ES élections qui ont eu lieu les 8 vellement dans la presque totalité de la péninsule des conseils communaux, provinciaux et régionaux. En principe, à partir de 1946, toutes les élections locales ont acquis une portée politique générale, même si le plus souvent une partie des électeurs a réagi différemment selon la nature des consultations (la DC obtenant aux élections locales moins de voix qu'aux élections législatives et le PCI, par contre, notamment dans villes, jouissant de la tendance inverse). Les élections récentes
Men rien représenté une exception; au contraire, la campagne électorale s'est développée encore plus que dans le passé sur lés problèmes politiques de fond et maintenant ce sont des tendances générales que tous les commentateurs s'efforcent de dégager des résultats.
Rappelons que les élections politiques de juin 1979 avaient indiqué un assez net recul du PCI, le premier depuis plus de trente ans. En deuxième lieu, au mois d'avril, un nouveau gouvernement avait été mis en place. Après les élections de 1979, il y avait une situation d'impasse : le PCI n'était plus disposé à soutenir une majorité d'unité nationale sans entrer au gouvernement, la DC n'acceptait pas le PCI dans la coalition gouvernementale. On avait abouti à la solution — de toute évidence précaire - d'un gouvernement composé par la DC, le PSDI et le PLI, appuyé indirectement par l'abstention du PSI et du PRI.
Ce gouvernement tombait au mois de mars dernier à la suite de la décision aussi bien du PSI que du PRI de ne plus le soutenir. Les négociations pour former le nouveau gouvernement avaient commencé après que le congrès de la DC ait adopté une motion excluant formellement toute participation du PCI au gouvernement. Absent du gouvernement depuis 1974, le PSI avait déclaré, à plusieurs reprises, qu'il n'aurait participé à aucun gouvernement qui excluerait le PCI et qu'il ne reviendrait pas à la formule du centre-gauche. Il avait aussi avancé la candidature de Craxi à la présidence du conseil des ministres. Or, sous l'impulsion de Craxi, la majorité du groupe dirigeant imposait un tournant : le parti acceptait de participer avec le PRI à un gouvernement dirigé par le démocrate-chrétien Cossiga.
La question de savoir s'il s'agissait ou non d'un retour au centre-gauche est absolument sans importance. Ce qui est important, c'est que le PSI revenait à la collaboration gouvernementale avec une DC qui s'était déplacée encore plus à droite et dans un contexte où les possibilités d'opérations réformistes de quelque importance sont incomparablement moindres que dans les années soixante et qu'au commencement des années soixante-dix. Il va de soi qu'un tel choix avait, entre autres, pour conséquence un approfondissement des divisions dans le mouvement ouvrier.
Pour le PCI, cette attitude de la direction craxienne - que par ailleurs avait accepté sans opposition réelle - impliquait danger d'isolement et, dans les conditions difficiles créées par l'affaiblissement qu'il avait subi entre 1976 et 1979. Ses craintes étaient d'autant plus fortes que l'enjeu électoral était tout à fait concret. Sur la base des résultats de 1979, il était possible de prévoir une défaite d'une série d'administrations «rouges» ou, plus généralement, de gauche qui s'étaient formées après le succès de juin 1975. Les partis ouvriers auraient pu perdre la majorité dans un certain nombre de villes et de régions et le PSI aurait pu être poussé à choisir comme partenaire principal la DC, même au niveau des administrations locales. Il est inutile de rappeler que, pour le PCI, le contrôle - total ou partiel - de communes, provinces et régions importantes représente en même temps un point d'appui essentiel et le fondement de la crédibilité de sa stratégie de transition pacifique et graduelle au socialisme par un élargissement progressif des «éléments de socialisme» dans la société bourgeoise.
Il devait donc faire la preuve que le recul de juin 1979 n'était qu'un épisode, que ses positions n'étaient
Italie pas sérieusement entamées, que sans sa participation aucun gouvernement n'aurait d'autorité et ne pourrait œuvrer à la stabilisation du pays. La DC devait faire la preuve exactement du contraire, à savoir que la collaboration avec le PCI n'était pas indispensable, qu'une majorité stable était possible même sans lui et que la décision de son congrès avait été fondée. Le PSI, à son tour, avait besoin de vérifier les répercussions de son choix d'entrer au gouvernement et de réaffirmer son rôle dans la stabilisation aussi bien du gouvernement que des institutions en général.
