La révolution chinoise a beaucoup profité du fait qu'elle est née à l'ombre de l'Etat soviétique; mais elle en a aussi beaucoup souffert. De Moscou, le PC chinois avait reçu l'impulsion initiale pour sa constitution en tant qu'organisation au tonome, ainsi qu'un flux régulier d'aide matérielle et la possibilité d'entraînement de ses cadres supérieurs. En même temps Moscou a été à l'origine d'une série des décisions stratégiques absolument erronées, qui ont pu servir temporairement les intérêts. de Staline mais qui ont provoqué des désastres pour les communistes chinois eux-mêmes. Moscou fut la source d'une conception de la vie du parti et de la politique générale, calquée sur le modèle stalinien. Les communistes chinois ont pu se débarrasser de certaines conceptions stratégiques erronées surtout après que Mao (qui ne s'est jamais rendu en URSS jusqu'à la victoire de la révolution), ait établi sa domination sur la direction du parti. Mais la conception stalinienne du parti, qui
Chine considère les débats internes comme un luxe inadmissible et favorise un centralisme extrême et la répression des positions oppositionnelles, ne fut pas remise en question, bien qu'elle ne fut que rarement appliquée avec le même degré de violence qu'en Russie. La forme militaire prédominante que prit la révolution en Chine, et le transfert des méthodes militaires au domaine politique, contribua à renforcer les normes staliniennes d'organisation.
Les trotskystes furent parmi les principales victimes de cette répression, en Chine comme en Russie. Quelles qu'eussent été les divergences entre les différents groupes et fractions de la direction chinoise au cours des trente dernières années, ils étaient tous d'accord au moins sur ce point-ci : que le dirigeant trotskyste Zheng Chaolin reste A présent, nous venons de recevoir l'information extraordinaire que le 5 juin 1979, le camarade Zheng, âgé de 78 ans, a été libéré ainsi que sa femme Wu Jingru, une vieille militante révolutionnaire elle-même, qui a partagé volontairement les libéré en Chine sept demières années de sa captivité. La section du Front Unique du gouvernement de Pékin, et la Cour Suprême de la République Populaire, ont déclaré le camarade Zheng innocent de tout crime et l'ont relaché avec sept autres camarades; ils les ont ensuite invités à dîner, fait faire un tour de Shangai pour leur montrer les réalisations du régime. Zheng et Wu ont reçu de la municipalité de cette ville un appartement au centre de Shangai.
Depuis la chute de la -dite «bande des quatre», le nouveau gouvernement a relâché des milliers de «droitiers» arrêtés vers la fin des années 50, durant et après la Révolution Culturelle (il est possible que des arrestations survenues au cours des demiers mois aient renversé cette tendance). Plusieurs centaines de «criminels de guerre du Kuo Min-tang» furent également libérés par Deng en 1975. Ce qui distingue le cas du camarade Zheng de celui des «droitiers», c'est qu'il est une victime non de la fraction maoïste, mais du Parti dans son ensemble. Son arrestation eut lieu en décembre 1952, avant la polarisation du PCC en fractions. La responsabilité de son arrestation n'in-
combe donc pas aux seuls maoïstes. On peut demander que les dirigeants de Pékin nous expliquent le cas du camarade Zheng - les raisons de son arres tation injustifiée, non attribuable à la «bande de quatre» -bien qu'il soit peut-être naïf d'attendre qu'ils apportent cette explication.
Zheng Chaolin a été un membre fondateur du PC chinois et de son courant trotskyste assez influent. Il a passé presque la d'abord comme «révolutionnaire dangereux» sous le régime du Kuo Min-tang, ensuite comme «contre-révolutionnaire» le régime du PC chinois.
Traditionnellement, on consi dère que le révolutionnaire français Auguste Blanqui, qui a passé 33 années de sa vie de 75 ans en prison, détient le «record» de l'emprisonnement
La battu ce «record» d'une année : 7 années de prison sous le Kuo Min-tang, années de prison sous le PCC. Son long emprisonnement sous le régime du PCC démontre le manque de fondement de la théorie selon laquelle la Chine de Mao était caractérisée par un style libertaire de communisme, qualitativement différent de celui de l'URSS, conception à la mode jusqu'à une date récente dans certains milieux de gauche.
Le cas du camarade Zheng avait été publiquement soulevé il n'y a guère par Amnesty International, bien qu'au moment de déclencher sa campagne, A.I. ne pût pas savoir si Zheng était encore en vie et s'il était encore prisonnier. A.I. ignorait également que l'épouse de Zheng, la camarade Wu Jingru (également appelée Wu Jingzhen), âgée de 72 ans, avait rejoint son mari en 1972 lorsqu'il fut transféré au camp de travail à Pudong, sur la rive Est du fleuve Huangpu à Shangai. Avant cette date, Zheng occupait une cellule dans la prison infâme dite de Ward Road, célèbre à l'époque des internationales
A Pudong, les conditions d'existence du camarade Zheng s'étaient un peu améliorées. Il jouit d'un peu plus de liberté. Il eut une chambre à lui et avait même la possibilité de gagner un peu d'argent en enseignant l'anglais à d'autres prisonniers, bien que lui et sa femme subirent de nouvelles persecutions lorsque le pouvoir de la « bande des quatre» fut à son apogée. La camarade Wu demanda aux autorités de pouvoir rejoindre son mari en prison, en partie parce qu'elle était trop malade pour pouvoir vivre seule, étant aveugle et paralysée des deux Son état de santé s'est récemment encore détérioré a été plusieurs fois dans le
La tragédie de ce vieux couple est d'autant plus scandaleuse quand on la met en rapport avec son passé.
