E N mai dernier, le voyage du président Lopez Portillo
dans différents pays d'Europe, en France en particulier, et au Canada a donné lieu à des réflexions et à des analyses triomphalistes dans la presse et les mass-media de ces pays sur la situation politique et économique au Mexique. On a surtout parlé, bien sûr, du pétrole mexicain qui est venu sortir la bourgeoisie mexicaine d'une des plus graves crises économiques (celle de 1976) qu'elle ait jamais connue et qui a fourni aux nations du «premier monde», assoiffées d'énergie, de pétrole en particulier, une source d'énergie «stable» en dehors du Proche-Orient.
Mais l'autre aspect de la réalité mexicaine, c'est un Etat autoritaire, despotique, contre lequel se dresse un des mouvements pour les libertés démocratiques les plus puissants d'Amérique latine.
La présence à Paris d'une délégation du Frente Nacional Contra la Represion, Por las Libertades Democraticas y la Solidaridad (Front national contre la répression, Question : Qu'est-ce que le Front national contre la répression, pour les libertés démocratiques et la Réponse : En novembre dernier, toutes les organisations politiques, démocratiques, syndicales et populaires qui luttent depuis une dizaine d'années contre la répression dans mon pays, se sont réunies à Mexico. Cette réunion devait faire le bilan de toutes les actions après les victoires obtenues par la campagne que nous avons imqui a permis des victoires limitées; pourtant concrètement Lopez Portillo a dû signer la loi d'amnistie. Nous reconnaissons tous qu'en dépit de ces victoires, la réalité de la répression au Mexique, sa brutalité et son ampleur, nous obligent à poursuivre notre effort et à renos objectifs et nos méthodes d'action. Voilà comment s'est créé le Front.
Le Front regroupe plus de cinquante organisations fort différentes et le Comité de coordination est composé des dix organisations suivantes : le Comité national pour la défense des prisonniers, des personnes recherchées, des disparus et des exilés politiques, le PRT (Parti révolutionnaire des travailleurs, section mexicaine de la IVe Internationale), le Parti communiste mexicain, le Front populaire «Tierra y Libertad» (organisation de presque un demi-million de militants de la province de Monterrey), l'organisation des paysans «Plan de Ayala», le CENCOS (un institut d'information politique et sociale), la revue Punto Critico, la Corriente Socialista, l'ONE (Organisation nationale des étudiants) et l'UPOME (Union pour l'organisation du mouvement estudiantin). Q.: Quelle est la réalité de la répression au Mexique ? R.: La répresssion cruelle, criminelle et assassine existe encore aujourd'hui au Mexique sous le régime de Lopez Portillo. Voici deux exemples parmi ceux dont la presse européenne, y compris Le Monde, a parlé :
Mexique pour les libertés démocratiques et la solidarité), récemment constitué, a fourni des informations sur l'autre visage de cette réalité mexicaine. La délégation était composée de Rosario Ibarra de Piedra, Clotilde Torres, German Segovia et Maria del Rosario Ibarra. Nous avons rencontré Madame Ibarra de Piedra, porte-parole de la délégation. C'est une personnalité de premier plan du mouvement pour les libertés démocratiques qui s'est développé au Mexique ces dix dernières années. C'est la mère d'un «disparu politique» — ils sont une centaine. Depuis cinq ans, elle a inlassablement frappé à toutes les portes, fait de nombreux voyages, y compris pour se rendre devant les tribunaux internationaux aux Etats-Unis, et aujourd'hui en Europe occidentale; elle est allée partout où elle pouvait trouver des oreilles attentives et des consciences prêtes à écouter et à agir pour dénoncer la répression féroce de l'un des régimes «phares» du néoimpérialisme.
Le premier, c'est le massacre de paysans par l'armée à Chiapas le 31 mai dernier. Peu de temps auparavant, il y a eu un autre massacre de paysans dont la presse européenne n'a pas parlé, à Veracruz, où une vingtaine de paysans ont été assassinés.
