Inprecor 1974–2004

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SUEDE

La fin de la «paix sociale»

· Inprecor n° 77, 15 mai 1980 · p. 37-39 · 1 624 mots

Syndicalisme Stalinisme

EN 1938, LO (Landsorganisationen, c'est-à-dire Confédération nationale des Syndicats, à direction socialdémocrate) et l'Association patronale (SAF) conclurent un accord selon lequel les contrats collectifs, pour l'ensemble des salariés du pays, seraient conclus chaque année par des négociations au sommet entre les confédérations. La «paix sociale» était institutionnalisée.

Tout cela est maintenant terminé. Depuis le 2 mai 1980, il y a 750000 ouvriers lockoutés par le patronat et 150000 ouvriers en grève. On peut dire que c'est la première grève générale depuis 1909. La télévision et la radio se taisent. Le lockprolonge au moins jusqu'au 18 mai. Le métro marche plus. Les communications aériennes sont interrompues. Les marins ont coupé presque toutes les communications maritimes. Les camionneurs cessent, à partir du 9 mai, de transporter l'essence et le gas-oil dans tout le pays, ce qui risque de paralyser rapidement tous les transports intérieurs. Déjà, les chemins de fer ne fonctionnent plus que sporadiquement. Selon le Times du 7 mai 1980, le pain et le lait commencent à manquer.

La raison immédiate de ce conflit, c'est le différend autour du renouvellement du contrat collectif national sur les salaires pour l'année en cours. Les syndicats réclament 11,3 pour cent

La fin de la «paix sociale»

En fait, le système a fonctionné pendant près de 32 ans. Il y eut, certes, des conflits d'entreprises duelles. Il y eut encore des grèves sauvages, dont la plus importante fut celle des mineurs de fer du nord de la Suède, en 1969-70, forestiers 1975, mais il s'agissait de conflits de peu d'ampleur. Pour le gros de la classe ouvrière, la «paix pendant trois nies. Il n'y eut aucune grève d'envergure nant plus de quelques milliers de salariés. LE CONFLIT DU TRAVAIL LE PLUS IMPORTANT DANS L'HISTOIRE DE LA SUEDE CAPITALISTE d'augmentation sur les salaires. Les patrons n'ont offert que 0,5 pour cent - ce qui fut ressenti comme une véritable provocation. Une commission de médiation instaurée par le gouvernement avait fait une offre «de conciliation» de 2,3 pour cent d'augmentation, qui a été, elle aussi, rejetée. Pour le moment, on en est là. Cela semble l'impasse totale, vu la grande différence entre la revendication des travailleurs et l'offre patronale-gouvernementale.

Bien qu'il ne faille pas écarter les divergences qui séparent les différentes fractions de la bourgeoisie, ainsi que le manque d'expérience de la part d'un personnel politique bourgeois écarté du pouvoir pendant quarante-cinq ans (la Suède a connu des gouvernements à direcsocial-démocrate 1932 et 1976), la cause réelle de l'échec du dois», c'est la longue dépression qui secoue l'économie capitainternationale 1973. Cette dépression a frappé

Suède la Suède, comme elle frappe pays capitalistes. déficit de la balance commerciale est énorme : 20 milliards de francs. Et comme partout ailla réaction du capital a été identique : instaurer l'austérité; réduire le pouvoir d'achat des salariés; en finir avec des caractéristiques importantes welfare state; intensifier l'exploitation afin de relancer

Au départ, la bourgeoisie suédoise a agi avec prudence, surtout en ce qui concerne les institutions de sécurité sociale. Elle a voulu éviter une confrontation trop rapide, pour ne pas perdre rapidement la petite majorité parlementaire gagnée en 1976. Mais après sa courte deuxième victoire électorale en 1979, elle a commencé à mettre les bouchées doubles. Voilà le sens de la provocation patronale.

Les principaux porte-parole ne cachent d'ailleurs ni leurs intentions ni le sens de la manœuvre. Dagens Nyheter, journal libéral bourgeois le plus représentatif, écrit dans son numéro du 3 mai 1980 qu'il faut s'inspirer de l'exemple danois où les syndicats ont accepté un sacrifice de 4 à 5 pour cent des salaires réels. A bon entendeur, salut!

LA PRESSION DE LA CLASSE OUVRIERE Depuis 1979, les salaires réels des travailleurs suédois ont cessé d'augmenter. Ils ont même commencé à diminuer. Il est difficile de calculer de manière exacte ce qui s'est réellement passé avec le pouvoir d'achat, étant donné que les différences entre catégories sont considérables - notamment entre le secteur public et le secteur privé - qu'il faut

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tenir compte des différences entre l'évolution des salaires bruts et des salaires nets, les fluctuations considérables de la ponction fiscale pour les différentes catégories. Mais c'est un fait qu'entre 1973 et 1977, le revenu national nominal disponible par ménage a augmenté de 20 pour cent, avec un taux d'inflation bien plus modéré que celui d'aujourd'hui, et qu'on n'a plus retrouvé de tels pourcentages d'augmentation entre 1977 et 1979, alors que le taux d'inflation s'éleva à 8 pour cent par an. Il est actuellement de l'ordre de 9 pour cent par an.

