Inprecor 1974–2004

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PEROU

Un premier bilan des élections

· Inprecor n° 79, 12 juin 1980 · p. 13-16 · 2 894 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme Mexique Économie mondiale

Jean-Pierre BEAUVAIS dont l'ampleur a bouleversé toutes les prévisions - d'Accion Popular et de son candidat, l'ancien président Belaunde Terry (qui obtiendra 43% des votes); grave défaite de l'APRA (qui ne reçoit guère plus de 25% des voix), la gauche, prise dans son ensemble, qui totalisera 15 et 20% selon qu'il s'agit des votes pour président, députés ou sénateurs ; tels sont les données essentielles des élections générales au Pérou qui marquent la fin de douze années de dictature militaire et le retour à un «régime civil». Certes, à l'heure écrivons, à peine plus de la moitié des bulletins de vote sont officiellement dépouillés et cette lenteur est d'une fraude qui, pour subtile, risque néanmoins d'être massive: le système - où il fallait élire le futur président et ses deux présidents, les futurs sénateurs et députés tous choisis une quinzaine de listes nationales et souvent quelques listes locales supplémentaires - était extrêmement complexe. invalidations pour forme» dans les bulletins sont donc très nombreuses semblent devoir atteindre près de 20% des votes) et pénalisent les secteurs les plus défavorisés de la population. Dans rurales, zones gauche mieux implantée, nationale.

18 mai et et de déterminer les grands et recul de politique qui s'ouvre au Pérou.

entre

1980 pages

FMI, la dette extérieure et la où nous crise économique et politique la conjoncture laquelle se lourde élections fut fort différente de être et leurs de vote en 1978.

vice-

A l'époque sur

(syndicats, partis

Les

«vice de étaient à la tête de la lutte le

(elles pour dictature.

peu avant ces élections et alors les quartiers ouvriers, les «pueblos jovenes» et dans certaines lieux, où généralement le le pourcentage de bulletins invalidés dépasse largement cette moyenne les Cet élément d'importance pris en compte, il est déjà en possible d'analyser le vote du

Uses conséquences cette traits de la nouvelle situation celle Si l'ensemble des caractéristiques fondamentales de la situation péruvienne n'a guère changé ces trois dernières années, (voir en particulier Inprecor numéro 72-73 du 20 mars

45-49 «Le ment au Pérou» par Manuel Lajo)

sociale dans sont déroulées ces le celle qui a donné leur cadre caractéristiques aux élections pour la Constituante sigeance de sont on assistait à une importante montée de la mobilisation des masses dont les organisations représentatives de gauche, organisations révolutionnaires)

renversement de la En mai 1978, par exemple. 1979

Pérou campagne électorale était déjà commencée , a eu lieu l'une des grandes grèves générales nationales qui ont marqué cette période.

Après les élections pour la Constituante, et stimulée par gains réalisés alors par l'ensemble de la gauche et particulier par les forces révolutionnaires regroupées au sein du FOCEP et de l'UDP, montée a continué à s'affirmer à travers de nombreuses luttes, en particulier des enseignants menée par leur syndicat (SUTEP) et la grève des mineurs.

Mais la politique systématique de division menée par les appareils réformistes - notampar celui de la CGTP (Confédération générale des travailleurs péruviens) la principale centrale syndicale ouvrière contrôlée par le PC péruvien -et renforcée en pratique par sectarisme des maoïstes, conduit à l'isolement de ces luttes qui, face à l'intranla dictature, se soldées au mieux par des demi-échecs.

La répétition de ce schéma a, de fait, progressivement brisé cette montée dès la fin 1978, sans que l'on puisse parler pour autant de défaite du mouvement ouvrier.

De nombreuses luttes se sont développées durant l'année

Get les premiers mois de 1980; la grève de plusieurs

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semaines des employés municipaux de Lima qui s'est soldée par l'assassinat de et qui a transformé la capitale péruvienne en une immense décharge publique durant les journées électorales, est la plus récente d'entre elles.

Mais ces luttes sont toujours restées isolées, sans perspective réelle de généralisation et, malgré le haut degré de combativité, sont globalement restées à un stade contre les effets de la politique d'austérité menée l'équipe économique du ministre Silva Ruete, chargée d'appliquer les orientations dictées par les experts du FMI. Cette situation nouvelle traduction politique: si durant la période antérieure de montée de la mobilisation gros les années 1976, 1977 et 1978), la classe ouvrière et ses organisations étaient à la tête de la lutte contre la dictature - un des éléments permettant de caractériser la situation péruvienne de prérévolutionnaire ce plus véritablement le cas.

