Inprecor 1974–2004

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CHINE

La « dissidence chinoise » et les réorientations de la bureaucratie

Inprecor n° 69, 7 février 1980 · p. 39 · 620 mots

Chine Stalinisme

Chine La «dissidence les réorientations perspectives et les contradictions de la nouvelle orientation économique préconisée par la direction chinoise et mise en œuvre depuis le renversement de la fraction dite «maoïste».

Nous l'avons fait précéder de la publication d'un article de Yi Ming, paru dans la revue dissidente de Canton (Guangzhou) «La Voix du Peuple» (Renminzhi Sheng), dans son numéro 8 de juillet 1979. Cet article permet en effet de comprendre le dilemne dans lequel se trouve une partie de l'opposition chinoise face à la nouvelle politique de la direction Deng Xiaoping : la critique du «gauchisme» et de l'extrême «autoritarisme» passé, faite par les courants anti-bureaucratiques et l'homme fort du nouveau régime, se rejoignent en plusieurs points. D'où l'existence de divergences au sein de la «dissidence» sur l'attitude exacte que le «Mouvement démocratique» doit avoir à l'égard de la fraction de la bureaucratie présentement au pouvoir; divergences que Wang Xizhe, l'un des principaux dissidents de Canton, notait dans l'interview qu'il avait accordé à ce même numéro de la «Voix du peuple» et que nous avions reproduit dans Inprecor du 20 novembre 1979 : faut-il s'opposer fermement et en bloc à l'ensemble de la couche bureaucratique formée en Chine après la prise du pouvoir, ou faut-il souligner les aspects positifs des réorientations économiques en cours?

L'article de Yi Ming exprime une exigence très répandue au sein des oppositions anti-bureaucratiques en Chine : rechercher une véritable explication à la Révolution culturelle du millieu des années soixante, au phénomène de la «Bande des quatre», à la situation présente; explication qui ne peut se satisfaire des dénonciations officielles et de la mise au pilori de boucs émissaires. Pour ouvrir ce débat de fond, Yi Ming revient sur l'ensemble du cours suivit par la révolution chinoise depuis la prise du pouvoir en 1949.

Yi Ming s'attache longuement au développement du «gauchisme» au sein du Parti communiste chinois. Il analyse les conflits d'orientation

7 février 1980 chinoise» et les de la bureaucratie qui ont secoué le régime au moment des «Cent fleurs» et du «Grand bond en avunt» durant la deuxième moitié des années cinquante et qui déboucheront ultérieurement sur les affrontements de la Révolution culturelle. Il tire un bilan extrêmement critique du «volontarisme», du «nationalisme» et de l'«opportunisme de gauche» de la ligne maoïste d'alors et de la catastrophe économique à laquelle elle a conduit le pays. Il exprime clairement sa faveur pour l'orientation «modérée» défendue par Zhou Enlai (Chou En-lai). Il permet de comprendre l'espoir soulevé dans la population par la chute de la «Bande des quatre» et l'annonce des réorientations économigues.

Mais en même temps, Yi Ming généralise les enseignements de l'échec de la ligne «gauchiste» en des termes inintégrables par la direction actuelle du PCC. Il souligne en effet l'énorme distance qui sépare le régime en vigueur dans PCC et l'ample vie démocratique qui caractérisait le Parti bolchevick d'URSS. Il insiste sur l'importance clef de la démocratie aussi bien dans le domaine de l'idéologie et des orientations politiques (dans la mesure où elle seule de surmonter harmonieusement divergences) que dans la définition des orientations économiques. Il dénonce la montée des privilèges et recherche dans la tradition chinoise, l'époque glorieuse de Yennan et la corruption du pouvoir d'Etat les racines de la formation d'un nouveau «pouvoir royal féodal». C'est, note-t-il, ce nouveau «féodalisme» (que nous nommerions avec Wang Xizhe bureaucratie) qui est le danger principal pour la révolution chinoise, et non la restauration du capitalisme.

C'est dans cette conclusion, peut-être, que l'on trouve la principale leçon du texte de Yi Ming. Leçon particulièrement importante au moment où une nouvelle vague de répression frappe la «dissidence» chinoise. Nous reviendrons dans un article ultérieur sur l'aggravation de la répression et l'évolution de l'opposition chinoise.

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