Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

La marche à l'affrontement

· Inprecor n° 70, 21 février 1980 · p. 37-43 · 5 159 mots

El Salvador Nicaragua Syndicalisme Amérique centrale

Michel ROVERE (avec la collaboration des correspondants et envoyés spéciaux d'Inprecor en Amérique centrale)

LE le février anoite une

• nouvelle journée noire pour la révolution révolution salvadorienne. Une vingtaine de manifestants ont trouvé la mort lorsque les forces de l'ordre ont ouvert le feu sur une manifestation étudiante, puis ont pris d'assaut le siège du Parti démocrate chrétien, le seul parti politique appuyant et participant à l'actuel gouvernement militaire, occupé par des militants des Ligues populaires du 28 février.

Enfin, jeu constituait pour l'impérialisme la situation dans ce pays, il y a eu le même jour l'annonce que le gouvernement US allait accorder à la junte un plan d'aide de 49,5 millions de dollars. Quelques jours auparavant, le gouvernement américain avait annoncé fermement jusqu'où il était prêt à aller pour éviter un nouveau Nicaragua, "la victoire d'une révolution des ouvriers et des paysans salvadoriens, en reprennant la fourniture d'armes à la dictature militaire.

Les Etats-Unis viennent d'annoncer une aide militaire de 7 millions de dollars, l'envoi d'instructeurs pour entraîner l'armée salvadorienne et proposer une vaste offensive contre les organisations révolutionnaires (Herald Tribune du 15 février 1980).

Le Salvador vit à l'heure de la guerre civile rampante.

En 1979, il y a eu plus de 1000 morts et disparus; victimes sont des manifestants, des ouvriers grévistes ou paysans occupant les terres et sur qui les forces de répression ont ouvert le feu. Ce sont aussi des militants syndicalistes, activistes des organisations de la gauche enlevés et abattus, souvent après avoir été torturés atrocement, par des bandes para-militaires comme l'Union des guerriers blancs, ou surtout la puissante Organisation démocratique nationaliste (ORDEN), qui étend ses ramifications et ses réseaux de milliers de délateurs (les «oreilles») et de tueurs à travers les campagnes salvadoriennes. Toutes ces organisations, calquées sur le modèle tristement célèbre de la Mano blanca des militaires guatémaltèques, sont étroitement liées, jusqu'au plus haut niveau, à (1) Les Dueños, Regalado, Hill, les

Mesa Ayau, les de Sola, Sol Milet, Guirola, les Alvarez, les Melendez, les Menendez de Castro, les Deinniger, les Quinonez, les Garcia Prieto, les Vilanova.

Les Mesa Ayau ont le monopole de la bière. Benjamin Sol Milet est le principal actionnaire de la Banque agricole et commerciale. Les Melendez distribuent le courant électrique et les Quinonez importent machines, tracteurs et machines agricoles. Les Duefos sont les plus grands planteurs de café.» M. Niedergang in «les vingt Amériques latines» pp. 110 et suivantes.

el salvador l'appareil d'Etat, l'armée, la Policia de Hacienda et la Guardia Nacional.

La violence militaire et policière parcourt toute la trame de l'histoire du Salvador, la plus ancienne république militaire de la terre.

Depuis 1931, sans discontinuer, au fil des coups d'Etat, des pronunciamentos, suivant des élections truquées, c'est l'armée au niveau des états-majors et des mess d'officiers qui a choisi régulièrement les occupants du Palais national.

Mais cette prééminence dans la vie publique du «parti militaire», si elle a été instaurée à l'occasion des difficultés politiques et sociales qu'a renconaprès la crise de 1929, ne doit pas masquer la force de la bourgeoisie salvadorienne, qui est sans commune avec celles des autres bourgeoisie des républiques d'Amérique centrale.

LES 14 FAMILLES

Cette force, la bourgeoisie salvadorienne la doit d'abord à sa concentration, au monopole des «quatorze familles», qui contrôlent, avec leurs associés, et leurs familles alliées toutes les affaires du pays (1).

Leur richesse, elles l'ont d'abord bâtie sur la possession de la terre et la culture du café, cet or vert qui a remplacé au 19è siècle la monoculture de l'indigo. Le Salvador est le

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sixième producteur mondial de café et le troisième exportateur après le Brésil et la Colombie. Le café assure à lui seul les deux tiers des ressources en devises du pays.

