GERRY Foley a rencontré à Belfast, le 26 janvier dernier, Ned Brown et Fra McCann qui viennent d'être libérés du camp de concentration de Long Kesh où ils étaient emprisonnés au Bloc H.
Cette appellation, Bloc H, vient de la forme du bâtiment en H. C'est là que sont détenus les prisonniers irlandais, emprisonnés pour des «crimes» politiques qui sont supposés avoir été commis après le ler mars 1976.
En 1976, les autorités coloniales britanniques ont décrété que la situation en Irlande du Nord était «stabilisée» et que, par conséquent, toute personne accusée de crimes contre « la loi et la sécurité publique» serait considérée comme
Cependant, lorsque les autorités britanniques ont aboli le statut de prisonnier politique, elles n'ont pas aboli les tribunaux d'exception, sans jury, pour les actes dits terroristes. Depuis 1976,
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H de Long Kesh criminel de droit commun.
ces tribunaux, les «Diplock Courts», ont condamné plusieurs centaines de jeunes militants nationalistes à de lourdes peines de prison. La plupart l'ont été à partir des aveux qui leur ont été extorqués dans les centres d'interrogatoire comme Castlereagh qui a été créé spécialement pour les «criminels politiques».
Les prisonniers nationalistes qui refusent le statut de droit commun sont détenus au Bloc H de Long Kesh. Dans ce bâtiment, il y a des cellules dites «spéciales» pour punir les prisonniers qui refusent de se conformer au réglement de la prison. Ils sont ainsi privés de tous les «privilèges» et isolés dans des cellules individuelles. C'est le cas de presque tous les prisonniers nationalistes. Ils sont confinés pratiquement en permanence, sans vêtements, avec, dans le meilleur des cas, seulement une couverture. FRA McCANN : J'ai été arrêté le 17 novembre 1976 et accusé d'appartenir à l'IRA (Irish Republican Army - Armée républicaine irlandaise) et inculpé pour port d'arme. Le 28 juin 1978, j'ai été condamné à trois ans de prison. Si j'avais accepté le réglement de la prison, j'aurais été libéré dix-huit mois plus tard. Mais, comme ils m'avait mis dans la catégorie des prisonniers récalcitrants, j'ai dû purger l'entièreté de la peine «sur la couverture».
Comme à l'époque, j'avais moins de 21 ans et que j'étais condamné à une peine inférieure à trois ans (le temps de détention préventive ayant été déduit de la peine), j'ai été classé, comme Ned, dans la catégorie «courte peine». Normalement, les prisonniers de cette catégorie devaient purger leur peine à la prison de Crumlin Road et non à Long Kesh. Voilà donc le début de l'histoire. Ned BROWN : J'ai été arrêté le 11 juillet 1977, accusé d'attentat à la bombe et d'appartenance à l'IRA. Le 8 novembre 1978, j'ai été condamné à deux ans de prison. Le tribunal qui m'a jugé, était composé d'un seul juge. Voilà ce qu'est une «Diplock Court». Puis, on m'a reconduit à la prison de Crumlin Road où j'avais été en préventive. Ils m'ont demandé si je voulais porter l'uniforme de la prison. J'ai dit non. Ils m'ont enfermé dans une cellule de l'aile B. Ils m'ont déshabillé. Ils m'ont seulement laissé une couverture.
Ensuite, j'ai été accusé de refus de port de l'uniforme de la prison et de refus d'obéissance au réglement de la prison. Pendant trois jours, je suis resté sans literie. Ils m'avaient aussi retiré les couvertures. Personne à qui parler. Rien à lire. Pas de cigarettes. La nourriture était insuffisante et médiocre; à Long Kesh, c'était encore pire.
sortions jamais de la cellule, sauf une fois par semaine pour la douche. Là, nous n'avions droit qu'à vingt minutes. On nous refusait même le droit d'assister aux offices religieux. Nous n'avions droit qu'à une seule visite par
Le 4 août 1977, nous avons entendu dire que nos camarades, détenus à Long Kesh, avaient commencé une grève de la propreté. Alors, nous avons décidé de nous joindre à eux. Nous avons décidé de refuser de nettoyer notre cellule et de vider nos pots de chambre. Au bout de deux heures, nous étions conduits à Long Kesh. QUESTION : Pourquoi les prisonniers du Bloc H ont-ils refusé de nettoyer leur cellule ? BROWN : Les installations sanitaires se résumaient à un pot de chambre et à ce qu'ils appellent le «water gallon» (environ 5 litres d'eau) — c'est un bidon de plastique - qui est, en principe, changé une fois par jour.
