Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Interview de Hugo Blanco

Inprecor n° 79, 12 juin 1980 · p. 17-18 · 1 559 mots

Pérou et Bolivie Mexique Syndicalisme

* La droite a dépensé des somnes fabuleu-

Uses, des millions de dollars pour sa campagne; la gauche n'avait que des noyens très limités.

En ce sens aussi cette campagne a été très différente de celle de 1978. Dans ces élections, l'opinion publique a été littéralement manıpulée par les millions de dollars et les appareils politiques. Le PRT a dépensé moins durant toute sa campagne que ne dépensait chaque jour et pour leur seule propagande télévisée chacun des trois grands partis bourgeois. Au rapport entre l'invest ssement financier et le nombre de votes obtenus, la gauche a été très largement gagnante. * Comment analyses-tu raix de la gauche péruvienne ? - Il est évident que le vote pour la gauche a baissé. Plusieurs facteurs expliquent cela; avant tout la baisse d'intensité de la mobilisation de masse et de la lutte de classe. Lors tions pour la Constituante, la situation était très différente puisqu'à quelques des élections, il y avait eu — en mai 1978 une grève générale nationale. Cette campagne n'a été marquée que par la grève des employés municipaux de Lima, grève durement réprimée qui a conduit à l'assassinat de plusieurs grévistes peu de jours avant les élections, mais que le gouvernement a réussi à cacher à une partie de la population. - Bien évidemment, la division des forces de la gauche qui a désorienté et découragé nombreux sympathisants de celle-ci. pour revenir au point antérieur, il est important de comprendre de grande mobilisation les masses peuvent voir clairement quels sont leurs ennemis et quels sont ceux qui sont à leurs côtés dans la lutte. Durant cette les masses ont été littéralement submergées de propagande, de promesses de toutes sortes, alors que la mobilisation était réduite.

A PARAITRE FIN JUIN : QUATRIEME INTERNATIONALE

Interview de Hugo Blanco launde ?

et ses partisans a eu un gauche.

les résultats électoplus généralement ?

des élecsemaines l'APRA favorisait les militaires.

de

Mais, supérieures.

Au sommaire :

Editorial - Une nouvelle situation internationale?

Manuel Aguilar Mora - Populisme et révolution permanente

John Ross - Construire le parti ou construire une «fraction-secte» ?

Ernest Mandel - Pourquoi la bureaucratie soviétique n'est pas une nouvelle classe dominante (Réponse à PM Sweezy)

Pérou * Quel rapport vois-tu entre la faiblesse du vote pour la gauche et la victoire de Be- On touche là à une autre raison de la baisse de la gauche: la campagne contre le «vote perdu», pour le «vote utile» menée par Belaunde impact sur certains secteurs qui ne voyaient pas la gauche comme une alternative, à cause de ses divisions et parce qu'ils savaient que de toute façon les militaires s'opposeraient à une éventuelle victoire de la * Comment analyses-tu le vote pour Belaunde - C'est avant tout un vote contre les militaires et contre l'APRA. Belaunde a su rappeler qu'il fut le président renversé par les militaires en 1968 et qu'il n'avait pas participé à la Constituante en 1978. Au contraire, la collaboration de l'APRA - et aussi du PPC — avec les militaires est apparue clairement dans la Constituante; et durant presque toute la campagne, était, aux yeux de tous, le parti que * Quel sera le futur du gouvernement Be- Ce gouvernement de Belaunde est apparemment plus fort que le précédent, durant les années soixante, puisqu'avec l'appui il est assuré d'une claire majorité au Parlement. En réalité, il est plus faible, entre autres parce qu'il doit affronter un contexte économique beaucoup plus difficile. Mais surtout la conscience et la combativité du peuple sont très l'époque, c'était essentiellement le mouvement paysan qui luttait contre la bourgeoisie. Aujourd'hui, c'est la classe ouvrière et les masses urbaines qui sont à la tête avec, derrière elles, la tradition de lutte et de mobilisation contre la dictature

Table ronde de Critica Communista : Les 61 licenciés à FIAT Emmanuel Farjoun — La classe ouvrière palestinienne dans l'économie israélienne M. Marguerito - La crise agraire au Mexique Pierre Frank - Leon Trotsky et la révolution espagnole Archives du marxisme - Roman Rosdolsky :Les prolétaires n'ont pas de patrie

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s'est notamment exprimée à travers les grèves générales nationales des dernières années. * duelle a orion saisie de la cament des particulier, de celle du PRT ?

La campagne du PRT a été très claire. Son axe était l'indépendance de classe: seul un gouvernement des travailleurs sans patrons ni généraux peut sortir le pays de la crise actuelle et les masses de leur misère.

