E gouvernement conserva-
S teur est encore jeune. Il y a à peine cinq mois, le 3 mai précisément, que le gouverne. ment Thatcher est entré en fonction et l'on assiste déjà à la naissance d'un large sentiment anti-tory au sein de la classe ouvrière. Pendant dix semames, deux millions d'ouvriers de la métallurgie ont fait deux jours de grève par semaine, réclamant des réductions d'horaires et des augmentations de salaire. Malgré une direction syndicale droitière, le conflit s'est terminé par la victoire complète des ouvriers qui sont arrivés à mettre en échec l'unité patronale contre les réductions d'horaires au veau international.
Ils ont obtenu un gain, en apparence minime, mais déterminant, la semaine de 39 heures. Cela sera un encouragement pour les ouvriers des autres entreprises de la métallurgie ainsi que des autres branches pour aller plus avant et commencer la lutte pour les 35 heures. Les métallos n'ont pas été les seuls à se mettre en grève. Pendant plusieurs semaines, les techniciens de la télévision, ITV, la chaîne privée commerciale, ont bloqué les programmes, luttant pour leurs salaires et les conditions de travail. Plus important encore, est le mouvement ment qui se développe contre les restrictions en matière de services sociaux et des actions de protestation ont déja été
Les première
pour le cabine
menées par les travailleurs du secteur public contre les restrictions. Les fonctionnaires ont aussi fait grève. A maintes reprises, le Premier ministre, Margaret Thatcher, s'est trouvée confrontée à des manifestations
S'ajoute à cela un débat qui vient de s'engager au sein de la classe ouvrière sur l'action du précédent gouvernement travailliste. Cela a débuté lors du Congrès annuel du Parti travailliste où l'on a assisté au combat le sérieux mené depuis de nombreuses années par l'aile gauche - et à la victoire importante de cette «gauche». Lors de ce débat, on ne s'est pas cond'exiger une explication sur l'offensive anti-ouvrière du gouvernement travailliste, mais ont également été soulevés des problèmes tels que la guerre en Irlande - reflet d'un sentiment naissant, mais massif au sein de la classe ouvrière en faveur du retrait des troupes. Tout ceci est lié à la crise réelle que traverse le Parti travailliste dont les résultats lors des élections générales n'ont jamais été aussi bas depuis la guerre.
Dans quel sens vont se développer ces luttes ? Comment le mouvement ouvrier va-t-il continuer à affronter le défi de Thatcher?
S'il y a des aspects encore peu clairs dans la politique des Tories - par exemple la manière dont ils entendent résoudre la crise persistante et de plus en
Grande-Bretagne s épreuves et Thatcher plus profonde de l'impérialisme britannique en Irlande -, l'essentiel de la stratégie de Thatcher est claire. Son objectif est de s'assurer une défaite significative de la classe ouvrière, de changer le rapport de forces afin de poser les bases d'une reconstitution du taux de profit.
La fragilité croissante de l'économie britannique, dans un contexte de détérioration du climat économique international, rend la mise en œuvre de ce projet d'autant plus urgente. Le niveau des investissements n'a pas atteint celui de 1970. Le taux de profit est estimé à«ă peine 3 %» pour 1979. Alors que les effets du pétrole de la mer du Nord se font sentir par un redressement de la livre, cela n'est pas suffisant pour provoquer un redémarrage de l'économie alors qu'au contraire, la compétitivité des exportations britanniques s'en trouve diminuée. Une détérioration de la balance des paiements en sera le résultat inévitable. Tous les indicateurs prévoient une nouvelle récession en 1980. L'offensive en vue d'imposer l'austérité menée par le gouvernement travailliste en 1975-77 a été suivie d'une baisse du taux d'inflation, qui était tombée au-dessous de 10 %. Il atteint maintenant 17 % et, à la fin de l'année, il avoisinera 20 %. Le chômage est massif, permanent et struc-
Les commentateurs bourgeois sont obligés d'applaudir
comme une grande victoire la réduction du chômage, qui passe de 1,5 million à 1340000 -et, doivent-ils admettre, encore est-ce temporaire !
Cette situation oblige Thetcher et Cie à agir de toute urgence. Mais ils ont tiré les leçons des dernières tentatives de l'administration tory visant à faire supporter les effets de la crise capitaliste à la classe ouvrière. Lorsque Heath fut élu Premier ministre en 1970, il s'attaqua immédiatement front aux syndicats. Il refusa de discuter avec le TUC. Sa politique des revenus s'appuyait sur une législation anti-syndicale qui visait à affaiblir les syndicats dans leur ensemble, y compris en sapant les positions de la bureaucratie. La confrontations avec les gros bataillons de la classe ouvrière fut engagée sans aucune préparation politique préalable.
La direction Thatcher remplacé Heath parce que celuici a échoué dans sa politique. L'offensive d'Heath a déchaîné des forces sociales énormes qui ont renversé le gouvernement en 74. Une importante vague de grèves s'est développée sur la question des salaires et pour la défense des droits syndicaux. Pour lutter contre le chômage, les ouvriers ont occupé leurs usines. Ils ont développé des formes de luttes avancées, tels les piquets volants, les grèves de solidarité, etc. La seconde grève nationale des mineurs, lors de l'hiver 1973-74, a permis la cristallisation des luttes partielles, mais dures, qui avaient lieu sur des objectifs sectoriels.
Le succès de ces luttes est toujours présent à la mémoire de la classe. En outre, les syndicats sont plus forts aujourd'hui qu'ils ne l'étaient cinq ans auparavant. Ils se sont renforcés sous l'effet des mesures législatives prises par le gouvernement travailliste. La loi sur la protection de l'emploi et la législation sur le monopole de l'embauche faisaient partie d'un projet général de collaboration de classe, le au Contrat social et dont le but était la création d'un bloc gouvernement travailliste-TUC anti-ouvrier. Mais, en fait, ces mesures n'ont contribué qu'au renforcement des syndicats.