Parallèlement, tirant de cette situation et l'accentuant, les mécanismes de transfert du régime régime civil à partir des accords APRA-militaires — et subsidiairement PPC - se mettaient en place, en partie derrière la façade de la Constituante, et en partie aussi dans le cadre de celle-ci. Le contexte électoral de mai 1980 est l'aboutissement de cette situation, qui s'est mise. en place très progressivement.

Le premier révélateur - au niveau de la préparation ces élections - en fond, l'échec de l'ARI.

Personne, à de quelques sectaires aveugles, ne peut nier aujourd'hui que le processus unitaire qui a conduit à la constitution l'Alliance de la Gauche lutionnaire (ARI) (voir Inprecor numéros 70 et 71-73) pondait à un espoir et à une volonté unitaire de larges secteurs

4 grévistes, défensif par lusion et parfois même la démoralisation de certains a eu sa

(en tive.

gne sur le «vote utile».

alors n'était parti que la militaire au l'ARI, projet unitaire, n'a pas qui lui dynamique.

de a été, au doxes» accepté au départ l'ARI à leur corps défendant, et qui, final'exception lement, ne purent dre à re le trotskyste Hugo Blanco une ligne et sur de

Révoen corresleur repli comme alternative à désertion de votes potentiels des masses péruviennes. La désil- pour une de ces secteurs à la suite de la rupture de l'ARI en est malheureusement la confirmation néga-

Désillusion dont a Su habilement tirer parti Belaunde Terry, lorsqu'il a axé sa campa-

Mais cette espérance et cette volonté unitaires confuses, qui voulaient voir dans la gauche une alternative concrète à populaire, classe ouvrière et ses gage organisations étaient à la tête de la lutte contre la dictature — que de la situation présente : pu s'affirmer sur la base de luttes et de mobilisations en cours auraient donné véritable contenu, sa véritable der. Dès lors, le poids des conflits entre appareils politiques aux traditions sectaires devenait déterminant, créant le terrain propice à l'offensive destructrice des «maoïstes orthod'UNIR qui avaient collaboré se résoufaire campagne derrièd'indépendance de classe. L'atomisation cinq listes des forces de gauche ne pouvait qu'accentuer dictature et favoriser la les candidature unitaire de la gauche vers un vote utile en faveur de Belande.

POURQUOI BELAUNDE?

POURQUOI PAS L'APRA?

Pourquoi cette situation n'a-t-elle pas favorisé l'APRA ? C'est-à-dire le parti bourgeois le mieux structuré - et de loin - disposant d'une base

Men déclin certes, mais toujours importante, qui n'a pas hésité à tenir un landémagogique et faire appel à la gauche responsable durant toute la première partie de la campagne pour capitaliser cette atomisation, qui bénéficiait ouvertement du soutien de la social-démocratie internationale, et qu'une bonne partie de la hiérarchie militaire avait choisi comme devant lui succé-

L'échec de l'APRA tient en premier lieu au dernier de ces atouts apparents: l'APRA était, pour tous, le parti favori des militaires, le parti qui a ouvertement depuis plusieurs années avec la dictature - en particulier, dans le cadre de la Constituante pour organiser à son profit, mais selon les modalités voulues par les militaires, le transfert vers un régime civil.

Si voter APRA ne signifiait évidemment pas voter pour les militaires, voter contre militaires, voter contre l'APRA signifiait en finir une

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fois pour toutes avec ce régime et toute volonté de continuité par civils interposés.

Ce fut toute l'habilité de Belaunde et de ses conseillers - au delà démagogique promettant 1 million d'emplois nouveaux etc. — de comprendre tirer les conclusions quant à l'axe de leur campagne. ce faire, Belaunde disposait de deux atouts: * le fait, d'abord, été le president civil versé par le coup d'Etat 1968 qui a porté les militaires au pouvoir et dont l'actuelle dictature. * le fait de n'avoir pas participé - lui et son parti -à l'élection et de la Constituante, donc de ne pas avoir collaboré avec les militaires dans le cadre de celle-ci... ce qui n'a pas exclu, par ailleurs, une collaboration tout aussi réelle mais plus discrète...

A partir de là, il lui était facile de se présenter le candidat bourgeois le plus démocratique, le plus opposé aux militaires, et combinant cela avec l'idée du «vote utile», de capitaliser une bonne part des votes des opposants militaires et à leur dictature.

Le vote Belaunde est, avant tout, un vote «anti-dictature», «anti-militaires», et par extension, un vote «anti-APRA».

