En mars 1977, la fraction parlementaire du Parti travailliste décida de passer un accord avec le Parti libéral afin de soutenir le gouvernement en place. En temps de paix, le Parti travailliste n'a jamais été aussi près de former un réel gouvernement de coalition. Conjointement à cet accord, le Parti travailliste connut les revers électoraux les plus éclatants depuis 1931. Il perdit les élections partielles de Stechford face aux conservateurs, avec un déplacement de voix de 17%; à Ashfield et Walsall North, il perdit 20% des voix. En Ecosse, la possibilité de perdre environ cinquante pour cent des sièges en faveur des formations nationalistes écossaises est réelle. Simultanément à cette avance du Parti conservateur et du Parti nationaliste écossais (PNE), les fascistes du Front national ont effectué une percée sans précédent. Ils ont obtenu 30% des voix dans une circonscription et rassemblé 10% des voix à Stechford, repoussant les libéraux en 4ème position. Il est possible qu'ils recueillent un demi-million de voix lors des prochaines élections. Alors que la classe ouvrière fait face à ces revers sur le terrain électoral, une série de luttes importantes se développent. Après deux années - 1974 et 1975 - durant lesquelles le nombre de jours perdus pour fait de grève tomba au-dessous du niveau de 1968, et après l'année 1976, où il recula plus qu'il ne l'avait fait depuis 15 ans, en mars 77 on peut évaluer à un million le nombre de jours perdus. En outre, un progrès qualitatif fut accompli avec d'importantes luttes (celles des outilleurs de British Leyland, des équipes d'entretien de l'aéroport national d'Heathrow, des sidérurgistes de Port Talbot) contre le contrôle des salaires. Enfin, après une période de deux ans de stagnation relative, la gauche révolutionnaire a accru son poids et s'est développée considérablement durant les derniers mois. Les socialistes révolutionnaires en GrandeBretagne se doivent d'expliquer cette combinaison entre des défaites sur le plan politico-électoral et une relance effective des luttes ouvrières. De cette explication, il faudra tirer des conclusions pratiques. La crise écossaise La série d'événements qui précède la formation du pacte libéral-travailliste traduit l'interdiction entre deux facteurs centraux de la crise de l'impérialisme britannique. Le premier, la situation politique et sociale en Ecosse, mine les positions
James FRANCIS du Parti travailliste au parlement. Le déclin économique de l'Ecosse, la profonde crise de tous les aspects de la vie sociale comme les nouveaux ravages provoqués par l'industrie pétrolière se sont combinés et ont provoqué une nouvelle vague de revendications nationales et démocratiques en Ecosse. Plus spécifiquement, la revendication d'une Assemblée écossaise reçut un énorme écho dans les masses écossaises. Bien que traduisant des illusions sur les solutions que pourrait apporter à la crise sociale en Ecosse une démocratie bourgeoise rénovée, cette revendication est progressiste et les révolutionnaires la soutiennent. Le mouvement ouvrier ne pourra battre en brèche les progrès accomplis par la formation bourgeoise - le Parti nationaliste écossais - que dans la mesure où ils s'affirment pleinement pour le droit à l'autodétermination du peuple écossais et pour le libre choix de son propre gouvernement. Ceci doit se combiner avec une politique socialiste qui offre une réponse à la crise se développant en Ecosse. La bourgeoisie s'oppose évidemment à cette politique. Tout au plus, elle est prête à concéder l'existence d'une Assemblée en Ecosse si cette dernière ne dispose d'aucun pouvoir sur le plan économique et social. Le Parti travailliste chercha à répondre à cette situation avec les méthodes réformistes classiques. Il tenta d'éviter tout heurt avec la bourgeoisie, tout en cherchant à empêcher l'érosion de son influence dans les rangs