Face aux attaques du joumal bourgeois La Prensa,
Document 7 septembre 1979 Chers camarades de Barricada et de La Prensa,
Je vous écris cette lettre car je suis profondément préoccupé. De nombreux articles ont été publiés ces derniers jours sur un sujet extrêmement délicat : il s'agit du rôle que sont appelés à jouer nos frères miliciens apres le triomphe de la Révolution. C'est justement parce que la dictature militaire somoziste a été vaincue, grâce à la poussée de tout le peuple en armes, sous la direction du FSLN que je me vois contrait, en tant que révolutionnaire, d'apporter de justes éclaircissements sur cette question et de revendiquer le grand apport qu'ont constitué nos héroiques et combatives Milices populaires sandinistes. L'un des plus grands orgueils du FSLN et de notre peuple est d'avoir canalisé le potentiel de combat de toutes les forces face à l'ennemi féroce qui luttait pour les détruire et d'avoir su trouver des formes d'organisation qui, par leur force et leur combativité, le Cdt Nunez défend les milices laisseront une trace indélébile dans l'histoire de la révolution nicaraguayenne. L'une de ces forces était précisément les Milices populaires sandinistes, symbole de l'incorporation massive de tout le peuple à la lutte armée et qui ont accompli tant d'actions héroïques que l'on ne peut comprendre que parce qu'il s'agissait d'une lutte juste.
Nous autres, qui étions sur le front des forces sandinistes dans la ville de Managua, à Massaya, Jinotepe, Diriamba et Granada, nous avons été les témoins des démonstrations de valeur et de courage, de combativité et d'intrépidité révolutionnaire de nos miliciens. Is ont écrit avec leur sang et scellé avec leurs vies d'innombrables victoires contre l'ennemi avec pour seules armes le couteau, le cocktail molotou, la bombe de contact, l'arme courte, parfois le bâton et le gourdin.
Ce sont eux, comme le meilleur de nos combattants, qui étaient les premier au combat et les derniers à se retirer malgré le fait qu'ils n'aient disposé que d'armes rudimentaires. Mais ils comptaient avec un cœur et une vaillance aussi grands que la cause qu'ils défendaient. Ce sont eux qui, les mains vides ou armés seulement de calibres 22, accompagnaient les unités de combat régulières et se lançaient en plein combat à la récupération des armes ennemies à moins que ce ne soit pour empêcher que l'arme de nos combattants réguliers tombés dans l'action ne soit récupérée par l'ennemi.
L'Armée populaire sandiniste (EPS) s'est gonflée de nombre de ces miliciens et a ainsi incorporé la vaillance, la vigueur, l'esprit offensif et la combativité de ces frères. Aujourd'hui, beaucoup de ces miliciens sont devenus chefs de pelotons de notre EPS, grâce aux capacités dont ils ont fait preuve. Dans cette ville même de Managua, lorsque furent connue la fuite du tyran, la débandade de la garde somoziste et l'entrée des forces sandinistes, nombreux furent les miliciens, demeurés clandestins et pourchassés après le
repli tactique qui, les premiers s'efforcèrent de maintenir un certain ordre dans la période qui dura jusqu'à la destruction finale de la force militaire somoziste. Dans les maisons, dans l'ombre de la nuit, sur les voies de communication principales, c'est l'héroïque milicien qui, par sa garde permanente, surveillait les restes des forces ennemies et s'efforçait réellement d'imposer l'ordre dans cette période de désordre, de désorganisation et d'anarchie qui s'est produite comme cela est naturel dans toute Révolution. C'est l'héroique milicien qui a fait voler en éclat tout l'appareil politique et militaire ennemi pour le remplacer par un nouvel ordre, par un nouveau régime politique et par un nouvel instrument militaire qui permette effectivement de préserver les conquêtes populaires.
Mais c'est à Managua, plus particulièrement, qu'après l'écroulement sans gloire de la Garde somoziste, de nombreux nervis, délinquants, lumpens et ex-membres de la GN sont parvenus à se procurer des armes et des uniformes pour s'intituler sandinistes. Ils commencèrent ainsi à réaliser toutes sortes de violences, portant par là atteinte au rôle significatif et si héroique, aux acquis accumulés dans le combat par les Milices populaires sandinistes tout au long de la lutte. Ce type d'éléments continue d'exister parmi les miliciens et il faut les extirper complètement. Nous ne nions pas non plus que plus d'un milicien ait pu commettre des excès et que, tôt ou tard, il devra en rendre compte devant ses organismes supérieurs.
Mais nous serions injustes, nous manquerions de sens commun si, à partir de cette réalité, nous déversions des tombereaux d'ordures sur les Milices populaires sandinistes sans distinguer exactement, sans faire ressortir dans toute son ampleur le rôle de premier plan qu'elles ont joué. Ces dernières semaines, la Police militaire révolutionnaire s'est organisée et structurée. En attendant, ce sont des détachements de miliciens qui, sans trêve, ont maintenu l'ordre civil et qui ont combattu avec la dernière des énergies les bandes de militaires et de nervis, les chards sans rien demander en retour. Mettre tous miliciens dans le même sac, ce serait ne pas apprécier à toute sa valeur le travail gigantesque que ces combattants courageux ont réalisé de la façon la plus anonyme en créant les bases nécessaires pour que la Police militaire révolutionnaire puisse assumer ses responsabilités sans que la population subisse en attendant le moindre préjudice.
Nous nous sommes déjà rendu compte de comment certaines personnes s'offusqueraient du rôle des miliciens et n'y faisaient référence, de façon péjorative, qu'en parlant de «ces fameux miliciens». Nous avons pu également observer comment même certains membres de l'Armée populaire sandiniste (EPS) les considèrent comme des combattants de second ordre. Dans ces circonstances, nous devons être justes, intransigeants pour expliquer ce que sont aujourd'hui les Forces armées de tout le peuple. Car ce serait une terrible injustice de ne pas souligner l'immense apport et la combativité dont on fait preuve nos frères miliciens au cours des 53 jours de combats les plus intenses et dans les moments les plus difficiles de la lutte révolutionnaire.
Sur tout cela mes frères sandinistes Joaquin Cuadra Lacayo, William Ramirez, Oswaldo Lacayo, Monica Baltonado, Raul Venerio, comme de nombreux journalistes dont le camarade Pablo Emilio Barreto, sont d'accord, eux qui ont vu avec admiration les unités miliciennes, épuisées, à la limite de leurs forces rester ferme et tenir leurs fusils pour accomplir leur devoir révolutionnaire.
Il pouvait se passer peutêtre beaucoup de choses dans les territoires contrôlés par les miliciens, sauf que la bête somoziste puisse le leur arracher des mains.
C'est pour cela que j'écris cette lettre. Je veux par là resituer à leur juste place les Milices populaires éviter que des injustices soient commises à leur égard. Je suis certain que ces remarques seront prises en compte par les frères sandinistes car autant que moi ils savent parfaitement que la plus grande qualité d'un révolutionnaire est d'étre humble et de reconnaître les erreurs qu'il a pu commettre. Recevez mon salut plein de ferveur révolutionnaire.
Toujours fraternel dans la lutte. La Patrie libre ou la mort. Commandant Carlos Nunez Membre de la Direction Nationale commune publié dans Barricada du 7 septembre 1977