Le camarade Zheng Chaolin a commencé son activité révolutionnaire à Paris au lendemain de la première guerre mondiale. Ensemble avec d'autres jeunes émigrés chinois, il y a rejoint la fameuse section française du PC chinois qui rassembla quelques une des têtes les plus brillantes du jeune parti. Parmi ses camarades les plus proches à Paris il y eut Chou-En-Lai, Deng HsiaoPing, Chen Yi (plus tard ministre des Affaires étrangères du gouvernement communiste de Pékin) et Li Wei-han (plus tard chef du département du travail de Front Unique du PC chi-
Zheng, né en 1901 et arrivé en
Men 1920 pour y poursuivre ses études tout en travaillant comme ouvrier, était parmi le premier groupe de communistes chinois qui se rendit à Moscou afin d'étudier à la fameuse Université des Travailleurs de l'Orient. En 1924 il retourna en Chine pour devenir le secrétaire de la section de propagande du Parti, ainsi que le rédacteur-enchet adjoint du principal organe de presse du parti, Le Guide Hebdomadaire. Il était un linguiste de talent, connaissant plusieurs langues européennes en plus du chinois. Il traduisit notamment l'ABC du Communisme de Boukharine et Préobrajensky en chinois. Ce livre fut le texte d'éducation de base de toute une génération de révolutionnaires chinois. Zheng fut aussi un auteur apprécié d'articles et d'essais paraissant dans la presse du parti.
Pendant l'été de 1927, Zheng fut nommé responsable du comité provincial du PCC au Hupei, qui dirigea les luttes révolude Wuhan, sur le fleuve Yangtse, pendant ces mois tumultueux. Zheng fut aussi l'un des délégués - moins d'une vingtaine - de la conférence extra-
1927, qui marqua un tournant décisif dans les affaires du PCC.
Une des activistes du parti à Wuhan les plus en vue était la camarade Wu Jingru, une jeune femme née d'une famille riche de mandarins de Kunming. La camarade Wu commença à tradépartement d'Agitprop du Parti à l'âge de 19 ans, et épousa cours de l'année 1927, enregistrement du mariage, comme ce fut l'habitude parmi la jeunesse radicale de l'époque en Chine.
Après la défaite de la révoluau cours de la même année, le couple se déplaça à Shangai, où regnait un climat de terreur sanglante. Zheng y travailla sous Qu Qiubai comme Qiubai comme rédacteur-en-chef du journal du parti, Le Bolchevik, et organisa en même temps les activités clandestines des auteurs et artistes de gauche de Shangai. Wu nombreuses missions clandestines pour le Parti, manœuvrant pour rester des griffes de patrouilles militaires et de la police politique de Tchang Kai-Chek. • La défaite de 1927 amena bon nombre de militants du noyau réduit des communistes dans les villes chinoises à remettre en question la stratégie du Parti et du Komintern dirigé par Moscou qui l'avait inspirée. A Moscou même, un courant trotskyste se développa parmi les étudiants chinois, avait l'appui de la moitié de ceux-ci. Beaucoup de ces trotskystes chinois furent arrêtés et moururent dans les camps soviétiques (voir à ce sujet Méd'un Révolutionnaire chinois 1919-1949, livre qui paraîtra bientôt en anglais aux éditions Oxford University
1934 à 1936, elle dirigea une école professionnelle pour femmes à Shangai, où elle gagna de nouvelles sympathisantes pour la cause révolutionnaire parmi les activistes féminines.
En 1938 Zheng fut libéré grâce à une amnistie générale proclamée après l'éclatement de la guerre avec le Japon. passé sept années en prison. était en très mauvaise condition physique et se retira pour quelAhui, où Wu le soigna jusqu'à ce que sa santé fût rétablie. Pendant ce séjour à la campagne, Wu donna naissance au seul fils du couple qu'il appela Frei dans un geste internationaliste pour célébrer la liberté retrouvée. Frei mourut à Shangai de la tuberculose à l'âge de quatre ans.
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1952, les forces de sécurité du sants trotskystes, d'une razzia à l'échelle nationale. Parmi eux
Zheng et Wu. Au cours d'un procès secret, Wu fut condamnée à cinq années
Shangai en 1940, où il participa activement à la résistance clanavec sa gea une des deux écoles ouvrièdans la banlieue ouvrière ouest de Shangai, sous le nez des ocd'une école qui était officiellement une école primaire privée où n'enseignaient que des femmes, pour instruire les enfants des familles ouvrières, pendant la journée et les adultes le soir.
L'école devient une source de farecrutement d'ouvriers pour la trotskyste.
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22 décembre arrêtèrent entre 200 et d'Amnesty trotskystes et sympathide prison.