Tomas Borge face aux questions de Newsweek • Dans quelle mesure pourriez-vous comparer votre revolution avec Cuba ?
Notre revolution est, différente de la révolution cubaine. Par certains aspects nous sommes en avance par rapport aux Cubains. Nos milices populaires ne sont pas une copie des milices cubaines. Nos Comités de défense sandinistes ne ressemblent pas aux Comités de défense de la Révolution cubains. Chez
D'ETRE EXPORTES.» dans ses traits généraux, riences cubaine simple coincidence.
Document «LES REVOLUTIONS NE S'EXPORTENT PAS MAIS IL N'Y A PAS DE POSTE FRONTIERES POUR EMPECHER LES BONS EXEMPLES nous, les Comités sont davantage des organisations administratives chargées d'élaborer l'orientation politique pour les habitants des quartiers. • Est-ce qu'il y a des similitudes entre les expéet nicaraguayenne? Comme on dit quelquefois au début de certains films américains, toute similitude serait une
• Croyez-vous qu'à l'avenir votre politique va se radicaliser ?
Je ne voudrait mettre de label sur notre avenir. Les labels sont bons pour les bouteilles de whisky. Nous devons créer une nouvelle société, qui soit plus juste. Comment allons-nous appeler cette nouvelle étape ? Nous ne le savons pas. Tout ce que nous savons, c'est que ce sera une société libre. • Quels rapports envisagez-vous d'entretenir avec les Etats-Unis ?
L'histoire de l'intervention des Etats-Unis au Nicaragua ressemble à une série de clichés. Peutêtre y aura-t-il maintenant de nouvelles photos et une nouvelle image. • Comme vous le savez les Etats-Unis s'inquiètent de ce que le Nicaragua puisse devenir un autre Cuba sur ses arrières. Pouvez-vous apporter des assurances aux hommes politiques américains ?
Je pense que les américains sont moins naifs que de par le passé. Pourquoi devraient-ils s'effrayer d'une société libre, alors que précisément ils ne se sont pas effrayés du régime répressif de Somoza ? • Beaucoup de gens aux Etats-Unis pensent que la présence de 3000 soldats soviétiques à Cuba constituent une menace pour Washington. Qu'en pensez-vous ?
Aucun pays latino-américain n'a jamais tenté d'envahir les Etats-Unis. On ne peut pas dire l'inverse. • Et sur la possibilité de voir s'étendre la révolution nicaraguayenne au reste de l'Amérique centrale?
Le Nicaragua n'a pas besoin d'intervenir dans .. les affaires centro-américaines pour provoquer des changements. Les révolutions ne s'exportent pas. Mais il n'y a pas non plus de postes frontières qui puisse empêcher l'exportation des bons exemples. • Plusieurs milliers de membres de la Garde nationale et des partisans de Somoza se trouvent actuellement dans les prisons nicaraguayennes. Quels traitements subissent-ils ?
Le congressiste new-yorkais John Murphy a déclaré que nous avions exécuté 3000 prisonniers à la prison de Tipitaca. Nous avons alors emmené le sénateur du Nebraska, Edward Zorinsky, et l'ambassadeur américain, Larry Pezzulo à cette prison. Les prisonniers «exécutés» avaient dû ressusciter car ils nous ont dit, comme ils visitaient la prison, qu'ils étaient plutôt bien traités. Nous ne sommes pas totalement satisfaits de ces prisons. Mais rappellez-vous ce ne sont pas «nos» prisons. Ce sont celles de Somoza. Nous avons pris des mesures pour en construire de nouvelles. Les conditions sont actuellement meilleures que lorsque j'étais prisonnier. Pendant sept mois, j'ai été enchaîné au sol. Pendant neuf mois j'ai eu le visage recouvert d'une cagoule. Juste après la révolution nous avions 7000 prisonniers. Aujourd'hui il en reste 3000 et nous en libérons chaque jour davantage. • Qu'advient-il des prisonniers qui ne sont pas libérés ?
Ils sont inculpés pour assassinat, torture, pillage. Certains d'entre-eux ont assassiné 30,50, 100 personnes. D'autres en ont torturés plusieurs centaines. Ils y avait des tortures démoniaques : de la graisse animale était appliquée sur le sexe des paysans et ensuite des chiens affamés étaient lâchés sur eux ... Certains prisonniers étaient fouettés avec des lames des rasoirs et leurs blessures aspergés de sel. Les gens responsables de cela seront jugés. Il s'agit de gens dont la vie a été épargnée par la révolution. Chaque fois que ce sera possible, nous choisirons la clémence. • Comment expliquez-vous la critique publique faite par votre gouvernement des Etats-Unis lors de la conférence des Non-Alignés de La Havane ?
Il y a deux périodes dans l'histoire des relations entre les Etats-Unis et le Nicaragua : avant et après le 19 juillet. Nous éprouvons un profond ressentiment pour ce que fut la politique américaine, avant le 19 juillet. En 45 jours d'amitié il n'est pas possible d'éliminer plusieurs décennies de haine, laissez-nous voir ce qui va arriver. Si les Etats-Unis ferment les portes de la solidarité avec le Nicaragua, nous devrons chercher ailleurs des amis. Ce ne sera pas notre faute, nous devons survivre. • Recevez-vous une aide financière de Cuba ?
Entre Cuba et nous il y a l'amitié de deux voisins pauvres. Cuba n'a pas les ressources suffisantes pour nous aider. En règle générale les pauvres voisins n'ont pas accès aux banquets des riches. • Vous avez lutté longtemps contre Somoza, quelle impression ressentez-vous d'être à la tête du gouvernement après toutes ces années où vous avez mené la vie d'un guérillero ?
Je n'ai pas l'impression d'être à un poste très élevé. Je ne suis qu'un parmi d'autres, mais quand nous levons les yeux, nous voyons un nouveau soleil nicaraguayen. • Vous avez indiqué qu'il y aurait éventuellement des élections libres au Nicaragua. Seriezvous candidat ?
Je suis trop occupé pour penser au rôle que j'aurais à l'avenir; c'est vrai, c'est un trait des sandinistes, vous savez, de toujours dire la vérité. • Pourquoi est-ce qu'à certains moments vous parlez d'avantage comme un poète que comme un révolutionnaire ?
Tous les vrais révolutionnaires sont des poètes.