Plus encore, l'organisation des syndiqués à la base s'est développée durant cette période. Les adhésions ont augmenté et l'augmentation la plus significafut de loin celle réalisée dans les secteurs de la sécurité ociale et des employés de la fon tion publique.
le TGWU, l'AUEW, le GMWU (1) mentèrent aussi. La totalité des membres affiliés au TUC dépasse les 12 millions. Un des aspects de cette augmentation de la syndicalisation, que ce soit dans le domaine des services sociaux, industriel ou tertiaire, fut l'augmentation spectaculaire de la syndicalisation chez les femmes travailleuses.
Cette augmentation de la syndicalisation se trouve combinée à l'auto-organisation de la base. En 1977, on estimait le nombre des délégués d'atelier à plus de 350000 (pour 290000 en 75). En outre, de plus en plus de délégués eurent tendance à jouer un rôle direct dans les négociations salariales, ceci durant tout le gouvernement travailliste. Ainsi, en 78, près de 80 % des OS payés sur la base d'un accord national, signé lors d'une négoeffectuée directement au niveau des délégués. représentait une augmentation de 5 % par rapport à la situation existant sous le gouvernement Heath. La même tendance se développait de manière évidente parmi les autres catégories de travailleurs. une augmentation de 10 %) et 62 % des travailleurs du secteur nationalisé (soit 18 % de plus) étaient payés de la même manière. Pour ce qui concerne l'autre terme de l'équation, la part des travailleurs chimie et des industries connexes, couverts pas les seuls accords nationaux, passerent de 23,6 % à 17,3 % en cinq ans, dans la construction navale, de 23 à 14,5 %, dans l'industrie automobile, de 10,5 à 8,5 %.
similaires furent obtenues lors d'accords de districts avec les compagnies, passant de 16,4 % à 33,8 % passant de 16,4 % à 33,8 % pour la chimie, de 1,7 à 10,3 % dans la construction navale et de 28,8 % à 32 % dans l'automobile (2).
En outre, cet accroissement de l'auto-organisation de la base eut des répercussions très profondes. Alors qu'on ne constatait aucun accroissement linéaire de la lutte de classe sous le gouvernement travailliste - en raison de l'impact de la récession internationale et de politique collaborationiste fondée sur le Contrat social - les militante pour défendre leur niveau de vie. Ainsi, après la diminution du nombre de jours perdus pour grève en 1976, qui atteignit le niveau le plus bas depuis les années 50, en l'espace d'un an, le nombre d'arrêts de travail avait augmenté de 30 % et le nombre de journées de grève avait triplé, passant de 3 10 millions. clé de la métallurgie, le nombre de journées de grèves en 197778 fut le plus élevé depuis de nombreuses années, si on ne tient pas compte du raz de marée de grèves contre Heath en 1972.
Cela eut des effets sur le niveau des salaires. Au cours de la période comprise entre septembre 75 et septembre 76 (la phase 1 de la politique des salaires), les salaires moyens ont augmenté de 12,3 % (avec un taux d'inflation de 14,3 %), de septembre 76 à septembre 77, de 9,1 % (le taux d'inflation était de 15,6 %), mais pour la période de septembre 77 à septembre 77 à septembre 78, le chiffre s'est élevé à 16,2 % alors que le taux d'inflation était ramené à 7,8 %. 1) Torkers Transpo syndicat ral camionneurs; AUEW : «Amalgamated Union of Engeneering Workers», syndicat de la métallurgie; GMWU Unicene syndicat des sala Workers . syndicat des sala riés des administrations municipales. 2) Tous les chiffres cités proviennent de l'article de Steve Jeffries dans International Socialism, numéro 5, page 38
Les tendances qui se sinaient en 77-78 aboutirent à l'explosion des grèves de masse contre la phase 4 au cours de l'hiver 78-79. Non seulement on assista l'hiver dernier au développement de luttes d'une ampleur similaire à celles menées contre Heath, mais encore on a pu constater que la durée de chaque conflit était plus longue que durant la période précédenvaient aussi leur offensive par des formes de luttes avancées, en particulier durant la lutte des camionneurs et, en 1977, pendant la grève de Grunwick (3).
ist comprit rapidement la s tuation et s'empressa de déclarer que «lors de la préparation du Manifeste tory, l'agressivité à l'égard des syndicats était devenu presque le symbole de la rigidité de Thatcher. Cela était peut-être bon en période électorale, mais difficile à maintenir lorsqu'on était au gouvernement. Les syndicats britaniques ne sont pas des écoliers indisciplinés que l'on peut corriger avec un gros bâton. Ils détiennent une partie très importante et très puissante du royaume qui leur donne un pouvoir sufpour affronter, anéantir, toute la force du projet de Mrs Thatcher. Les ministres tories seront stupides s'ils négligent de tirer les leçons des dix dernières années.»
