L 'UN des facteurs fondamentaux qui alimente la crise de domination bourgeoise en Bolivie, qui s'est manifestée avec tant d'apreté au cours des derniers mois, c'est l'ampleur de la crise économique.
Archi-endettée auprès des institutions financières internationales et des banques privées impérialistes, la Bolivie, comme le Pérou il y a un an et demi, est au bord de la cessation de paiements.
Reprennant les «modèles» péruviens et brésiliens, le régime Banzer, arrivé au pouvoir après le coup d'Etat de 1971 avait fait largement appel aux prêts internationaux pour soutenir le programme de développement et d'industrialisation.
L'industrialisation bolivienne en 10 ans a connu un certain essor, l'indice de la production industrielle passant de la base 100 en 1970 à l'indice 297 en 1975. Mais ce début d'industrialisation, vu le niveau extraordinairement bas d'industrialisation initiale, n'a pas réduit la dépendance générale de l'économie bolivienne à l'égard de la mono-exportation de l'étain. En 1978, l'étain représentait toujours 75% des exportations. Malgré la hausse des cours mondiaux de cette matière première en 1978 et 1979 l'économie bolivienne est toujours sous la menace de la vente d'une partie de stocks stratégiques des Etats-Unis qui feraient à nouveau chuter le cours de l'étain. De plus la baisse en volume de la production d'étain bolivien a annulé en partie l'effet des hausses du cours mondial.
au bord de la cessation de paiement
La balance commerciale bolivienne a de plus été affectée par la baisse des rentrées provenant de la deuxième source de devises, le pétrole. La Bolivie qui produit environ 30000 barils par jours, voit sa production baisser, alors que la consommation intérieure, de 25000 barils par jour, croit à un rythme de 15% par an. L'échéance n'est donc pas si lointaine, où après le programme d'exportations à outrance du pétrole bolivien qu'avait développé Banzer le pays se voit contraint d'importer du brut. La production du gaz naturel n'est pas en mesure aujourd'hui de compenser ce manque à gagner. Or le montant de la dette extérieure atteignait 2500 millions de dollars en 1978 et 3000 millions de dollars en 1979 et son service représentait un tiers du revenu des exportations ! A la fin 1979, le solde négatif de la balance des paiements atteignait 350 millions de dollars et le montant des réserves en devises de la Bolivie n'était plus que de 15 millions de dollars.
La crise économique s'est évidemment accélérée l'instabilité politique que connaît le pays depuis le renversement de la dictature Banzer. L'inflation a dépassé les 15% en 1979 (1).
Sous l'intervention directe des institutions internationales, du FMI en premier lieu, le gouvernement de Lidia Gueiler prenait à la fin du mois de novembre 1979, une série de mesures d'urgence : dévaluation de 25% de la monnaie bolivienne par rapport au dollar et augmentation des prix à la consommation des produits pétroliers.
Cette dernière hausse, du fait de son effet multiplicateur sur le prix des denrées de premières nécessité (les transports représentent une fraction importante des produits importanime ben pays bouches maritime difficultés de communication d'une région à l'autre), en particulier, devait provoquer une importante réaction du mouvement ouvrier, en premier lieu de la COB couches paysannes.
LA BOLIVIE
EN QUELQUES CHIFFRES
La Bolivie comptait en 1977, près de 6 millions d'habitants pour une superficie double de celle de la France. Les terres cultivées, qui emploient 51% de la population active pour 15% du PNB ne ré présentent que 3% des terres. A côté des cultures agro-exportatrices comme le sucre et le café, en expansion l'essentiel des activités agricoles, où la productivité est faible est consacrée aux céréales (maïs) et l'élevage. La Bolivie est le pays le plus pauvre de toute l'Amérique du Sud, avec un PNB par habitant de 2900 FF par an contre 4500 au Pérou et 6300 FF au Chili. (Sources : Atlaseco-Le Monde économique et social; Bulletin hebdomadaire Kredietbank). (1) Thierry Maliniak raconte cette anecdote d'une délégation du FMI venue à La Paz traiter avec ses interlocuteurs boliviens des mesures d'austérités à prendre, et qui n'a pu rencontrer personne pour cause du coup d'Etat en cours.