UNE CAMPAGNE SANS ECLAT
La campagne électorale a reflété les exigences des différentes formations. La tâche de la DC a été rendue plus difficile par l'affaire du Cattin, accusé d'appartenir à organisation terroriste et qui, paraît-il, aurait été couvert par son père avec Mais, selon ses pratiques traditionnelles et bien expérimentées, la DC a fait bloc face aux attaques de ses adversaires en utilisant l'épouvantail d'une crise politique insoluble et n'hésitant pas à reprendre les arguments de l'époque de la guerre froide. Elle a misé essentiellement sur les réflexes conservateurs, voire réactionnaires d'une partie des électeurs.
Le PSI, pour sa part, a demandé un vote de confiance sur sa nouvelle orientation et un renforcement de son pouvoir contractuel dans les administrations locales. Cela dans la perspective de solutions différienciées et même opposées - plus précisement pour être en position de force face au PC là où on ne pouvait envisager que des administrations «rouges» ou de gauche — et pour collaborer avec la DC et avec les autres partis du centre dans toute une série d'au-
En ce qui concerne le PCI, la faiblesse fondamentale de sa campagne a résidé dans son impossibilité d'avancer une proposition crédible de
formule de gouvernement dans le cadre même de sa stratégie. En effet, la stratégie du compromis historique, avec comme corollaire une majorité d'unité nationale pour l'étape actuelle, est apparue de moins en moins réalisable après le congrès démocrate-chrétien et après le tournant du PSI.
le fait de proposer une solution qui n'avait pas soulevé l'enthousiasme des masses ni des militants du qui, en plus, ne pouvait se traduire dans la pratique à court ou moyen terme, n'a fait qu'aiguiser la contradiction dans laquelle il se trouve. Celle-ci ne pouvait certainement pas être surmontée par la nouvelle formule de certains discours ou de certaines interviews de Berlinguer soulignant la nécessité de se battre pour un gouvernement «moins dangereux» ou «moins nuisible» que le gouvernement actuel, même si les communistes restaient en dehors. On voit mal comment on pourait mobiliser des gens avec une telle perspective!
Le fait que la campagne électorale ait eu des enjeux politiques importants n'a pas impliqué la participation active de la grande masse des électeurs. Cette campagne a été en générale très peu suivie : les grands meetings ont été très rares et même le PCI ses niveaux de mobilisation traditionnels. émissions à la télévision ont été moins suivies que d'habitude et avec beaucoup moins d'intérêt. Le commentaire qu'on entendait le plus souvent dans la rue ou dans les moyens de transports était que les élections ne serviraient à rien et que
Le fait qu'un tel état d'esprit était très répandu est confirmé par l'augmentation du nombre des abstentions et des bulletins blancs ou nuls, déjà enregistrée en 1979. Par rapport à d'autres pays, le pourcentage des votants reste pourtant élevé. Mais ce qu'il est intéressant de noter, c'est la tendance à l'abstention qui s'accentue y compris par rapport à quand elles avaient environ 10 %, cette fois elles ont atteint 11,5 %. Les bulletins blancs ou nuls - respectivement plus d'un million et environ 886000 - ont dépas-
Il ne fait aucun doute que ce phénomène concerne aussi un pourcentage important des électeurs de gauche. Le quotidien communiste l'Unita a écrit à ce sujet qu'il s'agit «d'un ensemble assez hétérogene de protestations, d'inquiétudes, de perte de confiance dans la vie démocratique qui a fondamentalement son origine dans le long malgoverno démocrate-chrétien et dans les obstacles qu'il pose au changement et à la rénovation de la direction politique du Dans certains cas - Bologne, Florenpays». Nous ajouterons, pour notre part, qu'il s'agit aussi d'une perte de confiance dans les partis et les organisations du mouvement ouvrier, incapables d'esquisser une perspective crédible, réellement alternative à celle de la DC et de ses alliés.
Pour en venir aux résultats, du fait qu'on a voté à trois niveaux, et dans les grandes villes à quatre - dans la mesure où l'on a élu aussi les conseils de conscriptions - les données comportent parfois des indications différentes (d'autant plus que dans certaines villes, dont Rome, il n'y avait pas eu d'élections municipales et que les élections régionales n'ont eu lieu que dans les régions dites à statut ordinaire). En tout cas, les réélections régionales restent les plus significatifs.
Le PCI a perdu 1,9 % par rapport aux régionales de 1975, 0,3 % par rapport aux législatives de 1979 (aux provinciales, enregistré, par rapport à 1979, une augmentation de 0,7 %). La DC a par rapport à 1975, 1,5 %, mais elle a perdu, par rapport à 1979 1,3 %. Le PSI a perdu dans les 2 cas respectivement 0,7 % et 2,8 %. Des partis dits laïcs, deux, le PSDI et le PRI, ont perdu, par rapport à 1975, respectivement 0,6 % et 0,2 %, alors que, par rapport à 1979,le premier a gagné 1,3 % et le deuxième a maintenu ses positions. Le PLI a gagné respectivement 0,2 % et 0,7 %. Quant aux fascistes du MSI, qui s'étaient adonnés, depuis un certain temps à une démagogie plébienne, ils ont perdu, par rapport à 1979, 0,8 %. Il faut préciser toutefois qu'ils ont remporté un succès considérable à Naples aux dépends de la DC ; ils avaient obtenu 18 % en 1975, ils avaient baissé à 14,3 % en 1979, ils ont obtenu aux dernières élections 22 % (contre 31,7 % au PCI, 25,3 % à la DC et 7,7 % au PSI).