ouvriers. Il présenta au parlément une loi de "dévolution" qui accordait des droits démocratiques limités à une Assemblée écossaise, mais qui excluait tout pouvoir de contrôle sur les secteurs économiques décisifs. Sur la base de cette loi, le PNE - qui possède ses propres raisons de vouloir une Assemblée écossaise et dont la politique ne correspond pas à celle de la classe dominante - offrit son soutien au gouvernement travailliste lors des votes de confiance au parlement. Le PNE voyait dans la mise en place d'une Assemblée écossaise et dans les possibles victoires électorales l'occasion de s'assurer la première place en tant que parti. Mais l'opposition bourgeoise à la perspective d'une Assemblée écossaise était suffisamment forte - non seulement avec les conservateurs, mais aussi avec l'aile droite du Parti travailliste - pour rendre impossible toute mesure qui aurait rendu possible l'adoption par le parlement de cette loi de "dévolution" Confronté à cette incapacité de faire passer la loi, le Parti travailliste se vit infliger une profonde défaite électorale en
Ecosse, le PNE en tira tout le profit. Pressé d'exploiter les avantages issus d'une percée électorale et n'ayant aucune raison de donner son soutien au gouvernement travailliste, le PNE retira son soutien au gouvernement travailliste lors de votes de confiance. Le Parti travailliste se trouva ainsi en minorité au parlement. Il pouvait être renversé au cas où les conservateurs auraient réussi à rallier l'ensemble des voix des partis bourgeois. L'échec de la politique écossaise du Parti travailliste permit que l'élément dominant de la crise de l'impérialisme britannique - c'est-à-dire le maintien d'une situation économique désastreuse et l'incapacité de la bourgeoisie à imposer une défaite suffisante à la classe ouvrière, afin d'assurer une relance du taux de profit - trouve une expression de plus en plus aigue sur le plan politique. L'économie La politique économique du Parti travailliste trouve ses limites dans le fait même que, malgré un certain recul durant ces deux dernières années, la classe ouvrière n'a pas subi une défaite gualitative qui permettrait de restaurer les rapports de forces entre classes antérieurs à 1968. Ainsi, dans une période où la bourgeoisie avait besoin de nouveaux accords de limitation des salaires (et aussi de la passivité de la classe ouvrière afin de les appliquer), 2231 000 journées perdues pour fait de grève furent comptabilisées durant les trois premiers mois de 1977. Ceci équivaut à plus des deux tiers du total des jours perdus durant l'année 1976. Dans de nombreux syndicats, cette nouvelle montée des luttes fut accompagnée d'un net arrêt de l'évolution droitière caractéristique des deux dernières années et d'une nouvelle offensive des forces opposées à la politique des revenus ("contrat social"). Bien qu'elles n'aient pas atteint un niveau comparable à celles de 1972 ou 1974, ces mobilisations représentent le début d'un réel changement dans l'attitude de la classe ouvrière. Pour la première fois en dix-huit mois, la classe dominante discute ouvertement de la capacité d'un gouvernement travailliste de contrôler les travailleurs. Ne disposant pas des moyens d'agir traditionnels d'un gouvernement réformiste, le Parti travailliste se trouve coincé entre les revendications sans cesse croissantes de la classe dominante et une nouvelle résistance de la classe ouvrière. Le mécontentement accru de la bourgeoisie face à ce gouvernement (y compris les tentatives faites par des éléments aventuristes du Parti conservateur de le chasser) et la profonde désillusion des travailleurs - qui se révèle sur le plan électoral - traduisent cette double pression. Etouffé par la crise économique et ébranlé par les développements politiques en Ecosse, le gouvernement travailliste est encerclé de toutes parts. Le pacte libéral-travailliste