Déclaration du Groupe marxiste révolutionnaire (Tunisie)
politique en Tunisie
'ATTAQUE de la ville de Gaisa constitue un événement d'une grande importance, qui ne manquera pas de faire sentir ses effets sur la situation politique en Tunisie et à l'échelle régionale. Pour les militants
Oil est important de l'analyser correctement et d'en tirer les leçons qui s'imposent afin d'éviter à la fois le piège de la participation à l'Union sacrée contre le libyen à laquelle appelle le pouvoir et le piège du soutien a-critique à «l'insurrection populaire» auquel appelle RadioTripoli. L'opération de Gafsa, si elle a été une suprise pour tout le monde, n'en doit pas moins être replacée dans le contexte tant régional qu'intérieur dans lequel elle est survenue.
LE CONTEXTE
REGIONAL ET INTERIEUR
Les différentes tentatives de l'impérialisme visant à réduire le foyer de lutte armée sahraoui, à stabiliser la région et à l'intégrer complètement dans sa sphère d'influence ont échoué. La Mauritanie, après avoir reçu un soutien militaire important de la part de l'impérialisme français, a fini par se dégager du conflit et par abandonner le territoire qui lui avait été octroyé par les Accords de Madrid, laissant le régime marocain supporter seul aujourd'hui le poids de la guerre. Durant l'été 1979, le Polisario a été en mesure de mener des opérations militaires de grande envergure et de remporter des victoires retentissantes sur l'armée maro-
'ATTAQUE de la ville de caine tout en élargissant son caine, tout en élargissant son audience internationale. La internationale. classe ouvrière marocaine, quant à elle, supporte de plus en plus l'austérité qui imposée au nom de la «récupération de la patrie», et on assiste depuis deux ans à une nette relance des luttes ouvrières. Le régime marocain, confronté à une situation sociale explosive et des échecs militaires retentissants, se trouve pris entre le marteau et l'enclume et n'a d'autre recours que l'appel l'intervention militaire impérialiste (avions et hélicoptères de lutte anti-guérilla en particulier).
Au Moyen-Orient, l'impérialisme ne s'est pas encore remis de l'échec subi après la chute du régime du chah. Toutes ses tentatives pour bloquer le développement de la révolution iranienne ont jusqu'a l'heure actuelle échoué et la mobilisation anti-impérialiste qui s'est déclenchée à l'occasion de la présence du chah aux USA et de l'affaire des otages a considérablement gêné ses plans. En même temps, l'Arabie saoudite, deuxième pilier de la stratégie impérialiste dans la région, a connu une grave crise intérieure et s'est trouvée confrontée à une révolte politico-religieuse armée dont elle n'a pu venir à bout que grâce à l'intervention impérialiste française et au prix de milliers de morts.
Devant les coups successifs qu'il a subis dans la région, l'impérialisme a modifié sensiblement sa politique et n'hésite plus à intervenir directement et militairement quand ses intérêts sont menacés. La
Tunisie post-vietnamienne de l'impérialisme, au cours de laquelle celui-ci, traumatisé par sa défaite en Indochine, hésitait à intervenir contre les mouvements révolutionnaires, pour soutenir des alliés en perte de vitesse, est aujourd'hui terminée, surtout après l'affaire des otages de Téhéran et l'intervention soviétique en Afghanis-
Dans ce contexte, l'impérialisme était décidé à riposter à toute menace et à toute tentative de déstabilisation d'un régime qui lui est dévoué comme le régime tunisien. L'intervention franco-américaine en Tunisie après Gafsa s'inscrit dans ce cadre.
Deux ans après le 26 janvier 1978, la situation en Tunisie est caractérisée par l'impasse politique et par une situation sociale tendue.