D'autres facteurs se combinés pour aboutir au faible vote recueilli par l'APRA. Les divisions internes de celle-ci ont affaibli sa campagne et miné la crédibilité de son candidat Armando Villanueva.

L'an dernier, après la mort de Haya, celui-ci a pu s'emparer de la direction du parti et être ainsi désigné comme son candidat à la présidence qu'il contrôlait l'appareil de l'organisation. Mais cela n'a pas suffi à asseoir véritablement son autorité sur l'ensemble de celle-ci et en particulier, cela et d'en faite de Villanueva.

Pour

Au handicap de ajouté un autre d'avoir rende est issu lence de celui-ci pour d'imposer aux travaux n'ont cessé de les membres d'autres vernement de l'APRA.

comme violentes sa faveur à Lima.

aux

Pérou depuis les élections d'une de la fin de l'APRA.

C'est aller un besogne. L'APRA en sont ses projet militants and ses militants, disposant de parce le contrôle .

vieux «dirihistoriques». L'un de va tenter de ceux-ci, Townsend, chef de file

Villanueva

Le résultat et à ses méthodes autoritaires, était le candidat à la vice-présidence - un candidat qui ostentoire siblement n'a pas fait campagne, misant en fait sur la dénuera.

s'ouvre, de ne pas apparaître comme le candidat toute l'APRA, s'en est péronisme pour Villade l'appareil central de l'organisation, il a usé et abusé des méthodes traditionnelles de vioson autorité. Les équipes d 'hommes de main armés de l'APRA, à la brutalité et à la violence légendaires, toute la campagne, envers les opposants à l'intérieur de l'APRA, comme envers notamment de la gauche, offrant un avant-goût de ce qu'auraient pu être les méthodes d'un gou-

Le rejet de l'APRA, c'est aussi le rejet de ces méthodes par d'importants secteurs de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière, comme en témoigne le faible vote en au défaite historique de l'APRA, peu vite début de a perdu beaucoup de son audience dans de sations).

bastions traditionnels du

Nord du pays et a échoué dans d'élargir ailleurs sa base électorale, notamment tion reconnue par l'ensemble de pas moins la principale orga- pés,

(Unidad la plus structurée et la seule racines populaivoix.

res encore solides et capable d'alimenter les différentes organisations de masse (de jeunesse dat à la et syndicales notamment) qu'el-

Dans l'opposition, l'APRA refaire son unité et de recomposer ces forces.

Best loin d'être acquis d'avance. Mais si indiscutablement une page de l'hisde l'APRA est maintenant tournée avec la mort d'Haya de la Torre puis cet échec électoral, celle-ci contidans la période qui à être un facteur essentiel de la vie politique péruvienne. Les exemples du

Men Argentine, ou du MNR bolivien malgré son éclatement extrême, sont là pour prouver que ce type d'organisations grâce à leur vieille influence de masse et au poids de leur appareil sont capables de survivre longtemps même si leur rôle historique est de toute évidence achevé... LA SITUATION DES FORCES

DE LA GAUCHE Si nous avons déjà analysé les raisons fondamentales du recul électoral de la gauche - caractéristiques conjoncturelles de la lutte de classe et division - encore faut-il souligner certains aspects de la situation extrêmement différenciée qui en a résulté au sein de celle-ci.

Les grands perdants sont le Parti communiste péruvien et le Parti socialiste révolutionnaire (le parti des généraux dits «progressistes» se revendiquant de la première période de la dictature lorsqu'elle avait impulsé une politique réformiste bourgeoise, marquée par un réforme agraire et nombreuses nationaliCes deux partis, qui lors des élections pour la Constituante, avaient totalisé séparément environ 12,5% des voix, s'étaient , cette fois-ci regrouau sein d'une coalition de Izquierda) qui a obtenu à peine 2% des

Si la personnalité du candiprésidence, le général Leonidas Rodriguez, un des hommes qui ont symboli-

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sé la première phase de la dictature, a joué en la de l'Unidad de des raisons plus profondes expliquent cet échec cuisant qui, à lui seul, est responsable, près de 75% voix de la gauche.

Cet échec marque le rejet et la fin d'un courant politique de type «réformiste bourgeois radical» qui avait commencé à se structurer dans le cadre du PSR sur la base d'une revendication, quelque peu mythifiée, la politique et «acquis» des débuts du régime militaire, sous les auspices du général Velasco Alvarado.

Mais cet échec marque aussi et surtout le rejet par la base du PC péruvien, de la CGTP qu'il contrôle bureaucratiquement, de la politique d'alliance de la direction de ce parti avec ce secteur.

