Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

"EUROCOMMUNISME"

« L'eurocommunisme et l'Etat » (extraits)

· Inprecor n° 6, 12 mai 1977 · p. 17-20 · 3 436 mots

URSS et Russie Stalinisme Europe de l'Est

«Un puissant appareil d'Etat qui est tout sauf '"'Etat à bon marché' dont rêvait Lénine » Et pourtant, le nouvel Etat surgi de la révolution se voit forcé de créer une nouvelle force spéciale de répression. Et sous sion se poursuit avec l'organisation des monstrueux procès de la fin des années 40 et du début des années 50. Lénine parlait également de la bureaucratie et de l'armée permanente qui sont "un parasite agrippé au corps de la société bourgeoise, un parasite engendré par les contradictions internes qui minent cette société, mais précisément un parasite qui obstrue les pores vitaux". Toutefois, l'Etat créé par la Révolution d'octobre a dû organiser une bureaucratie et une armée permanente; il a donné à cette bureaucratie des privilèges qui dépassaient le simple salaire d'un ouvrier et l'a rendue pratiquement aussi inamovible que peuvent l'être les fonctionnaires d'un Etat capitaliste. Plus tard, Lénine lui-même a formulé par écrit les critiques les plus acerbes contre cette bureaucratie et contre les dangers de bureaucratisation. C'est-à-dire que l'Etat prolétarien idéal qu'avait imaginé Lénine, un Etat où le prolétariat en armes, la milice populaire, les fonctionnaires considérés comme de simples "comptables" payés comme des ouvriers, révocables, remplaceraient la bureaucratie, l'armée permanente et les organes spéciaux de répression, cet Etat, après plus de 50 ans de pouvoir, ne commence à se dessiner encore en aucune façon. A sa place s'est développé un puissant appareil d'Etat coiffant la société, qui est tout sauf "l'Etat à bon marché" dont rêvait Lénine.

Si tous les Etats sont des instruments de domination d'une classe sur une autre et qu'il n'y a pas en URSS de classes antagonistes, que n'existe pas objectivement la nécessité de réprimer d'autres classes, sur qui cet Etat exerce-t-il sa domination ? La Révolution d'octobre a produit un Etat qui n'est évidemment pas un Etat bourgeois, mais qui n'est pas encore non plus le prolétariat organisé comme classe dominante, pas encore une authentique démocratie ouvrière. A l'intérieur de cet Etat s'est développé et a opéré le phénomène stalinien, avec une série de traits formels semblables à ceux des dictatures fascistes. J'insiste sur le mot formels parce que l'essence du régime social soviétique était et reste radicalement opposée à celle du fascisme, et il ne s'agit pas seulement d'une appréciation théorique mais d'une vérité établie dans le sang versé par les peuples d'URSS pendant la deuxième guerre mondiale. Et l'essence révolutionnaire du régime social soviétique s'est affirmée de façon réitérée dans la solidarité avec les peuples qui ont lutté contre le fascisme et l'impérialisme. Pendant longtemps, avec la formule du "culte de la personnalité" , nous avons attribué ces phénomènes aux caractéristiques personnelles de Staline, et il est certain que les caractéristiques personnelles de Staline ont pesé dans cette question. En tant que marxistes, nous ne nions pas le rôle des personnalités dans l'histoire. Mais pourquoi une personnalité ayant les caractéristiques de Staline, et malgré la dénonciation de ces traits par Lénine, a-t-elle réussi à s'imposer ? Il est vrai que Staline a su jouer avec une habileté suprême des contradictions existant entre les différents groupes formés au sein de l'équipe dirigeante du Parti communiste de l'URSS, se donner le rôle d'unificateur et se défaire des uns et des autres, de