La force des «quatorze familles», c'est en tout prel'emprise sur terre. Moins de 2000 propriétés agricoles, sur les 300000 qui existent, occupent 40 % des terres cultivées. Trente familles (parmi lesquelles sept des «quatorze») possèdent plus de 1000 hectares. Les plus grands propriétaires fonciers, la famille Duenos, récoltent chaque année 40000 quintaux d'un des meilleurs cafés au monde et possèdent 22764 hectares, c'est-àdire plus de 1 % de toute la superficie du pays.

C'est comme si en France, où le pourcentage de terres cultivées est le même qu'au Salvador, une seule famille possédait... 50000 hectares de terres.

A l'autre bout de la chaîne, les 130000 propriétés inférieures à l'hectare représentent 5% de la superficie cultivée.

La richesse des seigneurs du café, qui leur a permis de se reconvertir ensuite dans la banque, l'industrie manutacturiere ou l'import-export, vient de la formidable exploitation des tracomme saisonniers. Comme l'ésecret de la productivité record des plantations de café est simple : les «peones» salvadovailleurs. Ils vivent pieds nus et vêtus de loques informes

«ranchos de paja» (2), mangent deux ou trois tortillas (galette de maïs) une poignée de frijoles (haricots) et aussi heureusement quelques herbes sauvages et vitaminées. Ils touchent, quand ils travaillent, des salaires incroyablement bas, deux francs par jour en moyenne» (3).

Quand ils travaillent, c'est là l'autre versant d'une réalité qui a obligé les travailleurs agricoles à accepter longtemps de telles conditions, il y a 45 % de chômage parmi les paysans sans terre.

Plusieurs années de il y a eu une paupérisation absolue de ces paysans sans terre taires (plus de 200 hectares) aug-

186130 à 232270 colones.

sistance des Nations unies a étanalphabétisme

75 % dans les zones rurales.

trente. En 1952, débouchés, la fabuleuse concentration iniindustriel (5), s'est développé et les exportations cinquième des ressources devises.

ciales des et car l'agriculture si les progrès de la et hausse graphique qui tiennent à un niveau suite, comme en 1965 et 1970, où leur revenu a baissé, passant de

1230 colones (4) à 1140 tandis que celui des grands proprié.

mentait de 24 %, passant de a été sortir le bli au milieu des années 1970 deux que, dans les campagnes, moins de 5 % des habitations avaient des facilités hygiéniques, que la consommation de viande ou de volaille était quasi nulle chez les sociales de peones tandis que le taux d'a-

La diversification des activités économiques de l'oligarsalvadorienne a débuté assez tôt, à la fin des années la «Ley de fomento de industrias de transformacion», qui permet d'importer les machines outils et les matières premières, sans droits douanes, et la création, en s'est

1959, du Marché commun cenvers les villes.

tro-américain qui a élargi les ont été les deux étapes de l'industrialisation partielle du pays, favorisée par rapport à ses concurdu centre Amérique par

Salvador et tiale de richesses précisement paysans et aux mains des quatorze familune importante industrie de

(composants troniques) ou de sous-traitance

(habillement bon marché), en particulier depuis la création d'une «zone franche», véritable

(3) Op. cité.

1977, la part de l'industrie dans le PNB est passée de 15 à 20 % manufacturés représentaient un

Les conséquences sode cette industrialisation transformations dans ont été l'accélél'issue ration de l'urbanisation (même équipes de médecine du taux démodeux a suivi mainmettre lors la sensiblemée aux ment identique la pression sur la terre, en dépit de l'exode rural) et le développement quantiras sous-peuplé.

tatif d'une classe ouvrière industrielle qui représentait en 1971 11 % de la population active contre 3,6 % et 1950 (6). Cette industrialisation partielle, fondée initialement sur la «substitution des importations» bien sûr incapable de pays du sous-déveet de régler les grands problèmes structurels qui lui sont liés : le chômage massif et l'inégalité de la répartition des revenus.

Pourtant, ces conséquences l'industrialisation, liées aux difficultés économiques provoquées d'abord par la guerre du football (7) et la fermeture du marché hondurien . aux exportations salvadoriennes, puis par les répercussions de la crise économique mondiale au sein du marché commun centro-américain, expliquent la nouvelle montée des luttes ouvrières dans ce pays, où pour la première fois, le centre de gravité des luttes de classes déplacé des campagnes Il y a une longue tradition «classiste» dans le pays.