Après avoir fait preuve d'esprit de bravade, Thatcher décida de ne pas se montrer stupide. Elle écouta les avertissements de deux de ses ministres qui s'étaient trouvés au cœur affrontements de l'hiver 1973-74, Whitelaw et Carrington qui, semble-t-il, eurent gain de cause auprès d'elle et lui conseillèrent de reprendre compte les propositions faites par Jim Prior en vue d'une réforme des syndicats. Celles-ci n'atteignirent pas le but de la loi d'Heath sur les relations industrielles. Elles ne visaient pas à les syndicats leur ensemble, mais cherchaient à isoler les militants actifs et à empêcher toute forme de lutte active. Elles cherchaient également à éliminer toute garantie légale sur le monopole de l'em-
Get sur certains aspects du droit syndical, à verser des fonds du gouvernement pour organiser des votes à bulletins secrets (comme par exemple, sur la question des grèves) et, plus encore, a poser des contraintes légales de plus en plus grandes pour le droit d'occupa-
Thatcher va alors essayer d'entretenir des relations avec les directions syndicales différentes de celles d'Heath. Bien évidemment, son objectif n'est pas d'impliquer le TUC dans la formulation de sa politique, pas plus qu'elle ne lui fait confiance pour la mener à bien. Thatcher n'est pas Callaghan, mais elle ne répétera pas les erreurs d'Heath, en passant immédiatement l'attaque, en sapant le rôle de la bureaucratie et en refusant de consulter les dirigeants syndicaux. Thatcher essaiera plutôt de gagner la bureaucratie à ses vues, ou tout au moins, de neutraliser son opposition. Les Tories pourront mettre en œuvre une telle stratégie précisément parce que la voie leur a été ouverte par le dernier gouvernement travailliste. Ainsi les propositions de Prior sur les syndicats ne sont rien moins qu'un simple enregistrement cord volontaire que le gouvernement Callaghan avait obtenu du TUC lors du soi-disant Conau début de l'année. «Pourquoi, demandera êtes-vous opposés à nos propositions alors que vous avez endossé à l'unanimité les propositions du gouvernement travailliste ?» Et elle portera le défi
Cette lutte fut menée pour la reconnaissance du droit syndical. Ce conflit a duré 18 mois et fut au centre de la vie politique britannique pendant tout ce temps.
EPTU : «Electrical and Plumdes électriciens et des plombiers dans le plus grand nombre de domaines possibles de la vie po-
L'aile droite des dirigeants syndicaux souhaite tout à être un partenaire consentant. La plup rt des dirigeants se sont opposés «à la politique industrielle pour des raisons politiques». Ils se sont faits l'écho de celui qui est aujourd'hui le leader de l'opposition, James Callaghan, - et qui déclarait au lendemain de sa défaite que Thatcher, grâce à sa victoire électorale, avait un mandat populaire pour mener sa politique.
Lors de la première réunion depuis les élections du congrès syndical, début septembre, l'aile manœuvré qu'une motion du Syndicat de la construction qui demandait qu'on mette un terme aux discussions avec les Tories ne soit pas débattue par le Une motion qui exigeait des mobilisations de masse campagne semblable à celle qui avait permis de renverser le gouvernement Heath, a été repoussée. Les bureaucrates ont au moins fait preuve d'esprit de suite. Ils ont l'intention de poursuivre leur politique de mépris des intérêts des travailleurs en continuant à négocier tranquillement avec les patrons et le gouvernement. Mais la marge des bureaucrates, pour arriver à se maintenir à ce simple niveau d'opposition aux étroite. Nous avons déjà pu le constater lors du conflit de la métallurgie. Pendant maines, entre 1,5 et 2 millions de métallurgistes se sont mis en grève, deux jours par semaine, sur la revendication d'un salaire national minimum de 80 livres par semaine et une réduction de la durée hebdomadaire du travail à 39 heures. Les bureaucrates ont essayé de freiner la lutte. Face aux exigences continuelles de la base pour des actions concretes, ils ont limite la lutte à deux jours par semaine et les dides syndicats, T'EETPU (4), sont allés jusqu'à appeler a la fin de la greve, disant qu'elle «saignait à blanc l'économie». Mais, en fin de compte, le fait est que l'aile droite du CSEU (5) fut obligée,
sous la pression de ses membres, de mener une lutte touchant deux millions d'ouvriers. Et, malgré leur désir d'être «modérés», ils ont été à la tête d'une lutte véritablement victorieuse, et dont les conséquences se feront sentir dans les mois et les années à venir
La capacité des cadres de la base de dépasser le contrôle de la bureaucratie et leur politisation inévitable va obliger certains secteurs de la bureaucratie à se placer à la tête de la lutte de masse afin de ne pas se laisser déborder. Cela explique pourquoi Thatcher ne fait pas confiance aux organisations syndicales pour faire appliquer sa politique anti-ouvrière, malgré des tentatives faites pour gagner le plus d'avantages possibles par la négociation.
Elle va combiner cette tactique à une offensive politique d'envergure contre la classe ouvrière. Car, si les cinq années de gouvernement travailliste ont révélé la combativité sans faille et la force organisationnelle grandissante de la classe ouvrière, elles ont aussi montré le faible niveau de conscience politique de la classe ouvrière - niveau encore objectivement très bas.
La lutte contre le chômage T'illustre bien. En 1971, le chômage touchaient 900000 personnes. On craignait énormément qu'il n'atteigne bientôt le million. En réponse, des secteurs de la classe ouvrière occupèrent les usines. La remise en route à UCS, l'occupation de Bryants, Plessey, Fischer Bendix, MacLarens, BSC River Don sont les exemples les plus connus d'une longue liste. En tout, il y a eu plus de cent occupations d'usines en 1971-72.
En 1976, le chômage atteignait 1,5 million. Il n'y eut aucune réponse identique de la part de secteurs significatifs de la classe ouvrière. La détérioration dramatique de l'économie mondiale avait convaincu beaucoup de travailleurs qu'il n'était pas possible de lutter et de gagner. Alors qu'en 1971, il y avait toujours la possibilité de trouver un employeur de rechange - et également la possibilité de voir un gouvernement travailliste accéder au gouvernement - qui se porte acquéreur d'une entreprise en liquidation, après la récession internationale, cette possibilité a disparu.