Avant la grève de la propreté, nous sortions tous les matins pour la toillette. Mais on ne nous en laissait pas le temps. Par exemple, nous avions deux minutes pour prendre une douche froide. Au-delà des deux minutes, les mâtons nous sortaient de force de la douche et nous ramenaient dans notre cellule, les cheveux, le corps encore couverts de savon. Pour aller au lavabo et se laver, pareil, pas plus de deux minutes.
Mais, vu les brutalités et les tracasseries que subissaient les prisonniers, ils ont décidé de se passer de douche. Ils ont aussi décidé de ne plus emporter d'eau dans leur cellule. En effet, on ne leur donnait qu'un fond d'eau pour deux prisonniers. Les cuvettes étaient dégoûtantes et l'eau froide.
Les mâtons distribuaient l'eau en même temps que le petit-déjeuner et, de plus, ils voulaient nous faire nettoyer la cellule et vider les pots de chambre à ce moment-là. Pendant que nous allions vider les pots de chambre dans les toillettes, les mâtons, debout dans le couloir, attendaient notre passage pour donner des coups sur les pots jusqu'à ce que l'urine et les excréments se répandent par terre et sur les prisonniers. Ensuite, c'étaient le passage à tabac pour obliger les prisonniers à nettoyer. QUESTION : Somme toute, la toillette était, avant tout, pour les gardiens une occasion de faire subir toutes sortes de vexations. BROWN : Voilà, c'est cela. McCANN : Les prisonniers ont décidé que si les mâtons passaient avec un seau, ils y videraient leurs pots. Mais, après les deux premiers jours, les mâtons ne sont plus passés. Alors, les pots étaient pleins et débordaient.
La seule façon dont les prisonniers pouvaient se débarrasser de l'urine et des excréments, c'était en utilisant les bottes de l'uniforme de la prison pour les jeter par la fenêtre.
Ensuite, les mâtons ont commencé à faire des fouilles, à renverser les pots de chambre sur la literie des prisonniers. Les mâtons refusaient de fournir des matelas secs et des couvertures sèches. Après cela, les prisonniers devaient passer la nuit sur des matelas et des couvertures détrempés par l'urine.
Les mâtons jetaient les excréments sur les couvertures, puis les pliaient et marchaient dessus. Résultat, les couvertures étaient dégoûtantes.
Ensuite, les mâtons ont supprimé les bottes. Alors, les prisonniers ont pensé que la seule solution, c'était de vider l'urine par la porte de la cellule de manière à ce que les mâtons la déversent avec un balai dans la tuyauterie des toillettes. Mais les mâtons la renvoyaient, sous les portes, dans les cellules. Résultat, les matelas qui étaient à même le sol, étaient à nouveau trempés.
Les mâtons passaient vers deux ou trois heures du matin et poussaient l'urine sous les portes pendant que les prisonniers dormaient. Et les prisonniers se réveillaient vers quatre ou cinq heures absolument trempés. Les matelas étaient en éponge et, bien sûr, la caractéristique de l'éponge, c'est d'absorber les liquides.
Alors, chaque soir, les prisonniers se privaient de pain pour faire un minuscule barrage le long de la porte pour absorber l'urine.
Les prisonniers continuaient de jeter les excréments par la fenêtre. La nuit, pendant que les prisonniers dormaient, les mâtons, avec des pelles, les rejetaient dans les cellules; si bien qu'ils se réveillaient couverts d'excréments. C'était surtout les cheveux qui étaient dégoûtants.