Le mouvement révolationnaire a commencé de se structurer dans les années vingt au regroupait alors essentiellement des artisans, des quelques intellectuels de l'Université. Il est alors influencé par la résonnance lointaine de la révolution russe et l'écho rapproché des mobilisations agraires de la grande révolution mexicaine. C'est en 1924 qu'une «Régio(2) Baraque de paille ou de jones. (4) Monnaie salvadorienne. (5) Outre le conditionnement du café et du sucre destinés à l'exportation, le San Salvador est le second producteur d'Amérique centrale de bière et de coton. {6) Eduardo Colindres «Fundamen-

Atos economicos de la burgesia salvadorena» Edition UCA. (7) En 1969, après des émeutes d'un match entre deux football hondurienne et une guerre opposa les Etats. intervint pour fin au conflit, mais depuis frontière hondurienne est fermarchandises venant d'El Salvador, et 100000 travailleurs salvadoriens ont été expulsés du Hondu-

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nale» nale» des travailleurs du Saldor s'organise au moment où les premières formes de structuration du mouvement ouvrier dans la zone se font d'emblée à l'échelle de toute l'Amérique centrale. En 1932, elle compte 72000 affiliés. Le Parti communiste du Salvador est formé en 1930 par Farabundo Marti, en pleine «troisième période de lIC». Farabundo Marti qui a suivi de près la révolution mexicaine puis est devenu l'un des adjoints du «général des hommes libres», Augusto Cesar assez correctement l'articulation entre lutrévolution socialiste. Le PCS devient bientôt l'une des forces hégésein du syndicalisme salvadorien. Il s'implante plus particulièrement dans la paysannerie, notamment dans les communautés indiennes de la zone centrale et occidentale, là où le prolétariat agricole s'entasse «fincas» caféières. La crise de 1929, la chute des cours du café ont réduit à la stricte famine ce prolétarait agricole misérable. Dès sa constitution, le PCS s'est fixé pour but d'organiser une insurrection de ce prolétariat agricole et de relayer ainsi la guérilla sandiniste qui se déveNicaragua.

L'insurrection est déclenchée le 22 janvier 1932. Les paysans, armés de la «machete», prennent d'assaut les villes de Sansonate, Sonzacate et Nahuizalco. exécutent propriétaires Mais l'armée salvadorienne, au pouvoir depuis 1931, et qui était au courant de longue date des préparatifs de l'insurrection réagit avec une rare violence. En quelques jours, la révolte est dirigeants communistes sont exécutés, le mouvement syndical est décapité. Pour rétablir l'ordre, le dicta-

Maximiliano Martinez, surnommé fait exécuter 30000 Cette insurrection de 1932 et sa répression sanblante vont profondément marquer la conscience collective masses salvadoriennes. Le soulèvement

21 février 1980 s'était fait sur les mots d'ordre de «tout le pouvoir aux soviets» et de l'établissement d'une fédération socialiste du Centre amérique. La répression par l'oligarchie et l'armée - un des plus importants massacres du 20è siècle - préfigurant demi-siècle de «république militaire» avec son cortège d'exactions, de et de massacres, a pour effet d'affaiblir blir plus qu'ailleurs les illusions du mouvement de masse sur le pourrait jouer la «bourgeoisie nationale» ou les secteurs «nationalistes» des forces armées.

Le PCS ne se remit jamais , totalement des défaite de 1932. D'autant que sa nouvelle direction adoptait, la Deuxième mondiale, la ligne stalinienne communistes latino-américains :

L'IMPACT DE LA REVOLUTION CUBAINE

C'est la victoire de la qui va redistribuer les cartes au mouvement ouvrier salvadorien.

Pour tenter de faire pièce à la montée de la révolution latine, l'admil'Alliance pour le Progrès. Au

1960-61, éphémère junte civilo-militaire mettre en œuvre un plan de réformes : le dimanche devait être payé aux salariés agricoles, les loyers étaient abaissés de 30 %, la Banque centrale était nationalisée. Mais de l'oligarchie et l'incapacité de la junte d'entades réformes de fond (notamment agraires) devait marquer les limites et la fin de première expérience «réformiste militaire», qui devait préfigurer l'expérience vélasquiste de 1968 au Pérou.