Il semble clair que, bien que ses jours soient comptés, la tentative des conservateurs de renverser le gouvernement travailliste était quelque peu prématurée. La classe dominante revendique de rapides négociations afin de contrôler strictement l'évolution des salaires cet été. Le Parti travailliste dispose de meilleurs atouts que le Parti conservateur pour atteindre cet objectif. Aussi longtemps que les travaillistes s'affirment capables d'imposer un contrôle des salaires, un gouvernement travailliste est plus efficace qu'un gouvernement conservateur pour appliquer la politique du capital au niveau des salaires, des dépenses sociales et de l'emploi. En 1970, la bourgeoisie croyait que le gouvernement conservateur d'Edward Heath serait apte à imposer une limitation des salaires en battant les travailleurs au cours d'un combat frontal. Aujourd'hui cependant, il n'y a pas d'espoir dans les rangs bourgeois de voir un gouvernement conservateur de Margaret Thatcher réussir une telle opération. Au contraire, les capitalistes craignent même que les discours ouvertement droitiers de Madame Thatcher (concernant la politique monétaire) ne suscitent la colère des masses laborieuses, même s'il est vrai qu'elle pourrait abandonner cette politique une fois au gouvernement et décider, par contre, de chercher à négocier avec les dirigeants syndicaux. Si les travaillistes perdent le contrôle de la situation (spécialement si cela s'accompagne d'une crise interne), alors les capitalistes pourront faire appel à Madame Thatcher. Pour le moment cependant, au moins jusqu'à ce que soit négocié le troisième tour de la politique des revenus, la bourgeoisie préfère garder le Parti travailliste multiplient les éditoriaux s'opposant à un dépôt d'une motion de censure de la part de Thatcher l'indique clairement. Le pacte libéral-travailliste s'insère dans cette orientation de la bourgeoisie. Actuellement, la classe dominante dispose d'un instrument lui permettant de démettre le gouvernement travailliste à la moindre incartade : les libéraux n'ont qu'à lui retirer leur soutien. Dans le même temps, le pacte libéral-travailliste implique que toute loi quelque peu contrariante pour la bourgeoisie puisse être bloquée avant d'être présentée au parlement. En outre, le pacte dote le gouvernement travailliste d'une arme pour exercer une pression sur la bureaucratie syndicale. Pour la première, le gouvernement travailliste peut déclarer sans mentir que la moindre résistance de la classe ouvrière au contrôle des salaires pourrait aboutir au renversement du gouvernement par les libéraux. Il en découle que la bureaucratie syndicale ne doit pas seulement accepter une nouvelle période de contrôle des salaires, mais qu'elle doit aussi réprimer vigoureusement toute lutte ouvrière. Ce n'est pas pour rien que le pacte libéral-travailliste est qualifié de "coalition de la phase trois". Bien qu'elle ne constitue pas une alliance formelle, cette coalition a pour véritable fonction d'ouvrir la voie à la prochaine étape de la politique des revenus. La bourgeoisie ne réclame pas du Parti travailliste une modification de sa politique, elle est suffisamment à droite. Mais elle dispose désormais d'un mécanisme propre à empêcher le Parti travailliste de s'écarter du droit chemin. Tout en dénonçant le pacte et en réclamant sa rupture, les révolutionnaires doivent concentrer leurs tirs sur la politique du Parti travailliste qui a conduit logiquement à un tel accord. La " gauche » et le parti communiste Bien que le pacte libéral-travailliste n'ait pas modifié les rapports de forces entre classes, sa relation avec la nouvelle montée des luttes a cependant mis en relief la fonction des diverses forces politiques. Ainsi, une clarification politique rapide est intervenue dans le pays depuis le début de 1977, particulièrement à ros de l'aile gauche du mouvement ouvrier.
