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général Romero, tente avec l'aide des démocrates chrétiens qui la soutiennent et participent au gouvernement, ainsi que l'appui de l'impérialisme américain, de préparer sur un double terrain les prochains affrontements, qui semblent inéluctables, avec le mouvement de masse. 1 - En annonçant avec force publicité, un plan de «réformes» en particulier la nationalisation des grandes propriétés foncières et la nationalisation de la banque, le régime actuel tente de parvenir à désorienter le mouvement de masse et surtout à amener les composantes de l'opposition bourgeoise (Eglise, MNR) et les secteurs réformistes du mouvement ouvrier (PC), à reconsidérer leur attitude à son égard et faciliter l'isolement de l'extrême-gauche. 2 - Mais la poursuite de la répression (114 morts depuis le 1er mars) et les véritables préparatifs de guerre civile,au niveau national, et d'intervention impérialiste, à l'échelle régionale, qui se développent, montrent que Washington, les bourgeoisies centro-américaines et le régime salvadorien entendent garder plusieurs fers au feu; qu'en fait, l'échéance principale à laquelle ils se préparent est celle d'un affrontement central, sanglant et massif contre le mouvement de masse des travailleurs et des paysans salvadoriens et contre l'extrême-gauche révolutionnaire.
Interrogé par l'envoyé spécial du Monde, le président de la Démocratie chrétienne salvadorienne, Napoléon Duarte, indiquait clairement qui, de l'oligarchie ou du mouvement de masse, était l'ennemi principal : «en multipliant les enlèvements, les occupations de terres et d'entreprises, les affrontements et les menaces, les groupes révolutionnaires cherchent à pousser le peuple à l'insurrection. Dans ce pays éminnement agricole, les producteurs n'ont plus de garanties nécessaires pour produire. Le secteur industriel se trouve dépassé par l'ampleur des revendications syndicales et les patrons n'ont plus envie d'investir».
Le même Napoleon Duarte poursuit un peu plus loin sur les réformes annoncées par les militaires en expliquant crûment que ces «mesures
20 mars 1980
El Salvador et le renforcement du anti-oligarchiques» vont représenter «une charge émotionnelle pour le peuple (...) il est devenu urgent de transformer les structures de notre société» (1)
UNE REFORME AGRAIRE LIMITEE
La réforme agraire annoncée par le gouvernement, qui est la principale mesure du programme de réformes, est une réforme agraire limitée, qui cherche à rationaliser le système capitaliste. Elle se conjugue avec des mesures répressives visant à empêcher le développement du mouvement de masse indépendant de la paysannerie pauvre et du prolétariat agricole.
Seules sont touchées, à cette étape de la réforme, les propriétés de plus de 500 ha; même dans leurs phase ultime, les expropriations ne devraient pas affecter les unités supérieures à 100 ou 150 ha selon la qualité des terres. Il est prévu que les anciens propriétaires terriens expropriés seront indemnisés en «bons d'Etat» qui leur seraient remboursés au fur et à mesure qu'ils investiraient dans le secteur industriel. Cette mesure est identique à celle des militaires «réformistes» péruviens.
Mais l'occupation par l'armée salvadorienne des 90 latifundia concernés, le maintien intact dans les campagnes des réseaux des organisations terroristes d'extrême-droite, en premier lieu l'organisation ORDEN (2), et la poursuite de la répression montre que la junte veut eviter avant tout que l'expropriation partielle de l'oligarchie des 14 familles ne débouche sur des mouvements agraires de grande ampleur.
La nationalisation des banques va dans le même sens. Il s'agit pour la junte de se doter des instruments bancaires et financiers permettant de mettre en œuvre ses «réformes». Surtout il convient de préciser qu'aucune des banques étrangères, US en particulier, n'est touchée. De toute façon 94% des avoirs des banques étaient constitués des fonds publies, mis à la disposition de l'oligarchie des 14 familles pour ses besoins d'investissements propres. (1) «Le Monde» du 13 mars 1980 (2) Cf. «Inprecor», numéro 71
PREPARER LA GUERRE CIVILE
Mais la véritable politique de la bourgeoisie et de l'impérialisme au Salvador est fournie par les préparatifs militaires. Fait significatif, pour annoncer la réforme agraire, la junte a annoncé l'instauration de l'Etat de siège.