Celle-ci ayant été présentée comme un modèle d'alliance avec des secteurs bourgeois «progressistes», comme l'application au contexté péruvien d'une nécessaire politique de collaboration de classe, cette perspective qu'ont tée massivement les électeurs traditionnels du PC, en permier lieu la base ouvrière de CGTP.

C'est une donnée nouvelle dont les répercussions, à terme, dans la CGTP, ne manqueront pas d'être importantes; encore bien plus difficile que par le passé à l'appareil du PC de maintenir son contrôle bureaucratique sur le syndicat ouvrier du Et ce , d'autant plus qu'une analyse détaillée des votes révèle que, si certains de ces électeurs traditionnels du PC ont voté «utile» pour Belaunde, la grande majorité d'entre eux ont voté pour l'UNIR, l'UDP et le PRT et, avant tout, pour ce dernier, Si l'on en par les excellents résultats obtenus par nos camarades les bastions ouvriers, notamment à Lima.

défaveur il

Izquierda,

(à du recul des dépendance de réformiste confuse.

des et aussi du projet de constide gauche» indépendant.

et la base

Quelques c'est élections, rejepéruvienne.

et les la ensemble ritaires au sein de celle-ci.

principal

Pérou.

férent d'un vote compromis alternative révolutionnaire.

juge dans listes de nos camarades du PRT soient en tête de l'ensemble de

A cette défaite du PC, convient d'ajouter la débâcle du FOCEP de Ledesma peine plus de 1%). Au delà du discrédit du personombe de ses candidat et de nombre de ses candidats locaux à la trajectoire douteuse, rejet d'une ques claires, qui, avec la complicité de la dictature, visait à utiliser l'autorité acquise par le FOCEP - symbole de l'inclasse lors des décisif. élections pour la Constituante - au service d'une politique

Ce piètre résultat marque la fin des ambitions de Ledesma, tution d'un courant «réformiste

L'analyse des votes respectifs de l'UNIR (environ 4 pour cent), de l'UDP (environ 3 pour cent) et du PRT (environ 4 pour cent) est développée tant dans l'interview de Hugo Blanco que dans les extraits de la déclaration du Comité exécutif du PRT, publiés par ailleurs.

remarques additionnelles cependant. La place occupée par ces trois secteurs est significative des nouveaux rapports de forces, reflétés par les au sein de la gauche mentaires, Les trotskystes, les courants centristes (UDP)

maoïstes (UNIR) sont très largement majopartenant C'est un autre aspect de la défaite du PC péruvien. Au delà de l'orientation ouvertement favorable à la collaboration de classe de UNIR et des confusions de l'UDP à cet égard, le vote pour ces organisations est à l'évidence qualitativement difpour le PC. C'est un vote qui exprime le programmatiques et stratégiques qui ont conduit certains à donner dans le piège du vote utile - la volonté d'une d'impulser Enfin il est tout aussi significatif que, dans ce cadre, les la gauche, à peu près à égalité, il est vrai, avec celles d'UNIR.

Malgré toutes les difficultés à surmonter - et dont rend compte Hugo Blanco dans l'interview publiée ici-même - le PRT a pu mener une intense campagne sur des bases politi-

Men particulier en ce qui concerne le combat pour l'indépendance de classe, dont ces élections ont une fois de plus montré combien il était

Le nombre des votes recueillis, leur qualité — les pourcentages élevés dans de nombreux quartiers ouvriers (jusqu'à pour cent) ou dans les zones de vieille tradition de lutte comme dans le sud du pays (jusqu'à 20 pour cent) - l'audience nationale acquise et la large périphérie déjà organisée témoignent, comme le dit Hugo Blanco, que «très nombreux sont ceux qui ont écouté et compris notre propagande autour du 'pouvoir aux travailleurs, sans patrons, ni généraux' et l'ont exprimé par un vote de classe clair».

Un autre aspect du bilan de cette campagne du PRT est évidemment l'élection - que devraient confirmer les résultats définitifs - de cinq parletrois (Hugo Blanco, Hipolito Enriquez et Emeterio Tacuri) sont des dirigeants du PRT, les deux autres (Ricardo Napuri et E. Fernandez) aprespectivement au POMR et au PST.

Sur la base de ces acquis et de leur concrétisation dans le développement et le renforcement qualitatif du PRT, nos camarades péruviens seront en mesure de jouer un rôle accru et décisif dans les mobilisations à venir et dans les processus de recomposition qu'inévitableva connaître la péruvienne, tant au niveau syndical que politique.

Ils seront mieux en mesure les combats pour l'unité et l'indépendance politique des travailleurs péruviens, dont ces élections ont une fois de plus montré l'urgente et impérieuse nécessité.u

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