Turquie Joy SHIPTON T ROIS thèmes peuvent être mis en valeur dans l'analyse de l'endettement de la Turquie. Tout d'abord, la Turquie a un long passé d'endettement international et de crise de remboursement tandis que le même type de réponses, interne et internationale, semble être apporté à chaque fois.
Deuxièmement, les conséquences politiques et sociales des dernières interventions opérées par les institutions financières internationales, en particulier le FMI, montrent la possibilité d'une contradiction entre les besoins du capital international et la gestion de la crise sociale et économique.
Troisièmement, le rôle du FMI, lorsqu'il fait pression sur le gouvernement turc afin que celui-ci adopte des mesures strictes d'austérité, illustre la fonction que remplit le FMI en tant que défenseur international d'une politique économique destinée à sauvegarder les intérêts de la communauté financière internationale.
La question qui ressort de ces trois thèmes est de savoir, si, dans le contexte historique actuel, le «train de mesures» qui est mis en œuvre, par le biais du FMI et au travers de cette institution, par communauté financière mondiale, permettra finalement au capital de surmonter la crise et si. la discorde intérieure et la réaction qu'entraîneront ces mesures pourront être contrôlées.
Historiquement déjà, de telles contingences économiques ont produit en retour une réaction populaire qui a débouché sur de nouvelles mesures de répression, comme on peut l'observer dans de nombreux pays du tiers-monde aujourd'hui.
L'introduction de la loi martiale en Turquie, si elle reste relativement modérée, par comparaison avec d'autres exemples internationaux, illustre la ré ponse que donne le gouvernement turc à une violence qui s'associe à une aggravation de la situation économique.
HISTORIQUE DE L'ENDET-
TEMENT DE LA TURQUIE
Depuis le début de son dé. clin, au milieu du 16ème siècle, jusqu'à l'établissement de la République turque, en 1923, le régime ottoman a été presque toujours en situation de débiteur à l'égard des financiers ouest-européens. Le nouveau régime hérita de l'Empire ottoman une dette qu'il lui fallut 31 ans pour rembourser. Au cours des trente-sept premières années de l'histoire de la république, du peuple, fondé par Atatürk et qui contrôlait dans un système de parti unique, le gouvernement, parvint à éviter l'endettement du pays envers l'étranger. l'augmentation rapide des prix (le coût de la vie tripla entre 1938 et 1943) provoquaient un important mécontentement envers le gouvernement tandis que les grands propriétaires terriens, les marchands et les rois du marché noir accumulaient d'énormes profits.
Les premières élections libres et ouvertes à plusieurs partis eurent lieu en 1950. Le PRP fut sévèrement battu par le Parti démocratique d'Adman
Menderes, soutenu par une masse de mécontents et, en particulier, les partisans d'une politique économique libérale.
LES GERMES DE LA CRISE ACTUELLE Le Parti démocratique ouvrit toutes grandes les portes de la Turquie aux importations étrangères de biens et de capitaux. Les années cinquante et soixante ainsi que le début des années soixante-dix ont permis d'observer un sance rapide du PNB (en moyenne de 7 % par an durant la période 1961-1976). Mais la nature du développement industriel et économique de la Turquie montrait l'importance poéconomique bourgeoisie ascendante, liée aux milieux financiers internationaux et aux exportateurs étrangers de biens de consommation et de biens d'équipement.
A l'intérieur, on peut dire que les politiques gouvernementales qui ont été suivies depuis les années cinquante faisaient en faveur des térêts de cette classe en expansion, de la bourgeoisie turque engagée dans le commerce, la production monopoliste de biens de consommation à destination du marché intérieur et de l'agro-industrie destinée à l'exportation.
Au niveau international, on pourrait dire que le développement de cette bourgeoisie correspondait aux besoins des économies occidentales, cherchant à exporter des biens d'équipement en direction des pays du tiers-monde. L'importance que revêt le marché turc pour certaines industries d'exportation
occidentales peut être illustrée par la fermeture d'une importante de l'usine de tracteurs Massey-Ferguson, située à Coventry en Grande-Bretagne, à la suite d'une chute des commandes venant de Turquie en 1977-78.
Les développements qui se sont produits depuis la pétrolière de 1973 ont mûrir un double problème auquel doit faire face le capital occidental. D'une veloppement du déficit de la balance des paiements provoqué par les factures pétrolières a abouti, dans les pays occiter les exportations et de réduire les importations. Cela a douanières pour freiner les imautre côté, la baisse du taux de profit (ainsi que l'a montré A:G: Frank dans The new economic crisis in the West, vrier 79) a incité les industries manufacturières occidentales à tourner leurs regards vers les tourner leurs regards vers les marchés de main d'œuvre à bas prix des pays du tiers-monde afin de réduire les coûts variables de main d'œuvre et augmenter d'autant leurs profits.
