Le 1er décembre 1918
Création de l'Etat des Croates, Slovènes et Serbes qui s'appellera, en 1929, Royaume de Yougoslavie. 90 % des principaux secteurs industriels sont sous domination étrangère. En avril 1919
Les partis sociaux-démocrates et les noyaux communistes fusionnent en un Parti ouvrier socialiste qui, en 1920, prend le nom de Parti communiste. Fin décembre 1920
Le PC et les syndicats sont interdits et persécutés. Le PC venait de remporter une importante victoire politique aux élections : c'était un des plus puissants partis communistes d'Europe à cette époque (59 sièges au Parlement, majoritaire dans les plus grandes villes et dans les centres industriels). Puissantes grèves et manifestations. Quelques dizaines de milliers d'adhérents dans les années 1918-1920. Le 6 janvier 1929
Coup d'Etat du roi Alexandre Karadjordjevitch qui instaure la dictature. L'Assemblée nationale est dissoute, la Constitution abolie, les syndicats et les organisations nationales et religieuses sont dissoutes. La crise économique de 1929 aggrave la situation. Les ministères se succèdent. 1928-1929
Tournant ultra-gauche de l'IC. Malgré la part énorme d'influence du PC yougoslave (luttes fractionnelles intenses, erreurs sur la question nationale, répression), il adopte la consigne de l'IC et applique une ligne insurrectionnelle contre la dictature (alors que les syndicats eux-mêmes ne regroupaient plus que 2 % de la classe ouvrière dans cette période !).
Le PCY sortira de cette épreuve totalement désagrégé. Josip Broz/Tito avait été arrêté en août 1928 et condamné à cinq ans de travaux forcés. Il retrouvera de nombreux futurs cadres de la révolution (Kardelj, Pijade...) en prison où ils forment des cellules communistes. Le CC du Parti se tiendra à Vienne. 1934
Le roi est assassiné. Lors des élections qui suivirent, la majorité du CC préconise de présenter des candidats indépendants sous l'étiquette • 34 de «Parti ouvrier». Gorkitch propose, appliquant les directives du Komintern, de soutenir des candidats bourgeois. Le CC est destitué par le Komintern qui nomme Gorkitch secrétaire général qui restera à Moscou et Tito, secrétaire à l'organisation qui restera en Yougoslavie avec la moitié du CC. 1936
Tito est chargé d'organiser le départ des volontaires pour aller combattre en Espagne. Quelque mille cinq cents Yougoslaves partiront dont la moitié y sera tuée. 1937
L'ancienne direction est totalement destituée, sauf Tito. Les nouveaux cadres (Kardelj, Djilas, Kontchar, Pijade...) sont issus des luttes récentes. On procède à l'expulsion de toutes les oppositions internes. Contre la montée du fascisme, le PCY appelle à la formation d'un «gouvernement démocratique d'union et de défense nationale qui s'appuierait, en premier lieu, sur l'URSS». Mais les partis bourgeois ont peur, même d'un front populaire. Août 1939
Pacte germano-soviétique. Voici comment Tito en rend compte : «Nous (l')acceptâmes en communistes disciplinés, considérant la chose comme nécessaire à la sécurité de l'Union soviétique, seul Etat socialiste existant alors dans le monde. Nous ignorions alors les clauses secrètes qui encourageaient l'ingérence des soviétiques dans la politique des autres nations, et des petits pays notamment» (Tito parle - Dedijer p.141).
C'est une période de très grande confusion dans le PCY. Les Allemands reprocheront au Kremlin l'existence de tracts yougoslaves contre le pacte signé entre le gouvernement yougoslave et Hitler en 1941. Des communistes yougoslaves participeront aux manifestations de masse contre le Pacte tripartite, malgré la ligne officielle.
Après l'invasion de la Yougoslavie par les fascistes, l'Etat est démembré. Staline préconisera de soutenir l'Etat croate séparé, fasciste, (dont la répression vise, en premier lieu, les communsites yougoslaves). Ceux-ci refusent cette ligne qui, selon eux, serait due à des divergences tactiques avec Staline et au manque d'information de ce dernier.
Mai 1941
Réunion consultative du CC du PCY à Zagreb, après l'effondrement de l'Etat yougoslave devant l'armée allemande. «Tito y établit une thèse nouvelle : la possibilité d'une prise du pouvoir directe par les communistes, le rejet de la nécessité pour la révolution de passer à travers deux phases, une phase démocratique-bourgeoise et une phase prolétarienne, ce qui avait été la position du Parti jusqu'alors, suivant les décisions du Komintern» (M. Djilas - Memoir of a revolutionary - Harcourt, Brace, Yovanivitch - New York 1973 p. 388). 22 juin 1941
Hilter attaque l'URSS. Fin août 1941
Le CC du PCY décide d'organiser une lutte armée de masse vers l'insurrection. Décembre 1941
Création de la première Brigade prolétarienne de choc. Février 1942
Un télégramme de Moscou : «A la lumière des informations que vous nous avez envoyées, il semble que le gouvernement yougoslave et la Grande-Bretagne aient de bonnes raisons de suspecter que le Mouvement des partisans a pris un caractère communiste et vise à la soviétisation de la Yougoslavie. Pourquoi avez-vous créé, par exemple, une Brigade spéciale prolétarienne ? A l'heure actuelle, le devoir essentiel et immédiat est de fusionner tous les courants anti-nazis, d'écraser les envahisseurs et d'achever votre libération nationale.» (Dedijer - id. p. 188).