Alors, ils ont décidé qu'au lieu de jeter les excréments, ils les étaleraient sur les les murs extérieurs. Puis, les mâtons ont nettoyé les murs au jet d'eau et, pendant l'opération, ils inondaient les cellules. Il est arrivé qu'il y ait jusqu'à 10 ou 15 cm d'eau dans les cellules et que tous les objets flottent : pots de chambre, matelas, couvertures.
Puis, les prisonniers ont pensé que la seule chose à faire, c'était d'étaler les excréments sur les murs intérieurs des cellules. Et c'est à partir de ce moment qu'a été institué le changement d'aile qui a lieu chaque semaine dans le Bloc H. McCANN : Le Bloc H est composé de quatre ailes. Trois sont toujours occupées et une reste vide. Ils emmènent les prisonniers dans une aile pendant qu'ils effectuent les opérations de nettoyage. Cependant, ils le font parfois quand les prisonniers sont dans les cellules.
Une fois, ils sont venus avec un désinfectant très puissant. Les prisonniers devaient s'accrocher aux fenêtres pour essayer d'avoir un peu d'air. Certains prisonniers se sont évanouis. Il était pratiquement impossible de respirer. Les prisonniers ont même dû casser les vitres.
Aujourd'hui, ces changements d'ailes sont une occasion de plus de passage à tabac et de vexations. BROWN : Les changements d'aile ont lieu tous les lundis matin. Les mâtons viennent chercher les prisonniers un par un.
Avec seulement une serviette autour de la taille, deux mâtons vous attrapent par les bras, un troisième à la nuque et ils vous font courir jusqu'à l'autre aile.
Dans la barre du «H» où sont les bureaux de l'administration, il y a un miroir d'environ 15 cm sur 30. Quand vous arrivez là, ils vous disent de retirer la serviette et commencent la fouille. Ils fouillent les cheveux, les oreilles, vous mettent les doigts dans la bouche, vous soulèvent les bras et ils regardent les aisselles. Vous devez lever le pied et leur montrer votre cul.
Ils vous font plier les jambes, debout au-dessus du miroir. Tous nos prisonniers républicains refusent de le faire car c'est une humiliation insupportable. Alors les mâtons commencent à vous gifler, à vous donner des coups sur la tête, sur les mollets et essayent de vous obliger à vous pencher.
Ensuite, ils vous empoignent par les bras pendant que deux mâtons vous donnent des coups derrière les genoux, si bien qu'il vous est impossible de vous tenir debout.
Une fois à terre, un mâton vous tire les cheveux pour vous faire renverser la tête. Un mâton vient derrière vous avec le miroir orienté sur votre cul, un autre tient un projecteur orienté sur le miroir; puis, deux mâtons vous écartent les fesses et examinent votre anus avec, suivant les cas, des crayons, les doigts ou différents objets de métal. McCANN : En plus, vous devez subir ce type de fouille avant et après la visite, avant et après la messe, à tout moment quand les mâtons le décident. Tous les jours, ils emmènent, au hasard, quinze à vingt prisonniers pour la fouille. BROWN : Après chaque visite, le prisonnier est enfermé pendant quatre ou cinq heures dans une cellule vide. Il doit excréter pourqu'ils puissent examiner ses excréments. S'il ne le fait pas, ils utilisent des pinces et des forceps pour ouvrir l'anus et l'examiner. QUESTION : Comment sont traités les visiteurs? BROWN : Les visiteurs aussi ont à subir des fouilles humiliantes. Dans certains cas, par exemple, on demande aux femmes de retirer leurs serviettes hygiéniques. Si elles refusent, on ne les laisse pas voir leur fils, leur mari, ceux qui leur sont chers. Après la fouille, les visiteurs peuvent avoir à attendre trois ou quatre heures avant la visite.
Pendant que le visiteur vous parle, les matons sont là à discuter entre eux et à écouter ce que vous dites. Ils vous interdisent absolument tout contact physique; à la fin de la visite, vous n'avez pas le droit d'embrasser votre visiteur, même si c'est votre femme ou votre mère. Si vous essayez d'avoir le moindre contact physique, ils interrompent immédiatement la visite. McCANN : Les visiteurs sentent bien l'atmosphère hostile. Les mâtons les épient. C'est très