Les campagnes de tous les autres secteurs de la gauche ont au contraire été confuses, créant l'illusion que les travailleurs peuvent - et doivent - gouverner en alliance avec les secteurs du patronat. Ce qui malheureusement n'a pas contribué à éduquer les travailleurs quant l'antagonisme irréductible entre leurs intérêts de classe et ceux des exploiteurs. * Comment analyses-tu les résultats respectifs des différentes forces de la gauche ? - Unidad de Izquierda (UI) a perdu considérablement si l'on prend pour référence le vote PC et PSR pour la Constituante. Qu'un généra soit présenté comme «candidat des travailleurs» est apparu scandaleux à la plupart de ces der-

UNIR et l'UDP ont fait une campagne confuse, comme je l'ai dit, en créant des illusions sur des supposés secteurs progressistes de la bourgeoisie. Ce explique que beaucoup d'électeurs qui ont voté UNIR ou UDP pour l'élection des députés et sénateurs, ont voté Belaunde pour l'élection du président (1). * * Cela signifie-t-il que UNIR et UDP voient

Men Belaunde le représentant d'un secteur bourgeois «progressiste»? - Non. Ils ne disent pas cela. Mais ils éduquent les masses sur la base du fait qu'existent de supposés secteurs «progressistes» de la bourgeoisie. * Quelles caractéristiques spécifiques a, selon toi, le PRT? - La quasi-totalité de nos votes sont cohérents, c'est-à-dire c'est-à-dire que pour président, sénateur et que pour président, sénateur député, le PRT a reçu un nombre à peu près équivalent de votes.

C'est un vote contre la conciliation des intérêts de classe, pour l'indépendance de la classe ouvrière. Très nombreux sont ceux qui ont écouté et compris notre propagande autour du «pouvoir aux travailleurs», et l'ont exprimé par un vote de classe clair. * Quelle comparaison peut-on faire entre les résultats actuels et ceux de la Consti- Il est clair que notre vote a diminué; mais nous pensons aussi qualitativement différent. Il ne s'agit plus maintenant d'électeurs qui votent par sympathie pour Hugo Blanco, mais d'électeurs qui, dans leur grande majorité, votent pour un gouvernement des travailleurs sans patrons ni généraux. un vote plus conscient, un vote pour le PRT et son programme. Nous ne nions pas l'existence, même aujourd'hui, du facteur personnel, mais ça n'est plus l'essentiel - et c'est tres positif.

Crâce à ces élections, le PRT a franchi un seuil qualitatif. C'est maintenant un parti organisé nationalement, connu par les masses.

Un parti qui a appris à mener une campagne et s'est montré capable d'organiser plusieurs milliers de nouveaux sympathisants autour de lui dans cette campagne. Nous avons rompu pratiquement avec la tradition du groupuscule sectaire qui était jusqu'alors celle trotskysme péruvien. Cela, c'est un changement qualitatif. * Dès le lendemain des élections le PRT a repris l'offensive. Il a lancé une campagne qui permettra, à l'ouverture du Parlement, d'apporter un véritable «cahier de doléances» du peuple péruvien. Peux-tu en expliquer le sens?

- D'importants secteurs de masse attendent que Belaunde concrétise ses promesses. L'un des axes de sa campagne n'a-t-il pas été de promettre 1 million de nouveaux emplois d'ici un an...? Nous avons donc élaboré un projet de plateforme qui synthétise les principales revendications immédiates du peuple comme l'augmentation des salaires, l'amnistie générale, la réintégration des militants ouvriers licenciés sous la dictature, etc. Nous allons faire discuter, amplifier et signer cette plateforme par des dizaines de milliers de travailleurs et la présenter au Parlement. Nous voulons que ce soient les travailleurs eux-mêmes, à travers leurs organisations, qui nous indiquent ce pourquoi • ils veulent qu'on lutte en priorité.

Dans l'enceinte du Parlement, nous n'allons pas faire comme les députés de la droite, qui sourient au peuple durant la campagne et une fois élus, oublient leurs promesses et s'enferment dans leurs bureaux. Nous, nous travaillerons avec toutes les organisations ouvrières et populaires pour que ce soient véritablement les travailleurs qui décident des revendications que nous devons mettre en avant au Parlement. * Comment envisages-tu le problème du l'unité dans la période qui s'ouvre ? - L'unité des forces de gauche tant au niveau parlementaire qu'au niveau des mobilisations des masses a plus de possibilités de se concré tiser maintenant que lors de la campagne élec-

La campagne a vu s'affronter deux conceptions: notre intransigeance contre tous les exploiteurs d'une part et ceux qui cultivent des illusions dans le soi-disant réformisme (1) Les votes pour président, députés et sénateurs étaient des votes séparés. Sur la base des résultats définitifs actuellement disponibles (environ 50% des votes) il apparaît qu'environ 40 à 45% des votants pour les députés et les sénateurs d'UNIR ont voté Belaunde pour la présidence; ce pourcentage monte à 55% en ce qui concerne l'UDP. En ce qui concerne le PRT la variation n'est pas supérieure à 5% entre les trois votes. L'APRA a utilisé ce phénomène dans sa propagande pour expliquer que Belaunde était l'élu de la gauche marxiste. C'est en fait une claire illustration du «vote utile» et des confusions entraînées par une absence de clarté sur l'indépendance de classe.

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