Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Les sandinistes poussent à l'organisation des ouvriers et des paysans

· Inprecor n° 60, 4 octobre 1979 · p. 14-16 · 1 843 mots

Nicaragua

• Managua, le 11 septembre -

On assiste ici à une explosion de l'organisation au sein des masses laborieuses et paysannes, depuis le triomphe, le sannes, depuis le tompne, le 19 juillet, de l'insurrection populaire dirigée par les sandinistes.

Dans les villes, se créant immeuble par immeuble, les Comités de défense sandinistes ont surgi. Ces comités, ment centralisés en fonction du lieu d'habitation et par zone, contrôlent la distribution l'aide alimentaire d'urgence organisent des campagnes spécifiques, ainsi, par vaccination massive des enfants contre la poliomyélite, la semaine dernière.

Ils collaborent aussi avec les unités de la mailie et de la police sandiniste récemment créée,

Nicaragua en protégeant les zones d'habitation contre les bandes somozistes qui sont toujours actives.

coup de lieux de travail, alors que d'autres, obligés sous fonctionner apparaissent grand jour.

généralesyndicats

Front sandiniste de et la CGTI, le CAUS et la CNT exemple, la

1)

Confédération vail, pendante du travail, Centrale pour l'action et l'unité syndicales, Fédération nationale du travail.

à l'organisation des ouvriers et des paysans sion.

Pour la première fois, des syndicats ont été créés sur beausociation qui avaient été la dictature de clandestinement, maintenant

Jaime au

La plupart des nouveaux adhèrent immédiatement à la Fédération des travailleurs sandinistes (CST). Le campagnes.

de libération nationale pousse les autres organisations existantes - la CGT,

(1) - à entrer à la CST pour for-

Confédération générale du tragénérale indémer une fédération unique. Des discussions sont actuellement en cours pour réaliser cette fu-

Dans les campagnes, l'Asdes paysans (ACT), dirigée par les sandinistes, organise les paysans et les travailleurs agricoles.

Wheelock, ministre de la Réforme agraire, a annoncé, lors d'un meeting tenu à Matagalpa le 7 septembre, une autre mesure pour favoriser l'organisation des opprimés dans les

Devant plusieurs centaines de planteurs de café, Wheelock a appelé à la création d'une association nationale des petits et moyens producteurs de café. Ce sont eux, a-t-il dit, qui ont «reçu les coups les plus durs et subi le plus d'exactions de la part du régime de Somoza.»

Il souligna que les terres des petits producteurs ne seraient

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plus hypothéquées à institution et qu'un fond de stabilisation des prix serait créé pour leur assurer un revenu décent.

Quelques gros propriétaires, lors du meeting de Matagalpa, ont accusé les sandinistes d'essayer de «diviser» les producteurs de café grâce à ces mesures. Wheelock répondit : «La réalité est que les intérêts des

Il semble que les capitalistes se sentent mal à l'aise et préoccupés parce que la révolution, dirigée par les sandinistes, est en train de se servir d'eux dans un premier temps, pour les mettre à l'écart dans second. Dans l'éditorial de la Prensa du 5 septembre, de l'éditeur assassiné, se plaint de la «démagogie» de ceux qui emploient le terme «bourgeoisie» comme «synonyme d'exploitation».

Le but de Chamorro paraît être de conquérir la direction du FSLN afin de ralentir la révolution et d'éviter que la bourgeoisie soit présentée comme un ennemi, Il a déclaré que «le rôle joué par la bourgeoisie progressiste n'est pas seulement important, mais aussi déterminant» dans la reconstruction du Nicaragua. Il demande donc que l'on évite la «haine de classe». zistes et de leurs représentants politiques.

Lors de la conférence de presse tenue par les dirigeants sandinistes présents à la Conférence des pays non-alignés à La Havane, un journaliste mexicain a demandé au commandant Daniel Ortega quelle était son opinion concernant un rapport signé par un certain nombre d'hommes d'affaires nicaraguayens et qui, paraît-il, circule au Venezuela.