Dans les deux décennies qui ont suivi 1950, les liens qu'entrenait la Turquie avec le capital occidental ont coïncidé avec les objectifs d'exportation des industries manufacturières implantées dans ces pays économiquement développés. L'augmentation des dépenses gouvernementales pour assurer le développement de et de l'agriculture, ainsi que la demande croissante d'investissements et de biens de consommation, ont conduit la Turquie à une suite de déficits financiers annuels et à une balance du commerce négative.
Au cours des trois dernières décennies, la vie de la Turquie a été ponctuée à trois reprises par la négociation, effectuée par des représentants de la finance internationale (la Banque mondiale, l'OCDE, les banques privées), extérieure. Cette période également été marquée par une série de crises politiques et économiques d'accentuation de la répression policière des manifespartie intérieure et l'autre en 1971. La régularité même ment à l'importance que revêt la récencrise te fait de l'armée turque.
part, le déd'austérité financier opéré socié à l'OCDE, à la libye et socié pe (Etats-Unis, Grande-Bretagne,
RFA et France).
LA TURQUIE ET LE FMI féle FMI a prescrites à la Turquie ont une plan comme la Grande-Bretal'industrie de la dette a gne).
tations étudiantes, de violence relevés, par deux coups luée de 30 d'Etat militaires, l'un en 1960, salaires de l'intervention des militaires dans la vie publique turque, si elle se fait apparemcontre-cœur, montre
«note» soumise au Président nière turc par les chefs d'état-major
L'on en fabriqués vient à examiner les mesures d'Etat et que le main gouvernement turc a dû accepter comme condition pour le sauvetage par le FMI, asaux Etats pétroliers et aux quaun accord tre du sommet de la Guadeloufut signé.
étaient tructuration court centrale
Pour
Les mesures d'austérité que affaires, résonnance familière gramme pour quiconque a suivi le démique» veloppement des opérations de adoucie sauvetage menées par le FMI mandé de par le monde (y compris cluaient dans des pays de tout premier
Les impôts doivent être la monnaie nationale, la livre turque, doit être dévales hausses doivent être contrôlées. Un contrôle plus strict doit être effectué sur les crédits de la Banque centrale. Les entreprises nationalisées doivent être rationalisées.
Cette derimplique une mesure hausse des prix des produits entreprises par ces l'élimination de la d'œuvre superflue, ce qui signifie une nouvelle augmentation d'un chômage qui atteint déjà 20%.
Au milieu de l'année 1978, stand-by avec le
FMI, pour un prêt de 450 millions de dollars sur deux ans,
Des négociations entamées pour la resde la dette à terme que la Banque été incapable avait d'assumer depuis février 1977.
satisfaire le FMI, le gouvernement Ecevit, alors aux introduisit un «prode stabilisation éconoéconoqui était une version du programme recompar le FMI. Elles indévaluation de une
43 % par rapport au dollar et le réajustement du taux d'échange
gétaire stricte, une limitation des avoirs nets de la centrale et une réduction des importations.
Le résultat des dix premiers mois d'application cette politique de fut la permanence l'accélération de (estimée à plus de 60 % au cours du premier trimestre 1979 et proche d'un taux de 100 % l'an, selon les tions de janvier 1980); une hausse du chômage qui, avec un taux de 20 %, élevé de tout l'OCDE et le goulot d'étranglement échanges extérieurs n'était pas brisé malgré une d'un milliard de dollars du déficit de la balance des comptes courant. Les pénuries de matières premières et de pièces détachées qui en résultèrent accentuèrent la spirale laquelle se trouve la Turquie, de la hausse du chômage, la réduction de la production industrielle et de la sous-utilisation des capacités de production. Pendant l'année l'industrie turque a tourné à 50 % de sa capacité.
Ecevit avait signalé que la politique recommandée par le FMI était une politique récessionniste, incompatible les réalités socio-économiques du monde sous-développé et qui irait la main dans la main avec une dictature militaire ou le danger de son instauration.
Néanmoins, le FMI exige davantage que ce plan de stabilisation. Il demanda au gouvernement Ecevit de core un peu plus la ceinture.
Les rigueurs et les pénuries des derniers mois de l'administration Ecevit s'accompagnèrent d'attaques menées par les industriels contre cette de réaction populaire contre la politique gouvernementale.
Avant d'aborder les affrontements violents entre factions politiques qui ont accompagné le développement de la crise économique, il faut noter que le gouvernement Ecevit tenta de promouvoir les exportations. Le gouvernement établit ainsi une priorité pour attirer le capide haute ter ver des
Banque tations.
de stabilisation et même l'inflation
Les restrictions estimaest le plus taire ont aggravé la tension polides nomiques rapides qui sont surréduction venues en Turquie.
dans de le pays,
1979, communistes».
avec
Demirel, avoir été
1977 à 1400 en 1978.
