Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URSS

La nouvelle réforme économique de 1979

· Inprecor n° 67-68, 17 janvier 1980 · p. 48-53 · 3 711 mots

URSS et Russie Stalinisme

Benjamin N. BASTIDA a le 199, les

I principaux organes exécutifs de l'Union soviétique, Comité central et le Conseil des ministres, ont promulgué conjointement un décret qui établit une «Réforme générale des méthodes de planification et du système de gestion de l'économie en URSS.»

S'agit-il d'une réforme économique importante, changement d'orientation par rapport à la réforme de 1965 ? Il est difficile de répondre clairement à cette question maintenant. Le texte du Décret est fort ambigu points et annonce, à de nombreuses reprises, une réglementation concrète pour plus tard. Cela est tellement vrai les rares commentaires du Décret parus en Occident l'ont interprété de manière tout à fait contradictoire. Pour le Décret tend à renforcer l'o rientation de la 1965. Pour les autres, mine l'expérience, fort limitée, de cette réforme et retourne aux méthodes antérieures de direction, fondées sur les ordres administratifs (1).

le de la réforme de 1979. Mais me purement le soviétique.

significatifs aspects d'ores dence.

d'un

LE PRECEDENT DE LA

REFORME DE 1965 en plusieurs me de 1979 est celle de 1965 accompagnée.

que et d'études nées postérieures les uns, ont contribué à sa diffusion.

réforme de il terd'ailleurs

A d'une plication bilans sont en général mar-

URSS de 1979 qués d'un

Il faudra attendre quelques et justifié années pour juger la portée réelentre les on peut affirmer dès aujourles d'hui qu'il s'agit d'une réforbureaucratique

(éventuellement, dans un sens problèmes base de la gestion de l'économie motivent

Quelles que soient les difficultés de l'analyse, plusieurs peuvent et déjà être mis en évisolutions à

Le point de référence immédiat pour analyser la réfor-

Les les circonstances qui l'ont conduit

Cette réforme mique provoqué un nombre connus.

de commentaires au cours des anmie qui, tèrent avec plus ou moins d'exactitude, passement ces commentaires

SuCcédèrent par la suite des bilans première décennie d'apde la Réforme. Ces scepticisme notable quant au rapport résultats atteints et espoirs initialement liés à la réforme. Ce n'est pas l'objet de cet article de discuter les uns et les résumer les conduisirent à la réforme économique de parallèle avec les problèmes aujourd'hui la forme de 1979, et les solupar les dibureaucratiques l'Union soviétique, pour soule contraste présent promulguées par ces mêmes bureaucrates, quinze ans plus tard.

LES PROBLEMES

ECONOMIQUES DES

ANNEES SOIXANTE problèmes qui ont à la réforme éconode 1965 sont bien

Malgré les progrès incontestables de l'éconosoviétique, qui consisdans le désurtout sous-dévelopdu pement et de la dépendance de façon relativement rapide

(à quel prix, c'est une autre question), à partir du milieu des années cinquante apparurent une série de déficiences graves, qui avaient été jusque-

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là latentes, dissimulées par les effets d'impulsion de la guerre et de la période de reconstruc-

Le processus de dégradation s'accéléra au cours des années soixante et se refléta dans les statistiques : baisse du taux de croissance et augmentation du rapport investissements fixes/ produit (c'est-à-dire baisse du «rendement» ments) (2). Ces déficiences furent dénoncées par de nombreux économistes soviétiques défenseurs de la réforme de 1965 : Liberman, Nemtchinov, Birman, Vaag, Lakharov, pesnikov, etc. tions concrètes de cette dégradation de l'efficacité économique furent soulignées : gaspil-

Tableau I - REVENU 1951 12% 1952 11% 1953 9% 1954 12% 1955 12% 1956 11% 1957 7% 1958 12% 1959 8% 1960 8% 1961 7% 1962 6% 1963 4% 1964 9% 1965 7% (Source : Naradodnoie LES SOLUTIONS DE Le modèle de croissance de l'économie soviétique - généralement qualifié «d'extensif» -s'était épuisé vers 1965. Il plaça le système devant une impasse au bout de laquelle on ne pouvait entrevoir que la stagnation économique à court ou à moyen terme. Cette situation critique obligea les dirigeants de la bureaucratie à entamer une réforme économique selon les propositions des économistes mentionnés plus haut. La ligne générale de la lage dans l'utilisation des éléments productifs;

d'incorporer progrès technologique;

besoins; déficiences dans le docapacité de quelle des ments élevés ments élevés sont pratiquetion de principe, l'inefficacité se traduire par une chute du sociales incalculables.