On peut être sûr que ce n'étaient pas seulement les effets
«spontanés» de la crise mique qui constituaient l'obstacle principal. C'était bien plutôt le rôle joué par les bureaucraties syndicales et travaillistes. Ainsi, c'est le même Tony alors qu'il était le porte-parole de l'opposition en 1971, marchait au coude à coude avec les travailleurs d'UCS,
Thatcher et Heath et qui, en 1976, fut le membre loyal et responsable du gouvernement travailliste.
Et Tony Benn était une des personnalités dirigeantes de la «gauche» du Parti travailliste. Un autre membre de cette gauche, Michael Foot, devint un des députés leaders du Parti et l'un des principaux piliers de la gouvernementale. Cependant, dans les syndicats, les deux secrétaires généraux qui, generaux qui, dans la période précédente, sous Heath, avaient été qualifiés de «terreurs des patrons» - Jones et Scanlon (6) - étaient devenus au sein du TUC le soutien le plus sûr de la politique du gouvernement travailliste.
De plus en plus, la situation objective exigeait une alternative politique à l'action du gouvernement Callaghan - mais, au contraire, les leaders de la gauche ont apporté leur soutien au gouvernement. revendication, la semaine de 35 heures fut abandonnée, en tant que revendication-clé et malgré toutes les résolutions adoptées lors des congrès syndicaux. Les bureaucraties étaient à l'aise pour manœuvrer en raison précisément de l'ampleur de la crise qui avait rehaussé les enj 1x politiques. Aujourd'hui, toute stratégie se fixant comme but de résoudre la crise de l'emploi devra inclure des mesures mettant en cause la domination capitaliste de l'économie. Mais, aucune stratégie politique crédible d'une telle nature n'apparaît aux yeux des masses.
Cette faiblesse face à la question du chômage devrait affecter la capacité des travailleurs à lutter pour d'autres objectifs. La lutte contre les restrictions dans le domaine des services sociaux, qui, en 1976, a été tres dynamique, fut brisée par la bureaucratie et les travailleurs durent accepter la logique de la masse globale (avec une somme fixe acceptée après des marchandages sur la répartition entre salaires, créations d'emplois et services sociaux). Cependant, la lutte pour les salaires fut elle aussi minée lorsque les travailleurs des entreprises les moins rentables durent accepter l'alternative de la logique capitaliste, une augmentation des salaires 6) Jack Jones, ancien secrétaire de la TGWU et Hugh Scanlon (maintenant Lord Scanlon !), ex-président de l'AUEW
ou une augmentation des emplois. C'est ce qui s'est produit chez le géant de l'automobile, en quasi liquidation, British-Leyland.
Si les dirigeants de gauche du Parti travailliste et des syndicats se sont montrés incapables de présenter une alternative politique globale à la ligne du gouvernement Callaghan, le Parti conservateur, lui, n'a pas été embarrassé. Il a déclenché une offensive idéologique réactionnaire touchant tous les aspects de la crise. Sur le plan international, il mène campagne pour la reconnaissance du régime de Smith-Muzorewa au Zimbabwe. Il développe une campagne anti-communiste hystérique. En Grande-Bretagne, il s'attaque aux syndicats, veut faire respecter la loi et l'ordre et, afin d'endiguer la crise, met en œuvre une politique différenciée, frappant les plus opprimés - les Noirs, les femmes, les jeunes.
Cette politique permit au Parti conservateur de se recomposer, en regroupant sous sa bannière non seulement sa base traditionnelle, mais aussi des secteurs de la classe ouvrière qui votaient traditionnellement pour les travaillistes. Le Parti travailliste, lui, traverse la crise la plus dure qu'il ait connu depuis la guerre, y compris au niveau des adhésions dont les chiffres sont les plus bas depuis 1950 (7). Au cours de l'hiver 1973-74, la classe ouvrière a remporté sa plus grande victoire depuis et a renle gouvernement Heath; cinq ans plus tard, le gouvernement travailliste «dur» a dû céder la place à un gouvernement conservateur, paré de tous les horipeaux les plus réactionnaires. Cependant, si la classe ouvrière a conservé sa combativité et reste forte sur le plan organisationnel pour affronter les coups des conservateurs, l'heure est à la défensive sur le terrain politique. Au cours de la prepière période du gouvernement Thatcher au moins, des luttes sera conditionné par cet état de choses et Thatcher entend bien poursuivre à son
La rapidité de ses attaques fut étonnante. Alors qu'elle devait renoncer à certaines positions aventuristes, en politique étrangère, notamment sur le Zimbabwe, et à l'intérieur, abandonner des mesures provocatrices comme la dissolution immédiate de la Commission Clegg (avant que celle-ci n'accorde aux ouvriers des augmentations qui leur avaient été reconnues dans les faits), son gouvernement est à l'initiative d'une offensive d'envergure contre la classe ouvrière. L'enjeu en est les nombreux droits fondamentaux que la classe ouvrière a gagné tout au long de décennies de luttes, et plus encore depuis la dernière guerre.
Mais le Premier ministre n'agit pas de sa propre initiative. Il est de plus en plus clair que c'est la direction du Parti conservateur dans son ensemble qui orchestre cette offensive. Ainsi que le déclare l'Economist, sant référence à Thatcher au début : «Il y a deux natures profondes chez Mrs Thatcher, l'iconoclaste intellectuellement isolée et la conservatrice pragmatique tout à fait orthodoxe. Sa lune de miel en tant que Premier ministre fut une violente manifestation iconoclaste. Mais les expériences de Genève et de Lusaka, son installation à Downing Street et le consensus grandissant au sein du Cabinet laissent penser que c'est la prag matique qui prendra les rênes maintenant.»
