Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUROCOMMUNISME

Le voyage d'Enrico Berlinguer en Chine

· Inprecor n° 77, 15 mai 1980 · p. 32-36 · 4 039 mots

Chine Italie URSS et Russie Europe de l'Est

«Les rapports entre le Parti communiste chinois et le Parti communiste italien sont pleinement rétablis». C'est par ces mots que Hu Yaofang, secrétaire du PCC, a accueilli le 15 avril à Pékin la délégation du PCI dirigée par Giancarlo Pajetta et Enrico Berlinguer; par l'homme -Pajetta - qui a présidé, du cote italien, à la rupture en 1965 et par celui - Berlinguer - qui, depuis, a le plus œuvré à les rétablir.

Ce voyage représente à l'évidence un grand succès de la diplomatie internationale du PCI. Mais son importance ne réside pas seulement dans la rencontre entre les deux partis les plus hérétiques - chacun à sa manière - de «mouvement communiste international». Ce voyage survient à un moment précis de l'évolution de la politique de ces deux partis et il permet à la fois de marquer l'importance de cette évolution et ses limites intrinsèques.

Pour le parti communiste chinois, cette rencontre se produit alors qu'il s'est engagé depuis plusieurs années dans une «ouverture sur le monde». Celle-ci correspond autant à des nécessités de politique interne: obtenir l'aide de la science et de la technologie occidentale pour mener à bien les «quatre modernisations», qu'à sa volonté de rechercher des alliés pour faire pression sur l'URSS - toujours considérée comme l'ennemi principal — et arriver, avec cette dernière, à un modus vivendi à la manière des Yougoslaves, qui lui permettrait tourner tous ses efforts vers son développement économique. C'est la raison pour laquelle cette ouverture ne se fait pas seulement en direction des gouvernements impérialistes (USA, Japon, Europe), mais également du «mouvenational».

Il y a d'abord eu le rétablissement des contacts avec le PC roumain dès 1970 (Ceaucescu se rend officiellement à Pékin en 1971), puis avec les Yougoslaves (voyage de Tito à Pékin en 1977 et de Hua Kuofeng 1978 à Belgrade); c'est maintenant le tour du PCI, et peut douter que la directon du PC chinois voit en celui-ci un pont vers les «eurocommunistes» et d'autres forces du mouvment ouvrier occidental. Ceci semble d'ailleurs confirmé non seulement par la publicité faite autour du voyage de Berlinguer dans la presse et à la télévision chinoimais par les explications membres du PCC: « A l'intérieur du parti on explique que, dorénavant, la Chine recherchera patiemment mais résolument le contact avec les autres partis communistes et avec les autres forces qui, d'une façon ou d'une autre, font référence au socialisme.» (1)

Le PCI, quant à lui, poursuit par ce voyage sa politique internationale autonome fondée sur le principe de «l'unité dans la diversité» du mouvement communiste mondial. La rencontre avec le PCC ne représente pas, pour les dirigeants communistes italiens, «tournant» matérialisation - combien leurs yeux - de politique. Ils ont avant tout, au cours de leur voyage, à préciser à la fois que «personne pouvait penser que le but et les résultats de contre qui que ce soit, contre

Eurocommunisme d'autres partis ouvriers, com-

You progressistes» (2) et qu'ils agissaient en pleine indépendance, s'opposaient toute ingérence dans les affaires d'autres partis et d'autres Etats, qu'ils parlaient «à Pékin comme à Moscou ou à Rome» (3).

Mais ce voyage survient à un moment particulier de l'évolution des rapports entre les différents PC (marqué entre autres par la récente polémique avec le PCF) où on a vu le PCI affirmer systématiquement ses positions «autonomes», n'hésitant pas à se ranger dans certains cas sur des positions philo-impérialistes tes (en particulier sur la question des euromissiles et de l'intervention soviétique en Afghanistan). Or, le voyage à Pékin s'est fait au moment même où le PCF et le POUP appelaient les PC européens à une confé1) Alberto Jacoviello, «La Republi-

Jacoviello a été en tant que correspondant du quotidien communiste à New«La Republica» (journal socialisant très anti-communiste) sur le voyage de Berlinguer pas sans interet dans la mesure il a joué un rôle personnel en 1970 et 1972 dans la tentative de rétablissement des rapports entre le PCC et le PCI. Il est l'auteur d'un livre sur

Chine : «L'hypothèse chinoise», Le Seuil, Paris, 1973.