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tous ceux qui pouvaient faire obstacle à son ascension. Mais il faut se demander si le sens pratique de Staline n'était pas plus en concordance avec le type d'Etat qui se formait dans . la réalité, avec ce que Togliatti appelait le système, avec * les réalités objectives qui l'entouraient, que celui de ses opposants, surtout à partir du moment où la maladie réduit les possibilités d'action de Lénine et précipite sa mort prématurée. Il est évident que le phénomène stalinien, qui a été une forme de totalitarisme, abondamment utilisé par la propagande capitaliste, a affaibli la fiabilité démocratique des partis communistes aux yeux d'une partie de la population de nos pays. La dénonciation faite par Kroutchev des horreurs staliniennes ébranle momentanément tout le système édifié par Staline tant en URSS que dans les pays socialistes de l'Est. Il se produit des événements comme ceux de Hongrie et de Pologne, où se forme spontanément et tacitement un "front national" hétérogène contre le système stalinien de domination. Tandis qu'en Pologne existe une opposition communiste à ce système capable de redresser la situation, ce qui se produit en Hongrie n'est pas acceptable. Ce sont les troupes soviétiques qui. rétablissent "l'ordre" : un nouveau coup au prestige international du communisme, qui se répercute également sur nos partis. (pp. 198-201). «Depuis Staline, le système ne s'est pas transformé, ne s'est pas démocratisé » En réalité, une des causes de la chute de Kroutchev se trouve peut-être dans son incapacité à transformer l'appareil d'Etat créé sous Staline, le système de pouvoir politique auquel avait fait allusion Togliatti, qui a fini par avoir raison de lui. Ce système ne s'est pas transformé, ne s'est pas démocratisé, et a même conservé nombre de ses caractères coercitifs dans ses relations avec les Etats socialistes de l'Est, comme l'occupation militaire de la Tchécoslovaquie l'a brutalement mis en relief. Les répressions massives et exterminatrices du temps de Staline ont disparu. Kroutchev, écarté du pouvoir, est mort dans son lit. Il s'agit d'un progrès, entaché par des formes d'oppression et de répression dans certains domaines - à commencer par celui de la culture. Mais il ne s'agit pas encore d'un Etat que l'on peut identifier avec une démocratie ouvrière. Cela affecte plus, beaucoup plus, la crédibilité de notre parti, que si existait réellement en URSS la dictature du prolétariat. Si les démocraties bourgeoises ont un contenu très formel, c'est aussi le cas pour la démocratie ouvrière atteinte jusqu'à présent par les communistes. Dire cela peut être considéré par des camarades qui se refusent à reconnaître la vérité comme un crime de lèse internationalisme. Mais aujourd'hui dans le mouvement ouvrier et communiste, dans le mouvement progressiste, ces questions se posent plus ou moins ouvertement suivant les cas, non pas du fait de "l'influence de la propagande bourgeoise" , comme ont l'habitude de le dire les conformistes, mais parce que l'évidence des réalités s'impose. Et comment pouvons-nous, nous les communistes qui nous considérons à juste titre comme une force d'avant-garde, être les derniers à admettre cette évidence, à nous confronter à la réalité ? Le faire est en outre la seule façon de servir la cause du socialisme tant dans les pays qui ont supprimé la propriété capitaliste que dans ceux qui la maintiennent. Ce type d'Etat qui a surgi en Union soviétique, qui n'est plus un Etat capitaliste vu qu'il ne défend pas la propriété privée, qui n'est pas non plus l'Etat qu'imaginait Lénine - les travailleurs exerçant directement le pouvoir -, comment le situer... dans une conception marxiste de l'Etat ? Lénine disait que l'Etat dans la première phase du socialisme garderait beaucoup du contenu du droit bourgeois. Mais l'Etat dont nous parlons a dépassé en la matière les prévisions de Lénine. Il n'a pas seulement conservé le contenu du droit bourgeois, mais il est parvenu à des déformations et à des dégénérescences, dont on ne pouvait imaginer en d'autres temps qu'elles se produisent ailleurs que dans des Etats impérialistes. Et j'insiste, parallèlement, sur le fait que sur une série de problèmes mondiaux, cet Etat a servi la politique progressiste propre au régime social soviétique. (pp. 201-202). « La couche bureaucratique dispose d'un pouvoir démesuré » Les phénomènes de bureaucratisation ne naissent pas seulement de la tradition de l'Etat tzariste mais de cette situation particulière imprévue par les théoriciens. Marx, Engels et Lénine lui-même, avaient imaginé la dictature du prolétariat comme un pouvoir où l'immense majorité réprime une infime minorité et où l'organisation d'une large démocratie ouvrière en constitue y compris la condition indispensable. En pratique, les choses ne se sont pas passées ainsi. Une grande partie de la population était passive, et un secteur très important hostile. La démocratie ouvrière s'est réduite et le même processus s'est produit à l'intérieur du parti où l'acuité des contradictions de la société s'est répercutée sous la forme d'une aggravation des luttes fractionnelles qu'après la mort de Lénine plus personne ne pouvait maîtriser. Une couche bureaucratique s'est développée ainsi, qui a accaparé les fonctions de direction, convaincue qu'elle était dépositaire de la mission sociale de la classe ouvrière et qu'elle personnifiait la dictature du prolétariat, mais qui a insensiblement poussé des racines, possédant ses propres intérêts, agissant conformément à des lois et des mécanismes objectifs, propres et spécifiques. Dans un discours prononcé au ler Congrès des conseils de l'économie nationale de toute la Russie, le 26 mai 1918, Lénine avait déclaré : "Ne fermons pas les yeux devant la réalité : seuls, avec nos propres forces, nous ne pouvons pas réaliser intégralement la révolution socialiste dans un seul pays, même si ce pays était beaucoup moins retardé que la Russie, même si nous vivions dans des conditions plus faciles qu'après quatre ans d'une guerre inédite, douloureuse, dure et ruineuse. " La même idée est répétée en d'autres occasions et, après la mort de Lénine, Staline reconnaît pendant un temps qu'il est impossible d'achever la construction du socialisme dans un seul pays, et que le socialisme achevé se réalisera seulement quand la révolution triomphera également dans d'autres pays développés. • no