NATIONAL DE L'URSS

(taux de croissance annuels à prix constants)

taux de taux de croissance annuel croissance annuel moyen par période quinquennale

1951-1955 : 11,2%

1956-1960 : 9,2%

1961-1965 : 6,6%

Khoriaistvo, 1974, p.573)

1965 ET LEUR tembre 1965 du CC du PCUS, puis développée dans une série de décrets postérieurs.

cha à retrouver les croissance de la première moitié des années cinquante, ou du moins à freiner la décélération alarmante de la croissance, pour retrouver ultérieurement des taux plus élevés. Il fallait, à cette fin, améliorer le niveau d'efficacité de l'économie rapidement duction en opposition avec les de la qualité des duits; retards dans l'exécution des plans et des contrats; sous- estimation systématique de la production de la part des entreprises. Dans l'égeants conomie soviétique investissement considérés comme quescroissante de ceux-ci risque de niveau de vie aux conséquences mie;

se matériels».

Gosplan centrale miste», ment de esquissée

Kossyguine au Plénum de sep-

La solution envisagée cherreaucratique dans son ensemble, passer de l'inefficacité à l'efficacité dans les domaines de l'accroissement de la productivité et de l'utiliintégrale des ressources C'est ce qu'on appelle techniquement «passer de la croissance extensive à la croissance intensive».

Théoriquement, les diribureaucratiques du Kremlin avaient le choix entre deux voies pour réaliser ce modèle de croissance intensive : 1) soit accentuer le contrôle sur le processus économique, déterrer les capacités de capacités de production cachées, pénaliser le gaspillage, imposer la «discipline du travail», c'est-à-dire renforcer la centralisation bureaucratique de toute l'écono2) soit intéresser les «entrepri-

Uses» - c'est-à-dire principalement, sinon uniquement les bureaucrates dirigeants les entreprises - pour qu'elles-mêmes transforment en «sujets» recherchant le maximum d'efficacité à leur propre niveau, sous le fouet de «stimulants

La réforme de 1965 se place dans le cadre de la logique de la deuxième voie. Mais elle réalisa ce choix comme résultat de tensions et de luttes inter-bureaucratiques entre l'aile dite «conservatrice» - davantage liée au

Get à l'administration - et l'aile dite «réforcomposée essentielledirecteurs d'entreprises et de dirigeants d'organes écorieurs à ceux des ministères.

Ces luttes inter-bureaucrase sont guère terminées par le compromis de 1965. Elles se poursuivent constamment, y compris au niveau de la «direction suprême», par l'alternance des plans et des contre-plans, des indices obligatoires des indices volontaires, de l'attribution centrale des matières premières et de l'outillage et des contrats (liens) dientreprises passer par le «centre», etc. I s'agit d'une bataille inter-bula classe ouvrière, ni le peuple

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soviétique en général n'interviennent et dont ils ne peuvent pas juger les résultats, en tant que spectateurs, manformations nécessaires à cette fort incomplète d'ailleurs, sens de la réforme de 1965, on peut dire que l'aile réformiste imposa les grandes lignes de la réforme au niveau de la généralisation abstraite et obtint également quelques décrets précis pour l'appliquer. Mais l'aile

1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 Review, n. 10 1977, n. afin de donner aux directeurs d'entreprise un choix entre différentes variantes pour réaliser rentabilité, d'ailleurs un de ces six indices de planification à réaliser obligatoirement par les entreprises. Le pourcentage du «profit» restant à la disposition de l'entreprise en vue de réaliser certains «investissements décentralisés» au sein du Ministère (plus tard d'ailleurs transformés vestissements centralisés») d'accroître les «fonds des stimulants matériels» (c'est-à-dire de distribution de primes supplémentaires aux salaires et traitements), fut accru.