En plus de leurs attaques sur le plan législatif contre les syndicats, les Conservateurs songent à doubler le VAT (8) (ce qui, estime-t-on, augmenterait immédiatement le coût de la vie de 3 %), à réaliser 4 milliards de livres d'économie dans les services publics; ils essayent de réduire la portée de la loi sur l'avortement (en diminuant la fois les délais et les bases sur lesquelles les avortements peuvent être effectués); ils préparent une législation anti-immigration (mettant sur pied un statut de «travailleur invité» en Grande-Bretagne) et vont mettre en œuvre des mesures destinées à augmenter le chômage. A ceci s'ajoutent des mesures plus directement «idéologiques», prenant la forme d'un vote sur la peine de mort aux Communes et, dès les premiers jours de son entrée en fonction, Thatcher augmentait considérablement les salaires des policiers, forces armées, des hauts fonctionnaires, des juges, des du Parlement, des officiers, etc.
Mais cette politique d'offensive globale est pleine de
Tout d'abord, malgré l'homogénéité grandissante la direction conservatrice, Parti lui-même est plus faible aujourd'hui qu'à aucune autre période où il fut au gouvernement depuis la guerre.Cette faiblesse peut se mesurer statisti-
Ainsi, les Conservateurs ont été au pouvoir pendant quatre ans seulement cours des 15 dernières années - alors qu'ils l'avaient été, par pendant 37 46 entre 1918 et 1964 (si l'on inclut la période du gouvernecoalition de 1931 à 1945) ! Plus encore, malgré l'éélectorale de Thatcher, le Parti conservateur a obtenu les pourcentages de vote les plus bas lui ayant jamais mis de gagner des élections. Mais ces éléments statistiques révèlent en réalité un dévelop pement politique plus profond, ayant des conséquences pour le bloc dirigeant traditionnel au Parlement depuis le déclin de l'impérialisme britanique. déclin se poursuit. Nous avons fait allusion à ses dimensions économiques. Sur le plan politique, la bourgeoisie britanique doit faire face à une avalanche de problèmes sur l'arène internationale. La situation en Afrique du Sud est explosive. Malgré une apparente volte-face dans les relations avec le Zimbabwe grâce à la reconnaissance du régime Smith-Muzorewa, malgré la conférence de Londres, aucune stabilisation impé• rialiste n'y est possible à court terme. Cependant, en Afrique 7) Le nombre total des membres du
Parti travailliste comprend les membres affiliés aux syndicats et aux autres organisations. Il plafonne aujourd'hui autour de 6 millions 3/4.
VAT : «Value added Tax», Taxe sur la Valeur Ajoutée
du Sud même, avec les développements du soulèvement de Soweto et la crise gouvernementale, les Tories doivent faire face à des problèmes de plus en plus nombreux.
Mais c'est avec la crise irlandaise que la classe dominante rencontre son grand tourment, en relation avec la situation internationale. Après dix d'occupation militaire des six comtés du Nord et dix ans de répression brutale, le mouvement de masse est à nouveau en marche. Cette situation a provoqué un sérieux malaise dans les cercles impérialistes, face à l'incapacité des gouvernements britanniques de prendre une quelconque initiative politique réelle au Nord, pour une période
En particulier, bourgeoisie irlandaise au Sud réclame des solutions réelles et des secteurs non négligeables de l'impérialisme américain sont de plus en plus préoccupés. peut le constater à travers un certain nombre de prises de position de dirigeants politiques américains et la proposition de sommet faite par Carter.
Enfin, en Grande-Bretagne même, la confiance est loin d'être totale dans l'équipe au pouvoir, notamment en ce qui conceme ses capacités de résoudre la crise qui frappe plans, économique, politique et social. Ceci a provoqué des luttes sérieuses au sein du Parti conservateur lui-même, tout en soulevant un débat sur certains aspects des institutions politiques mêmes : la croissance des partis nationalistes en Ecosse et au Pays de Galles a posé le problème de la dévolution. Les tentatives de représentation proportionnelle ne sont cas applicables si la bourgeoisie décide d'abandonner le simple système du bi-partisme sur lequel est fondée la stabilité de la politique parlementaire. Le fait même qu'il y ait des discussions sérieuses sur ces questions montre la faiblesse de la direc-
Le second danger est la force de la classe ouvrière elle-même. L'intention des Conservateurs de se servir de leur poids politique pour éroder la force organisationnelle de la classe ouvrière n'empêchera pas les ouvriers de lutter pour défendre leur niveau de vie et leurs droits. La classe dominante ne peut pas résoudre ce problème dans le court terme. Elle peut bien essayer de faire jouer certains mécanismes, tels que le chômage; dans l'immédiat, elle ne pourra pas enrayer la combativité de la classe ouvrière. C'est dans la lutte que la classe dominante doit vaincre les ouvriers et, aujourd'hui, ni l'une ni l'autre classe n'est prête à une « issue définitive». alors être confrontés à une période de mouvements sociaux relativement longue, y compris avec des affrontements portants, et le contexte international va renforcer cette situa-
Le troisième danger est la et la politisation de la classe, qui entraînera inévitablement l'offensive des Conservateurs. L'expérience du gouvernement Heath l'a déjà montré. Les enjeux politiques sont aujourd'hui plus élevés et, par conséquent, la direction traditionnelle de la classe - la bureaucratie travailliste - représente un obstacle d'autant plus grand à une riposte victorieuse. Mais, si les six premiers mois du gouvernement Thatcher ont bien révélé une chose sur la situation au sein de la classe ouvrière, c'est la tendance qu'ont les ouvriers de se mettre en lutte, en réponse à une attaque tory et globalisant le problème. CENERAL & MUNICIPAL
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Il y a déjà un sentiment anticonservateur largement répandu. Un tel sentiment est la pré-contion pour un mouvement capable d'abattre le gouvernement.