a été instaurée vinces regroupant plus de la serrer en-
1972
1973
10,47
11,93 politique et
Nourriture
Chauffage électricité
Habillement
. Index général tées vers l'exportation, soit ca- était pables de remplacer les impor-
L'AUSTERITE ET LA VIOLENCE POLITIQUE Les gouvernement Ecevit et qui n'ont été que partiellement levées par Demirel depuis sa victoire électorale et la formation d'un gouvernement minoritique qui a été une conséquence naturelle des modifications éco-
Au cours des affrontements entre la droite et la gauche, il est apparu que les membres du Parti d'action national, néo-fasciste, étaient le plus souvent à l'origine des incidents. Cependant, ainsi que le signalait le Financial Times du 13 novembre 1978, chaque fois que Demirel a parlé de la violence dans
Oil en a fait porter la responsabilité à «des éléments
Cependant, la police, qui est comme le reste du pays divisée entre la droite et la gauche, semble sous le gouvernement reprise en mains par la droite. Le nombre de morts provoqué par des attentats et des vendettas politiques est passé d'environ 700 en
Finalement, la loi martiale dans treize proDEFICIT DE LA BALANCE DES PAIEMENTS (En milliards de livres turques) 1974 1975 1976 32,16 48,91 52,17 INDEX DU NIVEAU DE VIE A ISTAMBUL (1963 : base 100) 1974 1975 1976 297 378 459 339 374 461 309 323 341 302 366 430 Source : «The Middle East» décembre 1979 moitié de la population turque. En avril 1979, la loi martiale étendue SIX autres provinces, essentiellement peuplées de Kurdes, représentant un cinquième de la population du pays, et cela a failli déboucher sur une révolte des Kurdes.
affrontements croissants entre la droite et la gauche et la rébellion qui couve parmi la population kurde déshéritée sont symptomatiques de la détérioration de la situation politique et économique.
On peut observer qu'en dépit des efforts d'Ecevit de s'opposer aux desiderata du FMI, la pression politique de la finance internationale a sans aucun doute contribué à la détéla situation. Le FMI paraît jouer un rôle de policier au profit de la finance international. En ne fournissant qu'une relativement faible proportion de l'assistance financière requise par la Turquie, mais en coordonnant les pressions exercées sur le pays pour qu'il mette en œuvre une politique d'austérité. Les autres sources de financement, y compris huit banques internationales qui sont en train de négocier avec Ankara pour fournir de «l'argent frais», pour souscrire des prêts à moyen terme et une renégociation de la dette extérieure, l'OCDE et la Libye qui coordonne le fond d'urgence des pays producteurs de pétrole, prennent tous leurs consignes du FMI. Le Financial Times, du 18 mai 1979 entre signalait comment de nouveaux prêts accordés par des banques commerciales privées
1977 1978 73,54 57,93 1977 1978 565 864 611 1096 453 775 541 876
Population Années en millions 1975 39,9 1976 40,9 1977 41,9 1978 42,9 étaient conditionnés par la réalisation d'un accord entre la Turquie et le FMI sur les nouveaux arrangements stand-by; dans un article précédent, daté du 14 février 1979 et intitulé : «L'aide étrangère dépend des nouvelles mesures d'austérité que prendra le gouvernement Ecevit», Financial Times expliquait que les banquiers pourraient sauver Ecevit si celuici prenait des mesures strictes de stabilisation et contrôlait le terrorisme politique. L'article soulignait le rôle du FMI, qui, s'il était moins important du point de vue financier, restait déterminant pour que la Turquie obtienne d'autres prêts de l'OCDE, de la Libye et des banques privées.
PNB en mil- PNB/habitant liards de dol- en dollars lars courants
36.4 910
41,2 1010
46,6 1110
51,8 1210
LES CONSEQUENCES DE L'ENDETTEMENT DE LA TURQUIE Si la Turquie est amenée finalement à appliquer tout le train de mesures préconisées par le FMI, que risque-t-il de lui arriver sur le plan économique, social et politique?
Le gouvernement Ecevit, en paroles et en actes, a démontré que la dévaluation semble contribuer à alimenter l'inflation.
En ce qui concerne les perspectives pour le développement de l'exportation, la Communauté européenne où la Turquie vend la moitié de ses exportations, a mis des quotas sur les importations de produits textiles turcs. De la même façon, les pays européens qui doivent faire face à la montée du chômage subiront une pression pour limiter les importations futures d'autres produits turcs tels que les cuirs, les plastiques, les automobiles et les téléviseurs.
Il semble à peu près évident qu'avec la plupart des échéances des prêts dans sept ans une quatrième négociation de la dette devra intervenir au début des années 80.
Une telle situation laisse peu d'espoir pour une croissance économique alors qu'on a vu que les taux élevés de la période précédente n'avaient pas été en mesure de régler le problème du chômage.
Dans le même temps, le service de la dette pour des prêts qui ne permettent que de recouvrir les dettes passées et les dépenses courantes, repré• sentent déjà 40 % de la valeur des exportations turques. Comme le remarque le Financial Times, la Turquie va rester indéfiniment et désespérément à court de devises étrangères.
Turquie