«La révolution du peuple et le Front le Front sandiniste de libération nationale n'ont signé aucun accord avec des hommes d'affaires du secteur privé dans notre pays, si bien qu'aujourpetits producteurs sont différents de ceux qui jouissent de toutes sortes de possibilités Où est l'égalité entre le fils aux pieds nus d'un paysan et celui d'un gros producteur, étudiant aux Etats-Unis ?»

«C'est aux pauvres que nous devons d'abord penser. C'est pourquoi le gouvernement est en train de prendre des mesures en faveur des petits producteurs.» Pour appuyer ses déclarations, Chamorro souligne que nombreux dirigeants de la révolution appartiennent à des familles bourgeoises, quà l'intérieur de la bourgeoisie, il y a des gens qui ne sont pas des exploiteurs, mais qui sont aussi exploités, tout comme il y a des exploiteurs et que, dans toutes les grandes révolutions - «les révolutions française, russe, mexicaine, cubaine» - la bourgeoisie a joué un rôle prédominant «en tant que dirigeants ou critiques des défauts de leur classe». Pedro Rivera Mendozo a répondu à Chamorro dans une lettre publiée dans Barricada, le 7 septembre : «Dire la vérité, ce n'est pas de la démagogie», dit Rivera, en expliquant d'hui, ils ne peuvent en aucune manière nous demander le respect de tels accords», répondit Ortega.

Le compte-rendu de la conférence de presse de La Havane, dans le quotidien FSLN Barricada, continuait :«(Ortega) a ajouté que le FSLN a lancé un appel à tous les secteurs, pour l'unité du peuple dans la lutte, mais en aucun cas cela signifie la reconnaissance d'aucun pacte ou accord particulier.»

«Nous ne pouvons nier la participation de certains secteurs d'activité privée, qui ont rejoint la lutte et ont montré qu'ils étaient du côté du peuple, mais ils n'ont jamais joue un rôle détermi i dans le

LA PEUR DES CAPITALISTES Ces mesures progressistes, et bien d'autres prises par le nouveau gouvernement, ainsi que la rapide extension des organisations de masse, encouragée et dirigée par le FSLN, provoque une inquiétude croissante de la part des capitalistes anti-somoLE ROLE DE LA BOURGEOISIE que la nature du système capitaliste fait de tous les membres de la bourgeoisie des exploiteurs, peu importe en fait que les moins riches soient exploités par les secteurs les plus puissants de leur propre classe. Dans le numéro du 14 septembre de La Prensa, Guillermo Rothschuh Villanueva suggère que tous les membres de la bourgeoisie qui désirent aider la révolution quittent leur classe et soutiennent la cause du prolératiat. Rothschuh explique que c'est ce qu'ont fait les grands révolutionnaires, Engels, Marx et Lénine. Il recommande aux lecteurs qui en douteraient de consulter les œuvres de Michel Lowy, Exnest Mandel et Leon Trotsky. processus de libération» ajouta le commandant Ortega.

«Qui plus est, ils ont ioujours cherché à apporter une solution au probleme nicaraguayen par la négociation. Ils ont proposé le départ du dietateur, ce qui était la solution dictée par l'impérialisme à ces groupes réactionnaires.»

LES ATTAQUES DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE

Le 7 septembre, une conférence de presse eut lieu ici à Managua, pour annoncer la formation d'un «Parti sandi-

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LES SOCIAUX-DEMOCRATES

Alors que le débat sur son rôle se déroule dans la presse, la bourgeoisie nicaraguayenne a pris publiquement sa première initiative depuis l'insurrection afin de se réorganiser politiquement. La création du «Parti social-démocrate sandiniste»

(PSDS) fut annoncée le 7 septembre. Il s'agit en fait d'un regroupement de personnalités appartenant aux diverses fractions du vieux parti conservateur. Le PSDS a conclu sa «déclaration de principes» par un slogan provocateur «Sandinisme oui, communisme non !»

Cette formation anti-communiste paraît avoir fait une gaffe énorme en s'appropriant le nom de «sandiniste», ce qui a provoqué une réponse immédiate des dirigeants du FSLN. niste social-démocrate» (PSDS).

Malgré son nom, cette nouvelle formation n'a aucun lien avec le FSLN, pas plus qu'elle ne bénéficie du large soutien de la classe ouvrière, comme c'est le cas pour les partis sociaux-démocrates européens.