La victoire militaire des olonnes du Mouvement du 2 Juillet contre la dictature de Batista, la trans-croissance de la révolution et l'établissement de l'Etat ouvrier cubain allaient mettre en évidence la dégénérescence profonde des PC latil'ennemi principal que fascisme, on gne purement et simplement sur l'impérialisme américain. sûr, avec la fin de la troisième période et la réorientation vers la politique des Fronts populaires, le PCS a tourné la page de l'insurrection de 1932, qualifiée désormais d'action aventuriste. Avec une telle ligne, le PCS révèle incapable de capitaliser et de structurer la remontée du mouvement de masse, qui s'opère Salvador, dans d'autres pays latino-américains au sortir de la Deuxième guerre mondiale : le renversement du «sorcier» Hernandez Martinez, en 1944, se fait au profit des nouveaux secteurs industriels de l'oligarchie sans que le mouvement ouvrier puisse intervenir en quoi que ce soit dans cette querelle de famille de la bourgeoisie salvadorienne. no-américains, au moment où une vague de luttes déferlait sur tout le continent. Soutenue par les critiques publiques qu'adressa la direction cubaine aux PC pour leur attitude légaliste et étapiste, une tendance de gauPCS. Entre 1962 et 1969, c'est un affrontement permanent entre les «syndicalistes», défenseurs du travail légal, et les «intégristes», partisans de la politisation des luttes économiques et leur débouché sur la lutte armée par des noyaux de guérilla. La rupture intervient en 1969, à l'occasion de la «guerre du football». La majodroitière de la direction prend fait et cause pour sa bourgeoisie nationale dans le conflit. La minorité «intégriste», qui compte cependant de nombreux cadres ouvriers, rompt avec le PCS. Nombre de ces militants vont jouer un tout premier rôle dans la formation des premières organisations politico-militaires : les Forces populaires de libération | Farabundo Marti (FPL), dont l'un des principaux dirigeants est l'ancien premier secrétaire du PCS, tandis que l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP)

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va se dévélopper à partir de la radicalisation des courants chrétiens progressistes.

Les FPL et l'ERP vont vite se trouver dans une impasse stratégique, du fait de leurs conceptions foquistes, encore aggravées par les conditions géographiques du Salvador. Le Salvador est un tout petit Etat, à très forte densité de population, où il n'existe guère de région montagneuse capable de permettre la survie d'une guérilla rurale face à un appareil répressif surentraîné et disposant d'un excellent réseau de communi-

En dépit de leur courage militant et du capital de sympathie dont elles disposaient auprès salvadoriennes, organisations devaient finallement laisser le électorales de l'opposition bourgeoise et des secteurs réformistes. Ainsi en 1972, le président du Parti démocrate chrétien, José Napoléon Duarte, se présente aux présidentielles, soutenu par une coalition « interclassiste» de formations bourgeoises et du PCS (ce dernier agissant sous le couvert de l'Union démocratique nationale - UDN). L'oligarchie et l'armée doivent recourir à une fraude éhontée pour faire «élire» leur candidat, le colonel Molina. Les travailleurs et les petits paysans ont voté massivement pour Duarte.

La répression s'accentue. Le colonel Molina s'aligne sur le modèle des militaires du Centre-amérique. Le ministre de la Défense, le général Humberto Romero, principal responsable de la répression, se fait fort de mettre en œuvre les préceptes de l'idéologie de la sécurité nationale.

Une intense période de débats s'ouvre alors dans l'extrême-gauche, après l'expérience électorale de 1972. Ces débats s'alimentent aussi de la radicalisation du mouvement de masse. Pour la première fois un secteur «progressiste», opposé à l'oligarchie apparaît dans l'Eglisalvadorienne. Cette Eglise qui avait salué la répression de 1932 comme une manifestation immanente Dieu contre le bolchevisme satanique. Des ruptures avec le réformisme, ou avec lisme officiel se produisent : le puissant syndicat gnants ANDES et la Fédération chrétienne (FECCAS), participent en 1974 à la création du FAPU, avant de

