumulation - a fini par placer la Pologne dans une situation critique. Ainsi, à partir de la fin 74, l'approvisionnement du marché intérieur a connu des faiblesses, qui rapidement se sont transformées en pénurie accentuée de plusieurs produits de premiere necessite, dont la viande. Quant a l'endettement extérieur, il approchait déjà les dix milliards de dollars.
C'est dans cette situation que dans la révision de la Constitu-
Use proposant d'inclure dans la loi fondamentale un paragraphe indiquant droits des citoyens dépendent de leur zèle dans l'accomplissement de leurs devoirs. Comme par ailleurs, le texte faisait référence aux liens indestructibles unissant le pays à l'URSS et soulignait que le socialisme est sous la direction du POUP, l'opposition a interprété ceci comme le «couronnement de la totalisation du pouvoir». 59 intellectuels ont envoyé une lettre de protestation au Pré-
Pologne
Voyage à l'intérieur
sident du Parlement, dans laquelle ils s'élevaient contre les amendements proposés et demandaient que la nouvelle constitution garantisse les libertés fondamentales. Fait inattendu, cette lettre fut suivie de centaines d'autres, signées au total par près de 40000 personnes. pouvoir a dû reculer, les formulations définitives ont été éduicorées par rapport à celles que prévoyait le projet. La tournure qu'a prise «l'affaire de la constidans un pays ou personne à l'époque n'osait demander des comptes au gouvernement sur sa façon de préserver les droits des citoyens, laissait prévoir la suite.
Lorsque le gouvernement décida, en juin 1976, que les travailleurs devaient supporter les conséquences de sa faillite économique, en augmentant de 40 à 100 % les prix des denrées de première nécessité, la réponse fut unanime : dans tout le pays, les usines stoppèrent; a Radom et à Ursus, il y eut des émeutes. La réaction des autorités fut typique de la bureaucratie stalinienne : la hausse des prix fut rapportée et une répression féroce vis-à-vis des grévistes - ces «voyous», «houligans», «casseurs» et «alcooliques», comme les nomma la presse polonaise -qui ont osé mettre en cause une décision prise par leurs «représentants» et «bienfaiteurs».
UN SURSAUT MORAL : DEFENDRE LES OPPRIMES quelles ils attachés. torités, aussi, tes furent Robotnik nous santes. solidarité, bureaucrates sition.
tion étudiante indépendante du Parti, la création d'une «Société de cours scientifiques», plus connue sous le nom «d'Université volante», dans le but de contourner la mainmise bureaucratique sur l'enseignement, plusieurs journaux destinés aux publics divers et une maison d'édition parallèle étaient créés. Enfin le KOR a changé de nom en devenant un Comité d'autodéfense sociale. MOBILISER LA SOCIETE POUR LA DEFENSE DE SES INTERETS cette ment en rewicz», quand été appelé me»,
Lipski lorsque
A LA RECHERCHE D'UN PROGRAMME POUR L'OPPOSITON
Si les discussions sont parfois âpres, tous les opposants se retrouvent dans l'action. Ainsi, dans la rédaction de Robotnik - journal qui, avec son tirage de 20000 exemplaires a «mordu» sur les milieux ouvriers, les deux courants confondus discutent le programme de revendications mettre en avant. Récemment, le journal a publié une série de revendications, qui vont de l'échelle mobile, en passant par le refus des heures supplémentaires obligatoires et le droit au contrôle ouvrier sur les changements de normes (la quasi totalité des travailleurs polonais étant payés à la pièce, les changements de normes se traduisent par une baisse de leur salaire), à l'exigence de la publi cité de la répartition des primes, appartements et autres avantages. Un autre débat porte d'organisation per les syndicats libres - deux gne, un dans la région houillère de Silésie, l'autre à Gdansk, publiant un bulletin mensuel, qui a organisé en décembre une manifestation d'un millier de per sonnes pour commémorer la grève de décembre 1970 - ou bien agir au sein des structures officielles, abusivement appelées «syndicats». Interrogé sur un programme de revendications que l'opposition pourrait mettre en avant, Antoni Macierewicz disait : «Dans une situation où le parti est traversé par des luttes de fractions, céder quelque chose. formuler une alternative claire, dont les masses puissent s'emparer. Elle devrait s'articuler autour de trois exigences, sans la réalisation desquelles aucun changement profond n'est possible : une échelle mobile s'appuyant sur un indice de l'infiation établi par le syndicat indépendant; liquidation de la cenInédit sure préventive; élections libres, ouvrières à impulser : dévelop- secrétes, proportionnelles, directes pour lesquelles chaque existent actuellement en Polo-- citoyen puisse proposer des can-
L'opposition polonaise n'a pas d'a priori politique, les courants traditionnels ont été profondément destructurés par les trente cinq années de vide politique. Un des rédacteurs de Robotnik, interrogé sur ses références politiques, répondait :
«Nous sommes de gauche, bien sür, mais de quelle famille ?
Gauchistes, socio-démocrates ? Nous ne le savons pas encore !» C'est une faiblesse, car les opIl faut posants découvrent tard, ce que divers courants du mouvement ouvrier considèrent comme acquis. Mais c'est une force aussi, car ils forgent leur de la meilleure façon qui soit : en tirant des leçons de leurs réussites, mais aussi de leurs échecs. Bien des militants occidentaux auraient à apprendre d'eux. 1979) qu'il devient impossible d'assurer les paiements courants. Le service de la dette (échéances, intérêts), pour l'année en cours est de l'ordre de 4,l milliards de dollars, somme équivalent, à peu de choses