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Quel rapport y a-t-il entre cette idée, abandonnée ensuite en tant qu'idéologie pour proclamer au XVIllème Congrès la victoire du socialisme en URSS (ce qui n'empêche pas que plus tard soit liquidée sur ordre de Staline la majorité des délégués de ce congrès et que se tiennent les procès tristement célèbres), et les caractéristiques de l'Etat construit en URSS ?

Cet Etat n'est plus au service de la propriété capitaliste qui a disparu en URSS. De ce point de vue, la couche bureaucratique ne peut pas être considérée comme une classe capitaliste. Elle ne possède pas de propriété privée et la part de la •plus-value produite par les entreprises soviétiques qui est investie dans son entretien est certainement inférieure à celle que coûte l'entretien de la bureaucratie de quelque pays que ce soit. Toutefois, la couche bureaucratique, à ses différents niveaux, dispose d'un pouvoir politique démesuré et quasiment incontrôlé. C'est elle qui décide et qui prend les résolutions par-dessus la tête de la classe ouvrière, et y compris du parti qui, dans son ensemble, lui est soumis. A cette étape du développement social, nous sommes confrontés à un Etat qui se place au-dessus de la société, un Etat relativement libre dans ses rapports avec la société, ce qui ne signifie pas que la société soit libre. En définitive, l'Etat soviétique actuel a accompli les fonctions qui ont permis le développement économique, industriel, technique, culturel et sanitaire du pays ainsi que la garantie de la défense nationale. C'est-à-dire qu'il a accompli les tâches qui, dans d'autres pays de capitalisme développé, ont été réalisées par l'Etat capitaliste. En supprimant la propriété capitaliste, il a créé les conditions matérielles pour passer à un socialisme évolué. La question qui se pose aujourd'hui est de déterminer si les structures mêmes de cet Etat ne sont pas devenues, au moins en partie, un obstacle pour passer au socialisme évolué. Si cet Etat, tel qu'il existe, n'est pas en lui-même déjà un frein pour le développement d'une authentique démocratie ouvrière, et y compris, au-delà, s'il n'est pas devenu un frein au développement matériel du pays. La question est de savoir si cet Etat, déjà plus capitaliste, n'est pas une phase intermédiaire entre l'Etat capitaliste et l'Etat socialiste authentique, comme l'ont été les monarchies centralistes entre la société féodale et les démocraties parlementaires capitalistes modernes; une phase qui, par ses caractéristiques et ses fonctions, permettrait une explication plus objective et plus scientifique du phénomène stalinien et d'autres phénomènes semblables. La question est de savoir si ce même Etat n'exige pas de la part du parti et de la société soviétique une mutation sérieuse et profonde pour le transformer en une authentique démocratie ouvrière. Le type d'Etat socialiste qu'avaient prévu les fondateurs. Il n'y a aucun doute que parmi les dirigeants soviétiques eux-mêmes cette préoccupation s'est faite jour, sous une forme ou sous une autre, même si ce n'était que par la reconnaissance des insuffisances de la démocratie socialiste. Au temps de Kroutchev, on a même élaboré la thèse de "l'Etat du peuple entier" sur laquelle on n'insiste plus aujourd'hui. Mais la confusion entre parti et Etat semble plus conduire à la construction de modèles idéologiques qui camouflent une réalité qui reste insatisfaisante, qu'à la transformation authentique de cette réalité.