Mais l'aile conservatrice garda toujours la main haute sur l'approvisionnement en outillage et en matières premières des entreprises produisant des biens de production. La fixation des prix et les méthodes pour les déterminer également l'apanage de l'admimains les mécanismes de base qui garantissent son pouvoir de décision sur le processus éconode manière la réforme.

par ce «mécanisme indirect», la pleine utilisation

Tableau II - RAPPORT INVESTISSEMENT

INDUSTRIEL/PRODUCTION INDUSTRIELLE

(Base : 1960 égal !)

0,98

1,00

0,99

0'98

0,97

0,99

0,99

0,99

0,99

1,00

1,02

1,03

1,05

1,09

1,11

(Source : S. Gomulka : Slowdown in Soviet Industrial

Growth - 1974-75 reconsidered, in European Economic nistration centrale. De ce fait,

«la liberté de choix des entreprises» se trouva extrêmement limitée. Ces exemples suffisent pour souligner le caractère hybride de la réforme de 1965.

Chaque secteur de la bureaucratie défendit ses parcelles de pouvoir et chercha à les amplifier, en dépit d'une situation de crise économique d'ensemble.

en «inet dissolution progressive de la

Réforme elle-même nertie du système. Les effets s'agissait réapparuent, quelquefois même stimulés par les mesures qui auraient dû

Quinze ans après on peut conrestèrent que se sont plutôt aggravées.

conservatrice conserva entre ses mique dans son ensemble, même lorsque cela entre en conflit avec les textes et les décrets de

Le texte légal instaura par pour exemple un impôt «sur les actifs productifs», afin d'inciter, des capacédents :

cités de production. On réduisit à six les «indices obligatoires» de réalisation du plan, taux de croissance annue

8%

1967

8,3%

8,5%

1969

9%

1971

1972

1973

1974

4,5% en résulta une application lente et contradictoire des réformatrices et la l'iles faire disparaître.

- pour autant que les disponibles

«brigandage

- que les contradicl'économie soviéti-

Les statistiques confirment cette conclusion. Si pendant les premières années succédant à la promulgation de la réforme les taux de croissance se sont relevés, ils ont commencé à baisser de nouveau à partir de 1971. La baisse s'est encore accentuée le quinquennat 1971-1975, tant par rapport aux prévisions que par rapport aux réalisations des quinquennats préTableau III - REVENU NATIONAL DE L'URSS

(taux de croissance annuels à prix constants)

taux de croissance annuel moyen par période quinquennale 1966-1970:7,75% 1971-1975 : 5,75%

(Source : Naradodnoié Khoziaistvo, 1976)

LA REFORME DE 1979

Si la réforme de 1965 avait une quelconque réalité, c'est-àdire dépassait le stade d'un vague «esprit général» confus et de quelques mesures techniques partielles, elle a pu tout au freiner pendant quelques années la tendance vers la stagnation de l'économie soviétique. Au moment d'élaborer le

Quinquennal 1980-1985, qui se place à son tour dans le cadre d'un plan à long terme de vingt ans (le plan à long terme précédent couvrait la période 1961-1980), les planificateurs ont été en fait confrontés à une économie qui fonctionnait sur la base combination d'ordres administratifs et de d'entreprise», exactement comme au début des années soixante, avec toutes les conséquences qui en décou-

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lent en matière de manque d'efficacité.

Sur la base d'une lecture du Décret de la réforme de 1979, les dirigeants de la bureaucrattie (à peu d'exceptions près, les mêmes qu'en 1965 !) semblent avoir opté en faveur de la solution opposée à celle de 1965. Les thèses et pratiques rétormistes initiées à cette époque ont échoué. Pour arriver à des résultats meilleurs, on opte maintenant en faveur de la première voie décrite plus haut : centralisation accrue, renforcement du contrôle administratif sur les activités productives, pénalisation et sanctions accentuées pour non-réalisation des normes et objectifs du plan, etc. Examinons en détail quelques-unes des dispositions principales du Décret de l'été 1979.

