Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER BRESIL

Entretien avec Paulo Skromof, dirigeant du Syndicat des travailleurs du cuir de Sao Paulo

Inprecor n° 60, 4 octobre 1979 · p. 12-13 · 1 592 mots

Syndicalisme Brésil

• Quelle est la situation au Brésil après les élections de novembre 1978 ?

Le principal élement de la situation au Brésil, c'est la montée des luttes populaires et ouvrières, qui conditionnent et accélérent la crise du régime. Le 12 mars 1978, la grève de la «Scania» à Sao Bernardo a déclenchée un processus permanent de localisées (sectorielles), par catégories, et même de grèves se développant simultanément dans plusieurs branches, qui se sont rapidement étendues tout le pays. Aujourd'hui, nous assistons au développement de luttes à Minas Gerais et nous saluons, par ailleurs, l'entrée en lutte des travailleurs de la province du Rio Grande do Sul. L approfondissement de la crise de la dictature est telle qu'elle n'arrive plus à assurer l'efficacité de l'appareil répressif. A chaque mesure répressive, il y a désormais une riposte du mouvement de masse. A mon avis, les élections du mois de novembre 1978 sont d'une importance secondaire par rapport à la crise du régime et la montée des luttes des travailleurs au Brésil.

Mais ces élections ont montré que nous vivons dans un systeme ambigu : les élections ont eu un caractère plébiscitaire, les travailleurs n'ont eu que deux options, soit le vote nul, soit le vote pour le sigle du MDB, pour

Entretien avec Paulo Skromof cuir de Sao Paulo exprimer leur refus de la dictature. La signification des élections s'est épuisée avec l'acte même de voter. Le gouvernement a subi une fois de plus une défaite.

Ce n'est que maintenant que l'on peut compter sur une alternative claire : le vieux drapeau du mouvement ouvrier, la lutte pour un Parti ouvrier indépendant. Elle est reprise par un secteurs très significatif des dirigeants syndicaux -c'est le «Parti des travailleurs», dont l'idée fut lancée en décembre 1978, juste après les élections, et qui est en train de se développer.

Voilà le cadre de la situation du pays. Les masses ont commencé leurs luttes contre le régime, mais sans disposer d'un moyen propre d'expression politique. Cela a permis au régime de réussir, jusqu'à ce moment, un début de transition pacifique vers une autre forme de domination, où la répression policiere - la torture, par exemple - seraient des recours accessoires. • Peux-tu expliquer davantage ce projet de construction d'un Parti des travailleurs ?

Jusqu'aujourd'hui la classe ouvrière brésilienne n'a jamais connu un processus d'organisation de classe indépendante. L'expérience politique de la classe ouvrière s'est faite toujours - excluant la petite portion qui a gagnée les rangs du Parti communiste - au sein des partis bourgeois. C'est pour cela que nous nous lançons dans la tâche de construction du PT.

Au cours des premiers mois qui ont suivi décembre 1978, s'est déroulée l'étape du «mouvement pro-PT», composé essentiellement des directions des syndicats officiels: Ils sont très minoritaires dans la structure syndicale, mais le fait qu'ils soient précisément issus de cette structure est très important. Au moment où Lula, président des métallurgistes de Sao Bernardo, a lancé l'idée de ce parti, il a réussi a obtenir l'adhésion des métallos de Santo André, Osasco (banlieues industrielles de la région de Sao Paulo), et des travailleurs du pétrole de la ville de

Maintenant, avoir fait le plein des adhésions de dirigeants syndicaux, nous quittons Sao Paulo à la recherche de nouvelles directions. Par exemple à Rio de Janeiro, la coordination du mouvement est fondamentalement par les «oppositions syndicales». A Minas Gerais, pendat le dernier mois, les oppositions ont elles aussi tion de ce mouvement à l'échelle de l'Etat. A Sao Paulo, après l'adhésion de José Ibrahim - andirigeant syndicat contraint à après les grèves de l'année 1968, nous sommes sûrs de l'adhésion plus conséquents de l'opposition syndicale.

Nous sommes en train de créer le «mouvement pro-PT», qui se structure d'une manière partidaire. Nous pensons réaliser le Congrès de fondation dans un délais de 6 mois, quoiqu'on n'ait pas encore fixé une côté, nous essayons de créer des noyaux dans toutes les régions. Nous faisons 3 réunions publiques par

Nous nes nous limitons plus à propager simplement l'idée du PT, comme c'était le cas jusqu'à maintenant; à la fin de chaque réunion, nous organisons des noyaux militants. Nous possédons déjà un plan pour le lancement

Page 13

manière honteuse, le comité de politique de la classe ouvrière.

du PT, avec une grande manifestation publique à la Praça da Sé, lieu traditionnel des manifestations du mouvement ouurier.

Le comportement de la gauche traditionnelle a été contradictoire, selon les courants ou les groupes. Les maoistes n'ont pas adhéré au PT, exception faite de l'«Ala Vermelha du PC do B». Ces secteurs proposent de créer un parti, au sein duquel front populaire, teurs de la bourgeoisie nationa-

Les groupements d'origine ont tous soutenu le projet du PT, excepté les posadistes et la section lambertiste rOSI, rattachée au CORQI. Quant au PC, il proclame que le parti ouvrier existe déjà depuis 57 ans, et que c'est lui ! Les autres secteurs de la gauche, qui vont des catholiques de gauche aux mouvements nationalistes, ont une tendance à soutenir le PT.