Les Etats-Unis viennent de livrer pour plusieurs millions de dollars d'armes à la junte, notamment des armes légères et des blindés aptes aux tâches de contre-insurrection. La France et l'Israël contribueraient également à ces fournitures d'armes légères. Des équipes de conseillers militaires US, spécialistes des problèmes de transmission, de renseignement continuent d'arriver par dizaines dans le pays. Déjà des témoins ont remarqué que des conseillers yankees avaient participé à des opérations de l'armée salvadorienne contre des occupations des terres «sauvages». L'ambassade US de San Salvador, retranchée derrière des montagnes de sacs de sable et où un contingent de 200 marines est stationné, est prête à servir de véritable QG contre-insurrectionel en cas de nécessité (3).
A cela il faut ajouter la création, d'ORDEN ou de l'Union guerrière blanche, d'une nouvelle organisation d'extrême-droite terroriste financée par l'oligarchie et appuyée par des larges fractions de l'appareil d'Etat, l'Organisation de libération contre le communisme (OLC). Pendant ce temps les généraux US font le tour des capitales centro-américaines, en particulier au Honduras et au Guatémala, pour mettre en place un véritable cordon sanitaire militaire autour du Salvador. Des mercenaires somozistes, israéliens et vietnamiens entraînent les corps francs de la contre-révolution dans des domaines situés au Guatémala (en particulier la propriété de Sandoval, dirigent du MLN, le mouvement de Castillo Armas, qui en 1954 avec l'aide de l'United Fruit et de la CIA renversa le gouvernement Arbenz au Guatemala en partant du Honduras et du Nicaragua somoziste) (4).
Les bourgeoisies latino-américaines, échaudées par le précédent nicaraguayen et inquiétes des développements de la situation dans toute l'Amérique centrale, ressèrent les rangs derrière la junte salvadorienne. C'est ainsi que les pays années, les au Salvador pour seize milliards de dollars d'aide militaire (5 milliards d'assistance militaire, six de ventes d'armes et six pour l'entraînement et l'instruction). De 1957 à 1980, 1971 salvadoriens ont été entraînés par les Unis, particulièrement pour la lutte anti-émeute en milieu urbain, le renseignement militaire, la formaanti-guérilla (Source : Cynthia Arson, Institut d'Etudes politiques). En 17 policiers salvadoriens ont été également entraînés par
US qui ont organisé l'école de police au Salvador. Dans la capitale, San Salvador, les agences de renseignement US ont monté un bureau chargé de centous les renseignements sur les mouvements d'opposition et les organisations révolutionnaires d'Amérique centrale. Il y a quelques jours, trente-six agents
CURREUS,
H UNTORO
du Pacte andin et le Vénézuela en particulier viennent d'affirmer de façon voyante leur soutien au gouvernement de San Salvador. Il y a quelques jours, c'est le ministre vénézuélien de la Défense qui effectuait une visite auprès de la junte.
Dans un tel contexte, la question de la solidarité internationale revêt une importance toute particulière.
D'autant que tout travail de solidarité avec la révolution salvadorienne s'imbrique étroitement avec la défense de la révolution nicaraguayenne et de l'Etat ouvrier cubain, qui seraient naturellement directement concernés par une victoire de la contre-révolution en Amérique centrale.
Nous publions, à titre de document, un entretien qui a été réalisé avec le secrétaire général des Ligues populaires du 28 février.
Nous aurons l'occasion de revenir plus en détail, dans une prochaine édition d'Inprecor, sur les caractéristiques de la montée révolutionnaire au Salvador et la politique suivie, depuis la formation de la Coordination révolutionnaire le 10 janvier dernier, par les différents courants qui en sont partie prenante. US, spécialistes des opérations d'infiltration et de provocation contre les organisations d'extrême-gauche, sont arrivés à San Salvador, selon des sources bien informées de l'opposition. (4) Depuis trois semaines, la dictature militaire guatémaltèque a lancé la plus importante opération de contre-insurrection jamais montée dans le pays pour tenter d'écraser les bases d'appui, notamment dans la zone de peuplement indien, des organisations de guérilla guatémaltèques. Dans le même temps, le régime massait dans les provinces de l'Est, à la frontière du Salvador, des unités de «Kaibiles», les bérêts verts guatémaltèques dont le nom provient du dieu de guerre maya. Ces unités spécialisés dans les tâches de contre-insurrection sont encadrées par des conseillers US et des mercenaires sud-vietnamiens (Source : Gramma).