Je ne crois pas avoir l'explication ni la solution de ces problèmes. Je souligne seulement la nécessité d'un travail de recherche théorique qui puisse être la base de choix politiques et qui concerne tout le mouvement ouvrier et progressiste, mais en premier lieu les camarades soviétiques et ceux qui se trouvent dans une situation comparable. C'est-à-dire qu'il nous manque peut-être l'analyse théorique du système politique que n'a pas pu ou pas su faire Kroutchev au XXème Congrès et qui pourrait être le point de départ pour un nouveau saut en avant en Union soviétique et dans tous les pays socialistes. L'ENVIRONNEMENT MONDIAL ET SON INFLUENCE SUR L'ETAT. Un autre élément qu'il faut prendre en compte pour analyser les caractéristiques du type d'appareil d'Etat soviétique, c'est l'environnement mondial au sein duquel il se développe. L'industrialisation accélérée, qui a réduit les possibilités de démocratie et a conduit à serrer les vis à fond pour atteindre la capitalisation nécessaire à cet objectif, n'a pas été un choix fait librement et en fonction de raisons purement intérieures. Il était imposé en grande partie par l'encerclement impérialiste, par la menace d'une guerre qui ne s'est pas concrétisée avant 1941, mais qui a plané en permanence sur l'URSS. Ou industrialiser ou succomber : tel était le dilemme que l'aggression fasciste est venue confirmer. A travers cette menace, les puissances impérialistes ont influé, consciemment ou non, sur tout le développement interne de l'URSS. Elles ont imposé un rythme d'accumulation et d'industrialisation qui devait obligatoirement limiter les mesures sociales et influer sur le retard de l'agriculture ; c'est-à-dire un rythme qui, en dernière instance, rendait difficile l'alliance ouvriers-paysans et rétrécissait la base de masse du système. Elle favorisait par là-même la cristallisation d'un Etat situé au-dessus de la société, dont l'aspect coercitif prenait également des proportions démesurées et favorisait les excès de l'époque de Staline. Cette réalité confirmait l'impossibilité de construire le socialisme achevé dans un seul pays sans que ce régime triomphe également dans une série de pays déceloppés. Dans une autre situation internationale, le processus d'industrialisation aurait peut-être pu être plus lent; les transformations sociales dans l'agriculture plus posées, sans s'aliéner aucun allié, et les conditions d'existence des masses auraient pu s'améliorer plus rapidement, créant ainsi des conditions plus favorables à l'épanouissement de la démocratie des travailleurs. Les circonstances mondiales ont forcé le choix des dirigeants soviétiques : transformer le nouvel Etat en une grande puissance militaire. Sacrifier beaucoup de choses à cet objectif. Cela a donné également à l'Etat né de la Révolution d'octobre, développé ensuite par Staline et toujours enfermé dans ce dilemme, des traits spécifiques plus propres à accentuer son ca-

