Inprecor 1974–2004

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IRAN

Le débat sur la libération des otages

Inprecor n° 70, 21 février 1980 · p. 17 · 526 mots

Iran

Le débat sur la libération iran

A Téhéran, la guerre des communiqués se poursuit, entre les étudiants qui occupent l'ambassade US et les autorités, en premier lieu le nouveau Président de la République Banisadr, sur la question de la libération des otages américains.

C'est Banisadr qui a ouvert le premier les hostilités. Lui, qui s'était dès le début déclaré partisan d'un compromis sur la question des otages (il avait d'ailleurs été contraint de démissionner du poste de ministre des Affaires étrangères), expliquait dès le soir de son élection que les «étudiants suivant la ligne de l'Imam» devaient retourner dans leurs universités. Le jour anniversaire de l'insurrection du 11 février, qui mit bas la dynastie Palhavi, Banisadr, toujours dans une interview accordée au Monde, annonçait que l'Iran cessait désormais de faire de l'extradiction du chah et du retour de ses biens un préalable à la libération des otages.

Téhéran exige seulement «une autocritique en bonne et due forme (des Etats-Unis) concernant les crimes qu'ils ont commis en Iran pendant un quart de siècle et la reconnaissance de notre droit d'obtenir l'extradition du chah et la restitution de sa fortune», expliquait le Président de la République iranienne.

Et d'annoncer dans la foulée que le gouvernement de la République islamique serait prêt à accepter d'avance les conclusions d'une commission d'enquête internationale. Cette commission, dont la composition est en train d'être élaborée entre les Etats-Unis, l'ONU et l'Iran, serait présidée par le fondateur d'Amnesty International, Sean Mac Bride, et serait formée de personnalités du tiers-monde. Si Banisadr

21 février 1980 des otages semble - jusqu'à preuve du contraire - assuré de l'appui au moins tacite du Conseil de la révolution islamique, l'opposition sur le terrain même des principaux protagonistes, à savoir les étudiants, peut faire rebondir la crise. ran, en effet, bien que leur «lettre ouverte» à Khomeiny n'ait reçu aucune réponse et que semble laisser Banisadr mener affaires à sa guise, les étudiants ont réaffirmé le 14 février, que la mise en place de la commission internationale ne changera en aucun cas leur position : «Nous exigeons retour du chah. Nous refusons toute négociation avec les Américains parce que ce ne peut être qu'un compromis».

Nous publions dans ce numéro d'Inprecor l'interview des étudiants, qu'a réalisée, il y a quelques semaines, l'envoyée spéciale du Militant, Cyndy Jaquith.

L'enjeu de l'épreuve de force avec les étudiants a été clairement défini par Banisadr lui-même, au soir de son élection, quand il a expliqué que sa toute première tâche était de reconstruire un Etat de droit, avec une seule armée, une seule justice et de mettre fin à l'existence des « autres centres de pouvoir».

La dénonciation de ces «centres de pouvoirs» vise bien sûr les étudiants de l'ambassade qui viennent d'être officiellement interdits de télévision en Iran, mais aussi la multitude des «comités», en premier lieu les comités d'usine, les shoras, qui ont commencé de proliférer dans les entreprises au cours des derniers mois. L'exemple du shora islamique de la General Motors permet de comprendre quels sont les avancées, mais aussi les limites de ce mouvement d'auto-organisation de la classe ouvrière iranienne dont l'enjeu, pour l'avenir de la révolution, est primordial.

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