Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TUNISIE

Pour le boycott de la farce électorale et pour une assemblée constituante librement élue

· Inprecor n° 64, 20 novembre 1979 · p. 17-20 · 2 198 mots

Maghreb Syndicalisme

EPUIS plus d'un an, le pouvoir présente l'année 1979 comme une année politique marquée par deux événements majeurs selon lui : le congrès du PSD et les «élections législatives».

D'où vient cette insistance sur l'importance de ces deux événements ? et ses représentants au pouvoir ont transformé toute élection en une farce. La présence des seuls candidats officiels qui passent toujours avec 99 % des voix, le bourrage des urnes et les manipulations de chiffres font que la mascarade qui se renouvelle tous les cinq ans n'a d'élection que le nom.

Mais cette année, le régime trouve des innovations : la liste élargie. Au lieu d'un candidat unique, il y en aurait deux. C'est là la nouveauté qui devrait, selon le Premier ministre, «nous rapprocher de la démocratie totale». QUELLES ELECTIONS DEPUIS 1956?

Le problème posé aujourd'hui est de savoir quelle signification revêtent les élections de novembre par rapport à celles qui ont précédé depuis 1956.

Si leur déroulement et leur préparation revêtent le même caractère, le cadre dans lequel elles se déroulent est complètement différent.

Pour la bourgeoisie, il s'agit d'assurer la continuité régime afin d'attaquer les lendemains du Bourguibisme dans une position offensive. Instaurer une paix sociale durable afin de pouvoir imposer l'austérité aux travailleurs, voilà l'objectif essentiel du pouvoir. Et les élections visent de ce fait à accréditer l'idée de la pérennité et de la validité des institutions bourgeoises et de la marche vers la démocratie que ce régime prétent démontrer.

Ce qui a changé aujourd'hui, c'est la polarisation créée par l'apparition de cette force organisée qu'est l'UGTT, une force qui a été capable de défier le pouvoir en place et de rivaliser avec le PSD sur le champ politique.

Le changement, c'est que jusque-là, le PSD a eu le monopole de toute la vie politique dans le pays et qu'il ne

Tunisie librement élue peut plus prétendre le faire sans être largement contesté.

Ce qui a changé, c'est cette polarisation qui s'est cristallisée autour de l'UGTT et qui a amené à la rupture avec le PSD.

Ce qui a changé aujourd'hui, c'est qu'après le massacre du 26 janvier, l'opposition au régime n'a fait que s'élargir, de la part travailleurs notamment, qui, malgré l'absence de perspectives socialistes claires, claires, considèrent comme fondamentale la défense de leurs droits : droits syndicaux, défense de l'emploi et droit au travail, lutte contre les licenciements, liberté d'expression et d'organisation, droit de grève, droit des femmes contre le chômage, pour la syndicalisation et pour des organisations autonomes, etc.

Pour toutes ces raisons, les révolutionnaires, les travailleurs d'avant-garde, ainsi que de larges secteurs de la jeunesse contestataire ne sauraient être indifférents à l'échéance des «élections législatives» qui constituent un enjeu politique important. Farce électorale, simulacre d'élection : oui. Mais il ne suffit pas de les dénoncer.

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Nous considérons que c'est une occasion à saisir afin de faire entendre la voix des travailleurs. Il s'agit de présenter aux travailleurs, aux étudiants, aux lvcéens et à toutes les couches opprimées de la population, une alternative qui les arme pour une action conséquente et indépendante de toute tutelle des classes dominantes et du gouverement.

L'occasion de ces élections doit constituer une possibilité pour les travailleurs et le peuple tunisien de manifester collectivement leur refus de la misère, de l'oppression politique et des crimes perpétrés par le pouvoir et l'impérialisme. POUR LE BOYCOTT DES ELECTIONS !

Il s'agit de transformer ces élections en une vaste campagne de dénonciation du pouvoir à travers le BOYCOTT ACTIF des élections, la lutte pour les libertés démocratiques et pour l'élévation du niveau de vie des masses.

Cependant, dans la pratique, comment mener ce combat aujourd'hui ? Quel contenu donnons-nous à la lutte pour des droits démocratiques et comment la monnayer ?

L'opposition bourgeoise, au nom des démocrates socialistes, engage bataille sur bataille pour les libertés démocratiques, à travers son organe d'expression. Cette bataille s'inscrit directement dans le cadre de l'instauration d'une démocratie bourgeoise avec l'institutionnalisation d'élections générales et l'établissement du bulletin de vote.

En fait, c'est que la défense de la constitution a donné configurations aux institutions aujourd'hui (armée, police et Parti destourien), lesquelles tions sont dressées quotidiennement contre les travailleurs et la jeunesse et que nos bourgeois libéraux blanchir éliminant les hommes de main de Sayah et compagnie, et de cette façon rétablir la démocra-

Les démocrates socialistes, aujourd'hui dans l'opposition, veulent se montrer les plus grands défenseurs des libertés démocratiques et de la restauration de la liberté et de la dignité du peuple tant bafouées.

