Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

La grève des sidérurgistes britanniques

· Inprecor n° 75, 17 avril 1980 · p. 10-15 · 4 190 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne

PRES treize semaines de • lutte très dure, la grève des ouvriers de la sidérurgie en Grande-Bretagne est finie. Le réglement final constitue une trahison honteuse. Les grévistes ont obtenu 16 pour cent d'augmentation des salaires, liés à l'acceptation d'importantes pertes d'emploi par les syndicats et à des accords sur l'augmentation de la productivité.

Le jour même du retour au travail, deux conflits différents ont opposé les sidérurgistes et leurs patrons, l'un dans le sud

Yorkshire, l'autre Talbot, dans le sud du pays de autour d'un boycott de camionneurs qui avaient transporté des jaunes durant la grève, et qui refusèrent de respecter les de grève. Le deuxième • jour après la reprise du travail, quelque 20000 ouvriers de la sidérurgie étaient de nouveau impliqués dans des grèves sau-

L'accord sur la reprise a qu'une commission d'enquête dite «indépendante» ait augmenté l'offre finale de l'administration (14 pour cent d'augdes salaires) de 2 pour cent additionnels. Mais l'accord comporte deux parties.

Onze pour cent d'augmentation sont payés sur la base des normes salariales en vigueur au moment où la grève éclata. En moyenne, cela représente augmentation de dix livres (un

Mais le gouvernement tory et l'administration de l'industrie nationalisée de l'acier ne peupas crier victoire. licenciements importants réclamés par les tories, qui semblaient devoir passer comme une lettre à la poste avant la grève, risquent maintenant de devenir l'objet d'un nouveau combat. La grève dans la sidérurgie a élevé la température de la lutte de classe dans l'ensemble du pays. Elle a sorti les travaild'une des industries de base d'une longue période de UNE TRAHISON, - MAIS PAS UNE DEFAITE peu moins de 100 francs français) par semaine. Pour financer cette augmentation, il faudra trouver 180 millions de livres. La presqu'entièreté de cette somme proviendra d'une réduction du nombre des emplois, car le gouvernement a strictement limité la somme totale des subsides qu'il attribue à l'industrie nationalisée.

Steel Corporation a estimé qu'il faudra supprimer 52000 emplois afin de financer cette augmentation des sal'augmentation, 4,5 pour cent ne sera définitive qu'après la conclusion de négociations locales sur l'accroissement de la productivité, impliquant des changements radicaux dans l'organisation du travail, l'introduction d'une plus grande «mobilité de la main d'œuvre» et surtout une accélération des cadences, qui permettrait emplois Pendant les trois premiers mois succédant à la fin de la grève,

Grande-Bretagne ces 4,5 pour cent d'augmentaseront payés sous d'avance. Après ce trimestre, ils ne continueront à être déboursés que si les accords locaux conclus donnent satisfaction à l'administration. Dans de nomles travailleurs ne toucheront donc que 11 pour cent, — et cela en présence d'un taux d'inflation qui atteint déjà 18,5 pour cent et qui continue à augmenter. Ce que les travailleurs toucheront effectivement sera en outre réduit, à la suite d'un accord de renégociation de la norme existante de la semaine de travail, c'est-à-dire du salaire, hebdomadaire, ga-

Néanmoins, 16 pour cent d'augmentation avec toutes les réserves que nous venons de mentionner, est plus que les 12 pour cent offerts au début de la grève par les patrons du trust nationalisé. On ne peut donc pas dire que les travailleurs de la sidérurgie ont été écrasés, comme le désiraient les tories.

Ceux-ci avaient voulu donner une leçon à l'ensemble de la classe ouvrière britannique. Ils ne pourront pas intimider les secteurs les plus forts à l'aide de l'accord sur la sidérurgie. Ceci s'applique notamment aux mineurs. Des secteurs plus faibles de la classe ouvrière compareront évidemment la durée de la grève nécessaire pour arriver près de l'augmentation salaires désirée. Dans ces conditions, pas mal de ces secteurs plus faibles y regarderont à deux fois avant de déclencher des grèves secondaires.