En fait, un certain nombre des dirigeants du nouveau PSDS a joué un rôle important dans l'ancien Parti démocrate conservateur - une des plus importantes formations politiques capitalistes anti-somozistes.

Le programme du PSDS demande des élections libres et une série de réformes sociales ; il appelle à soutenir le «gouvernement de reconstruction nationale et la Junte de gouvernement dans leur effort de reconstruction du pays et d'établissement d'une démocratie authentique garantissant des chances égales pour tous.»

Cependant, le PSDS a aussi lancé une attaque déguisée contre le FSLN, essayant de le présenter comme un «totalitarisme» :

«Au nom de nos principes sociaux-démocrates, nous rejetons toute idée de totalitarisme tendant à la création d'un parti

«Nous ne pouvons laisser des gens qui ne firent rien de significatif ni politiquement, ni militairement pour la libération du peuple s'intituler maintenant «sandinistes» ou falsifier le contenu du sandinisme», dit le commandant Carlos Nunez le 9 septembre à Masaya. Une lettre de Jose Luis Medal, publiée le 11 septembre dans Barricada répond au slogan anti-communiste des sociauxun révolutionnaire anti-impé rialiste et l'impérialisme est la forme suprême du capitalisme,» écrit Medal. «Ce sont les capitalistes impérialistes ont ordonné à Somoza de tuer Sandino. Le seul slogan qui convienne alors est «Sandinisme oui, capitalisme non!» unique, d'une seule fédération d'ouvriers, ou à l'orientation de l'armée au service d'une seule institution politique, quelqu'importante qu'ait été sa participation à la libération nationale.»

Après la lecture du programme du PSDS, lors de la conférence de presse, le sécrétaire général du Parti, Wilfredo Montalvan, a conclu par le slogan «Sandinisme oui, communisme non !» et il fut applaudi très fort par les membres présents du PSDS.

Cette démonstration de McCarthysme choqua de nomjournalistes nicaraguayens présents. Beaucoup d'entre eux demandèrent la parole souligner que les somozistes s'étaient servi de l'anticommunisme pour justifier leurs brutalités.

En fin de compte, le secrétaire politique du PSDS, Luis Rivas Leica, fut obligé de dire que le Parti abandonnait ce slogan.

Dans les jours qui suivirent, les dirigeants du FSLN contestèrent l'utilisation du terme de «sandiniste» dans la définition de ce parti.

Le 11 septembre, lors d'une conférence de presse au Quar- tionale.» tier général de l'armée, on demanda au commandant Luis Carrion quelle était son opinion sur le nouveau parti. «Je pense que le Parti sandiniste socialdémocrate, d'une manière plutôt abusive, essaye de s'approprier le nom qui a été dûment gagné par les seuls combattants sandinistes au cours d'une lutte longue et sanglante.»

«Le PSDS oublie, précisa Carrion, que, depuis de nombreuses années, le sandinisme signifie une pratique révolutionnaire et des moyens d'action révolutionnaires - un engagement révolutionnaire de notre peuple, assuré en premier lieu par le FSLN - la révolution sandiniste que le front sandiniste représente.»

LE ROLE DES MILICES Carrion a aussi saisi l'occasion de cette conférence de presse pour clarifier une question à laquelle les dirigeants sandinistes ont été confrontés : les liens entre la nouvelle Armée populaire sandiniste (EPS Ejercito Popular Sandinista) et les milices qui ont mené la lutte contre Somoza dans les villes.

«L'EPS est une force perregulière», qua Carrion, «alors que les milices populaires sont une force qui n'est pas mobilisée de manière constante. Beaucoup de camarades miliciens sont intégrés maintenant à l'armée régulière, alors que les autres -qui constitueront les milices en tant que telles - vont rester organisés sur la base du lieu d'habitation, du lieu de travail, des unités de producagricoles, et ainsi de «Ils seront entraínes, mais ne seront pas armés de manière permanente. A la place, ils seront affectés à des tâches uttles, à la production, dans les écoles. Notre préoccupation principale est que les membres des milices soient impliqués dans le processus de reconstructien na-

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