Les luttes qui ont surgi contre le contrôle des salaires constituent la question cruciale face à laquelle les positions doivent se définir. Ces luttes ont été violemment attaquées par la bureaucratie syndicale qui n'est pas seulement partisane, en général, du contrôle des salaires, mais aussi soumise à la pression "pour sauver le gouvernement". Quand le Times de Londres se mit en grève, les dirigeants syndicaux cédèrent à la menace des patrons de licencier tout le personnel s'il ne reprenait pas le travail. A la British Leyland, la direction syndicale fit reprendre le travail aux outilleurs pour accepter, ensuite, les propositions du patronat de licencier les grévistes. L'aile gauche et l'aile droite de la bureaucratie syndicale se sont unies pour la répression. Le dirigeant "maofste" Reg Birch, par exemple, a mené la campagne contre les travailleurs de Heathrow et l'ex-dirigeant de "gauche" Scanlon a orchestré l'attaque contre les outilleurs de British Leyland. Bien que les bureaucrates soient quelque peu partagés sur la possibilité et les modalités d'une nouvelle période de contrôle des salaires, ils ne se sont jamais trouvés aussi unis dans leur préoccupation d'étouffer dans l'œuf toute lutte ouvrière mettant en question l'actuelle politique des revenus. Le Parti communiste s'est retrouvé coincé entre, d'une part, la répression de la bureaucratie syndicale et, d'autre part, la montée des luttes. En réalité, sa politique d' "Union de la gauche" se ramène au refus de rompre avec les bureaucrates de gauche tout en maintenant son contrôle sur les secteurs les plus combatifs de la classe ouvrière. Initialement, le PC avait espéré utiliser les luttes engagées sur le contrôle des salaires comme moyen de pousser un peu la bureaucratie vers la gauche, ce qui aurait permis au PC d'éviter des confrontations directes avec les luttes ouvrières les plus avancées. Dans ce but, au début du printemps, le PC organisa une intense campagne de propagande contre la phase trois du contrôle des salaires, tout en prenant soin de ne pas s'opposer à la phase actuelle de ce contrôle que la bureaucratie avait déjà acceptée. Cette campagne s'est conclue par une conférence nationale à laquelle participaient majoritairement les shop stewards (délégués d'ateliers) de Leyland et qui était soutenue par Arthur Scargill du syndicat des mineurs du Yorkshire. Cette conférence lança un appel à une journée nationale de grève, le 20 avril, contre les mesures de contrôle de la phase Les projets du PC se heurtèrent au mur de l'orientation actuelle de la bureaucratie. Un appel sérieux à la grève contre le contrôle des salaires aurait impliqué une confrontation avec les "alliés stratégiques" du parti. C'est pourquoi le PC lui-même sabota l'action du 20 avril qui se solda par un échec relatif : 4000 personnes seulement manifestèrent à Londres et seules quelques grandes usines débrayèrent. De plus, le PC appela les outilleurs de Leyland à reprendre le travail et ignora, voire critiqua directement, la grève de Heathrow. Pris au piège de son suivisme à l'égard de la bureaucratie syndicale, le PC est entré en conflit ouvert avec les luttes les plus combatives. L'extrême-gauche a été la seule force politique organisée qui ait systématiquement soutenu la lutte contre le contrôle des salaires. Ce soutien ne s'est pas limité à la simple propagande, mais il a aussi pris la forme d'une solidarité concrète avec les outilleurs de Leyland, les travailleurs de Heathrow et les grévistes de Port Talbot - lors de la manifestation du 20 avril, par exemple. Ces initiatives de l'extrême-gauche ont permis que l'opinion de nombreux travailleurs, conscients de la nécessité de cette solidarité, trouve le moyen de s'exprimer. En outre, malgré la répression, toutes les luttes ouvrières ne se sont pas conclues sur une défaite. La grève du Times fut brisée mais les outilleurs ont réussi à arracher quelques concessions. En résumé, on peut dire que la riposte des révolutionnaires est entrée en résonnance avec le sentiement d'une couche-de travailleurs engagés dans la lutte. Ceci s'est révélé non seulement dans une augmentation sensible des