La situation à l'intérieur supprimer de l'industrie sidérurgique été entièrement transformée. Il y a eu une explosion de colère parmi les travailleurs

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sur l'acceptation de l'accord. Des délégations qui étaient venues au siège du syndicat, pour influencer le vote sur la reprise du travail ont consbué, pourchassé et même ataqué physiquement les mempres de l'Exécutif qui avaient voté pour la reprise du travail. La direction du syndicat a dû appeler la police pour se protéger contre les grévistes en co-

Les grévistes actifs étaient presque unanimes pour rejeter l'accord. Mais cette partie active des grévistes ne représentait qu'une minorité de l'ensemble des salariés de la sidérurgie, une partie importante de ceux-ci étant restés largement passifs durant la grève. Ils avaient en plus été soumis à une pression constante de la part des mass media capitalistes. Bill Sirs, le dirigeant du principal syndicat impliqué dans la grève, l'ISTC (Confédération des travailleurs du fer et de l'acier) ainsi que d'autres bureaucrates syndicaux, avaient de toute évidence encouragé pareille situation.

LA STRATEGIE DES TORIES Le fait que la grève dans la sidérurgie ait duré treize semaines, qu'elle fût la grève à échelle nationale la plus longue depuis la Deuxième Guerre mondiale, a complètement surpris tout le monde, à commencer par les tories. Lorsqu'ils étaient encore principaux dirigeants, le député Nicholas Ridley, avait eu l'idée de choisir délibérément un secteur de la classe ouvrière afin de donner une leçon à l'ensemble de la classe.

Les tories avaient tiré le bilan de l'expérience du gouvernement conservateur précédent, le cabinet Heath, qui, au début des années soixante-dix, avait voulu affronter les forces vives de la classe ouvrière dans leur ensemble, ce qui provoqua l'explosion de la neurs qui finit par renverser le gouvernement. Cette fois-ci, ils allaient différemment et délibérément diviser la classe ouvrière.

En conséquence, les dirigeants locaux des syndicats adoptèrent généralement la poafin de maintenir la combatitivé de tous les syndiqués. Vu l'acceptation de l'accord xécutif - appuyée par le comité de négociation du principal syndicat, l'ISTC, qui est basé sur des délégués locaux - les régionales syndicales les plus combatives craignaient d'être isolées et battues l'une après l'autre elles continuaient la grève, avec le risque supplémentaire de violents conflits opposant certains secteurs des travailleurs à d'autres. Elles préfèrent donc attendre l'occasion de nouveaux pour prendre leur revanche. Néanmoins, il fallut tout le prestige de la direction locale dans le Yorkshire du sud - une régionale syndicale particulièrement combative - pour obtenir une petite majorité en faveur de la reprise du travail à l'assemblée générale des grévistes convoquée à cette fin.

Ainsi, les mineurs obtinrent-ils 21 pour cent d'augmentation des salaires sans lutte. Les travailleurs du trust privé

Oxygen reçurent 30 pour cent d'augmentation dans les mêmes conditions. De tels sont évidemment contradictoires avec le but des tories de rendre le capitalisme britannique de nouveau compétitif et expansionniste sur le marché mondial. Dans ces conditions, une défaite écrasante des travailleurs de la sidérurgie était considérée comme indispensable afin de s'en prendre après puis à d'autres secteurs combatifs, lors des négociations salariales ultérieu-

Choisir comme cible un syndicat comme l'ISTC semblait un bon choix pour la bourgeoisie. dirigeant, Bill Sirs, était un «modéré» notoire. Il s'agit en outre d'un syndicat où la démocratie interne est réduite à sa plus simple expression. Il n'a eu que quatre conférences dans toute son histoire, la première ne datant que de 1976, et chacune d'elles étant purement consultative. Il n'y a plus eu de grève nationale des travailleurs de la sidérurgie en GrandeBretagne depuis la grève générale de 1926. nières années, la direction du syndicat avait accepté la suppression Lors des négociations précédentes sur les salaires, accepté une augmentation de 8 pour cent seulement, alors que la plupart des autres syndicats avaient obtenu des augmentations de l'ordre de 15 pour cent en moyenne, le taux d'inflation étant de 17 pour cent.

Les travailleurs de la sidérurgie britannique sont de loin les moins bien payés d'Europe. Sur l'échelle des salaires en Grande-Bretagne même, ils n'occupent que la dix-septième position si on tient compte des heures supplémentaires effectivement payées, et la soixantième position sur cent-vingt catégories, si l'on ne prend que le salaire de base. A la veille de la grève, Sirs proclama même qu'il n'y aurait pas d'opposition du syndicat à une nouvelle suppression de 53000 emplois, réclamée par la British Steel Corporation.