Men 1975 les BPR. C'est en 1972 que se forme

Fédération nationale travailleurs salvadoriens, FENASTRAS, avec la scission de 18 syndicats de la Confédé-

LES 3 COURANTS DE LA GAUCHE-REVOLUTIONNAIRE Il y a dans la gauche résalvadorienne trois grands courants. Chacun de ces courants dispose d'une organisation politico-militaire clandestine, et d'un front de masse qui utilise lui toutes les ressources de la légalité. Les FPL et leur front de masse, le Bloc populaire révolutionnaire (BPR), forment le courant majoritaire. Il se caractérisait par son refus, poussé jusqu'au sectarisme, de toute alliance avec les réformistes (le PCS). Déstratégie «guerre révolutionnaire prolonconstitution, travers d'un processus long dans le temps, mée ouvrière et paysanne, le BPR-FPL prône l'instauration immédiate, après la victoire, d'un régime de «dictature du prolétariat». Très sectaire jusces dernières semaines à l'égard des deux autres courants de la gauche révolutionnaire, le BPR-FPL est sans doute l'organisation qui a historiquement, les liens les plus étroits avec la direction cubaine.

deux autres courants, sont les Forces armées de la résistance nationale (FARN) et leur front de masse, le Front d'action (FAPU) et d'autre part l'ERP. PRS (Parti de la révolution salvadorienne) et leur front de masse, les Ligues Populaires du 28 février (LP 28). Ils sont nés de la crise de l'ERP en 1974ment implanté en milieu urbain, parmi les ouvriers et la jeunesse scolarisée. Les LP 28 ont davanration générale des syndicats pro-gouvernementale. Dans les campagnes, à partir de 1975-76 des Unions paysannes, sortes de ligues agraires, commencent de se constituer, sous l'impulsion organisations d'extrême-gauche qui ont rompu avec le foquisme et se sont orientées vers le travail de masse. En quelques années elles vont arracher au PCS le contrôle de l'essentiel du mouvement syndical et paysan. tage d'influence dans le prolétariat agricole, surtout de la zone orientale.

Politiquement les deux courants ont des positions proches. Ils avançaient le mot d'ordre de «gouvernement populaire ouvrier et paysan» et préconisaient anti-dictatoriale qui serait la copie conforme au Salvador de celle du FSLN au Nicaragua (il faut bien dire préconisaient, car la concrétisation, vue le profil propre de la bourgeoisie salvadorienne est une autre paire de manches).

L'ERP-PRS est plus net que le FAPU sur le caractère socialiste de la révolution salvadorienne et insiste sur l'importancoordination des forces révolutionnaires latino-amé-

En dépit d'origines maoïsantes, l'ERP-PRS révolutionnaire à un quelconque secteur de la bourgeoisie nationale. Il a développé des positions critiques à l'égard du stalinisme en Chine et en URSS et souligne l'importance de la «démocratie socialiste», pour empêcher toute dégénérescence d'un pouvoir ré-

Sur l'ensemble de ces questions, le FAPU n'a pas de position bien tranchée, même si au niveau international, comme les deux autres courants, il se définit ment en référence à la direction développement de ces trois courants révolutionnaires, quI structurent peut-être 100000 adhérents et sympathisants, à été lié à leurs capacités

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d'arracher au PCS la direction des principales organisations syndicales ou de recommencer i structurer et diriger les luttes de la paysannerie pauvre et du prolétariat agricole. A cela est venu s'ajouter le bilan de l'élection de 1977 et l'échec qu'elle a signifié aux yeux des masses salvadoriennes de la stratégie éléctoraliste mise en œuvre par le parti stalinien.

Non contents de la farce électorale de 1972, les partis bourgeois d'opposition, Parti démocrate chrétien et MNR (8). suivis fidèlement par l'UDN, ont présenté un militaire, le colonel Ernesto Claramount face au candidat officiel de l'Etat major et des 14 familles, le général Humberto Romero. Claramount l'emporte sur Romero, mais celui-ci est «élu» aux termes de nouvelles fraudes et déclaré président de la République le 20 février 1977. Claramount entame une

L'IMPACT DE LA VICTOIRE SANDINISTE Le 23 mai 1979, pour tenter d'en finir avec la montée des masses, Romero décrète l'Etat de siège. Les occupations d'égli-

Use poursulvent. La victoire des sandinistes en juillet contre Somoza, a une énorme répercussion au Salvador distant de quelques encalubres. Romero, sous la pression des Etats-Unis, soucieux d'éviter à San Salvador ce qui s'est passée à Managua, annonce un processus d'ouverture, sous le vocable de «foro nacional», fait libérer quelques prisonniers politiques et annonce à grands renforts de publicité, la tenue d'élections législatives municipales 1980. Il va jusqu'à que le candidat du parti officiel pour les présidentielles de 1982 pourrait être un civil.