Le régime n'a pas réussi, malgré la destruction de l'UGTT et la répression contre la classe ouvrière, à améliorer quelque peu sa façade et à résoudre ses contradictions internes. Le Xe congrès du PSD (Parti socialiste destourien) qui était censé mettre un terme à la lutte des clans et définir une nouvelle politique, n'a abouti qu'au maintien du statu quo. Les «élections» de novembre 1979 ont été une véritable farce qui n'a fait qu'accroître la méfiance des masses populaires et le discrédit du régime. Profitant du mécontentement populaire et de l'absence d'alternative ouvrière et utilisant à son profit la révolution iranienne, le courant musulman intégriste s'est considérablement développé au cours des derniers mois au point de représenter une menace pour le
régime qui, pour la première fois, a été amené à sévir contre lui. En liaison étroite avec cette dégradation de la situation polile mécontentement de larges secteurs ouvriers et populaires, en raison de l'aggravation croissante des conditions de vie, et malgré la répression, s'est exprimé par une nette reprise des luttes ouvrières.
Il s'agit donc d'un régime hai par de larges couches populaires, qui ne se maintient que par la répression et l'aide impérialiste, mais qui, en l'absence
L'OPERATION DE GAFSA Elle s'inscrit dans le cadre projet nationaliste porté par le régime Kadafi qui réaliser son objectif stratégique, l'Unité arabe, non la mobilisation et l'organisation des masses populaires, mais par des manœuvres au sommet, soit en suscitant des complots militaires et des coups d'Etat organisés par des groupes «d'officiers nouant des accords avec d'autres régimes (union avortée avec l'Egypte et le Soudan, puis avec la Tunisie). Après l'échec de la fusion Tunisie-Libye en 1974, le régime Kadafi a essayé à plusieurs reprises et de diverses façons de relancer l'union, mais en excluant l'intervention consorganisée et permanente des masses populaires. En 1976, il y a eu la tentative d'assassinat de Nouira, la tension sur la frontière et le de milliers de travailleurs tunisiens résidant en Libye. En 1977, une alliance obiective s'est tissée entre le régime Kadafi et une fraction de la bourgeoisie tunisienne intéressée par les pétro-dollars libyens; mais face au développement du mouvement des travailleurs tunisiens, le régime Kadafi pris peur et s'est tu devant la répression qui s'est abattue le 26 janvier 1978. Il est probable qu'après l'échec de toutes ces tentatives, le régime libyen se soit décidé à soutenir directement les groupes nationalistes arabes tunisiens réfugiés en d'une alternative ouvrière, peut se permettre trois jours avant le
26 janvier, alors que le pays est quadrillé par la police et l'armée, de se livrer à une véritable provocation en augmentant les prix des produits de première nécessité. Le mécontentement social est alors porté à son paroxysme et stimule de grands mouvements, comme la grève des chemins de fer à Sfax et la grève des transports à Tunis.
C'est dans ce contexte politique et social que survient l'opération de Gafsa alors que personne ne s'y attendait. Libye et à leur fournir les fournir les moyens de réaliser l'opération
L'opération de Gafsa n'est pas une intervention militaire libyenne, mais une opération armée contre le régime tunisien menée par un groupe se récladu nationalisme arabe et lié au régime libyen.
Le courant nationaliste arabe est un courant qui a des racines historiques dans le pays, surtout dans le Sud, et la répression féroce du Néo-Destour n'a jamais réussi à l'éliminer. Recrutant dans les secteurs de la petite-bourgeoisie intellectuelle arabisante et chez les paysans déshérités du Sud, il s'est renforcé et développé depuis l'avènement du régime Kadafi en
Depuis la défaite du Yousseffisme (1) et l'émigration de leurs dirigeants rescapés, ils ont essayé à plusieurs reprises d'organiser des complots militaires ou des opérations terroristes contre le régime. Leurs dernières tentatives ont eu lieu en 1973 et en 1975, mais le pouvoir a réussi à les arrêter avant qu'ils ne mettent leurs plans à exécution.