L'offre initiale de 2,5 pour cent d'augmentation des salaires de la part de la BSC, venant après l'annonce de licenciements massifs, fut l'étincelle qui éveilla ce géant endormi qu'était la classe ouvrière de l'acier. Malgré les reculs et les capitulations successives de la direction, les sidérurgistes étaient à cent pour cent en grève dès le premier jour. Même des travailleurs des aciéries comme celles de Shotton, de Corby et de Consette, qui doivent pratiquement faire face à une fermeture totale, participèrent en bloc à la grève, de laquelle il n'avaient pourtant apparemment rien à gagner.

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UNE DIRECTION SYNDICALE CAPITULARDE Il suffisait de quelques jours de grève pour paralyser tout le trust nationalisé. cours des semaines suivantes, furent constitués, en vue d'agir sur d'autres secteurs de l'industrie, notamment le secteur privé de la sidérurgie, les docks où arrive de l'acier importé de l'étranger, et les actionnaires de la sidérurgie. Ces actions entreprises contre l'orientation, et dans de nombreux cas, contre les instructions implicites, de la bureaucratie syndicale l'échelon national. Cette dernière était opposée aux piquets dirigés contre les actionnaires et contre d'autres «objectifs secondaires».

Au début, Sirs s'opposa même à un appel aux travailleurs des entreprises privées de la sidérurgie pour se joindre à la grève, bien que ce secteur fournisse 26 pour cent de la production sidérurgique. Toute la faillite - sinon la trahison délibérée - de ce bureaucrate syndical s'exprime dans le fait qu'il annonça l'intention du syndicat de déclencher la grève quatre semaines à l'avance, ce qui permit aux utilisateurs de l'acier de constituer tranquillement des stocks solides, réduisant ainsi l'impact économique de la grève. En même temps, il ne fixa aucun objectif précis, ni aucune stratégie aux grévistes. Mais ce fut l'énergie et la réso lution des militants de base qui permirent de pousser en avant la lutte.

C'est au niveau des directions locales que le but de la grève fut formulé : 20 pour cent d'augmentation salaires, sans préconditions aucunes (en matière de suppression d'emté). C'est le comité de grève de la régionale du Yorkshire du sud qui joua le rôle d'avant-garde au cours de la lutte. Il décida notamment de s'opposer à tout transport d'acier, partout dans le pays. Il expédia des piquets volants à travers toute la Grande-Bretagne; ils furent financés essentiellement par les comités de grève locaux.

L'ampleur des piquets mobiles, et celle de leurs objectifs, dépassa de loin le niveau le plus élevé précédemment atteint durant la grève des mineurs de 1972. Il est typique que le comité de grève régional du Yorkshire du sud choisit comme conseiller à ce propos le dirigeant combatif des mineurs, Arthur Scargill, qui avait été l'architecte principal de cette tactique de combat lors de la grève des mineurs de 1972. Le niveau d'auto-organisation des militants grévistes de base fut remarquable. Il se combina avec une méfiance prononcée à l'égard de la direction syndicale, popularisée par la demande de démission de Sirs.

Un point de mire essentiel du combat fut rapidement plois ou d'accord de productivi- trouvé dans la firme sidérurgique privée Hadfields, propriété du conglomérat international (sous contrôle britannique) Lonrho. La mobilisation de milliers de travailleurs sidérurgistes du Yorkshire du sud, organisée par le comité de grève régional, et auxquels s'étaient joints des milliers de mineurs et de métallos de la région, aboutit à la fermeture de cette usine. Mais le manque de détermination de la direction nationale et l'absence • de toute stratégie d'ensemble envers le secteur privé, permirent aux patrons de Hadfield d'exploiter la peur des travailleurs de perdre leurs emplois. Ils reprirent le travail quelques semaines plus tard

Ice furent cependant des actions locales et régionales de ce type, dirigées par des directions syndicales de rechange émergeant de la base, qui permirent d'impulser et de faire avancer la grève.

La politique de Sirs consista dès le début dans la recherche d'un compromis avec l'administration à chaque tournant du conflit. Une semaine après le début de la grève, il proposa même (avec l'appui du chef du TUC - la Confédération syndicale - Len Murray) d'arrêter la grève avec 8 pour cent d'augmentation des salaires, plus 5 pour cent en échange d'accords locaux sur la productivité.