Mais rien n'y fait, tandis que le débat politique commence de pénétrer les casernes et les mess d'officiers, aucune formation significative de la bourgeoisie d'opposition ne rojoint le «foro nacional». Au contraire, les partis bourgeois d'opposition, le Parti démocrate grève de la faim tandis que ses partisans lancent un appel à la grève générale. Le 28 février, Romero décrète l'Etat de siège, après que la troupe ait ouvert le feu sur les manifestants faisant plusieurs morts (c'est en hommage à ces victimes que le front de masse de l'ERP-PRS s'appelle LP 28).

Toute l'année 1978 est marquée par une intensification des luttes de classes, la recrudescence des actions armées menées par les organisations politicode mouvement grèves et d'agitation agraire.

En mars 1979, une nouvelle étape est franchie avec la grève des électriciens (appartenant au FENASTRAS) qui au bout de heures mouvement obtiennent la satisfaction de 23 de leurs 24 revendications. chrétien et le Mouvement national révolutionnaire forment le «foro popular», soutenu par l'Eglise et auxquel viennent s'adjoindre les staliniens de l'UDN

La LP 28 et le FAPU, par le biais de la direction du FENASTRAS, participent également à cette coalition avec les forces bourgeoises, fondée sur un programme de «démocratisation» du régime en place. Pourtant, ni la LP 28, ni les FAPU, ne seront les otages de cette opération qu'ils jugent essentiellement tactique. D'abord parce qu'au mois de septembre et début octobre, le FAPU et le LP 28, qui en gros cherchent a réproduire le schéma de la victoire sandiniste au Nicaragua, • centrent tous leurs efforts sur la préparation et le déclenchement à court terme, d'une insurrection pour en finir avec le régime de Romero. C'est le coup d'Etat du 15 nisé avec la complicité ouverte et active du département d'Etat américain, ces projets et surtout qui va servir de révélateur et de discriminant entre les diverses forces du «foro popular». Le PDC et le MNR, se précipitent au secours de la nouvelle junte, qualifiée de «modérée» et de «réformiste». Moscou salue également le coup d'Etat militaire (contrairement à la Havane) et un membre de l'UDN se retrouve au gouvernement... ministre du Travail comme de bien entendu.

De leur côté au contraire, dès le 18 octobre, le FAPU et la LP 28 rompent avec le «foro popular» et dénoncent le caractère bourgeois de la nouvelle junte, malgré ses discours démagogiques. Seul le mot d'ordre d'insurrection immédiate est différé. C'est le sens de la «trêve», c'est-à-dire la suspension unilatérale des actions de guérilla offensive annoncée par les deux organisations. Le sens va en devenir clair : il s'agit d'attendre quelques semaines ou quelques mois, que l'ensemble des masses salvadoriennes fassent l'expérience de l'incapacité de cette junte de répondre à leurs aspirations fussent-elles minimales, pour que la crise de la direction bourgeoise soit relancée à un niveau supérieur.

Et c'est effectivement ce qui va se produire. La junte va vite dévoiler sa véritable nature et les ministres civils apparaîtront comme les otages purs et simples des militaires. Le premier élément de clarification, c'est la continuation et l'accentuation de la répression. Dès le coup nouveau régime envoie la troupe investir les usines occupées (une vague d'occupations débuta en août 79, lorsque les investisseurs étrangers, américains en particulier, commencèrent de replier leurs activités hors du Salvador en raison de l'évolution de la situation politique intérieure) et les villages paysans occupés par les guérillas du BPR, au prix de plusieurs dizaines de morts. Les organisations paramilitaires, ORDEN et Union guerreira blanca continuèrent d'opérer en toute impunité tandis qu'à intervalles de plus en plus régu(8) Mouvement nationaliste révolutionnaire, formation bourgeoise affiliée à le Deuxième Internationale.