effectifs des principales organisations d'extrême-gauche dans les syndicats, localement et nationalement (lors des élections dans le syndicat des transports, les candidats se situant à la gauche du PC recueillirent 57 000 voix, soit 10%). Racisme et fascisme L'extrême-gauche, aux côtés des organisations de travailleurs immigrés, a joué un rôle important sur un autre terrain, celui de la lutte contre les activités croissantes des racistes. Encouragés par la politique réactionnaire du gouvernement, les fascistes du National Front (Front national) et du National Party (Parti national) ont fait des percées incontestables dans des bastions auparavant acquis au Parti travailliste. Ils ont recueilli de nombreux suffrages dans certaines régions des Midlands, notamment la ville de Leicester, où ils obtinrent 30% des voix aux dernières élections, et dans le Nord-ouest, à Blackburn, où ils firent élire deux conseillers municipaux. En même temps, les aggressions physiques contre les travailleurs immigrés se sont faites plus systématiques. Il serait faux d'en déduire qu'il existe une menace immédiate de mouvement fasciste de masse en Grande-Bretagne. Le soutien électoral se manifeste à l'égard des idées racistes plutôt qu'envers les conceptions fascistes du NF et du NP; l'action violente est encore le fait d'un noyau dur de nervis. Mais les succès des racistes sont sérieux et évidents. Les fascistes pourraient bien gagner 500000 voix lors des prochaines élections générales. L'incapacité des réformistes à s'opposer à la montée des racistes est patente. Après le succès de la manifestation organisée par le Parti travailliste contre le racisme, à l'automne dernier, qui rassembla 12000 personnes, la "campagne" réformiste contre le racisme, lancée à l'été 1974, fut abandonnée. Le Parti communiste s'est limité à tenter de rallier les "prêtres progressistes" et les "conservateurs libéraux" pour entretenir la campagne réformiste. Seule, l'extrême-gauche o maintenu la mobilisation antifasciste et antiraciste. Cette mobilisation a rencontré une audience réelle, en dépit de la passivité du Parti travailliste et du PC. A Birmingham, au cours de l'élection partielle de Stechford, des groupes de travailleurs immigrés, l'IMG (International. Marxist Group, section britannique de la lVème Internationale), et le SWP Socialist Workers Party, Parti socialiste des travailleurs, nouvelle dénomination du groupe International Socialists) organisèrent une riposte au National Front. 3000 personnes y participèrent. A Londres, 3000 manifestants se rassemblèrent pour protester contre la marche du National Front à travers Wood Green, l'un des quartiers à plus forte proportion d'immigrés.
Cette dernière mobilisation rencontra un succès notable en réussissant à réaliser un Front unique avec les organisations réformistes locales : le candidat local du Parti travailliste prit la parole au meeting et la manifestation fut soutenue par la plupart des conseillers municipaux de la localité. L'extrême-gauche a ainsi gagné un poids politique considérable par rapport aux années précédentes, car elle est la seule force qui soutient les luttes contre le contrôle des salaires et qui joue un rôle majeur dans la lutte de plus en plus intense contre le racisme. Bien qu'elle ne se trouve pas encore au point de faire rompre des secteurs de masse avec le Parti travailliste ou le réformisme, l'extrême-gauche est en train de gagner une audience de plus en plus large et de plus en plus attentive parmi les travailleurs. Ses critiques contre la gauche travailliste et contre le PC ne paraissent plus déplacées ou abstraites mais commencent à porter directement. Aile gauche et organisation révolutionnaire En raison de cette audience croissante et des possibilités d'intervention, le besoin d'une action unitaire des forces d'avant-garde est plus pressant que jamais. Les forces les plus larges possibles doivent être rassemblées pour mener le combat afin d'imposer l'unité dans l'action avec le PC et les réformistes, afin de faire la jonction avec tous les travailleurs s'engageant dans la lutte contre la politique du gouvernement et afin d'être prêt