La liaison de ces avec le régime libyen ne fait aucun doute. Chaque fois que la tension monte entre les deux régimes, ils réapparaissent sur le devant de la scène et bénéficient des antennes de Radio-
Tripoli. Par contre, chaque lune de miel entre les deux régimes se fait à leurs dépens : le cas de Nabil Hamdi, dirigeant du groupe qui a tenté de mener des opérations terroristes en 1973 et qui a été remis aux autorités tunisiennes, est significatif du cynisme politique du régime Kadafi vis-à-vis de ses propres partisans.
Il n'en demeure pas moins que l'opération de Gafsa, tant par son ampleur que par le contexte dans lequel elle est intervenue (deux ans après le massacre du 26 janvier), n'est pas comparable aux tentatives antérieures de ces groupes, et a des conséquences politiques autrement plus importantes. Aujourd'hui encore, le projet exact du commando de Gafsa n'est pas connu avec précision, mais il est possible de faire un certain nombre de remarques.
Le choix de la date de l'opération et de la région étaient incontestablement judicieux. Réaliser l'opération le jour du 2ème anniversaire du 26 janvier visait à récupérer à leur profit le mouvement social et politique qui s'est cristallisé autour du 26 janvier 78. La région de Gafsa est une région qui a à la fois une tradition de lutte ouvrière et de lutte armée contre le colonialisme. Elle est connue pour son esprit contestataire courant nationaliste arabe y compte de nombreux sympathi-
Sur le plan militaire, l'opération a été relativement bien menée puisqu'ils ont réussi à déjouer complètement le quadrillage militaro-policier du Sud tunisien, le pouvoir a été pris de court et le commando a pu occuper toute la ville de Gafsa sans grande résistance. Mais l'opération recèle des politiques évidentes, qui tienSalah Ben Youssef, dirigeant nationaliste, principal rival de Bourguiba en 1955, aux lendemains de la signature des accords d'autonomie interne. Il sera assassiné en 1961 à Francfort sur ordre de Bourguiba.
En 1962, des partisans de Salah Ben Youssef organiseront une tentative de coup d'Etat qui avortera finalement.
Depuis 1956, le Mouvement de l'opposition nationale tunisienne (MONT) se présente comme le porte-parole du mouvement youssefiste.
nent en fin de compte à la conception que les nationalistes arabes se font de la lutte pour le pouvoir - à savoir le militarisme - et à la sous-estimation de la préparation politique. L'opération a été conçue plus comme une opération militaire que comme une opération politique : pas de communiqué dès le début pour expliquer le projet du commando, alors qu'il contrôlait la poste de Gafsa et pouvait de là communiquer avec l'extérieur. A Gafsa même, aucune véritable explication n'a été fournie à la population au-delà du slogan simpliste : «Nous sommes venus vous libérer de l'oppression».
LA REACTION Le premier mouvement de surprise passé, la réaction du pouvoir s'est développée selon 3 axes : l'appel à l'intervention impérialiste, le renforcement du quadrillage militaire et policier du pays et la mobilisation politique sur le thème de l'union nationale contre le régime de Kadafi.
Le pouvoir présente l'intervention impérialiste comme une simple location de matériel pour transporter des soldats et des blessés. En fait il s'agit d'une véritable intervention militaire entrant dans le cadre d'un plan d'ensemble visant d'une part à dissuader le régime libyen, d'autre part à neutrali-' ser le commando. S'il est vrai
Il est clair aujourd'hui que l'opération a échoué sur le plan militaire : une partie des membres du commando, dont deux dirigeants, a été arrêtée et des caches d'armes importantes ont été découvertes.
