Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHAD

Il reste onze pièces sur le damier

· Inprecor n° 75, 17 avril 1980 · p. 25 · 698 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Afrique France

L y a aujourd'hui, au Tchad, onze tendances politico-militaires qui se disputent le pouvoir. La majorité d'entre elles sont issues de l'éclatement du Front de libération nationale du Tchad (FROLINAT). Au départ, ce mouvement, dont l'implantation était essentiellement parmi les populations ment parmi arabes du nord, semblait bien concrétiser pour l'heure un mouvement de masse opposé au régime de dictature de Tombalbaye, fantoche de la France, dont le régime défendait exclusivement les intérêts des notabilités noires du sud. Mais un grand nombre de facteurs ont contribué à limiter les prétentions de ce Frolinat à devenir un véritable mouvement de libération nationale, ayant un soutien de toute la population tchadienne (arabe et noire) et disposant d'un programme alternatif au néo-colonialisme brutal de la clique au pouvoir.

En effet, le Frolinat s'ouvrit d'abord à des politiciens du genre d'Abba Siddick qui avait été ministre sous Tombalbaye, puis à Hissène Habré qui fut préfet du même régime. Le Frolinat en faisant, d'autre part, le choix d'une lutte armée en zone désertique et montagneuse négligeait par là-même les populations du sud et plus particulièrement celles de la capitale Fort Lamy (aujourd'hui Djamena), limitant ainsi ses capacités militaires aux moyens logistiques de ses arrières, notamment en Lybie.

Aujourd'hui, il serait futile de vouloir trouver parmi toutes ces cliques qui s'affrontent des divergences de programme, des vues politiques à long terme qui soient antagoniques. La course au pouvoir est une fin en soi et aucun des leaders ne s'avise de vouloir se justifier par un programme quelconque. Le «débat» se fait à coup d'opérations militaires, pour tenter d'occuper un peu plus de terrain et pouvoir ainsi le monnayer au cours d'une «conférence» supplémentaire.

En aucune manière, il n'est donc possible de parler, dans le conflit actuel, d'une lutte où quelques-uns se battraient pour la libération nationale. Le présent chaos est certes en partie créé par la complexité des divisions régionales et ethniques du pays, chaque leader ayant la prétention d'être le maître «chez lui». Mais il est faux de penser que derrière ces forces politico-militaires se placent résolument des populations à la recherche de leur auto-détermination. Le pays est à feu et à sang et c'est par milliers que les Tchadiens se réfugient à l'étranger. L'échec de la dernière tentative gouPour la masse de la population, il n'y a plus rien qui puisse justifier espoir et soutien envers cette multitude de ministres.

APRES GAFSA,

L'IMPERIALISME FRANÇAIS

A NOUVEAU AUX AGUETS

Il y eut donc une ultime conférence et une ultime tentative. Cette fois-ci, on voulut mettre les onze dans un même gouvernement. Personne n'y croyait vraiment. La capitale ne fut pas démilitarisée. Chacun campa sur ses positions, prépa-

Tchad rant ses troupes pour le prochain affrontement. Trois pays étaient des «sponsors» naturels et disponibles. D'abord la France, inlassablement presente depuis l'ere coloniale, soutien militaire des régimes de Tombalbaye et de Malloum depuis 1969, date à laquelle De Gaulle décidait d'en finir avec le Frolinat! Le Nigeria, puissant voisin intéressé à étendre son influence économique sur le sud tchadien. Enfin, la Libye qui occupe déja, depuis plusieurs années, une zone au nord dont les mauvaises langues disent qu'elle serait riche en minerais divers. Mais ces trois pays ont été au cours de ces dernières années très versatiles dans leurs amitiés. Les alliances se sont faites et défaites à un rythme tel que plus personne n'est capable de savoir de quoi demain sera fait.

Présentement, il est possible d'avancer une hypothèse prudente sur le nouveau conflit. Il semble qu'après Gafsa, la Libye et la France aient voulu faire la décision au Tchad. Paris ne peut soutenir au grand jour une quelconque fraction et les forces françaises sur le terrain se contentent officiellement d'être «neutres» et de soigner les blessés. Mais il se pourrait qu'Hissène Habré, qui aujourd'hui s'oppose à toutes les autres fractions, reçoive un soutien de l'Egypte. Etant donné que, dans la coalition adverse, on trouve la fraction pro-libyenne d'Acyl Ahmat et les forces armées du sud de Kamoungué, plutôt inspirées par le Nigeria, il se dessine ainsi une nouvelle ligne de partage dont les raisons premières sont les l'impérialisme et ceux des régimes réactionnaires voisins.

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