Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Mort de Ben Kies

· Inprecor n° 74, 3 avril 1980 · p. 34-35 · 966 mots

Afrique australe IVe Internationale

Ernest HARSCH B EN M. Kies qui a lutté pendant plus de quarante ans contre le régime raciste d'Afrique du Sud, est mort au Cap le 19 décembre 1979.

Kies a consacré les derniers moments de sa vie au combat qu'il n'a cessé de mener, c'est-àdire à la lutte contre le système qui assure la domination des blancs et à la défense de ceux qui se battent pour une société plus juste et sans racisme. Il est mort en plein tribunal qu'il défendait quatre militants inculpés aux termes de la loi draconienne «anti-terroriste» promulgée par le régime d'apar-

Fils d'ouvrier, Kies est né au Cap en 1917. Classé comme «personne de couleur» (c'est-àdire métis), il a appris des son enfance ce que signifiait être «non-européen» en Afrique du Sud et il a subi la discrimination raciale sous tous ses aspects.

Kies a grandi pendant une période troublée de la vie politique en Afrique du Sud et Le Cap - bastion traditionnel des luttes - fut le théâtre de nombreux conflits. De nombreuses organisations politiques et syndicales avaient leurs locaux dans cette ville et les manifestations,

Mort de Ben Kies les rassemblements anti-gouver-. nementaux étaient chose courante.

Au début des années trente, plusieurs groupes trotskystes se constituèrent en opposition à la politique de collaboration de classe du Parti communiste. Ils étaient principalement implantés au Cap. Des conférences et des débats organisés par les trotskystes réunirent une assistance importante. Kies avait à peine vingt ans quand il devint trotskyste et entra dans le Parti d'Afrique (WPSA), l'un des deux principaux groupes trotskystes. Puis Kies suivit les cours de l'université du Cap où il obtint une licence puis un doctorat. Il enseigna ensuite au lycée de Trafalgar. Il anima avec ses remarquables qualités pédagogiques le New Era Fellowship, un club d'études marxistes et de formation pour les jeunes militants.

En 1939, Kies représenta le WPSA et le New Era Fellowship à une conférence du Front uni des «non-européens» qui fut une des premières tentatives d'unité dans la lutte contre l'oppression raciale, entre les trois secteurs de la population noire - les Africains, les mulâtres et les indiens -. Cependant Kies et les trotskystes furent rapidement exclus du Front par la direction du Parti communiste.

Au début des années quarante, la population de couleur de l'ouest du Cap se souleva et organisa une série de manifestations et de boycottages pour lutter contre de nouvelles mesures de ségrégations, en particulier contre la création d'un ministère «des gens de couleur» (CAD).

Kies était le principal dirigeant de la plus importante des organisations qui menaient le combat contre le CAD. Il fut aussi l'un des principaux protagonistes du tournant opéré par la Ligue des enseignants d'Afrique du Sud qui s'engagea dans la lutte contre la ségrégation. Pendant vingt ans, il dirigea la publication de l'organe officiel

Ligue, Educational En 1943, le comité antiCAD s'unifia avec plusieurs organisations noires et constitua le Mouvement unifié des «non-européens» dans lequel Kies joua un rôle central aux côtés d'I.B. Tabata (à cette époque le était passé dans la clandestinité et devait peu après

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disparaître en tant qu'organisation).

A la fin des années quarante, Kies passa une année à voyager et à étudier. Il se rendit en Yougoslavie où il observa l'évolution de la révolution socialiste. Il se mit au service de ce pays et participa aux efforts de reconstruction.

A son retour en Afrique du Sud, il publia sa «Contribution des peuples non-européens à la civilisation mondiale», le plus connu de ses écrits.

Le rôle de premier plan qu'occupait Kies, en tant qu'opposant à la domination des blancs, fit de lui la cible de la répression gouvernementale. En 1948, il fut inculpé avec 9 autres militants pour «incitation publique à la violence» et à «la haine raciale» pour avoir organisé une campagne contre les nouvelles mesures de ségrégation raciale dans les che-

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3 avril 1980 mins de fer. En 1956, il fut licencié pour raisons politiques de son poste d'enseignant. Il fut aussi «interdit», ce qui représentait une interdiction légale poursuivre de pratiquement toute activité politique.

Ne pouvant plus enseigner,

Kies entreprit alors des études de droit et devint le premier avocat de couleur en Afrique du

Sud. A ce titre, pendant les vingt années suivantes, il fut connu comme le défenseur de étaient persécutés qui ceux pour leurs idées par le régime d'apartheid, dans de nombreux procès politiques

Malgré les critiques sectaires du Mouvement de la conscience noire à son égard - le courant nationaliste noir le plus important à l'heure actuelle en Afrique du Sud -, Kies accepta cependant d'assurer la défense des militants de ce mouvement en butte à la répression gouvernementale.

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Durant les dernières années de sa vie, Kies participa de façon très active, à la vie politique en particulier en 1976, quand éclatèrent les soulève ments noirs de masse (Soweto) auxquels le régime répondit par la répression policière la plus féroce. Un grand nombre de militants politiques inculpés aux termes des lois répressives de Prétoria lui demandèrent d'assurer leur défense.

La mort de Kies n'est pas passée inaperçue dans la presse sud-africaine. Le journal libéral Cap Times du 20 décembre, le décrit comme «un homme volontaire et un remarquable intellectuel» qui fut «le défenseur infatigable des pauvres et des faibles» ...

Sa disparition sera durement ressentie parmi les opposants au régime d'apartheid.

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