Enrico Berlinguer, au la conférence de presse donnée le 14 avril à Rome, lors de son départ. «L'Unità»,

Giancarlo Pajetta, au cours de la conférence de presse finale de la délégation italienne à Pékin. «L'Unità», 23 avril 1980.

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rence pour la paix à Paris les 28 et 29 avril. Avec d'autres partis, le PCI a nettement refusé de participer à une conférence qui allait à coup sûr servir les objectifs de la bureaucratie soviétique sur une série de questions. Il a rappelé à cette occasion son refus de telles conférences des seuls PC, non seulement parce qu'elles représentent une vision rigide du «mouvement communiste international» qu'il rejette parce que la lutte pour la paix et le progrès doit impliquer toutes les forces socialistes et progressistes.

Il est certain que son voyage imminent à Pékin plaçait linguer dans une position de force pour prononcer son refus: par sa politique d'ouverture qui trouvait là une importante concrétisation, n'œuvrait-il beaucoup plus efficacement à la détente et à la paix? C'est là, pour influer sur les PC réunis à

L'HISTOIRE D'UNE RUPTURE DE QUINZE ANS

L'œcuménisme actuel des dirigeants du PCI n'a pas toujours été de mise. Quand survint la rupture entre PURSS en 1960 et que cette dernière retira toute son aide à la jeune République populaire, le PCI n'adopta pas une attitude «neutre» comme il cherche à le aujourd'hui. vocabulaire fleuri du stalinisme restait de vigueur et les «serpents vénéneux» (Luigi Lonchinois furent abondamdénoncés et calomniés dans la presse du PCI et les discours de ses dirigeants. Que les chinois soient responsables de la rupture ne faisait aucun doute pour le PCI et Giancarlo Pajetta la tribune Xe Congrès en décembre 1962 à Rome. La délégation chinoise y avait provoqué un incident en déclarant que sa présence était incompatible avec celle de la délégation yougoslave. Pajetta saisit l'occasion pour dénoncer le PC chinois en termes peu choisis. Les communistes chinois rédigèrent alors leur fameux texte «Encore une fois à propos de nos désaccords avec le camarade Togliatti» qui devint le bréviaire de la lutte

Paris, une position bien plus forte que celle qu'il a adoptée sur les euromissiles ou l'Afghanistan. Car il est certain que le problème des rapports avec les communistes chinois reste, au-delà des polémiques, un point noir pour le PCUS et les autres PC et que, dans la recherche à tâtons de la bureaucratie sovié tique sur cette question, le PCI peut s'avérer utile pour le futur. Ceci peut expliquer d'ailleurs que l'irritation certaine de Moscou face aux diverses initiatives du PCI ne se soit pas traduite par des attaques, même masquées, contre le parti de Berlinpour les dirigeants communistes italiens, ce voyage revêt une importance presque symbolique, vu le rôle joué par la rupture sino-soviétique et ses conséquences dans l'élaboration de leur politique d'«unité dans la diversité» et l'évolution de leurs rapports avec Moscou. anti-révisioniste menée par les occidentale.

Mais le PCI modifia son attitude dès 1963 quand il apparut que les dirigeants soviétiques entendaient une conférence mondiale des partis communistes qui devait prononcer une condamnation chinois. Togliatti ne changeait nion sur la responsabilité et les erreurs des maoistes mais il voulait signifier son refus de toute «excommunication» d'un parti et affirmer par là sa conception

«polycentrisme». avant tout une mesure d'autodéfense de son propre parti. Il voulait se protéger contre tout risque d'excommunication au moment où il s'engageait de façon décisive sur la nationale» au socialisme, considérait, avec intérêt l'expérience de centre -gauche qui se dessinait et s'insérait plus profondément dans la réalité italienne. En bref, il ne voulait pas que les dirigeants soviétiques fassent aux Chinois ce qu'ils pourraient faire au PCI à une autre étape.

A la veille de la publication du rapport Souslov qui demandait un «rejet collectif» du PC chinois, l'Unità publiait un article de Mario Alicata mettant en garde contre le risque de voir le conflit sino-soviétique mener «chaque partie à recher-

‹excommunier) le parti et l'Etat avec lequel il est en «un retour sur ce terrain représenterait, à notre avis, un sérieux recul pour tout le mouvement international, recul inacceptable pour nous...».