Elle a surtout échoué sur le plan politique, dans la mesure où le régime a réussi au moins partiellement, à isoler politiquement le commando et à faire l'union autour de lui, aidé en cela par le délire de Radio-Tripoli sur «l'insurrection populaire qui traverse la Tunisie», et les prestations lamentables des membres du commando à la télévision tunisienne. DU POUVOIR que la présence militaire impérialiste est une réalité dans le pays depuis longtemps, et en particulier depuis 1977, il n'en reste pas moins que l'intervention sur Gafsa constitue un fait nouveau par son ampleur et sa rapidité. Dans le contexte régional décrit plus haut, témoigne de la détermination de l'impérialisme à soutenir le régime tunisien. Cette intervenfront pour le peuple tunisien mettre dehors la présence colonisliste française, mais revêt une gravité exceptionnelle dans la mesure où elle constitue un précédent, qui demain pourra être réédité contre le mouvement ouvrier en Tunisie.
En même temps que l'appel à l'intervention impérialiste, le pouvoir a battu le rappel de toutes ses troupes, militaires, flics, milices du PSD, pour mettre en place un immense quadrillage répressif du pays, analogue à celui de janvier 78. Les arrestations se comptent par centaines. Ce quadrillage vise en fait, plus que la recherche du commando de Gafsa échappé, la répression de toute initiative autonome, de toute contestation de la version officielle, de toute attaque contre la campagne d'unité nationale.
Enfin le pouvoir a lancé une campagne sur le thème de l'union nationale contre le régime libyen. Il était normal et prévisible qu'un régime en crise profonde comme l'était le régime tunisien, essaie d'utiliser au maximum l'affaire de Gafsa pour masquer et freiner le développement de la lutte de classes dans le pays et tenter de redorer son blason. Pour cela il fallait d'abord jouer sur l'information et présenter l'opération de Gafsa comme une intervention exclusivement libyenne.
Le deuxième élément de cette campagne est la priorité à l'Armée, une campagne de souscription «volontaire» pour l'Armée est lancée par le PSD, souscription qui prend la forme d'un impôt prélévé de force sur les travailleurs. Cette campagne, au-delà de son aspect proprement financier, vise en fait à stopper toute revendication ouvrière. La classe ouvrière est appelée au sacrifice pour la «défense nationale», c'est-à-dire
en fait pour la défense du régime bourgeois. Après Ksar Helal et le 26 janvier, l'armée se trouve de nouveau projetée sur la scène politique. Elle prend sa revanche sur le limogeage de Farhat après le Xème Congrès, et entend pleinement profiter de la situation créée par Gafsa pour jouer un rôle politique dans le pays.
Le troisième élément de cette campagne pour l'union natio-
Le lendemain de l'opération de Gafsa, deux ans après le 26 janvier, la première grande nationale, celle de la Société nationale des transports, éclate à Tunis. Comme cela s'est produit dans le passé, les travailleurs de la SNT ont été à l'avant-garde de la lutte ouvrière. Cette grève, prévue et annoncée depuis un certain temps, n'était pas une surprise, mais la coïncidence avec Gafsa n'a pas gêné les travailleurs et ne les a pas empêchés de mener leur mouvement. Ils ont même bénéficié de circonstances favorables dans la mesure où le pouvoir, occupé ailleurs, a choisi de ne pas réprimer la grève.
Si les travailleurs ont réagi au début avec une certaine sympathie vis-à-vis de l'opération de Gafsa en raison de la coïncidence avec le 26 janvier et de l'augmentation des prix décidée quelques jours plus tôt, il est certain que, quand l'identité exacte du commando a été révélée, la sympathie s'est progressivement atténuée et les travailleurs ont dans leur majorité adopté une position d'attente et d'expectative.