Tableau IV - REVENU NATIONAL

(taux de croissance annuels à prix constants - Prévisions du Plan) taux de croissance annuel

1976 5.4 %

1977 4.0 %

1978 4.5 %

1979 4,9 %

1980 4.8% (Source : Lọi sur le Xe Plan quinquennal - 5ème Session du Soviet Suprême, 9ème Législature, 29 octobre 1976 Problèmes politiques et sociaux n. 305, tion Française) d'action du central planificateur. Sans nier l'importance de ces techniques - ce qui firent d'ailleurs jadis les mandataires soviétiques - il faut bien reconnaître que si on avance sur cette voie de réduction brutale du «socialisme» au travail de l'ordinateur, on ne doit y voir qu'une nouvelle mystification idéologique, qui cherche à masquer l'absence du droit de la classe ouvrière et du peuple soviétique de décider des options et des processus économiques fondamentaux, et d'en contrôler l'application.

Par suite à ce retour à une planification détaillée, l'entreprise n'a plus comme guide de son activité l'augmentation de la valeur de la production vendue ou de ses «profits nets»

1) Plan et sanctions.

La concentration des décisions au sommet, qui annule les «libertés» accordées théoriquement aux entreprises dans le cadre de la Réforme de 1965, se manifeste de manière notapartir de l'élaboration même du Plan. Les organes supérieurs de celui-ci, à commencer par le Gosplan, occuperont une place-clé dans la nouvelle gestion de l'économie. Dans ce sens, on en revient aux méthodes antérieures de planification, avec une importance accrue des indices exprimés en unités physiques (balances matérielles) et avec l'intention d'en arriver à une planification énormément détaillée. Le Plan Quinquennal est superposé au Plan Annuel, qui se déduit directement du premier avec la possibilité de variations fort légères. La planiDE L'URSS taux de croissance annuel moyen par période quinquennale 1976-1980 : 4,75 % La Documenta(pour autant qu'il s'agissait d'un guide réel après la réforme de 1965, vu les multiples limitations imposées à ces critères que nous avons signalées plus haut). Ces deux indices ont même complètement disparu du texte de la nouvelle réforme. Par ailleurs, l'accroissement considérable des indices de production signale clairement la marche à suivre et ne laisse que peu de marge pour des options de rechange. Il est dit que l'entreprise doit «fabriquer des produits de bonne qualité, d'après contrats clients (contrats fixés par le Plan), tout épargnant des matières premières main-d'œuvre, et avec un esprit d'innovation». En ce qui entreprises de fication se faisant «d'en haut», ces légères modifications ne concerneront que des propositions venant des entreprises en vue de dépasser, pendant l'année en cours, les indices fixés pour cette année par le Plan Quinquennal, c'est-à-dire l'autorité centrale.

Dans l'esprit des dirigeants soviétiques, planification semble se réduire au problème de l'efficacité des ordinateurs. En effet, pour répondre aux critiques classiques concernant le fonctionnement de la planification antérieur à 1965 - incohérences internes, rigidités, tensions excessives - on affirme que ces défauts seront corrigés grâce à l'emploi intense de l'informatique comme technique d'élaboration du plan, puisque les ordiaugmentent énormément la capacité et la rapidité Tableau V - RAPPORT INVESTISSEMENT INDUSTRIEL/PRODUCTION INDUSTRIELLE (Indice de base 1.00 : rapport en 1960)

1966 1,11

1967 1,10

1968 1,09

1969 1,10

1970 1,11

1971 1,12

1972 1,13

1973 1,15

1974 1.15

1975 1.16 (Source : la même que pour le Tableau II) construction, il y a une référence spéciale au respect des délais d'achèvement des travaux en cours et de leurs coûts.