à prendre l'initiative si les organisations traditionnelles de la classe ouvrière refusent de bouger. Finalement, dans une situation où plusieurs milliers de travailleurs se tournent sérieusement vers l'extrême-gauche pour la première fois, le problème du dépassement des divisions existantes entre les révolutionnaires et de la construction d'une organisation révolutionnaire la plus forte possible, devient crucial.. Tous ces impératifs peuvent être résumés dans. la lutte pour construire une aile gauche de lutte de classes dans le mouvement ouvrier, un front unique de tous ceux qui sont prêts à s'engager dans l'action contre la politique du gouvernement, dans la lutte pour construire une organisation révolutionnaire unique afin de surmonter les divisions actuelles et de constituer le noyau révolutionnaire le plus puissant possible. Dans le combat pour la réalisation de ces objectifs, l'IMG se confronte à trois orientations divergentes ainsi qu'à un certain état d'esprit sectaire de la gauche. La première bataille, la plus décisive et la plus ardue, se mène contre les travaillistes et le PC. Dans ce domaine, nous mettons l'accent sur les luttes immédiates de défense du niveau de vie et sur la nécessité de forger l'unité d'action la plus large possible dans ces luttes. De ce point de vue, une activité réelle, aujourd'hui, même sur des terrains limités, vaut mieux que des actions parfaites et hypothétiques, demain, sur la base de plateformes "idéales" . Sans la première, les secondes ne peuvent voir le jour. Au contraire, le PC et les sociaux-démocrates de gauche refusent de soutenir les luttes actuelles, sous prétexte que des actions de masse pourraient être organisées dans le futur avec l'appui de secteurs importants des organisations de masse et de la bureaucratie de gauche. Cette approche, qui revient à saboter les luttes présentes, ne fait que déplacer le rapport de forces en faveur de la bourgeoisie et que repousser toute perspective réelle d'action de masse dans un futur éloigné. En pratique (bien qu'ils ne cessent d'affirmer le contraire), le PC et les sociaux-démocrates de gauche donnent un exemple classique d'ignorance de la première leçon de toute politique ouvrière : seule l'activité de forces sociales réelles peut modifier la situation en faveur de la classe ouvrière. La seconde orientation qui doit être combattue n'est autre que celle développée par le SWP. Une unité d'action entre le SWP et l'IMG, les deux formations les plus fortes de l'extrême-gauche, pourrait mobiliser des forces significatives. Cela fut d'ailleurs démontré à l'occasion d'élections ou encore au niveau de leur influence syndicale. L'IMG a mené une bataille systématique pour l'unité d'action avec le SWP. Mais cette organisation a maintenu jusqu'à présent une ligne ultra-gauche et sectaire face à l'ensemble des organisations d'extrême-gauche. L'activité de l'IMG face au SWP passe dès lors, malheureusement, par l'établissement nécessaire d'un rapport de forces susceptible d'imposer au SWP l'unité d'action, ceci dans le cadre d'une campagne politique en faveur de l'unité d'action de l'extrême-gauche dans son ensemble. Dans cette lutte, l'IMG subit évidemment les contraintes du rapport de forces actuel et du développement de la lutte de classes. Là où le rapport de forces entre l'extrême-gauche et les réformistes est le plus favorable, l'IMG a pu mener cette bataille avec un certain succès. Dans ces circonstances, lorsque le SWP refusait l'unité d'action, il a dû payer le prix de son sectarisme. Dans le syndicat national des enseignants (NUT) par exemple, l'IMG en accord avec d'autres courants, a été capable de construire une tendance : l'Alliance des enseignants socialistes. Plus de 30 délégués ont défendu les positions de cette tendance lors du Congrès du NUT à Pâques. Le regroupement dirigé par le SWP comptait quant à lui 15 délégués. Dans les syndicats étudiants, l'IMG a accordé son soutien à l'Alliance des étudiants socialistes (SSA) qui a obtenu deux sièges au comité exécutif national. Par contre, le regroupement soutenu par le SWP n'a qu'un représentant au niveau de l'exécutif national. La