Le PCI multiplie alors les démarches pour faire renoncer les Soviétiques à cette conférence. Luigi Longo est envoyé en février 1964 à Moscou; en avril 1964 le CC du PCI envoie une lettre au CC du PCUS l'avertissant que la tenue de la conférence comme prévu serait une «erreur»; fin avril Pietro Ingrao et Berlinguer vont à Moscou, y restent 9 jours et reviennent bredouilles. Au comité central

22 avril 1964 Togliatti dénonce les méthodes d'«excommunications solennelles» comme «inutiles et dommageables» et rejette la perspective d'une conférence mondiale.

Le PCUS change alors la date prévue pour la conférence, de juin à décembre 1964. Non satisfait, Togliatti Moscou en août pour faire une dernière tentative auprès de Krouchtchev: il trouve porte close, celui-ci fait une tournée en Sibérie. Il se rend à Yalta pour attendre une éventuelle entrevue et décide de mettre les positions de son parti par écrit dans ce qui deviendra le «Mémorial de Yalta», codification du polycentrisme et de la voie nationale et démocratique au socialisme. A peine a-t-il écrit ce document est victime attaque cérébrale et grande partie de ce «mémorial est consacrée à la «meilleure façon de combattre les positions des Chinois». Togliatti y explique que «seulement après une longue préparation qui pourrait durer une année ou plus, pourrait-on examiner la question d'une conférence internationale... De cette façon nous serions également

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meilleure pour isoler les communistes chinois, en leur opposant un front plus compact, non seulement par une définition générale commune des positions chinoises, mais aussi par une conscience plus profonde des tâches communes de tout le mouvement de même que des problemes concrets de chaque secteur. De plus, une fois nos tâches et notre ligne politique clarifiées, on pourrait même en venir à abandonner le projet de conférence si cela apparaissait nécessaire pour éviter une scission formelle (...). Il concluait que l' «unité de toutes les forces socialistes dans l'action commune, au-delà des divergences idéologiques, contre les groupes impérialistes les plus réaction-

Best une nécessité indisIl est inconcevable que la Chine et les communistes chinois puissent être exclus de cette unité» (4). Ce document, qui est en quelque sorte l'ancêtre du compromis historique, a, depuis servi de guide à la politique du PCI dans ses rapports avec le «mouvement communiste international».

En 1965, Giancarlo Pajetta se rendait à Pékin pour rencontrer une délégation du PCC menée par Deng Xiaoping. C'est lors de cette rencontre que la rupture fut consommée entre les deux pourtant le PCI n'en abandonna pas pour autant ses tentatives de retisser les liens avec les communistes

En juin 1969,lors de la conde Moscou des partis communistes, Enrico Berlinguer déclarait:« Le problème de la Chine demeure un problème objectif qui nous est posé dans

Usa portée... Nous drions souligner l'exigence de développer une action politique correspondant à la portée, à la complexité et à la gravité des questions soulevées par le problème de la Chine et, donc, d'initiatives renouer une discussion politirapports unitaires. Et il est qui doivent être faits dans ce sens devront tenir pleinement compte des exigences objectives de développement de l'économie et de la société chinoise et du rôle de la Chine dans le monde.» (5) (Rappelons que, à la même date, le PCI excluait de ses rangs les sympathisants maoïstes du Manifesto).

En 1970, Maria-Antonietta Macchiochi et Alberto Jacoviello, intellectuels communissont envoyés en voyage à Pékin pour tenter de reprendre contact avec le PCC. En vain. Les mêmes refont une tentative similaire en 1972, toujours sans résultat. En 1973 et 1974, alors que la polémique sino-soviétique d'intensité, la presse de bienveillance envers la Chine. Giuseppe Boffa, principal soviétologue du PCI, rappelle à ce moment la position «neutraliste» de son parti dans conflit sino-soviétique et s'il condamne la violence de l'expression des désaccords «de quelque côté qu'elle vienne», il salue les grands progrès réalisés par la Chine et conclut sur le refus du PCI de se laisser dans une anti-chinoise. Le PCI craint en effet que le Kremlin n'envisage une nouvelle conférence pour condamner le PCC, et ses prises de positions ne sont décidément pas dans la note au moment où les PC d'URSS, de Bulde Hongrie, de Mongolie, de Pologne et de Tchécoslovaqui publient un livre collectif intitulé: Le maoisme, ennemi politique et idéologique du marxisme-léninisme (Sofia, novembre 1974).