En outre, on voit déjà des signes certains d'un début de recomposition au sein des cadres de la base. Il serait cependant erroné de surestimer le niveau de maturité de ce processus. Comme nous l'avons dit, sous le gouvernement Callaghan, aucune alternative politique nationale n'est apparue comme crédible aux yeux des masses, mais à la base, un large débat s'est instauré portant sur la stratégie. Pourquoi les Travaillistes ont-ils perdu les élections ? Quelles furent les armes des Conservateurs ? Comment éviter à l'avenir que se reproduise le cycle des Travaillistes avec une politique de gauche sous un gouvernement tory, trahissant lorsqu'ils sont au pouvoir et amenant un gouvernement tory, grâce à des abstentions travaillistes massives ?
servir de l'énorme puissance de la classe pour obtenir des gains durables en période de crise ?
Bien entendu, un débat de ce type ne mène pas automatiquement à une avancée sur le plan politique. Mais il y a des indicateurs importants, au sein à la fois du Parti travailliste et des syndicats d'un début de recomposition politique des cadres de la base. Ceci représente un facteur-clé potentiel pour la riposte Conservateurs WORKERS UNION
REASONABLE WAGA
D'une part, cela peut exercer une pression suffisante pour pousser les bureaucrates à l'action. De autre, c'est un pas décisif dans la voie de la création d'une nouvelle direction de lutte de classe au mouvement ouvrier lorsque la lutte les Conservateurs se développera. Forger une aile gauche de lutte de classe est une tâche vitale dans ce contexte. Nous allons analyser maintenant ce qui se passe à ce niveau.
soixante-dix-huitième Congrès annuel du Parti travailliste vient de se terminer. Certains proclament qu'il s'est agi du congrès le plus important de toute l'histoire du Parti. Sans aller jusque-là, on peut cependant dire que c'est le plus important depuis bien des années. La situation interne du Parti, révélée lors du Congrès, est dominée par deux facteurs. D'abord, la manière même dont le Parti a perdu les élections a placé l'aile droite et ceux qui la soutiennent sur la défensive. D'un autre côté, les «dirigeants de gauche» ne sont pas en mesure d'en parti. Ils ont été, après out, les complices du gouvernenent travailliste dans bien des cas. En outre, la base de cette direction est victime d'une érosion continuelle alors que le nombre des adhérents au Parti
En fait, la direction de gauche - à l'encontre de la gauche travailliste qui émergea dans les années 50 - n'a pas de réelles bases locales. Elle est plutôt la contrepartie de l'émergence de la bureaucratie syndicale de gauche à la fin des années 60. C'est vrai, en particulier, pour Benn, le leader de la gauche. Les «Bennites» sont poussés par le débat qui a lieu au sein des syndicats, mais ils sont embarrassés par la situation qui s'y développe. C'est ce qui explique la nature du débat Benn-Callaghan. Les propositions de Benn en faréforme constitutionnelle, dont eux ont été retenues par le Congrès, sont très limitées et sont bien loin de donner des réponses pour la lutte aujourd'hui.
En concentrant uniquement le débat sur la démocratie interne du Parti, les bureaucrates de gauche entendent détourner l'attention du programme d'un futur gouvernement travailliste et des luttes actuelles qui ont lieu contre les Conservateurs.
veut pas dire que le débouché du Congrès travailliste n'est qu'une manœuvre de diversion. Bien loin de là. Nous nous intéressons à la lutte menée pour la plus large démocratie au sein du Parti travailliste et des syndicats. En fait, les critiques que nous faisons à ces propositions sont qu'elles ne vont pas assez loin. Et, par-dessus tout, les militants du Parti et dans les syndicats ne voient pas du cout cela comme une manœuvre bureaucratique. Ils estiment que l'enjeu est sur la nature même du Parti et de sa direction - entre gauche et droite, entre démocratie et contrôle démocratique. En outre, le débat sur la politique gouvernementale est important aujourd'hui et se posera de plus en plus alors que la lutte contre les s'amplifiera. Il est rendu nécessaire en raison de la profondeur de la crise qui implique des solutions politiques générales de nature gouvernementale. Par conséquent, quelle que soit la manière dont la bureaucratie réponde, il n'y a pas de cloison étanche entre la lutte contre la politique à l'intérieur du Parti et la résistance aux attaques des Conservateurs. Le débat au sein du Parti trouvera une résonnance croissante à l'intérieur des organisations syndicales elles-mêmes.
Ceci est très important. Les syndicats sont toujours l'instrument principal par lequel la classe ouvrière lutte. En outre, c'est au sein des syndicats et dans un tel contexte de luttes que les processus de recomposition des cadres de base s'effectue.
Nous pouvons voir ce type de processus à l'œuvre en examinant ce qui s'est produit dans la deuxième phase du gouvernement travailliste. «L'hiver de mécontentement» avait débuté par la grève de Ford. Cette grève avait commencé un mois avant que les négociations prévues ne débutent. Les travailleurs s'étaient mis en grève, et ceci en désaccord total avec la ligne de la bureaucratie. En outre, la revendication finalement adoptée par les délégués d'atelier lors de leur congrès national à Coventry était très différente de celles avancées, soit par la bureaucratie. soit par la direction du FNJNC (9). Le fait que cette revendication reprenait les traits essentiels de la position avancée par le «Ford Workers Group» (10) montrait l'ouverture d'une couche de délégués à des positions lutte de classe. A nouveau, à la fin de la grève, le puissant comité des délégués de Dagenham (11) était divisé (45 contre 55) sur l'attitude à adopter vis-à-vis de l'accord; dans d'autres usines, il y eut une majorité contre l'acceptation, en dépit du fait que le rejet de l'accord signifiait la défaite de la bureaucratie et du gouvernement et impliquait la poursuite de la grève pendant de nombreuses semaines encore (au-delà de Noël). Des développements semblables, au niveau de délégués, sont apparus d'une manière évidente lors de la grève des camionneurs, en termes de formes de luttes avancées. Malgré les tentatives reaucratie pour saper les piquets de grève volants et les instances de contrôle ouvriers, la grève s'est poursuivie jusqu'à la satisfaction complète. Dans les zônes les plus avancées sur le plan de l'auto-organisation (Warring. ton et le Nord-Ouest), les délégués ont défini leur action en des termes ouvertements politiques : attaquer la phase 4, les réductions de salaires et le chômage, et avancer comme revendication que le gouvernement travailliste adopte une politique défendant les intérêts des travailleurs, et non ceux des pa9) FNJNC «Ford National Joint
Negociating Commitee», comité national de négociation de Ford 10) Ford Workers Group : «Groupe d'ouvriers de Ford», une petite tendance de gauche sur des positions de lutte de classe 11) Dagenham est la plus importante des usines de Ford en GrandeBretagne, avec près de 30000 ouvvriers. Le comité des délégués s'est réuni toutes les semaines pendant la grève.