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UNE DIRECTION SURGIE DE Il apparut donc rapidement qu'il fallait forger une nouvelle direction de la grève. Le comité national de négociafondé sur des délégués répondait dans certaine mesure à la pression de la base. Lorsque l'administration, après cinq semaines de grève, offrit comme formule de compromis 2 pour cent d'augmentation plus 12 pour cent en échange d'une acceptation de la réduction de l'emploi, il ne fallut pas plus de vingt minutes de réunion de ce comité national pour rejeter cette offre. Mais ce comité ne put agir en tant que direction quotidienne de la grève.

Ce fut le comité de grève régional du Yorkshire du sud accomplit en gros cette fonction, constituant un commandement, de coordination. C'est lui qui décida de l'emploi des piquets volants, qui organisa et qui les finança. Il eut aussi une attitude conspour encourager la base et des habitants des quartiers ouvriers dans la marche de la grève. Il organisa même une série de meetings et de manifestations, afin d'informer la masse des grévistes du développement du combat et de les tenir mobilisés. Ses comités de grève locaux furent souvent élus et soumis à des assemblées générales.

Mais un comité qui ne s'appuie que sur une seule régionale ne peut évidemment pas acquérir l'autorité nécessaire pour prendre ouvertement en mains la direction de toute la grève à l'échelle nationale. Beaucoup de choses defaire derrière les Dans une autre région combative, pays de Galles, fut plus compliquée. Les menaces de suppression de 11000 emplois dans les aciéries de Port Talbot et de Llanwern

DE RECHANGE LA BASE l'apparition tional de grève non officiel.

nouveau, l'initiative sud du Yorkshire. dans des conditions de secret partiel, au cours de la septième de grève. des représentants de la plupart des régions. A partir de ce moment, il tint des réunions hebdomadaires régulières. Son but immédiat était de réaliser, l'échelle de tout le pays, l'arrêt de tout transport d'acier, tendre l'action aux principaux utilisateurs d'acier, et de populariser l'objectif central de la grève : 20 pour cent d'augmentation sans conditions.

Ce fut ce comité national de grève non officiel qui décida de faire fermer l'usine de Ford à Dagenham, la plus grande usine de Grande-Bretagne. Lorsqu'on arriva à la dernière semaine de grève, Ford-Dagenham était effectivement sur le point de fermer ses portes. Ce fut le même organe qui organisa des délégations massives au local de la direction nationale du syndicat, en vue de faire pression contre une capitulation.

La construction de ce comité national de grève non officiel constitue un énorme pas en avant. La coordination réalisée, et les contacts établis, permettront de créer une structure en vue de remplacer la direction traître. Mais le fait qu'il n'y ait pas eu dans ce secteur de la classe ouvrière un minimum d'organisation de militants de base avant la grève, joint au manque d'implantation d'une organisation révolutionnaire à l'échelle nationale, a empêché le comité national de grève de lancer au moment décisif un véritable défi à la direction nationale officielle du syndicat. LA GREVE GENERALE AU PAYS DE GALLES galvanisèrent toute la région; elles menacèrent en effet d'avoir des effets d'accroissement du chômage dans de multiples secteurs comme celui des cheminots, des dockers et des mineurs, entraînant en définitive une perte d'au moins 45000 emplois. Cela aurait des effets dévastateurs sur toute la ré-

Pour cette raison, la grève dans le pays de Galles prit dès le début l'ampleur d'un affrontement de l'ensemble de la classe ouvrière avec le gouvernement. Le 28 janvier 1980, il y eut une grève générale de 24 heures à laquelle participèrent 200000 travailleurs du pays de de toutes les profesCette dynamique devait une grève générale de durée illimitée, dirigée par les mineurs, et qui devait commencer le 10 mars 1980. Mais étant donné les tergiversations du TUC du pays de Galles, et le sabotage du TUC national, dum parmi les mineurs rejeta la proposition d'une grève générale de durée illimitée, malgré l'avis favorable de la direction régionale du syndicat des mineurs. Cette décision, ainsi que la reprise du travail aux usines Hadfield, fut le premier coup porté à la grève.

La situation dans le pays de Galles du sud révéla de manière très nette la dynamique sous-jacente à la grève. C'était incontestablement une dynamique conduisant à mobiliser l'ensemble du mouvement ouvrier dans une grève générale contre le gouvernement tory. La seule raison pour laquelle cela ne s'est pas produit, pour laquelle il a fallu tant de semaines avant que la grève n'ait pu avoir ses effets réels sur l'économie britannique, ce fut le sabotage des directions bureaucratiques des

Il y a peu de doute quant à la sympathie très large de la masse des travailleurs à l'égard des grévistes. Ils se rendaient compte que la grève était essentiellement dirigée contre le gouvernement tory, en tant que tel, malgré les déclarations hypocrites du ministre de l'Indussir Keith Joseph, sur la prétendue «non-intervention» gouvernementale.