Au cours des années suivantes, les dirigeants et la presse du PCI continueront de suivre avec bienveillance l'évolution de la politique chinoise. Deux ments guident le jugement de Berlinguer et de ses collègues. Tout d'abord, après le gauchisme débridé de la période de la révolution culturelle, le«realisme» des successeurs de Mao les rassure et , pour eux, le retour de la Chine sur l'arène mondiale apporte une pierre — de taille!à l'édifice de la coexistence pacifique. Ensuite, et c'est tout aussi important, les analyses de la direction de PCI sur la politique de Moscou ont évolué et elle n'est plus prête à reconnaître en toutes circonstances la justesse de cette politique (6). Et ceci est en particulier le cas pour le conflit sino-soviétique: en 1960, le PCI dénonçait violemment les Chinois; en 1974, G. Boffa parlait de neutralisme du PCI et de responsabilités partagées par l'URSS et la Chine dans le conflit; en 1980, Enrica Colloti-Pischel, ancienne maoiste revenue au PCI, écrit dans Rinascita (hebdomadaire du PCI) à la veille du départ de Berlinguer pour Pékin:«La suspension de la collaboration économique et militaire sovietique au développement de la Chine ont placé ce pays face à de grandes difficultés au moment où le siège des USA était plus pressant et plus pesant que jamais» (7).

ces prises de position, le PCI relance les tentatives vers le PCC, profitant dès 1977 du rétablissement des rapports entre les dirigeants chinois et le PC yougoslave; ce dernier a en effet été le principal interprète du PCI auprès des premiers.

Si, fin 1978, Berlinguer dénonce l'attaque de la Chine contre le Vietnam, il fustige aussi vigoureusement l'invasion du Cambodge par le Vietnam, ce qui ne manque pas d'être noté avec intérêt à Pékin. Finalement, les multiples tentatives du PCI portent leurs fruits : en mars 1979, une délégation du PC chinois assiste au XVe Congrès du PCI; en novembre 1979, Hua Kuofeng, au cours de sa tournée en Europe, fait escale à Rome et rencontre Berlinguer; décembre, une délégation de la FGCI est invitée en voyage officiel Chine; le même mois, l'invita-

Palmiro Togliatti, «Pro-memoria Rome 1976.

«Rinascità», du 11 Voir pour leurs critiques à propos de l'Afghanistan et des responsabilités de l'URSS dans la rupture de la détente : «Les PC européens et l'Afghanistan», «Inprecor», amministrerà la Cina domani ?», «Rinascita», ler mars 1980.

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tion officielle du PC chinois arrive aux Botteghe Oscure; en février 1980, une délégation syndicale italienne dirigée par le communiste Bruno Trentin, est reçue en Chine; toujours en février, Pietro Ingrao se rend à Pyong Yang; enfin, le 14 avril 1980, Berlinguer, véritable Pénélope du mouvement communiste, s'embarque pour la Chine.

Ce voyage représente donc l'aboutissement d'une bien longue marche et ceci autorise les

L'insistance mise à la fois par les et chinois sur le succès et l'importance de ce voyage «en soi» et le choix fait, dans les déclarations finales, de laisser au deuxième plan les divergences importantes existant entre les deux partis, ne relèvent pas la tactique diplomatique. Pour les raisons exposées plus haut, les deux partis ont charelations et à affirmer que des peuvent et doivent pas être un obstacle à la discussion et à la collaboration des partis sur la base de l'indépendance et du respect mutuel.

des rapports avec l'URSS est, bien sûr, une tous les entretiens. Mais il faut noter que, si les dirigeants chinois ne partagent pas l'œcuménisme de Berlinguer, ils ont il y a quelques mois rejeté les «neuf commandements» sur la base desquels entre 1963 et 1964, l'URSS avait été damnée comme révisionniste par l'équipe maoïste et ont qua«défini à tort comme révisionniste la prolétarien qui cherchait à développer les forces producti-

