Inprecor 1974–2004

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AFGHANISTAN

Résolution sur l'intervention soviétique

Inprecor n° 70, 21 février 1980 · p. 15-16 · 1 385 mots

URSS et Russie Afghanistan Allemagne Stalinisme

LA première tâche des mar-

• xistes-révolutionnaires aux événements qui se déroulent en Afghanistan est de dénoncer l'hypocrisie de la campagne de propagande impérialiste et réactionnaire prenant prétexte de l'intervention des troupes soviétiques à Kaboul pour la lutte contre le athée», «l'impérialisme soviétique» et autres épouvantails constamment brandis par la bourgeoisie mondiale. En particulier, révolutionnaires doivent mettre en garde les travailleurs de tous les pays, et notamment ceux des pays impérialistes, contre le but réel de cette campagne de propagande qui n'est autre que de préparer les conditions de nouvelles agressions impérialistes contre les luttes populaires.

Ceci dit, il n'en reste pas moins que le fait de contrer la propagande impérialiste ne saurait tenir lieu, en soi, de position politique. Si, en effet, les marxistes-révolutionnaires fendent l'URSS inconditionnellement contre l'impérialisme, ils ne sont nullement tenus de défendre toute action entreprise par la bureaucratie soviétique, fût-elle progressiste ou antiimpérialiste dans ses motivations déclarées. Dans le cas de lAfghanistan, le mouvement ouvrier est confronté à l'un des problèmes les plus épineux de la lutte des classes, celui du droit des nations à l'auto-détermination. Il est utile de rappeler la position des Bolcheviks à ce sujet. Lénine mena de longues batailles sur cette question, et notamment en 1919, quand il polémiqua contre ceux qui désiraient restreindre le droit des nations à l'auto-détermination en fonction de la nature de leurs directions, quitte à ne l'accorder qu'aux nations dirigées par

«Nous ne pouvons refuser à aucun peuple de l'ancien empire russe le droit à l'auto-détermination... Que pouvons-nous donc pour les peuples jusqu'ici soumis à l'influence de leurs mollahs ?... pouvons-nous aller dire à ces peuples : nous jetterons à bas vos exploiteurs ? Nous ne le pouvons pas, parce qu'ils sont entièrement mis à leurs mollahs. Il faut attendre, en pareil cas, que la nation intéressée ait évolué, que le prolétariat se soit différencié des éléments geois, ce qui est inéluctable...

Les Scheidemann prétendent déjà que nous voulons conquérir l'Allemagne. sont naturellement que de ridicules balivernes. Mais la bourgeoisie a ses intérêts, sa presse, qui répand bruyamment ces rumeurs de par le monde à des centaines de milliers d'exemplaires, et Wilson les appuie dans son propre intérêt. Les Bolcheviks ont, disent-ils, une puissante armée et visent à implanter par la conquête le bolchevisme en Allemagne... Nous devons faire en sorte que les social-traîtres allemands ne puissent dire que les Bolcheviks imposent leur système universel, que l'on pourrait soi-disant introduire à Berlin à la pointe des baïonnettes de l'Armée rouge. Or, du point de vue de la négation du principe de l'autodétermination des nations, c'est (1) Lénine : «Rapport sur le programme du parti», présenté au Huitième congrès du Parti bolchévique, 19 mars 1919.

bien ce qui peut advenir... Le communisme ne s'implante pas par la violence» (1).

Cependant, la position des marxistes-révolutionnaires jamais érigé le principe démocratique du droit des nations à l'auto-détermination en principe absolu. Ce droit reste tributaire des intérêts de la lutte de classe du prolétariat mondial. Il peut être légitimement, mais provisoirement, outrepassé dans les cas où cet Etat ouvrier est agir pour des raid'auto-défense. moins, et même en pareil cas, il faut agir avec la plus grande circonspection. C'est à la luces prémisses qu'il faut examiner l'affaire afghane.

Il est hors de doute que l'intervention soviétique en Afghanistan s'est effectuée en violation grossière du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes Il est en effet notoire que les troupes soviétiques ont elles-mêmes renversé Amin pour le remplacer par Karmal qu'elles ont ramené d'exil avec elles. I aussi notoire qu'entre les régimes de Taraki, Amin et Karmal, soutenus chacun à son tour par le Kremlin, il n'y a aucune différence qualitative. La récente libération de détenus par le gouvernement Karmal ne saurait constituer une preuve du contraire; elle n'a d'ailleurs pas réussi à lui gagner la sympathie populaire que le fait d'avoir été imposé de l'extérieur lui a aliénée. D'autre part, le soutien impérialiste aux «moudjahidin» afghans dirigés par la réaction féodalo-religieuse n'a jamais atteint des proportions comparables à celles du soutien soviétique à Kaboul, avant même l'intervention directe des troupes