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liers les forces de répression ouvraient le feu sur des manifestations.

Depuis l'arrivée au pouvoir de la junte, il y a eu plus de 400 assassinats et «disparitions» de manifestants, de syndicalistes, de dirigeants politiques de l'opposition.

Le fond de la question, c'est bien sur l'incapacité de la junte militaire de réaliser un program me de réformes radicales - avant tout sur le plan agraire - et de donner satisfaction aux revendications des masses. Dans son programme constitutif la junte annonçait qu'elle allait «mettre fin à la violence et à la corruption», «garantir les droits de

Aussi, dès le mois de décembre 1979, la crise politique rébondissait alors que tous les ministres civils UDN et MNR quittaient le gouvernement. Aujourd'hui, après l'intervention énergique du Département d'Etat américain, un nouveau cabinet de militaires, auxquels s'est associé le PDC, a été formé. Mais c'est, dans un tout autre sens, préparer une marche à l'épreuve de force.

Le 11 janvier, une «coordination révolutionnaire» s'est mise en place, qui regroupe les 3 principales organisations d'extrême-gauche, FAPU et LP 28 ainsi que l'UDN.

Si la plateforme de la «coordination révolutionnaire» contient quelques phrases qui appellent au ralliement les officiers «honnêtes», aucun secteur (sauf peut-être l'UDN) ne se fait la moindre illusion sur les chances de cet appel d'être entendu massivement.

Au contraire, la coordination apparaît aux yeux des masses et des militants d'avant garde comme un cadre de front unique, sous l'hégémonie de l'extrême-gauche et rompant avec des années de sectarisme, pour préparer l'affrontement final avec le régime.

Pendant toute la période de Romero, le sectarisme a en effet, été le trait dominant des rapports entre le PCS et l'extrêmel'homme» : On vient de voir ce qu'il est advenu de ces promes-

Elle expliquait aussi qu'elle «allait adopter des mesures conduisant à une distribution équitable de la richesse nationale et permettant à court terme d'accroître rapidement le produit national brut.»

La junte vient d'annoncer qu'elle allait nationaliser les banques et le commerce extérieur. S'il faut attendre pour mesurer la portée de ces mesures, en ce qui concerne la réforme agraire, la junte vient d'expliquer que les nouvelles expropriations des terres prévues serviraient ... à l'élargissement des routes ... LA CREATION DE LA COORDINATION REVOLUTIONNAIRE gauche d'une part, et entre les trois principales organisations révolutionnaires d'autre part.

Toute unité d'action était systématiquement refusée par les BPR qui considéraient le FAPU et les LP 28 comme des organisations «révisionnistes». Les rapports entre les FAPU et les LP 28, entachés de tout le contentieux de la scission de l'ERP opérée dans des conditions dramatiques (y compris avec des règlements de compte) ne valaient guère mieux d'autant que le FAPU, majoritaire considérait LP 28 comme un simple moyen de les intégrer en son sein.

C'est l'accord, après le coup d'Etat du 15 octobre dernier, sur la caractérisation et la dénonciation de la junte, qui en se combinant avec l'aspiration unitaire du mouvement de masl'échéance rapprochée (9) La répartition des cortèges, avant

• début de la fusillade était eu près la suivante : - UDN : 2000 participants ouvriers, employés et étudiants;

FAPU : autour de 40000, forte composition d'ouvriers. - LP 28 : de 30 à 40000, majorité d'ouvriers agricoles; BPR : plus de 80000, majorité d'ouvriers agricoles. Les deux organisations qui continuent de se réclamer publiquement, sur le terrain, de la IVe Internationale, alors qu'elles ont adhéré au «Comité paritaire» regroupaient une cinquantaine d'un choc frontal, a contraint a contraint les organisations à cette unité. D'autant que là encore, le précédent de la réunification des trois fractions du FSLN en décembre 1978, précédant de sept mois la victoire contre Somoza, a pu servir de modèle.

Le premier effet de la création de cette coordination a été la relance à un niveau supérieur du mouvement de masse, en premier lieu la manifestation du 22 janvier (anniversaire du massacre de 1932). 200000 personnes y ont participé (9), venues des quatre coins du pays. La grève générale de protestation qui a suivi le meurtre de 60 manifestants, a touché, les sources syndicales, 150000 travailleurs de l'industrie et 300000 ouvriers agricoles. Cela l'ampleur de la vague révolutionnaire qui secoue le pays. Pourtant tout optimisme béat, toute attitude fataliste serait - il faut peser ses mots -criminelle.