Mais il suffit de lire leur programme pour se compte que la démocratie qu'ils nous proposent est une démocratie tronquée, mutiliée. n'est pas question pour eux de permettre à tous les partis et organisations politiques et, en particulier, a ceux qui se récla ment de la classe du marxisme, d'avoir une existence légale. Ils sont pour l'existence d'une opposition bourgeoise pour permettre l'alternance et il ne faut pas que les choses aillent plus

Les Mestiristes veulent nous faire oublier qu'eux-mêmes, quand ils étaient à la tête d'institutions, au sein du PSD et des organisations nationales, les libertes les plus élémentaires étaient étouffées. Quand Mestiri mée, puis chef de la police, à la fin des années 60, des centaines de jeunes révolutionnaires et travailleurs remplissaient ses geôles, la répression n'a pas diminué d'atrocité et la torture est devenue courante.

Face à cela, les marxistes-révolutionnaires ne se font aucune illusion sur les volontés et les capacités d'une quelconque direction bourgeoise d'assumer une démocratie bourgeoise, même dans le cadre de la constitution appliquée à la lettre.

Ils se battent pour intégrer les libertés et les droits démocratiques dans le cadre d'une lutte pour l'élévation du niveau de conscience et de mobilisation des masses.

Ils ne font jamais l'amalgame entre la défense des droits et libertés démocratiques et la défense des institutions bour1) Les prisons tunisiennes continuent à être remplies de centaines de prisonniers politiques et syndicaux condamnés à de lourdes peines de prison pour avoir exercé leur droit légitime à l'expression l'organisation. La récente libération de Habib Achour et de huit détenus politiques, en faveur desquels une large campagne de solidarité a eu lieu, montre que la lutte est payante et qu'elle doit continuer. En libérant Achour et les détenus du procès de 1968, qui sont les détenus les plus connus, voir compte probablement sur une démobilisation qui lui permettrait d'entamer le congrès du PSD et les «élections législatives» dans de bonnes conditions. Il est faux de croire que cette libération est un premier pas qui sera automatiquement suivi par d'autres, en d'une large campagne de soliavec les détenus politiques et syndicaux de réclamer leur libération immédiate et sans condition et de réclamer la levée des ceux qui ont été libérés dernièrement. AMNISTIE GENERALE ET SANS CONDITIONS 2) - Le pouvoir contrôle tous les moyens d'information d'expression. Il réprime l'activité des groupes qui s'opposent à sa politique et leur interdit tout moyen d'expression, à la seule exception du groupe des démocrates socialistes, qui, de leur n'envisagent nullement dans leurs textes programmatiques une liberté d'expression et d'organisation totale et sans res-

Evidemment, les travailleurs n'auront pas attendu et n'attendront pas l'autorisation du pouvoir pour s'exprimer et s'organiser. Une multitude de cercles, groupes et organisations plus ou clandestines, constitués et exercent leur activité. Sur les lieux de travail, dans la rue, les travailleurs s'expriment parfois ouvertement contre le pouvoir. C'est ce mouvement qu'il faut amplifier et développer en dissipant la peur qui règne depuis le 26 janvier.

Mais, en même temps, cette aspiration générale à la liberté

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4) La bourgeoisie traduit de l'Etat a été créée pour réprimer tion les militants syndicaux et tiques et syndicaux; il faut exid'expression et d'organisation d'ordre central :

doit s'exprimer par un mot

LIBERTE D'EXPRESSION ET D'ORGANISATION

TOTALE ET SANS RESTRICTION

ABOLITION DU CODE DE LA PRESSE ET DROIT DE

PUBLIER UN JOURNAL SANS RESTRICTION NI

LIMITATION

DROITS POUR TOUS LES PARTIS ET ORGANISATIONS

POLITIQUE A L'EXISTENCE

3) Le 26 janvier, le pouvoir a réprimé dans le sang les mées tentatives de l'UGTT de retrouver son indépendance. L'activité syndicale a toujours été réprimée et caporalisée. Depuis 1965, le droit de grève est pratiquement interdit et le pouvoir n'hé-

POUR UNE UGTT DE CLASSE, INDEPENDANTE

DU POUVOIR RESPECTANT EN SON SEIN

LA DEMOCRATIE OUVRIERE

POUR LES LIBERTES SYNDICALES

ABOLITION DE LA LOI INTERDISANT LE

DROIT DE GREVE ouvriers. La Cour de sûreté de ger sa suppression.