Les responsables chinois ont fermement, mais termes, somme toute, raisonnables, leur position sur l'URSS. Ainsi Hu Yaofang a-t-il déclaré : «Le PC chinois s'oppose fermedirigeants du PCI à souligner que son importance réside avant tout dans son existence même. Et certes, on ne peut pas faire le bilan d'un tel voyage de façon comptable en se contentant de comparer la colonne cords» avec la colonne «désaccords». Car ce qui est en jeu, tant pour Berlinguer que pour les dirigeants de Pékin, c'est de peser sur la redistribution des cartes en cours et à venir dans les rapports au sein du communiste international. «UNE EXIGENCE DE LA SITUATION INTERNATIONALE»

- son con le

comme son devoir international - au parti qui intervient dans la vie interne des autres partis et qui recourt même à l'intervention armée dans d'autres pays. Tous les partis communistes devraient faire la même chose pour défendre leur souveraineté, leur indépendance, leur autonomie» (9). Berlinguer s'est, lui, efforcé . sonne mais que, au contraire, il participait de son effort visant à «créer un climat de plus compréhension coopération

Get tous les mouvements qui s'inspirent des idées de la paix, du progrès et du socia-

By compris l'URSS». Il y revient dans sa conférence de presse finale à Pékin: «Nous avons également précisé que la reprise et le développement des rapports entre nos deux partis ne sont pas dirigés contre un autre parti. La rencontre entre les dirigeants du PCI et du PCC constitue la preuve que l'existence de désaccords et de divergences n'est pas un obau dialogue, à la confrontation ouverte et à la collaboration (...). Ceci a une importance aussi pour l'ensemble des rapports entre les partis communistes et, plus généralement, entre les forces de libéprogrès, de paix» (10).

message qui s'adresse autant au PC soviétique qu'au PC chinois et qui n'a pas manqué de trouver une oreille attentive à Pékin. (Notons par ailleurs que, au moment même où Berlinguer se rendait Pékin, une délégation de Rinas cita dirigée par Luciano Barca et Massimo Boffa se rendait à Moscou sous le prétexte d'une invitation de la revue du PCUS Kommunist. Parions, sans grand risque, que cette délégation a eu pour tache de discuter d'autre chose que de la presse du parti).

Les discussions sur la situation internationale ont montré les désaccords connus entre les deux partis, mais également des points d'entente possibles. Les dirigeants chinois ont rappelé que, a leurs yeux, la guerre est inévitable du fait de «l'expansionisme soviétique». Berlinguer a souligné, pour sa part, que le PCI était également préoccupé par les menaces qui pèsent sur la paix, mais il a marqué son désaccord sur un point important : «Nous ne sommes pas d'accord pour considérer l'Union soviétique comme une ennemie. Je tiens à ajouter que nous ne sommes pas non plus d'accord pour que l'on considère la Chine comme une ennemie» (11).

Mais les deux partis ont convergé sur la nécessité d'initiatives pour la paix et, dans la partie finale des entretiens, Deng Xiaoping aurait longuement parlé de la stabili- t de date té et de la paix mondiale et aurait déclaré : «Nous pensons que la guerre est inévitable, mais la Chine a l'espoir qu'elle ne puisse pas éclater avant une vingtaine d'année» (12), c'est-à-dire l'échéance prévue pour l'accomplissement des «quatre modernisations» ! 8) Cité par A. Jacoviello, «La Republica», 16 avril 1980. 9) Idem. 10) Enrico Berlinguer, conférence de presse à Pékin, «l'Unità» du 23 avril 1980. 11) Idem. 12) Renco Foa, «l'Unità» du 19 avril 1980.

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La Chine subit la présence militaire soviétique à ses frontières, dispose d'un appareil militaire relativement faible et obsolète et craint particulièrement les risques de conflit et les tensions extrêmes qui résulteraient d'une nouvelle avance de la révolution dans le sud-est asiatique. Elle s'en inquiète d'autant plus que ses choix de développement économique pour les années à venir exigent d'accaparer de gigantesques efforts matériels et financiers. C'est justement pour desserrer cet étau que les rapports avec le PCI et d'autres partis ont été

Les intérêts que trouvent ainsi les bureaucraties communistes italienne et chinoise à se retrouver et à s'épauler font peu de cas du sort que leur politique réserve aux leurs dans leurs pays respecdirigeants chinois ont chaleureusement salué les progrès de la «recherche originale» d'une voie au socialisme par le PCI : que celle-ci passe par le compromis historique, l'austerite et l'appui à la répression bourgeoise, ils n'y trouvent rien à redire.