Les comparaisons sont plus difficiles en ce qui concerne l'extrême gauche étant donné l'hétérogénéité des points de référence. En gros, le PDUP a gagné quelque peu par rapport à 1975 (0,7 %) et perdu par rapport à 1979 (0,2 %). DP gagne par rapport à 1979 (0,9 %).
Les résultats du PCI méritent quelques considérations supplémentaires. La moyenne nationale découle de résultats locaux assez différents. Notamment il faut indiquer que le PCI continue à perdre, de façon assez sensible, au Sud, alors que dans les grandes villes, le plus souvent, il maintient et même renforce ses positions. A Turin, il dépasse même son score de 1975, à Naples il est resté légèrement en dessous en récupérant, toutefois, nettement par rapport à 1979.
ce et Venise - il perd par rapport à 1975, mais il gagne par rapport à 1979. A Milan, par contre, il perd aussi par rapport à 1979. Dans cette dernière ville, un succès a été remporté incontestablement par le PSI avec 19,63 % (contre 26,59 % au PCI et 26,44 % à la DC).
«TOUT EST RESOLU, SAUF LES PROBLEMES» La conclusion qu'on peut tirer est que le PCI a réussi à éviter un nouveau recul et à sauvegarder ses positions locales dans la plupart des cas. Dans ce sens, ses dirigeants pourront continuer à proclamer que la collaboration avec eux reste la condition d'une stabilité politique dans le pays.
La DC ne peut certainement pas pavoiser et sa perte de vitesse posera des problèmes à la direction issue de son dernier congrès. Mais le succès du PSI - qui est l'élément le plus important de ces élections - favorise, en dernière analyse, la DC. Ce succès peut être attribué dans une certaine mesure à l'absence du Parti radical et au compromis entre Craxi et Pannella à propos des nouveaux référendums pronés par ce dernier (le PSI aide à la récolte des signatures et le PR donne un coup de main au PSI sur le terrain électoral). Cela n'empêche que le progrès du PSI renforce le gouvernement en place, assure au parti un rôle central dans la solution du problème des nouvelles administrations locales, surtout là où la situation est très équilibrée, renforce les positions de la direction droitière de Craxi.
Il faut, d'autre part, considé rer que, si le rapport de forces global n'a pas subi, somme toute, de changements importants, l'évolution est incontestablement négative, Si l'on tient compte de l'orientation des différentes formations et l'état d'es prit de leurs troupes. Comme nous l'avons déjà souligné, la DC a défen-
Uses positions en accentuant les tons conservateurs et réactionnaires. Le PSI a progressé après sa rentrée au gouvernement et une campagne où Craxi avait imposé sa musique. Le vote pour le PCI, c'est le vote qui maintient le plus un caractère de classe. Mais l'esprit avec lequel ce vote a été exprimé par une partie considé rable des électeurs est sensiblement différent de celui de 1975-1976. A l'époque, on votait pour le PCI dans l'espoir qu'il imposerait une alternative politique d'ensemble, un changement radical. Aujourd'hui, on a vo té pour le PCI faute d'autres choix crédibles, en choisissant le moindre mal, sans illusion aucune.