La révolution salvadorienne, pour triompher aura d'énormes difficultés à surmonter, mesure peut-être, ce qui s'est produit Nicaragua. Certes les organisations révolutionnaires salvadod'un niveau d'implantation de masse, d'accumulation d'expériences ont peu de choses à voir avec ce qu'était le FSLN, même réunidécembre 1979. Mais il reste à concrétiser davantage l'accord de janvier, dans trois directions : dans l'unification des fronts militaires des trois organisations, qui n'est pas réalisée, ensuite dans la construction qui soient à la fois les instruments de l'unité retrouvée du mouvement ouvrier et paysan de militanis pour le PST (ex LOR - bolchevique) et le même nombre pour le GSI. tions aux forfaitures de la Brigade Simon Bolivar au Nicaragua a renforcé leur marginalisation. C'est sans doute pour lutter contre une telle marginalisation que le PST soutint en septembre dernier le «Foro popular». Quant au GSI, il continue, alors que la Coordination révolutionnaire a mis ouvertement à l'ordre du jour la préparation d'une inssurection ouvrière et paysanne contre la junte, d'agiter, comme mot d'ordre central, le mot d'ordre d'Assemblée constituante.

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pour faire face aux tâches et qui soient le creuset permettant de dépasser les anciens sectarismes. Enfin, il s'agira de définir les objectifs politiques que le mouvement de masse et les organisations politiques doivent s'assigner dans cette période de transition qui précède le grand choc à venir.

Force est de reconnaître à cet égard, que c'est sans doute le point le plus faible du document commun du ll janvier, même si son objectif déclaré est de préparer l'insurrection et la destruction de l'appareil d'Etat.

Face à ce camp qui se prépare à la bataille finale, il y a l'autre camp, l'impérialisme et l'oligarchie, l'armée et les groupes paramilitaires salvadoriens. Ils ont tiré eux aussi, toutes les conséquences de la victoire sandiniste au Nicaragua. Ils savent qu'en raison de la politisation et de l'expérience accumulée, le processus de radicalisation, de trans-croissance socialiste d'une révolution salvadorienne victorieuse serait très rapidement à vient de paraître

DOSSIER

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NISTAN

INTERVENTION ER

SOVIETIQUE

5 FRANCS

21 février l'ordre du jour. Ils mesurent l'impact aurait sur les autres dictatures de la région; au Honduras, au Guatemala, dans les Caraibes.

Il faut prendre toute la medernières décisions nord-américaines comme la reprise des livraisons d'armes à la junte salvadorienne : l'impérialisme américain a décidé de faire du Salvador l'épreuve test pour contenir d'abord et demain refouler la vague révolutionnaire en Amérique centrale. Or si les conditions politiques sont plus avancées au Salvador qu'au Nicaragua, les conditions sont plus difficiles. «Au Salvador ce sera, quelle qu'en soit l'issue, un bain de sang» nous disaient des militants salvadoriens après la victoire des Sandinistes. L'exiguité du pays, sa de population, le fait que ses deux seules frontières soient celles de dictatures militaires qui y ont déjà massé leurs troupes montrent que l'affrontement final, la guerre civile ouverte ne pourra pas dudans rer comme au Nicaragua plus de six semaines. C'est en quelques heures, s'il y a une intervention des troupes du CONDECA (10), que l'issue de la bataille peut Le Salvador être une des premieres épreuves de force pour cette administration Carter qui a besoin d'une militaire, troupes honduriennes et guatémaltèques interposées, renverser le cours de l'opinion américaine sous le choc de la défaite de 1975 au Vietnam. Cela donne l'enjeu de la bataille pour la solidarité avec la révolution salvadorienne dans laquelle la Quatrième Internationale a décidé de jetter toutes ses forces. Le 15 février 1980. (10) Alliance militaire entre les EtatsUnis et les dictatures militaires du Centre Amérique. révolution au nicaragua !

discussion et scission la IVe internationale

[principaux documente] daniel bensaïd françois ollivier B.37.9

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