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LA CLASSE OUVRIERE HAIT LE GOUVERNEMENT CONSERVATEUR La classe ouvrière ressent une haine profonde à l'égard de ce gouvernement. Des actions de masse se sont progressivement élargies depuis l'été 1979 contre les mesures anti-ouvrières de la part des tories. Fin novembre 1979, 50000 personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre les réductions des dépenses sociales. La mobilisation pour la défense du droit des femmes à l'avortement fut si étendue - incluant même une manifestation de 40000 personnes dirigée par le TUC !- que le projet tory tendant à restreindre ces droits fut abandonné, bien qu'il 'eût pu jouir, sur le papier, de la majorité absolue des tories à la Chambre des Communes.

Au milieu de la grève des sidérurgistes, le TUC appela à manifestation contre le projet de loi anti-syndicale des conservateurs; 80000 personnes y prirent part. Le TUC a été obligé d'appeler à une journée d'action contre le gouvernement pour le 14 mai, qui pourrait prendre l'ampleur d'une grève générale nationale de 24

Un congrès extraordinaire du Parti travailliste a été convoqué pour élaborer un plan d'accontre les attaques antiouvrières des tories, malgré les efforts énergiques l'ex-Premier ministre, James Callaghan, de s'y opposer.

de classe évolue manifestement vers un affrontement avec le gouvernement conservateur. syndicaux font tout ce qu'ils peuvent pour faire dévier la volonté d'action des travailleurs vers des voies inoffensives. Mais pour atteindre ce but, ils sont de plus en plus obligés de prendre eux-mêmes la tête du mouvement, afin de pouvoir le contrôler un tant soit peu.

Depuis le début de la grève des sidérurgistes, des mineurs, des cheminots et des dockers avaient manifesté leur solidarité à l'égard des grévistes et avaient offert d'organiser des actions en vue d'interrompre les transports d'acier.

Mais le TUC refusa d'organiser la solidarité sur. une base interprofessionnelle. réelle se manifesta surtout dans les ports.

Des dockers dans les ports à tradition combative de Liverpool et de Hull agirent immé diatement dans ce sens. Mais dans les autres ports, l'action ne fut que partielle. Lorsque la question fut posée concrètement au port de 6000 dockers arrêtèrent travail en solidarité sidérurgistes en grève. Le jour même où la reprise du travail fut décidée dans la sidérurgie, une grève nationale de solidarité avec les sidérurgistes devait être proclamée ports du pays, grève décidée par une conférence nationale délégués de tous les dockers. Il est clair que pareille action de solidarité aurait pu être organisée dès le début de la grève, si elle ne s'était pas heurtée au refus de la direction nationale du syndicat, la Transport and

Union, qui regroupe l'essentiel des dockers syndiqués.

Le sabotage des actions de solidarité par la direction nationale de la TGWU était l'obstacle pour l'entrée action d'un autre secteur clé, celui des camionneurs. Ce ne pendant la première semaine de la grève des sidérurgistes qu'un mot d'ordre clair fut lancé aux camionneurs de ne pas passer outre les piquets de grève des aciéries elles-mêmes. Mais la direction syndicale laissa à la «consde chaque camionneur le fait de savoir s'il devait oui ou non passer outre aux piquets grève dits «secondaires», vant les actionnaires et surtout devant les entreprises utilisatrices de produits sidérurgiques.

Or, c'est là que des fournitures d'acier provenant du secteur privé ou de l'étranger faisaient le plus tort à la grève. Cette «liberté de conscience» fut interprétée par la plupart des bureaucrates locaux comme un teu vert pour passer outre aux «piquets de greve secondaires», sabotant ainsi l'effet des piquets. Ce n'est qu'au cours de la neuvième semaine de grève que des instructions plus claires furent transmises aux camionneurs.

Tout cela eut séquence qu'il fallait de longues semaines avant que les effets de la grève ne touchent réellement l'industrie manufacturière. Le entendu. ne fit guère preuve de la même «modération». Il organisa sur une grande échel le la répartition des stocks accumulés d'acier entre toutes les entreprises utilisatrices de sidérurgiques. l'aide de l'administration de la BSC, il maintint un flux constant d'importation d'acier par de petits ports à main d'œuvre non syndiquée.