Mais il reste encore une très grande méfiance de la part de ces groupes, qui ne comprennent pas le rôle que le PT peut

Ils ne conçoivent construction d'un parti léniniste qu'à partir d'une poignée d'intellectuels, auquels viendraient se joindre des milliers de travailleurs, dans un processus de croissance organique. voient pas que le POSR russe avant la phase de centralisation (1903), est passé lui-même, par une période de descentralisation, tres large, que nous devons imiter aujourd'hui.

• Quelles sont les perspectives depuis les dernières ces derniers temps, les grèves ne démarraient qu'à partir des syndicats dirigés par les leaders du PT. Aujourd'hui le processus de mobilisation va bien au-delà, et on peut affirmer que le PT est le reflet de toutes les luttes revendicatives de la classe ouvrière.

Les grèves qui ne sont pas coordonnées par les syndicats, comme c'est l'exemple de Belo Horizonte, s'identifient totalement avec le PT. Au moment où le président du Syndicat du bâtiment trahissait la grève de grève a convoqué les principaux Paulo - qui sont les principaux animateurs du PT -, afin qu'ils participent aux Assemblées des travailleurs, pour qu'ils puissent contrecarrer le poids des politiciens bourgeois (MDB), qui n'avaient rien à voir avec le mouvement. Mais la présence du PT a garanti, d'une certaine manière la continuité de la baredonnant plein de confiance aux travailleurs, pour mener la lutte aux côtés du PT vers un Gouvernement des travail-

La structure sundicale a été liée à l'Etat - sur le mode vertical - pendant la période de Vargas. Et cette période est toujours en vigueur.

Récemment il y a eu le grand mouvement oppositions syndicales, ainsi que l'apparidirigeants syndicaux combatifs, pour créer une structure syndicale autonome. Cette tâche constitue, à mon avis, l'enjeu le plus important pour le mouvement ouvrier.

Il faut un instrument politique pour concrétiser cette tâche, pour organiser les travailau sein même des syndicats officiels, avec la conscience de la nécessité de s'arracher au contrôle de l'Etat, d'éliminer l'impôt syndical, de pouvoir établir librement les statuts, de contrôler les finances du syndicat et enfin, d'organiser la lutte revendicative des travailleurs. C'est la lutte pour la construction d'une Centrale unique des travailleurs, différente de celle que veut le PC, qui propose seulement un regroupement des dirigeants syndicaux actuels et être l'aboutissement d'un grand Congrès ouvrier, où chaque catégorie, chaque usine doit être représenté. • Et le «Parti travailliste brésilien» (PTB), quel sera son rôle ?

Le « Parti travailliste brésilien» a été le principal atout utilisé par les classes dominantes ces dernières décennies. Après 1964 ce fut la dictature militaire, qui maintenant essaie de se déguiser en démocratie formelle restrein-

Men maintenant l'exclusion

On fait ressusciter aujourd'hui le même PTB. Les nostalgiques veulent faire de son lancement l'obstacle majeur pour éviter que la classe ouvrière ne puisse s'exprimer librement et pour éviter la destruction de l'appareil syndical vertical. Si la bourgeoisie réussit à imposer la création de ce parti au Brésil, comme fut le cas du deuxième retour du péronisme en Argentine, il ne restera pas d'alternative précise aux travailleurs. Le PTB, tel qu'il est conçu aujourd'hui, sous la direction de Brizola ou d'Ivete Vargas (ex-député, «cassée», fille de l'ex-dictateur Vargas), malgré l'autocritique des «erreurs du passé» devient un instrument encore beaucoup plus suspect. Je ne croit pas que le PTB puisse développer aujourd'hui un programme nationaliste, s'opposant à l'impérialisme; Peron ne l'a pas davantage fait pendant son déuxième et ultime retour au pouvoir.

Finalement, il faut remarquer qu'avec le lancement du projet -PT, le PTB, de son côté, n'a pas réussi à obtenir l'adhésion de la moindre direction syndicale significative ... NOTES (1) Toutes formes de ralentissement des cadences de travail. (2) Série de mesures «formelles» qui

One modifient en rien la CLT traditionnelle, proposées par le gouvernement. Elles touchent à des questions comme : rapport syndicat-Etat, libertés syndicales, droit de grève, politique salariale, etc. (3) Une des mesures principales du

«Pacote de Abril» formalisant l'élection des sénateurs par l'intermédiaire d'un collège électoral, fonctionnant dans un système similaire au découpage électoral français. (4) Littéralement, nourriture froide.

Désigne les travailleurs qui habitent dans la banlieue urbaine et qui, quotidiennement, sont transportés en camion pour travailler dans les champs, emportant ainsi leur nourriture déjà préparée. (5) Amendements de la Constitution, instaurés depuis 1964, légalisant toute une série de mesure arbitraires de la part de la dictature. Ils sont en vigueur jusqu'aujourd'hui. (6) Paysans pauvres qui s'approprient des terres non-cultivés appartenant à des latifondiaires ou à l'Etat.

----- photo credits and running heads -----

te.

Une erreur sur cette page ?