La direction achouriste, habituée depuis plus d'un an à sortir des communiqués à chaque anniversaire, n'a pas pris position jusqu'à présent, laissant les syndicalistes et les travailleurs qui la suivent désorientés. Ce silence qui paraît de prime abord étonnant, traduit peut-être une volonté de se démarquer quelque peu de quelque peu de l'«union nationale» et de ne pas nale est l'appel à l'opposition. Nouira, dans son discours à la Maison du Parti, l'a clairement annoncé, et les audiences du ministre d'abord, puis de Bourguiba, aux deux dirigeants du courant démocrate socialiste, l'illustrent parfaitement. Ce courant, ainsi que le PCT et dans une certaine mesure les musulmans intégristes, ont répondu à cet appel. LA REACTION DES TRAVAILLEURS se jeter directement dans les bras du pouvoir. Mais il cache aussi des tractations avec le régime sans que les syndicalistes et les travailleurs soient informés, ce qui est tout à fait dans la tradition bureaucratique de cette direction.
Au terme de cette analyse, il est permis de se demander si l'opération de Gafsa ouvre une nouvelle période marquée par une redistribution des cartes sur le champ politique tunisien et par un gel des luttes ouvrières. Le pouvoir destourien réussir à rééditer l'opération menée par le roi du Maroc à l'occasion de la Marche Verte ? Ou s'agit-il simplement d'un épisode qui sera rapidement dépassé ?
La réponse à une telle question dépend d'un certain nombre de facteurs : la politique du régime libyen et des groupes nationalistes arabes qui lui sont liés; la position de la direction achouriste et dans quelle mesure est-elle disposée à se joindre à l'union nationale; le degré de concession que le pouvoir est disposé à lâcher. Mais tout dépendra en fin de compte de la réaction de la classe ouvrière : qu'elle accepte l'«union nationale» et l'austérité et range ses revendications au placard, et le pouvoir aura réussi son coup. Mais qu'elle se lance dans la lutte et l'affaire de Gafsa sera oubliée en quelques mois.
Nous pensons que, malgré le fait que l'opposition démocrate socialiste et le PCT se soient jetés dans les bras du régime, les éléments d'une situation «à la marocaine» ne sont pas réunis : alors que le peuple marocain a pu être mobilisé par le régime pour la récupération du Sahara, le pouvoir tunisien n'a pas réussi et ne réussira pas à mobiliser le peuple tunisien sur ses mots d'ordre. Il est significatif, à cet égard, par exemple, que les manifestations organisées par le pouvoir ont été limitées à certaines régions et qu'aucune manifestation de ce genre n'a été organisée à Tunis.
S'il est certain qu'il y aura un blocage des mouvements revendicatifs, comme l'illustre le fait que certaines grèves ont été reportées, il est probable que ce blocage sera temporaire et de courte durée et que les mouvements revendicatifs qui s'annonavant l'opération de Gafsa auront quand même lieu, même si c'est avec retard. La grève partielle de la SNT du 11 février et la grève de la Société El Anabib (Canalisations) qui groupe plus de 1000 travailleurs, dans le contexte de ré pression et d'«union nationale», ont valeur de symbole. Alors que le pouvoir appelle au sacri-• fice pour la «défense de la patrie», les travailleurs de ces deux entreprises n'ont pas hésité à le défier en menant une grève pour leurs revendications. Ils montrent par là-même la voie à suivre pour tous les travailleurs. QUELLE ATTITUDE LA GAUCHE REVOLUTIONNAIRE DOIT-ELLE ADOPTER ?
Les premières réactions et prises de position au sein de la gauche révolutionnaire ont été confuses et contradictoires. Certains groupes soutiennent l'opération sans aucun esprit critique et considèrent qu'il s'agit d'une «insurrection populaire». D'autres voient dans l'opération de Gafsa une «intervention social-impérialiste» et sont prêts à participer à l'union sacrée contre le régime libyen.
Ces deux prises de positions contradictoires sont d'un point de vue marxiste-révolutionnaire
aussi erronées l'une que l'autre et risquent d'entraîner la gauche révolutionnaire, chacune à sa façon, dans une voie sans issue.