La forme de lutte des partisans titistes n'entrant pas dans les plans du Kremlin, les partisans durent lutter pendant plus de 20 mois en prenant les armes de l'ennemi, sans aucune aide de quiconque. Le PCY impulsa, d'en haut, les Comités populaires de libération qui prenaient la fonction d'un nouvel appareil d'Etat, cadre de double pouvoir (suppression des dettes, ravitaillement, controle des spéculateurs, etc.) et le regroupement des détachements de partisans en bataillons d'une véritable armée de libération populaire, forte rapidement de 300000 membres.
Staline et ses alliés impérialistes demandèrent l'unification de la résistance titiste avec celle de Mikhailovitch (royaliste). Tito accepte mais exige que cette unification se fasse sur la base d'un appui sur les Comités de libération populaire... Les autres refusent... Janvier 1942
Les Alliés nomment Mikhailovitch ministre de la Guerre.
Le PCY riposte en créant le «Conseil antifasciste de libération nationale» (AVNOJ) et convoque fin 1942 une conférence de délégués de toutes les régions de Yougoslavie (Feijto
- p. 57) pour élire l'AVNOJ, véritable parlement clandestin dont le Comité exécutif est chargé des fonctions de gouvernement. L'état-major suprême de l'Armée de libération et le CC du PCY sont identiques.
Octobre 1943
Conférence à Moscou de Molotov et des ministres des Affaires étrangères alliés. La Yougoslavie ne doit pas entrer dans la zône d'influence réservée à l'URSS et doit avoir un régime de front populaire...
LE PCY AVANT ET LORS DE
LA PRISE DE POUVOIR
(Rapport de Rankovic au IVè Congrès, 1949 (p. 208)
EFFECTIFS
3000 membres en 1926
141066 membres à la fin de la guerre
468175 membres le ler juillet 1950 plus
51612 stagiaires
331940 membres de la Jeunesse communiste
COMPOSITION SOCIALE en 1949
29,53 % d'ouvriers
49,41 % de paysans (36,92 % de paysans pauvres et de prolétaires ruraux)
14,38 % d'intellectuels
6,68 % divers
19,99 % de femmes
COMPOSITION SOCIALE DES DIRECTIONS
40 % d'ouvriers
25 % de paysans
19 % d'intellectuels
18 % autres
NB : La population active est alors composée de 78% de paysans
La participation des femmes aux organismes de direction est inférieure à leur proportion dans le Parti (7,12 % en Serbie).
SCOLARISATION
De tous les membres du Parti, près de 60 % n'ont été qu'à l'école primaire; 8 % ne sont passés par aucune école et le pourcentage d'analphabètes atteint 28,20 % dans le Kossovo, proche de l'Albanie, région la plus pauvre.
Parmi les directions : 68 % ne sont passés que par l'école primaire et 9,9 % n'ont fréquenté aucune école.
DUREE D'APPARTENANCE AU PARTI DES
MEMBRES DES DIRECTIONS
En moyenne les secrétaires politiques ont de 5 à 8 ans de Parti.
LE PCY ET L'ARMEE
Parmi les officiers
89,9 % sont membres du PCY
1,3 % stagiaires du PCY
1,2 % membres de la JC
Parmi les sous-officiers
70,4 % sont membres du PCY
24,3 % membres de la JC
Sur la totalité des officiers, 4,1 % ont appartenus à l'ancienne armée.
La direction yougoslave envoie à cette conférence un télégramme indiquant qu'elle ne reconnaît ni le roi, ni le gouvernement en exil, qu'elle ne permettra pas que ceux-ci rentrent en Yougoslavie «car cela signifierait la guerre civile» et que le seul pouvoir légal est celui des Comités de libération populaires, coiffés par l'AVNOJ.
Réponse furieuse par télégramme : «Le Hazyahin (Staline pour les intimes) est extrêmement mécontent. Il dit que c'est un coup d'épée dans le dos de l'Union soviétique et une manœuvre contre la Conférence de Téhéran» (Dedijer -p. 217). 8 mars 1945
Un ultime compromis est accepté sous la forme d'un régime de coalition. Mais le PCY maintient l'armée de 800000 partisans et tous les organes de double pouvoir qu'il contrôle.
Octobre 1945
Les deux derniers ministres bourgeois quittent ce «gouvernement de coalition». Le nouvel appareil d'Etat consolide ses acquis au niveau légal : nationalisation des moyens de production et des banques, réforme agraire, monopole de fait du commerce extérieur.