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ractère autoritaire. La rupture de l'encerclement, avec l'élargissement, au sortir de la deuxième guerre mondiale, du cercle des pays socialistes, n'a pas suffi à modifier pour l'essentiel cette situation. Les nouveaux Etats révolutionnaires ont surgi également dans des pays arriérés économiquement, à prédominance agricole, qui avaient besoin de s'industrialiser. Le seul à avoir accédé au capitalisme moderne, la Tchécoslovaquie, y était parvenu en complète dépendance des pays capitalistes occidentaux. En perdant le marché, les capitaux et les matières premières de ces pays, la Tchécoslovaquie n'a pas trouvé de substitut efficace à l'Est et n'a pas prospéré économiquement comme l'ont fait les pays capitalistes qui avaient atteint son degré de développement en 36. Le modèle d'Etat soviétique a été étendu quasi automatiquement aux nouveaux pays socialistes. Sous l'influence de la politique de Staline, la "solidarité" et "l'internationalisme" ont été appliqués de telle sorte que l'indépendance de ces pays a été gravement entamée, comme on l'a reconnu après le XXème Congrès. Chez eux, la variété des formes de passage au socialisme qu'avait prévue Lénine est restée purement formelle. En 1968, l'occupation militaire de la Tchécoslovaquie a montré d'un côté la crise que connaissait ce pays du fait de l'application mécanique du modèle soviétique, et de l'autre le conservatisme et la politique de puissance qui caractérisaient le système. Il est indubitable que la course aux armements qui se poursuit aujourd'hui dans le monde, malgré les résultats de la politique de coexistence, conduit objectivement à aggraver les traits coercitifs de l'Etat soviétique; que le maintien d'un niveau de puissance qui permette de faire face à celle des Etats-Unis exige un effort financier énorme, au détriment du développement économique et social. Y compris les aspects positifs - si l'on peut dire - que peut avoir la course aux armements dans les progrès technologiques qui, aux Etats-Unis, sont étendus et commercialisés plus rapidement dans d'autres branches de l'économie et facilitent leur développement, n'ont pas les mêmes effets rapides en Union soviétique du fait de la rigidité de la planification, de la séparation entre l'industrie d'armement et l'industrie civile, et de la fétichisation du secteur militaire. Par ailleurs, aujourd'hui encore les Etats impérialistes, et particulièrement les Etats-Unis, sont en situation sinon de déterminer au moins d'influencer bon nombre de décisions soviétiques non seulement par leur pression militaire, mais surtout par les armes du commerce et de la technologie. Les discours de Sonnenfeld et de Kissinger lors d'une réunion d'ambassadeurs américains, publiés par le Département d'Etat, sont significatifs à ce respect. Bien que sur nombre de questions ils imputent aux rapports de l'Union soviétique avec ses alliés des caractéristiques qui sont propres à celles des Etats-Unis avec les leurs; bien qu'ils reconnaissent explicitement les limites de la puissance américaine, et qué les USA n'ont pas une puissance suffisante pour dominer les problèmes des nouveaux rapports de force à l'échelle mondiale, il y a d'autres jugements qui, tout en étant désaxés, ont un fond de vérité. Par exemple l'appréciation que le caractère de superpuissance de l'URSS à l'échelle mondiale a comme principal support la puissance militaire, et qu'une politique commerciale américaine habile et de grande envergure peut influencer la politique soviétique, vu les problèmes de son économie et de celle des autres pays socialistes. Les termes dans lesquels se pose la confrontation mondiale aujourd'hui ne favorisent pas la transformation de l'Etat soviétique en un Etat de démocratie ouvrière. Ce sont des termes de forces; des termes qui mettent au premier plan le rôle de l'armée et de ses services auxiliaires; des termes où on favorise la tendance à affirmer l'uniformité plutôt que d'impulser la discussion; à consolider l'autorité plutôt qu'à développer la démocratie. Un Etat dans lequel l'armée et les organes de pouvoir jouent un rôle aussi important, bien qu'il soit un Etat sans capitalistas, bien qu'il soutienne la lutte des peuples pour leur libération, court le danger de considérer la puissance comme son objectif primordial. Il tend à convertir l'idéologie en un instrument de puissance. A considérer les problèmes de la lutte des classes, de la lutte de libération, de la lutte pour le socialisme, à l'échelle mondiale, comme auxiliaires à son pouvoir dans la confrontation mondiale où il se trouve engagé. A voir dans l'internationalisme un complément à sa puissance, et à s'en servir. Et au lieu de reconnaître les limites que sa situation objective, les conditions dans lesquelles il s'est développé - et les erreurs et les fautes propres - ont imposé Et au lieu de reconnaître les limites que sa situation objective et les conditions dans lesquelles il s'est développé - et les erreurs et les fautes propres - ont imposées à sa transformation sociale interne, à la tâche, propre au socialisme, de libération des travailleurs, et par là-même de libération de l'homme de toute forme d'oppression et d'aliénation; au lieu de reconnaître tout ce qui dans les structures de l'Etat reste étranger à l'Etat de transition qu'avaient prévu les fondateurs du marxisme, hérité de l'ancien Etat; c'est-à-dire au lieu de reconnaître que nous essayons seulement de créer les conditions pour que le socialisme puisse se développer parce que l'histoire ne nous a pas permis autre chose, on prétend que nous avons déjà atteint un socialisme achevé, que nous nous trouvons même dans l'antichambre du communisme et qu'il n'y a pas d'autre socialisme possible que celui-là. (pp. 206-213).

CRITIOUE

POVOLUTIOR HAIRES FACE COMMUNISTE A L'UNION

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NUMERO SPECIAL DOUBLE MARS/AVRIL Nos 14/15 - 15F CRITIQUE COMMUNISTE

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