Cette litanie de «bonnes intentions», dont certaines apparaissent commes des innovations dangereuses qui mériteraient un commentaire à part (les «économies de main-d'œuvre») est trop générale pour permettre des jugements. Avec ce code de comportement des entreprises, on en revient à l'inefficacité dénoncée au début des années soixante. Comment assurer la collaboraticn des «entreprises», c'est-à-dire de leurs cadres bureaucratiques dirigeants? Cette collaboration exige de nouveau l'obéissance à des indices élaborés d'en haut,

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mais aussi la transparence et la rapidité des courants d'information. Elle réclame également (comme on le sous-entend dans divers points du Décret) «l'aggressivité de l'Exécutif»

Get «l'esprit d'innovation»comme antidote à la routine bureau-

Mais les auteurs de la réforme de 1979 ne font pas preuve d'une confiance excessive dans la possibilité de rencontrer ces qualités éminentes (en cela, il faut leur reconnaître une bonne dose de réalisme). Car les moyens proposés pour réaliser le plan incluent un ment et une application plus subtile du contrôle, et de sanctions «contre les pratiques illégales» dénoncées avec pas mal de détails dans le Décret, sutout la connivence entre fournisseurs et clients (le «pardon mutuel» pour retards de fournitures ou déficiences en matière de qualité) ou entre les entreprises et leurs ministères (la correction vers le bas des objectifs des entreprises au cours de l'année, afin de permettre un «dépassement du Plan» en fin d'exercice, etc.). 2) Productivité du travail.

Les passages du Décret traitant de la productivité de la main-d'œuvre méritent un examen à part. Selon les rédacteurs du Décret, les niveaux actuels de cette productivité sont si bas• qu'ils atteignent la cote d'alerte. Trois types de mesures sont proposées pour dépasser cette déficience. La première est en rapport avec la prétendue cause de l'échec des stimulants matériels choisis en 1965 : la pénurie des biens de consommation. Le Décret affirme qu'on adaptera la production des biens de consommation à la demande, avec référence particulière à la «variété et à la qualité des produits». Mais comment s'effectuera cette adaptation ? D'après tout le contexte du Decret, Il apparait clairement que les besoins des consommateurs seront déterminés par... le Gosplan !

La deuxième mesure pour augmenter la productivité du travail de la main-d'œuvre, c'est le mot d'ordre donné aux directeurs de réaliser des «économies de main-d'œuvre». L'absence de détails ne permet pas d'attirmer avec clarté si on ouvre la porte à des licenciements plus larges, d'après l'expérience du combinat chimique de Chtchekino (3).

La troisième mesure concerne l'organisation du travail par brigades, d'après des expériences réalisées dans le domaine de la construction. Cela consiste en une délégation de certaines compétences du directeur à des « brigades qui obtiennent le droit de fixer les horaires, le rythme de l'organisation interne du petit groupe (division du travail) etc., à condition que les objectifs de production prévus par le Plan soient réalisés dans les délais et aux coûts fixes, et dans des conditions acceptables de qualité. La brigade reçoit le total des salaires prévu pour la tâche, elle a le droit de la répartir selon critères qu'elle fixe elle-même.

Le travail par brigades apparaît difficilement applicable à de nombreux processus de production. Il suscite par ailleurs un grand nombre de questions. Qui décide et comment décidet-on au sein de la brigade ? Par la voie hiérarchique (contremaitre, etc.) ou par décision collective ? Le but n'est-il pas d'imposer la discipline du travail (et l'économie de main-d'œuvre, comme dans le «modèle Chtchekino) par affrontement entre compagnons de travail ? Ce qu'on peut en tout cas affirmer, c'est que cette «miniautogestion» n'est même pas une forme embryonnaire d'un véritable contrôle, pour ne pas dire d'une véritable gestion, du processus de production par la classe ouvrière. 3) Eliminer des bureaucrates...

L'expérience de l'organisation économique sous le stalinisme avait prévenu la bureaucratie des organes centraux contre celle des ministères. L'impossibilité manifeste d'une centralisation absolue et rigoureuse, même à cette étape, avait confié aux ministères des parcelles de pouvoir incontrôlables, avec possibilité d'affronter les organes centraux eux-mêmes, qui étaient théoriquement leurs suhiérarchiques. pourquoi le Décret dénonce des pratiques «illégales» des minis-

Get réclame d'elles un changement dans le mode de gestion des entreprises de leur compétence. On s'efforce de les éloigner des centres de décisions politiques - de la direction de la bureaucratie en somme -et de les soumettre au Gosplan, les transformant en quelque sorte en technocrates de la gestion économique. On détermine même le fonctionnement interne les minneieres du ehozrachet d'apres les principes (rentabilité individuelle des entreprises) à introduire progressivement, ce qui transformerait ces ministères en une sorte de gigantesque «trust» d'entreprise. L'AVENIR DE LA REFORME

Quels résultats peut-on prévoir de la réforme de 1979 ? Les observateurs s'expriment avec scepticisme, non seulement en ce qui concerne les objectifs fixés, mais aussi en ce qui concerne les possibilités réelles d'une application généralisée, tout cela malgré le ton énergique et agressif du Décret en question.