On a vu également une tentative semblable de réponse politique à la crise de la part des ouvriers de Lucas Aerospace. Face à la menace de chômage, les délégués d'atelier ont mis sur pied un plan de production alteratif fondé sur les besoins sociaux et non sur le profit. Ce plan a rencontré un large soutien à l'intérieur du mouvement ouvrier. Bien sûr, il ne peut y avoir de «socialisme dans une seule usine», mais il serait tout à fait faux d'écarter ces projets en les prétendant utopiques. Le LACSS (12) continue à construire une organisation syndicale militante et est engagé dans une lutte importante avec les directions du CSEU et de l'AUEW au sujet de ce plan.
Un autre exemple est la British Leyland. Ici, le plan d'origine de restructuration de BL - le rapport Ryder - proposait la participation, ce qui avait été largement accepté par les délégués. Cependant, vers la fin du gouvernement travailliste, il y eut un mouvement très net de rejet de ce plan de collaboration de classe. L'absence d'une alternative politique nationale claire a scellé le sort d'un certain nombre d'usines de BL qui ont été fermées - mais ceci est simplement pour poser les limites de ce processus de recomposition au sein des cadres syndicaux.
Le cas le plus exemplaire, de ce point de vue, est sans doute celui du secteur des travailleurs manuels. Le coup d'envoi du conflit - qui a concerné un million d'ouvriers pendant les trois premiers mois de l'année -fut donné le 22 janvier et on a pu observer qu'une large couche de militants entrait en lutte, echappant au contrôle de la bureaucratie «fisherienne» (13) (elle-même partie de la «gauche» de la direction syndicale). Cette couche de travailleurs profita du conflit pour développer sa propre auto-organisation hors de toute mesure - en particulier, au sein des comités unifiés de délégués, des comités de grève, etc. Dans un grand nombre de cas, des formes avancées de luttes furent adoptées, surtout là où étaient présents des militants lutte de classe conséquents et des membres d'organisations révolutionnaires.
Il est important de noter que ce processus s'est poursuivi sous les Tories. Ainsi, lors du conflit des ingénieurs, lorsque les employeurs menacerent de lock-out, de nombreux délégués répondirent par l'occupa-
Dans le cas de la métallurgie, il semble que la lutte ait souvent été dirigée par l'ancienne base de gauche large de l'AUEW (14). La présence de ces militants plus expérimentés qui ont fait leurs premières armes au cours de nombreuses luttes - syndicales et souvent politiques - a été renforcée par une nouvelle génération de militants plus jeunes parmi et autour des organisations de délégués (et qui étaient les moins intégrés à l'appareil réformiste). La radicalisation des femmes et des travailleurs noirs est venue s'ajouter à cela.
Deux processus importants ont été à l'œuvre chez les fem-
Le plus profond fut la radicalisation massive des femmes tendance générale femmes à rejoindre les syndicats d'une part, et d'autre part, à s'auto-organiser dans les comités de délégués d'atelier. Le second processus fut la politisation d'une minorité de femmes, en particulier dans les d svndicats d'employes (mais qui tend aussi à se développer dans les syndicats ouvriers). Dans les syndicats du secteur tertiaire, nous avons assisté à l'organisation autonome des femmes, en dehors des structures officielles, sur des revendications avancées par le mouvement des femmes : les temmes dans le NUT (syndicat national des enseignants), le congrès de la Nalgo (association nationale des délégués locaux du gouvernement) sur la maternité, le congrès syndical auquel participèrent les délégués, sur 12) Lucas Aerospace Combine Shop
Stewards Committee comité délégués d'atelier de Lucas Aerospace 13) Alan Fisher, Secrétaire général de l'Union des employas du secteur public 14) Voir plus loin sur la «Gauche large» l'avortement et appelé par la Campagne nationale pour l'avortement, les développements semblables mais plus limités au sein de la CPSA (association des fonctionnaires et des employés des services publics). Dans presque tous les cas, la démarche initiale en vue de l'auto-organisation a été effectuée par les marxistes-révolutionnaires et des femmes appartenant au mouvement de libération des femmes qui, au cours de ces différentes initiatives, se sont renforcées considérablement et ont mobilisé plus de militantes que ces organisations n'en comptaient. Il s'est produit également des mouvements semblables dans l'industrie, bien qu'ils n'aient pas atteint le même niveau de développement, pour autant qu'on puisse en juger. Le petit noyau actif des féministes socialistes joua un rôle important dans la direction des luttes, au sein des travailleuses manuelles. Alors que la tendance à l'intégration des femmes dans des secteurs de l'activité traditionnellement «réservée aux hommes» s'accentue, nous assistons dans le même temps à des développements spectaculaires - bloqués jusqu'alors par les structures officielles et semi-officielles.