Au début, les travailleurs ont accepté ces sacrifices, au nom de la doctrine de collaboration de classe que leurs dirigeants sociaux démocrates leur enseignaient depuis longtemps. En échange, on leur promit le rétablissement du plein emploi, la modernisation de l'industrie, la garantie du niveau de vie relativement élevé pour les décennies à venir. Mais rapidement, la nature fallacieuse de ces promesses est apparue.

Selon le dirigeant national Gunnar Nilsson, productivité du travail de 7 pour 1979. Elle augmentera de manière encore plus considérable en 1980. Vu la stagnation ou réels, cela s'est traduit par une véritable explosion des bénéfices capitalistes; les 250 plus grandes firmes ont augmenté leurs profits jusqu'à 50 pour cent. Volvo, SAAB, Electro3 milliards de francs de profits ! Le trust Sandviken a augmenté les dividendes de 25 pour cent en 1979 et les dividendes distribués aux bourgeois ont monté qu'on prêchait l'austérité aux

Ces informations, cyniquement étalées dans la grande presse, n'ont pas manqué de provoquer l'indignation chez les temps, les investissements productifs ont diminué pour cent en 1979. Les profits supplémentaires ont été utilisés pour des activités spéculatives ou immobilières ou ont été investis à l'étranger.

La bureaucratie syndicale ne peut donc plus calmer le mécontentement des travaill'aide de promesses fallacieuses, cette année, pression de la base s'est considérablement accrue. Lors de nombreuses assemblées syndicales locales, ont exigé qu'en 1980, on ne conclut pas trop vite un contrat mal calculé, qu'on obtienne une compensation pleine et entière pour toutes les pertes de pouvoir d'achat prévisibles, étant donné le taux d'inflation en cours, qu'on ne se laisse plus rouler, comme l'an dernier, en ne tenant pas compte de la possibilité possibilité que le gouvernement augmente le taux de la TVA (et donc le taux de hausse des prix) dès le lendemain de la conclusion du contrat, et que les travailleurs obtiennent également leur part dans l'augmentation de la productivité.

UN COMPROMIS POSSIBLE ? La bureaucratie syndicale a sensiblement haussé le ton. Surprise par l'intransigeance patronale - et désireuse de paver la voie à un nouveau gouvernement social-démocrate - elle parle même de «lutte de classe» et «d'affrontement de classe», dans son quotidien Aftonbladet. Elle commence à prendre des initiatives pour rassembler et rendre actifs les grévistes. Les premiers piquets de grève ont fait leur apparition. Tout cela est tout-à-fait nouveau pour la Suède. Chaque pas dans cette direction doit être pleinement

Mais en même temps, bureaucratie n'a évidemment pas abandonné son orientation fondamentale de collaboration de classe. Elle craint par dessus qu'une prolongation du et qu'un durcissement des formes de lutte n'accroissent la combativité et la capacité d'auto-organisation des travailleurs à long terme, ce qui risquerait de menacer pres positions. C'est pourquoi cherchera vraisemblablement à conclure aussi vite que possible un compromis

C'est ainsi qu'on en est arrivé à la revendication de 11,3 pour cent d'augmentation. Le patronat et le gouvernement ont dit que c'était impossible, «étant donné la situation économique». La seule concession que le gouvernement est prêt à faire, c'est une légère réduction des retenues fiscales sur certaines catégories de salaires bruts.

A la différence des années précédentes, les dirigeants de LO n'ont plus osé faire appel au sens de «la respor.sabilité sociale» des syndiqués, étant donné le niveau de mécontentement de ces derniers. Les manifestations du ler mai en ont été un reflet saisissant : près d'un de travailleurs, - le quart de toute la population active du pays - y ont dont 40000 à Stockholm. C'est LO, Nilsson, s'est écrié : «Le modele suedois est mort!». pourrait se situer autour de 4 à 5 pour cent d'augmentation des salaires, plus une réduction d'impôts. Il est aussi possible que le gouvernement mette fin au conflit à l'aide de mesures autoritaires et que la bureaucratie syndicale, tout en protestant, appelle les travailleurs à accepter la «loi de la démocra-

La classe ouvrière suédoise dispose pas encore d'une expérience de lutte suffisante pour faire face à de telles maétant donné la longue durée de la «paix sociale». Mais indépendamment du résultat immédiat de la grève, cette confrontation de classe. la plus importante depuis le début des années trente en Suède aura des effets positifs sur la conscience de classe du prolétariat. Le més'exprimera dorénavant dans un niveau d'activité plus élevé que par le passé.

Une première question qui se posera sans doute sera celle la démocratie syndicale. qui Aujourd'hui, les travailleurs

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n'ont pas le droit de voter pour approuver ou rejeter un contrat collectif, après qu'il ait été signé par LO et la fédération patronale. A présent, environ 50 prise ont réclamé ce droit. La direction syndicale pourrait céder devant cette revendication.

One cède pas, la lutte autour de cet objectif pourra prendre une ampleur considésein des syndicats. Une chose est certaine : la actuelle changera beaucoup de choses en Suède. Rien sera plus comme avant. Au cours des années 80, les capirencontreront une classe ouvrière beaucoup plus décidée à se battre ses revendications. L'expérience accumulée au cours de l'actuelle grève générale sera importante pour les luttes futures. La bureaucratie syndicale, discussions amicales et pleines de «compréhension mutuelle» et le gouveravec le patronat nement, se passablement modifié. La collaboration de classe n'est pas morte; mais elle a reçu un coup sérieux.

9 mai 1980

Espagne

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