De même, Berlinguer a vanté dans les murs de l'Université de Pieta, qui ont depuis longtemps oublié les rumeurs de la révolution culturelle, les vertus du gradualisme, de la patience, de la coexistence sans affrontement; les mots mêmes que les dirigeants chinois voulaient entendre.

Mais surtout, Berlinguer, qui sait se faire le chantre des libertés et de la démocratie, n'a pas eu un mot contre la répression brutale qui frappe les opposants au régime en Chine. Ces derniers mois, d'ailleurs, la presse du PCI n'a rien dit au sujet des procès contre les opposants. Mieux encore; en février, les dirigeants chinois abrogeaient l'article 45 de la Constitution de 1978 qui garantissait le droit d'afficher les dazibaos et les «trois grandes libertés», toutes en raprétablis, comme le rappelait à sa manière le Quotidien du Peuple : «Le développement des relations entre les deux partis répond à une exigence de toute la situation internationale» (13).

Cette volonté de desserrer l'étau - sans qu'on puisse parler de reprise de contact avec l'URSS - est confirmée par le fait que les dirigeants chinois se sont remis à parler, à l'occasion de la visite de Berlindu «mouvement communiste international» et des rapports avec ses composantes. ADIEU AU «MUR DE LA DEMOCRATIE» port avec le droit d'expression. Interrogé à ce sujet par Rinascita, Bruno Trentin, de de Chine début répond de façon embrouillée à souhait en parlant de la volonté des dirigeants chinois de «rétablir quelques libertés essentielles» sant ?) (14).

Cette capacité de Berlinguer de fermer les yeux quand cela sert sa politique est encore plus criante quand on aborde l'escale qu'il a faite à Pyong Yang au pays du dictateur Kim Il Sung. On ne peut priver le lecteur d'Inprecor de la description savoureuse qu'en fait Alberto Jacoviello : «Les impressions les plus contrastées s'imposent à nous. Quelques heures après notre arrivée, nous sommes invités à assister au Palais des congrès à la première rencontre de bienvenue entre Berlinguer et

Run lieu incroyable, mélange entre le goût d'un milliardaire américain plètement fou et celui d'un arabe qui quoi faire de son argent. Des fontaines multicolores dans des salles grandes comme la Piazza del Popolo, lants d'un étage à l'autre, des de centaines de mètres des lampadaires de taille et de prix proportionnés, des centaines de portes en arabesques de noyer sombre et lourd, des murs de dizaines de mètres entièrement recouverts pisseries représentant des paysages champêtres, d'incroyables statues de marbre blanc du pré-

'bien-aimé", le plongé dans le silence. Tout le monde marche sur la pointe des pieds, tout le monde extrêmement préoccupé de ne pas heurter les oreilles du leader 'respecté par le bruit. On prie énergiquement photographes de ne pas utiliser le flash et les journalistes de ne pas poser de quesine. Et, quand Kim Il Sung arrive pour recevoir Berlinguer et s'avance avec lui dans la salle où se tiendra la premiere nous les suivons avec la sensation désagréable de suivre une relique vénérée et miraculeuse». Et Jacoviello de conclure : «Le monde, disait Gramsci. est grand et terrible. Corée est tout sauf terrible (...) Ce qui est terrible, c'est seulement le fait que, en 1980, il y ait un 'socialisme réel' dirigé par un pharaon !» (15). Mais Berlinguer s'est parfaitement entendu avec ce pharaon puisqu'il est pour «l'indépendance, l'autonomie et le respect pour tous les autres partis communistes», pourquoi être regar-

Mais peut-on ironiser sur le fait que c'est avec ce «dieu » vénéré comme Staline lui-même n'a jamais réussi à l'être que Berlinguer a trouvé le plus de points d'accords au cours de son exploration dans le communisme asiatique ? 14) Bruno Trentin, «Come si lavora per le 4 modernizzazioni», «Rinascita», 21 mars 1980. 15) Alberto Jacoviello, «La Republi-

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