La participation des travailleurs noirs dans les syndicats et dans les luttes syndicales a augmenté continuellement sous le gouvernement travailliste. Des luttes pour la reconnaissance des syndicats - dont la lutte à Grunwick fut l'une des plus avancées - se déroulèrent essentiellement chez les travailleurs noirs. Ils ont également joué un rôle central dans les luttes Ford et dans le secteur public. Il est d'autant plus significatif cours à la grève pour soutenir les luttes anti-racistes menées par la communauté : la grève de Brick Lane et le mouvement de grève chez Ford à Langley, après les événements de Southall (15). Il est incontestable que ces luttes s'appuyant sur la communauté ont été très importantes et se sont combinées avec la radicalisation des femjeunes dans les luttes contre les
néo-fascistes du Front National et contre le racisme encouragé au niveau de l'Etat. Il y a eu à cet égard des luttes dans les usines de textile du Lancashire où l'on a vu les premiers signes d'auto-organisation des noirs à l'intérieur des syndicats.
Cette radicalisation et cette politisation des femmes et des travailleurs noirs se manifestent au travers de l'auto-organisation de ces deux secteurs, que ce soit à l'intérieur ou en l'absence de structures syndicales et représentent une force potentielle rendant possible le développement d'une aile gauche de lutte de classe au sein du mouvement
Nous avons déjà vu quelques-unes des conséquences de ce processus. C'est ainsi que le TUC a été obligé d'appeler à manifestation pour le droit à l'avortement et contre les attaques des conservateurs. De plus, il est pratiquement certain que le TUC va soutenir la manifestation nationale qui doit avoir lieu à la fin de l'année contre la loi anti-immigration que prépare le gouvernement. De tels changements de la part de la bureaucratie montre quels peuvent être les effets d'une politique unitaire non sectaire en direction des dirigeants de la gauche. Cela sera en fait déterminant pour réaliser d'une part l'unité la plus large possible contre les attaques des conservateurs et pour forger d'autre part une nouvelle direction dans le cours de ces luttes. En faisant des propositions d'action sérieuses et concrètes aux dirigeants du TUC, nous serons beaucoup plus pris au sérieux par les travailleurs et nous pourrons briser les illusions de larges secteurs à l'égard de la bureaucratie. Ce sera à travers l'expérience de la lutte que l'on obligera les dirigeants d'un côté à avancer et que nous ferons la preuve d'un autre que nous pouvons offrir une alternapour laquelle se battre. C'est ainsi que nous pourrons gagner les travailleurs à des positions lutte de classe. 15) Violence policière contre la manifestation contre le Front national, avec pour conséquences la mort de Blair Peach, militant anti-fasciste, et l'arrestation de 340 personnes d'origine asiatique xistes-révolutionnaires sont plus grands en raison de la crise du Parti communiste et, en particulier, de la crise de ses organisations syndicales, connues en tant que «gauche large». Ceci ne veut pas dire que le PC n'existe plus en tant que force principale dans les syndicats. Il jouit encore d'un grand poids organisationnel au sein du mouvement des délégués d'atelier, pour ne rien dire de sa participation aux échelons inférieurs d'une partie de la bureaucratie syndicale. En outre, le souvenir du rôle joué par la gauche large dans les luttes contre Heath est encore présent à la mémoire des travailleurs avancés. gauche large a renforcé le comité de liaison pour la défense des syndicats qui a appelé à des mobilisations et à des grèves non officielles contre les plans anti-
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Centre 500000 et un million de travailleurs le 8 décembre 1970 et le 12 janvier 1971. Ce sont ces actions, combinées aux combats, menés par la gauche large au sein des syndicats qui ont conduit à l'appel à la grève officielle par l'AUEW et à une manifestation par le TUC qui a réuni 250000 travailleurs, en février 1971.
D'une manière générale, les rapports entre le PC et la classe ouvrière aujourd'hui sont modifiés. Il comptait alors 30000
Les débouchés pour les mar- membres. Il en annonce maintenant 20000 et il est en crise continuelle. Mais plus importe encore est la stratégie déployée par la gauche large - qui subordonne les luttes à un accord avec les dirigeants de la gauche syndicale - et qui fut sapée par le processus même qui a conduit à l'effondrement de
«gauche» sous le gouvernement travailliste. La possibilité pour les révolutionnaires d'intervenir et de gagner la base du PC en est alors augmentée. Nous l'avons constaté en juin de cette année alors que le Socialist Workers Party prit l'initiative d'appeler à une conférence nationale des délégués, sur le thème «Défendons nos syndicats». Plus de 1000 délégués ont assisté à cette conférence et, parmi eux, un nombre non négligeable de membres du PC et de personnes qui suivaient traditionnellement la «gauche large» .
Les initiatives de front unique de ce genre font partie des campagnes larges sur des débouchés centraux actuels et elles constitueront des instruments décisifs pour faire avancer la recomposition qui s'opère au sein de la base des cadres. Une autre tâche importante sera la construction d'une tendance lutte de classe au sein des syndicats et dans les usines.
Ce sont ces : deux tâches, liées à celle de la construction de la Section britannique de la IVe Internationale, que l'International Marxist Group se donnera comme perspective lors de son prochain congrès. Cette tâche centrale représentera pour PIMG un secteurs de la classe ouvrière où les batailles les plus décisives mener - au sein syndicats de l'industrie. L'IMG débattra aussi de la construction d'une organisation de jeudans le contexte d'une radicalisation croissante des jeunes travailleurs. Enfin, débattra de la campagne à mener afin de gagner le SWP et les autres organisations révolutionnaires à la IVe Internationale.
9 octobre 1979