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du Kremlin. Le soutien impérialiste aux rebelles afghans n'a jamais atteint les dimensions d'une intervention extérieure qui aurait justifié celle des troupes soviétiques, comme le prétendent les dirigeants du Krem-

Si tant est, toutefois, que le régime de Kaboul était réellepar les «moudjahidin», le seul moyen correct de prévenir une ce régime à se départir de ses méthodes de dictature militaire et à chercher à s'appuyer sur mobilisation autour de leurs propres intérêts, en favorisant leur auto-organisation en soviets. Une telle polilitique est, comme on sait, aux antipodes de celle de la bureaucratie stalinienne, soucieuse de généraliser ses propres méthodes. Affirmer qu'une prise de pouvoir réactionnaire à Kaboul constituerait une grave menace pour la sécurité de l'URSS est, par ailleurs, totalement ridicule.

Condamner l'intervention des troupes soviétiques en Afghanistan ne résout pas, cependant, le problème de l'attitude à adopter à leur égard. Il est en effet possible de soutenir que devant ce «fait accompli», demander le retrait des troupes soviétiques aujourd'hui serait dans l'intérêt de la réaction et de l'impérialisme. Nous soutenons, pour notre part, le contraire.

Toute prolongation de la présence des troupes soviétiques en Afghanistan ne peut qu'alimenter les tendances suivantes :

La) la tendance de la rébellion afghane à s'accroitre en force et en popularité, profitant du ressentiment national afghan contre l'intervention soviétique et de l'appui impérialiste prenant prétexte de cette même intervention. Le Kremlin est en train de s'embourber dans une guerre qu'il ne pourra jamais mener à terme, dans la mesure où il est tout à fait illusoire de vouloir supprimer une guérilla dans un pays montagneux, quand celle-ci dispose, de surcroît, de deux bases d'appui : le Pakistan et l'Iran. La logique d'une telle entreprise

«contre-insurrectionnelle» est l'élargissement permanent de la zone des combats et l'incursion dans les territoires servant de base d'appui à la guérilla.

Mb) la tendance réactionnaire anti-communiste du mouvement islamique dans l'ensemble du monde musulman. D'ores et déjà, la réaction dans les pays musulmans s'est emparée de l'intervention soviétique en Afghanistan pour organiser un gigantesque tapage contre le «communisme athée» présenté comme un régime que l'URSS cherche à imposer par la force aux populations musulmanes. Washington et ses alliés comptent aujourd'hui sur l'affaire afghane pour renverser l'orientation anti-occidentale dominante imprimée au mouvement islamique par l'affaire des otages américains de Téhéran. En outre, cette campagne peut avoir des répercussions au sein même de l'URSS où l'oppression nationale buraucratique lui crée des conditions idéales.

Gc) la justification par les impérialistes de leur reprise de la course aux armements, que l'URSS démontre en Afghanistan nistan qu'elle vise à imposer par la force des régimes qui lui sont dévoués. L'affaire ghane a, d'ores et déjà, réduit à néant les efforts du mouvement ouvrier des pays impérialistes contre les plans d'accroissement du potentiel militaire nucléaire de l'Europe de l'ouest. Elle contribue à dissiper les effets paralysants de la guerre du Vietnam sur les capacités d'intervention militaire extérieure de l'impérialisme américain. Elle contribue, en outre, à désorienter l'opposition anti-bureaucratique dans les Etats ouvriers.

Dans ce contexte, il est impérieux que les troupes soviétiques se retirent sans délai d'Afghanistan et que le Kremlin reconnaisse au peuple de ce pays le droit à disposer de lui-même, réparant ainsi le tort causé par son intervention au processus de la révolution permanente en Afghanistan et dans l'ensemble de la région. L'éventualité d'une prise de pouvoir par les rebelles musulmans à Kaboul — qui n'est en aucune manière inéluctable - est, à tout prendre, beaucoup moins nuisible à la révolution mondiale que ne le serait une guerre prolongée menée par l'URSS en Afghanistan.

Les marxistes-révolutionnaires se doivent de prendre part et d'impulser les actions de pression politique du mouvement ouvrier et anti-impérialiste sur l'URSS, pour un retrait immédiat des troupes soviétiques d'Afghanistan. Ce faisant, ils doivent combattre toute forme de boycott de l'URSS s'opposer à toute argumentation du type de celles qui la qualifient d'impérialiste. Ils doivent aussi exercer leur devoir de solidarité envers les forces afghanes anti-féodales et anti-impérialistes, expliquant que la demande du retrait des troupes soviétiques ne saurait en aucune façon être confondue avec un soutien aux «moudjahidin». Les marxistes-révolutionnaires auront ainsi l'occasion d'expliquer la différence entre leur conception du socialisme et celle de la bureaucratie stalinienne. 27 janvier 1980

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