Néanmoins, au cours des grève, ses effets économiques commencèrent à heurter l'industrie dans son ensemble. De grandes entreprises utilisatrices, telles Ford et British Leyland (automobile), étaient menacées de devoir arrêter la production. Une grève nationale des dockers était à l'ordre du jour. Voilà la raison de la hâte indécente avec laquelle la commission d'enquête «indépendante» présenta son rapport. Il s'agissait d'arrêter la dynamique vers une grève géné rale qui aurait pu renverser le gouvernement.

LA FAILLITE DE LA

STRATEGIE REFORMISTE

La grève des sidérurgistes met en relief la stratégie d'ensemble des dirigeants mistes de l'ISTC, représentative de l'ensemble des réformistes en Grande-Bretagne. La stratégie de Bill Sirs et de ses alliés à la direction de l'ISTC part de l'acceptation de la thèse bourgeoise que la British Steel Corporation doit pouvoir faire la concur-

«sur un pied d'égalité» avec ses principaux concurrents sur le marché mondial. Toute l'argumentation de l'ISTC consiste à mettre en accusation les patrons de la BSC, comme des «incompétents», d'organiser une offensive d'ex-

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portations agressive. S'il appelle le gouvernement à augmenter ses subsides à la sidérurgie nationalisée, c'est en acceptant d'avance tous les projets de «rationalisation», qui impliquent des suppressions d'emplois dont l'ordre de grandeur est prévu par les dirigeants de la BSC eux-mêmes, ainsi que l'abandon de droits des travailleurs au sein des entreprises, droits acquis après les durs combats passés.

Il est vrai que l'administration de la BSC est incompétente. L'administration bureaucratique produit l'inefficacité dans le secteur privé autant que dans le secteur public. Seul le contrôle ouvrier sur la production, porté par une masse laborieuse bien informée, et dans le cadre d'un plan ouvrier d'ensemble pour toute l'industrie, toute l'économie et toute la société, peut éliminer le gaspillage et l'inefficacité qui règnent dans les grandes entreprises.

Mais le gaspillage colossal de ressources, qu'on peut mettre au passif des patrons de la BSC, n'est pas le résultat de la seule incompétence, mais de fausses projections quant aux tendances futures de la production et du marché, dues à l'anarchie de l'économie capitaliste internationale. Réclamer des contrôles restrictifs des importations de produits sipour essayer de front unique avec le patronat, en vue de l'aider à résoudre ses problèmes aux dépens des travailleurs, dans ce cas, des travailleurs étrangers. Mais l'intérêt des sidérurgistes, clairement révélé par la grève, fut celui d'une solidarité internationale des travailleurs (1).

La nouvelle direction de d'émerge de l'esperener de la qui est en train grève, doit centrer sa stratégie sur le maintien de l'emploi. Les travailleurs de la sidérurgie n'avaient guère voix au chapitre quand des décisions anarchiques et sans coordination furent prises en matière d'investissements. Ces décisions furent prises par les capitalistes, nationalement et internationalement. Ce n'est pas aux travailleurs de payer aujourd'hui les pots cassés. Il faut faire sauter les limites imposées par les tories aux subentreprises lisées. Il faut assurer tous les subsides nécessaires au maintien de l'emploi. Le point de départ doit être la garantie de 40 heures de salaires payées par semaine, quitte à répartir le nombre d'heures effectivement travaillées entre toute la main d'œuvre actuellement inscrite, sans réduction du salaire hebdomadaire.

Les comités de shop-stewards (délégués) établis dans le Yorkshire du sud, doivent être étendus dans tout le pays. Il faut constituer un comité national de coordination de ces comités, appliquant une stratégie de lutte de classe. Il faut simultanément poursuivre la lutte au sein même du syndicat ISTC. Le comité de liaison pour la réforme de l'ISTC qui existait déjà avant la grève peut maintenant opérer à un niveau plus élevé, intégrant une orientation syndicale de lutte de classe avec le combat pour le contrôle démocratique du syndicat par les syndiqués. L 1) Il faut dénoncer à l'absence ou l'insuffisance scand'une campagne systématiPays-Bas, de Belgique France, refusent de transporter vers la Grande-Bretagne de l'acier fabriqué sur le continent ou ailleurs, importations qui aideront objectivement la bourgeoisie britannique saper la grève des sidérurgistes. Mais une direction réformiste, toute de l'industrie «nationale», est naturellement fort mal placée pour ré-

You organiser internationale. Ce sont les travail-

Avis aux parde «l'achetez et de politiques similaires Irlande

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