Sans aucun doute, les problèmes réels de l'économie soviétique y sont dénoncés par ci, par là, par ses propres dirigeants; ils sont d'ailleurs confirmés par les chiffres nus des statistiques. La tentative d'en Milli revenir à une centralisation rigoureuse, le renforcement des contrôles économiques, avaient d'ailleurs été prévus par les par les spécialistes en la matière. Il est fort possible que comme ce fut le cas de la réforme de 1965 et de ses séquelles, le texte de la réforme 1979 reflète et des luttes inter-bureaucratiques qui se poursuivent, et la crispation et l'isolement des principaux dirigeants du Kremlin, exprimés dans presque tous leurs discours et rapports des dernières années.

L'appurtion de problèmes chaque fois plus graves, de déficiences ouvertement dénoncées, la succession d'intentions de réformes échouées, font penser à une contradiction fondamentale, origine de la crispation, de l'isolement et des sourdes luttes inter-bureaucratiques; la contra-

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diction d'administrer l'économie de la «patrie du socialisme» en accord avec les intérêts bureaucrates (privilèges, statut, conservation des acquis). Et parler de la «patrie du socialisme» n'est pas un simple jeu de mot reflétant une ironie amère. Cela met aussi en évidence le fait que le cadre général de ce système NOTES 1) Pour quelques-uns mentaires, voir l'article de Marie Lavigne dans «Le Monde diplomatiseptembre 1979, l'article dans la «Neue Zürcher Zeitung» du 22 août 1979 et la note du conseiller commercial de France à Moscou, dans «Problèmes économiques» 10 octobre 1979 2) Gomulka utilise la formule «rapport capital industriel/producSuite et fin lars) et de commandes, en particulier des biens d'équipement. Si le commerce mondial a conservé ces dernières années, malgré la crise, un certain dynamisme, c'est en particulier grâce à la demanae des pays pétroliers.

économique, forme révolutionnaire par la classe ouvrière, s'oppose aux ouvrière, intérêts de ses dirigeants bureaucratiques. On ne peut pas en URSS réduire de manière radicale les dépenses publiques destinées à la santé, l'éducation, les retraites, etc., ni étendre le chômage à des secteurs entiers de l'industrie, pour ne citer que tion industrielle». Du point de vue de la théorie économique marxiste, il est faux de parler de «capital in-

URSS, les moyens de production n'étant pas des marchan3) Au sein du combinat chimique de Chtchekino, situé à quelques 200 kilomètres au sud de Moscou, à partir de 1967, le fond des salaires est gelé; 1000 emplois sur 7500 sont supprimés, la plupart des travailleurs visés par la suppression des postes de travail trouvent un emLe mouvement de récession est amorcé à une perte de croissance de 0,2% en 1979 et 0,5% en 1980 seulement. Ces résultats non plus, comme chacun a pu le constater, n'ont fait l'objet d'aucune publicité excessive de la part du gouvernement et de ses officines de propagande.

exemples. On ne peut pas attaquer frontalement des acclasse ouvrière soviétique considère comme essentiels. Et, de là des contradictions pour le moment insolubles de la gestion bureaucratique, et des limites qu'une simple réforme de cette gestion ne peut dépasser.

nouvelle synthétiques, Tes être jouissent revenus supplémentaires (plus ou moins 30 % d'augmentation de revenu par personne), la productivité du travail s'accroit considérablement, de nouveaux ouvriers et techniciens acquièrent une nouvelle qualification (J. Delamotte a

Run ouvrage à cette expérience Shchekino, entreprise SOviétique pilote, Paris, Editions Ouvrières, 1973).

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