29 novembre 1945
Proclamation, après référendum, de la Répupopulaire de Yougoslavie qui abolit officiellement la monarchie.
QUELQUES POINTS DE REPERE
HISTORIQUES APRES
LA PRISE DE POUVOIR
28 juin 1948
Première résolution publique du Kremlin sur la situation du PCY, invitant «les forces saines du PCY à imposer une nouvelle ligne politique
Une sévère épuration réduit à l'impuissance les partisans du Kominform dans le PCY, mais l'immense majorité du Parti suit sa direction.
Vagues d'épuration dans tous les PC. Arrestation de Rajk (mai 1949) dont les «aveux» devaient démontrer que «la clique de Tito n'avait jamais rien eu de commun avec le socialisme ou la démocratie». Novembre 1949
Réunion du Kominform : le PCY est désormais caractérisé comme une «clique» passée «du nationalisme bourgeois au fascisme» et à «la trahison directe des intérêts nationaux de la Yougoslavie» (1).
Novembre 1952
Le VIe Congrès du PCY décide la transfortion du PCY en Ligue des communistes yougoslaves (LCY) et réaffirme l'autogestion.
1953
Mort de Staline
Janvier 1954
Purge de Djilas
26 mai 1955
Voyage de Krouchtchev pour la réconciliation (2).
Avril 1958
VIle Congrès : après les événements de Hongrie et de Pologne, le Congrès affirme que l'autogestion est un objectif universel de la révolution et pas seulement la voie yougoslave (3). 1965
Introduction de la réforme économique décentralisée : considérable extension des lois du marché. 1968
Révolte étudiante, grèves ouvrières, congrès des syndicats très critique. Dénonciation du développement de rapports capitalistes. Condamnation de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Mai 1971
Deuxième Congrès de l'autogestion (très contrôlé). Dénonciation des forces centrifuges (4). Hiver 1971-1972
Développement du mouvement nationaliste croate et revendications séparatistes.
Répression et purges en Croatie, puis purges dans les autres républiques. Octobre 1972
Lettre de Tito impulsant une campagne «contre les milliardaires» et pour une reprise en main du Parti. Début 1973-1974
Critiques du Suvar contre les conceptions trop larges de la classe ouvrière et la perte de substance de la dictature du prolétariat. Attaques contre Djilas «responsable des erreurs» du VIe Congrès et contre les professeurs de Praxis, à Belgrade, défendus par leurs étudiants. Offensive contre la revue Praxis, bannie.
Répression contre la gauche étudiante (octobre 1974) qui a soutenu Praxis et développé des revendications pour la généralisation de l'autogestion et sa centralisation démocratique.
Grâce à la nouvelle loi promulguée en Serbie, les autorités parviendront (en 1975) à vider de la Faculté les professeurs de Praxis à Belgrade, en passant par-dessus les organes d'autogestion. Ils conserveront néanmoins leurs salaires et leurs activités autres que l'enseignement.
Campagne contre les kominformistes. Février 1974
Adoption d'une nouvelle constitution : direction collégiale, représentation égalitaire des Républiques, renforcement du poids de l'armée dans le Parti et dans l'Etat, introduction d'un nouveau système de délégations remplaçant les anciens députés aux différentes Chambres.
Instauration du contrôle ouvrier autogestionnaire. Mai-Juin 1974
Le Xe Congrès du PCY critique les «illusions concernant le marché et affirme la nécessité d'une ferme discipline du Parti et d'un renforcement de son rôle centralisateur à tous les nweaux, tout en maintenant des conceptions économiques très décentralisées (justifiant la réforme). Le rôle de l'autogestion «dans la reproduction élargie» (investissements) doit être précisé dans la nouvelle Loi «sur le travail assocle» debattue publquement». Fin 1976
Adoption de la Loi sur «le travail associé» qui est une extension formelle des pouvoirs de l'autogestion dans le cadre d'un éclatement des entreprises en petites unités (Organisations de base du «travail associé» - OBTA) gérant leurs budgets et décidant de la répartition de leur revenu global entre revenu personnel immédiat, consommation collective et investissements. La consommation collective est gérée au niveau local, républicain et fédéral par des «Communautés d'intérêt autogestionnaires» associant les travailleurs et les utilisateurs des services. Fin 1979
Hospitalisation de Tito. Suspension partielle des permissions à l'armée et gardes de nuit organisées dans les bureaux et les entreprises. (1) Sur la révolution yougoslave et la rupture, voire
«IVe Internationale» août-septembre 1948 -«Pablo et l'affaire yougoslave» et le texte du Ille Congrès de la IVe Internationale août-septembre 1948 «Lettre aux dirigeants titistes». (2) Voir «IVe Internationale» décembre 1956. (3) Voir «IVè Internationale» juillet 1958. (4) Voir «Critiques de l'économie politique» numéro
7/8 et «IVe Internationale» novembre 1966, mai et juillet 1971, juillet 1972.