SSA a recueilli 40% de voix de plus que le front soutenu par le SWP. En outre, l'IMG, lors de la campagne antiraciste et à l'occasion de celle pour le droit à l'avortement, affirma nettement sa présence. Enfin, lors des élections partielles de Stechford, l'IMG a recueilli plus de voix que le SWP (le SWP avait refusé de façon sectaire un accord électoral ; le SWP et l'IMG ont donc mené des campagnes séparées). Sur un certain nombre de questions, l'IMG fut donc capable de modifier les rapports de forces au sein de l'extrême-gauche. Ceci ne peut que créer une situation plus favorable pour l'unité d'action avec le SWP. Mais l'IMG n'a pas l'illusion que ces quelques succès reflètent une modification effective des rapports de forces au sein de l'extrême-gauche, même s'ils peuvent indiquer une tendance. Le SWP avec ses 2500 à 3000 membres, comparés aux 700 militants de l'IMG, représente sans conteste la plus forte organisation de l'extrême-gauche. En particulier il possède une implantation beaucoup plus substantielle que l'IMG dans les syndicats, au niveau des principales branches d'industrie, même si notre organisation a progressé de façon significative
sur ce terrain depuis 1970. Dès lors, la bataille pour changer les rapports de forces au sein de l'extrême-gauche, afin d'assurer l'unité d'action, s'annonce longue et permanente. Les regroupements C'est dans ce contexte que l'objectif d'un regroupement des révolutionnaires acquiert toute son importance. Evidemment, l'évolution la plus favorable du SWP serait qu'il effectue un tournant net vers l'unité d'action et en direction d'une politique de regroupement de l'extrême-gauche. Malheureusement, jusqu'à maintenant, il n'y a pas d'indication d'une telle orientation. Parallèlement les organisations trotskistes autres que le SWP sont beaucoup plus fortes qu'en 1969/73 aussi bien numériquement qu'au niveau de leur implantation. Cette période était marquée par l'hégémonie du SWP. Aujourd'hui, le regroupement des forces de l'IMG, de la Workers League (Ligue des travailleurs, scission du Workers Revolutionary Party - Parti révolutionnaire des travailleurs, dirigé par G. Healy), de l'International Communist League (Ligue communiste internationaliste, une organisation sectaire composée essentiellement d'anciens membres du SWP), ainsi que d'autres groupes, donnerait naissance à une organisation trotskiste de plus de 1000 membres, susceptible d'intervenir avec une certaine efficacité dans la lutte de classe, à différents niveaux. En outre, cette intervention aurait un impact politique bien qupérieur à celui de chaque organisation séparément aujourd'hui. Elle permettrait aussi de mener une campagne beauGRANDE-BRETAGNE
Les femmes
coup plus efficace pour l'unité d'action avec les réformistes, le SWP et d'autres forces. Elle serait une véritable force au sein du mouvement ouvrier. Cette perspective d'un regroupement des révolutionnaires, qui se ferait nécessairement avec d'autres forces que le SWP dans un premier temps, est au centre du projet politique de l'IMG à l'étape présente. Il serait erroné de conclure des événements actuels que la classe ouvrière est sur le point d'engager une offensive d'envergure comme celle de 1972 ou 1974. Il y a des obstacles majeurs à cela. Les mobilisations contre le contrôle des salaires restent encore limitées à quelques secteurs de la classe ouvrière. La batialle contre le chômage reste à un niveau relativement bas. Les travailleurs ont subi quelques défaites sur le terrain des prestations sociales. Sur ce terrain, la politique de capitulation et de sabotage de la bureaucratie s'est fait sentir le plus fortement. Enfin, la mobilisation contre la présence des troupes brtianniques en Irlande est à son point le plus bas et le mouvement pour le droit à l'avortement a décliné depuis les dernières attaques il y a deux ans. Néanmoins, les travailleurs ont reconquis des positions perdues au cours des deux dernières années et la courbe de la combativité remonte. Cela rend les perspectives pour les' révolutionnaires, en Grande-Bretagne, plus favorables qu'il y a quelques temps.
29 avril 1977. Dodie ELLIS & Mary KELLY