Des considérations analogues valent pour les formations d'extrême gauche. Comme nous l'avons dit, du point de vue purement quantitatif, ces formations n'ont pas régressé, mais la signification politique de ce vote ne doit aucunement être surestimé. Le PDUP a mené une campagne électorale sans mettre en avant une stratégie alternative à celle du PCI. Franco Turigliatto a expliqué, dans un article paru dans Inprecor numéro 71, que ce parti s'était même pour un «gouvernement d'urgence», à savoir une variante du gouvernement d'unité nationale. Plus récemment, son principal dirigeant, Magri, a déclaré que son but n'était pas de construire une alternative aux partis traditionnels, mais «d'agreger un vaste pôle de gauche comme élément de transformation et de maturation de la gauche historique». En ce qui concerne, par ailleurs, la politique internationale, le PDUP a mené campagne pour l'autonomie de l'Europe comme garantie de la paix et comme point de référence politiéconomique pour les pays dits du Tiers Monde. Tout ce que ses eux-mêmes avaient à maintes reprises sur la nature impérialiste des pays d'Europe_occidensur le néo-colonialisme, avec la plus grande désinà Démocratie tarienne, sa campagne a évité délibérément de se définir face aux problèmes politiques majeurs et de préciser des orientations. Elle s'est efforcée, par contre, de faire le plein des voix des mécontents «de gauche» en occupant la place, dans un certain sens, du Parti radical qui était absent. Pour ne donner qu'un exemple, dans le dernier numéro de son hebdomadaire, avant le 8 juin, DP n'a publié aucune plate-forme, aucun article qui esquisse une ligne politique. Elle a mis en vedette une déclaration de Dario Foa dont le sens est : c'est la merde totale, les seuls gens propres sont ceux de la DP, votons pour eux... Le fait est que DP représente désormais beaucoup moins une formation politique qu'une «zone» et sa force relative reflète justement l'ampleur de cette «zone» de gens, la plupart anciens combattants de 1968-1969 et du commencement des années soixante-dix, désormais sans perspectives, démoralisés et démobilisés.
Tout cela ne doit pas amener à une caractérisation erronée de la situation telle qu'elle se précise au lendemain des élections des 8 et 9 juin. La force du mouvement ouvrier reste très grande et la combativité ouvrière n'est pas sérieusement entamée malgré certains échecs dont le plus important a été celui de la bataille pour les 61 de chez Fiat qui n'ont pas été réintégrés et que les syndicats n'ont pas défendus comme cela aurait été nécessaire et possible. Les luttes qui s'annoncent pour les contrats au niveau d'entreprises inté. grant les contrats nationaux, fourniront un autre texte important. Chez Fiat, la confrontation s'annonce encore une fois dure : le lendemain des élections s'ouvrait une période de chômage technique pour 78000
La bourgeoisie, par ailleurs, ne se trompe pas sur l'analyse de la situation de son point de vue. Certes, elle peut se féliciter des résultats des élections qui assurent au gouvernement un répit en élargissant les marges de manœuvres de la DC. Mais elle reste prudente et elle incite à la prudence les partis de la majorité. Il est significatif que, le mercredi 11 juin, le Corriere della Sera ait titré son éditorial : «La guerre Craxi-Berlinguer n'est utile à personne» et ait expliqué «qu'il n'est pas sage de pousser le PCI vers l'isolement». Le même jour, La Stampa, journal contrôlé par Fiat, publiait à son tour un éditorial au titre non moins éloquent : «Tout est résolu, sauf les problèmes».
LA CAMPAGNE DE LA LCR
La LCR, section italienne de la IVe Internationale, a participe pour la première fois aux élections avec ses propres listes. Ne pouvant être présente que dans un nombre limité de villes, elle a choisi de faire campagne dans des villes ouvrières où elle a une certaine implantation : Turin, Brescia, Gênes, Milan et Tarante. En plus, elle a présenté des candidats aux élections provinciales de Pordeone, dans la partie nord-est du pays. Les résultats ne pouvaient qu'être modestes. Le pourcentage le plus élevé a été atteint à VALI
Pordeone avec 0,6 %, le vote le plus important en nombre absolu a été celui de la province de Turin avec un
La campagne a été conduite par la distribution de tracts, des meetings de quartier et d'entreprise, quelques meetings centraux et un certain nombre d'émissions de radio et de télévision (Troisième chaîne). L'accent a été mis sur la composition ouvrière des listes. A Turin, les têtes de liste étaient deux militants de la LCR, licenciés par la Fiat, parmi les 61. L'un des principaux slogans a été la défense de douze ans de lutte, des conquê tes des travailleurs, du syndicat des conseils ouvriers. La campagne contre le chômage a été centrée sur le mot d'ordre des 35 heures sans réduction de salaire. En même temps, une campagne a été lancée pour collecter des signatures sur un projet de loi contre le chômage, prévoyant, entre autres, le blocage des licenciements et le 50 % de l'embauche réservé aux femmes et aux jeunes. Des milliers de signatures ont été réunies dès les premières semaines.
En ce qui concerne les administrations locales, la LCR s'est engagée à soutenir les Juntes rouges, en précisant qu'elle ne devraient pas inclure de représentants de partis bour geois (non seulement de la DC, mais même du PRI et du PSDI). Sur le plan gouvernemental, le mot d'ordre a été celui d'un gouvernement des partis se réclamant du mouvement ouvrier, appuyé par les syndicats et autres organisations de masse.
En même temps, la LCR a avancé le mot d'ordre du retrait de l'Italie de l'OTAN et mené campagne pour la défense de la révolution iranienne et de la révolution nica-