DISSOLUTION DE LA COUR DE SURETE DE L'ETAT

L'appareil répressif du pouvoir, déjà imposant avant le

26 janvier, s'est nettement renforcé depuis. L'armée, la police, les milices et gardiens d'usines quadrillent le pays, surveillent,

DISSOLUTION DE LA MILICE DU PARTI,

DES BOP ET DE LA DST ET JUGEMENT DES

TORTIONNAIRES

ABOLITION DE LA CONSTITUTION DE 1959

5) Le pouvoir cherche à traqui vers ses «élections», organisées seront ment, d'une part à sacrifier au rituel quinquennal instauré de-

POUR UNE ASSEMBLEE CONSTITUANTE

LIBREMENT ELUE

LEGALE site pas à envoyer ses bandes arcontre les travailleurs quand ils recourent à la grève. Depuis le 26 janvier, l'UGTT n'est plus un instrument pour les travailleurs, mais un instrument entre les mains du pouvoir. vant les tribunaux d'excep- les activités des militants poliarrêtent et répriment quand ils ne tuent pas. La torture est utilisée couramment chaque fois que des militants sont arrêtés, comme l'ont montré les différents procès qui ont eu lieu.

puis 1959, d'autre part, à travers la réforme du code électoral, il chercher à assurer une meilleure dialectique interne des différentes fractions bourgeoises qui pourront ainsi coexister tout en s'affrontant au sein du même parti. Il cligne ainsi de l'œil aux Mestiristes et aux Achouristes pour que s'ouvre la possibilité de retrouver leur place dans le sérail du régime. Il veut aussi - la libération de Achour aidant - effacer les effets du 26 janvier tant aux yeux de l'opinion tunisienne que de l'opinion internationale. Les Mestiristes se sont d'ailleurs accrochés à la perche qui leur était tendue : la réforme électorale, disent-ils, est «un engrenage que le peuple peut rendre démocratique» et ils appellent à participer aux élections. Ils préparent ainsi leur retour au parti unique qui sera, n'en doutons de nouveau «adapté» aux réalités du pays.

En fait, les masses n'auront la peste et le choléra, et la seule réponse logique à cette mascarade que prépare le pouvoir, c'est le BOYCOTT. BOYCOTT DE LA FARCE ELECTORALE

Le régime tunisien, avec ou sans «élections», est un régime rejeté par l'ensemble des couches populaires. Il ne se maintient que par la force de ses organes de répression et par l'absence d'une alternative socialiste.

Il doit être rejeté en bloc à travers cette bataille pour une ASSEMBLEE CONSTITUANTE LIBREMENT ELUE

La Constitution de 1959 a été établie par le régime sur mesure pour donner une forme juridique à sa domination. Elle a été amendée à plusieurs reprises de manière restrictive, pour être adaptée aux nouvelles exigences du régime. L'attitude à son égard est claire : il s'agit d'une constitution bourgeoise et il n'est pas question pour les révolutionnaires de la défendre (comme le font les démocrates socialistes qui préconisent un pacte dans le cadre du respect de la Constitution). Mais cette Constitution, faite par le régime lui-même, n'est pas appliquée, en particulier pour ce qui concere l'Article 8 qui garantit les libertés démo-

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cratiques. Sur ce point, il est cratiques.

fait correct d'utiliser cet article pour montrer les contradictions du pouvoir qui ne respecte même pas ses propres lois, comme l'ont fait tous les politiques depuis prisonniers

1968.

Mais d'une utilisation tactique de l'Article 8, il ne

ABOLITION DE LA CONSTITUTION DE 1959

POUR UNE ASSEMBLEE CONSTITUANTE

LIBREMENT ELUE

Une bataille politique importante s'annonce pour l'automne 1979, bataille dans laquelle la gauche révolutionnaire doit marquer sa présence. Face au front dirigé par les démocra-

Parution en novembre

ICONOGRAPHIE de DAVID

TEXTES de PIERRE BROUÉ avec le concours de l'Institut

Léon Trotsky

272 pages de photos 2 couleursdont beaucoup sont inconnues

SOUSCRIPTION

Pour un premier tirage exceptionnel, relié et numé.

roté de 1 à 500, au prix spécial de lancement de 150 F.

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Virement joint à CCP PARIS 18462-71

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edi faut pas glisser à une attitude d'acceptation et de défense de la Constitution sous le prétexte qu'elle garantit les libertés démocratiques.

La Constitution de 1959 est la base juridique du régime et elle doit disparaître avec lui : tes socialistes, avec le soutien du PUP et du PCT qui se contenteraient d'un compromis boiteux avec le régime, il est urgent de regrouper tous ceux luttent pour que les travailleurs et les masses populaires KING bénéficient des libertés démocratiques sans restrictions.

Une idée doit faire son chemin dans le camp ouvrier. Dans le cadre d'élections libres, les travailleurs doivent présenter propres candidats. constitution de listes ouvrières, soutenues par les organisations ouvrières, sera la concrétisation de la bataille pour l'autonomie de la classe ouvrière.

Quelles que soient leurs divergences par ailleurs, militants révolutionnaires, syndicalistes et travailleurs avancés, intellectuels et étudiants contestataires, doivent s'unir sur la base de la lutte pour les libertés démocratiques dans restriction et faire entendre leur voix. Tunis, août 1979

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