Après Gafsa, les trois points fondamentaux suivants doivent à notre avis être défendus fermement par les militants révolutionnaires : 1) La dénonciation de l'intervention impérialiste et la prise de conscience du danger qu'elle représente. Elle constitue un précédent extrêmement grave, qui demain pourra être réédité contre un mouvement de masse que le régime n'arrive à contenir. C'est
Best fondamental aujourd'hui de développer une campagne contre l'intervention impérialiste, en Tunisie et en
France, en liaison avec les forces révolutionnaires et le mouvement ouvrier français et international. 2) La dénonciation de la campagne hystérique lancée par le pouvoir pour l'«union nationale», campagne à laquelle participent ouvertement l'opposition bourgeoise et le PCT. Cette campagne vise comme on l'a vu à freiner les revendications ouvrières. La lutte contre cette campagne pour l'union sacrée doit se faire de diverses façons : - il faut appeler les travailleurs à refuser de participer aux collectes organisées pour l'armée, collectes qui serviront à acheter des armes qui, demain, pourront être utilisées contre le mouvement ouvrier. - il faut dénoncer la version officielle des événements et exiger que toute la vérité soit faite, sur le nomhre des morts, les responsabilités de l'armée dans le massacre des jeunes soldats, etc. - il faut dénoncer les arrestations massives opérées pas la police «à la recherche doe suspects». - il faut dénoncer la torture que subissent les membres du commando et qui aurait entraîné la mort de l'un d'entre eux et il faut se préparer à les défendre contre la répression
Enfin et surtout, chercher à développer les luttes ouvrières. Le mécontentement des travailleurs exacerbé par la hausse des prix ne doit pas être sacrifié sur l'autel de l'«union sacrée». 3) Les militants révolutionnaires doivent manifester clairement leur refus de la polirégime libyen vis-à-vis des masses populaires tunisiennes. Le régime libyen a toujours ignoré et n'a jamais soutenu le mouvement de masse en Tunisie, en particulier lors du 26 janvier 78. Il a eu une attitude scandaleuse à l'égard des travailleurs tunisiens résidant en Libye, qu'il utilise comme masse manœuvre contre le régime tunisien et qu'il n'hésite pas à expulser par milliers à chaque crise.
Les militants révolutionnaires doivent exprimer nettement leur désaccord politique avec l'opération de Gafsa. Mais si nous ne sommes pas d'accord avec cette opération, ce n'est pas parce que nous dénonçons «toute intervention étrangère» de manière abstraite : aujourd'hui plus que jamais, la lutte de classes se déroule à l'échelle mondiale, et l'internationalisme prolétarien est le fondement même de notre action politique. Les bourgeoisies arabes, elles, ne se gênent pas pour s'entraider et coordonner leur action : raison de plus pour les révolutonnaires qui oui parfaitement Etudiants en grève à l'Université de Tunis il faut le droit de s'aider mutuellement sans considération de frontière.
Nous manifestons notre désaccord avec l'opération, d'abord parce qu'elle a été réalisée par un groupe lié au régime libyen, régime dont l'orientation est loin d'être conforme aux intérêts des travailleurs.
Ensuite, si nous ne sommes pas d'accord avec l'opération de Gafsa, ce n'est pas parce qu'il y a eu utilisation de la violence : il est évident que les milite révolutionnaires ne doivent faire aucune illusion sur la possibilité d'une quelconque «voie pacifique» doivent être fermement convaincus du caractère inéluctable de l'affrontement décisif avec la bourgeoisie, qui doit être préparé par l'armement des travailleurs. Nous ne sommes pas d'accord l'opération, que c'est une opération putschiste, sans préparation politique préalable, ne s'inscrivant pas dans le cadre d'un mouvement de mobilisation de masse. De ce fait, c'est une opération sans lendemain politique. Nous ne sommes pas d'accord parce que nous refusons toute forme de putschisme qui consisterait à s'emparer du pouvoir sans participation consciente et organisée des masses.
Seule la défense intransigeanie de ces trois points fondamentaux permet d'armer les militants révolutionnaires en ces moments difficiles dans leur lutte contre l'Etat bourgeois. O