Le second cas a été cité dans Le Monde, il y a quelques jours. En fait, Le Monde a dit que deux étudiants sont morts à la suite d'un «affrontement» avec la police. Pourtant, face aux explications confuses que donne le gouvernement, nous avons les preuves irréfutables que ces personnes ne sont pas mortes au cours d'un «affrontement», mais qu'elles sont mortes à la suite d'horribles tortures que le gouvernement emploie habituellement contre les «guérilleros». En avril dernier, le Comité national pour la défense des prisonniers, des personnes recherchées, des disparus et des exilés politiques a envoyé une lettre au vice-ministre de l'Intérieur, chargé de traiter avec nous de ce genre de problèmes, pour dénoncer ces méthodes. Dans cette lettre, nous avons dénoncé les enlèvements et les disparitions de plusieurs étudiants de
Il s'agit de Rosalina Hernandez Vargas, d'Amanda Arciniegas Cano et de Gonzalo Liljehut Perez. La première et le dernier, comme vous pourrez le constater dans Le Monde, sont cités au nombre des personnes «tombées au cours de l'affrontement».
Juste à la veille de son départ pour l'Europe, notre comité a publié un manifeste adressé au président Lopez Portillo où nous avons rappelé que «l'audience publique» qu'il nous avait promise, à plusieurs reprises en mars dernier, n'a toujours pas eu lieu. Au cours de cette audiennous espérions montrer au peuple mexicain, face à la plus haute autorité du gouvernement, les preuves irréfutables de la répression politique qui sévit dans notre pays. Dans ce manifeste, nous avons dénoncé l'existence
de prisons secrètes pleines de dissidents politiques qui sont tous, sans exception, de gauche, l'existence de brigades et de groupes spécialisés dans la torture, de séquestrations et de toutes les variantes d'actions terroristes perpétrées par des groupes comme les Brigadas Blancas, etc. Nous y avons également dénoncé l'arrestation et la disparition de Rosalina Hernandez et de ses deux compagnons.
Enfin, nous voulons citer un cas sur lequel le Front national commence à se mobiliser : au début de l'année, huit disparus, dont nous avions exigé la présentation et la libération, ont été amnistiés. Deux d'entre eux ont ensuite participé à une conférence de presse organisée par pour faire connaître les sérices et les mutilations irréparables qu'on leur a infligés par la torture.
Voilà la réalité de la répression voilà la politique et la justice du gouvernement. Les Brigadas Blancas qui ont été créées avant tout pour combattre la gauche, interviennent pour «faire justice», elles-mêmes, en diverses occasions qui ne sont pas directement liées à des actions politiques de la gauche. En octobre dernier, le directeur de la prison de Monterrey a été séquestré et assassiné par des droits communs. Des membres des Brigadas Blancas se sont chargés, pour leur propre compte, de «faire justice» et ont tué, l'un après l'autre, tous ceux qui avaient participé à l'action et ont fait porter sur les prisonniers politiques détenus dans cette prison la responsabilité de la mort du directeur.
Il y a au Mexique des dizaines de prisonniers politiques qui n'ont pas bénéficié de la loi d'amnistie à Nuevo Leon, à Chichauchan, à Sonora, à Janilisco, à Guanajuato, à Morelos, à Oaxaca et, bien sûr à Mexico. Q.: Quelles ont été les répercussions de votre campagne à l'étranger ? R.: Malgré tous les obstacles dressés par le président
Lopez Portillo - par exemple, le fait que nous n'ayons pas pu venir en Europe jusqu'à ce jour, est dû à ce que le gouvernement, en accord avec les compagnies d'aviation, a retardé notre voyage sous prétexte «qu'il n'y avait pas de billets» pour nous avant la fin du voyage de Lopez Portillo - alors que notre campagne commençait à être connue au-delà des frontières mexicaines.
En Suède et en Allemagne occidentale, des questions ont été posées au président Lopez Portillo sur les Brigadas Blancas, les disparitions de militants, etc. Cela a donné lieu à des commentaires ironiques quand celuici a affirmé ne pas connaître Amnesty International. Pourtant, , immédiatement après son retour au Mexique, 31 personnes ont été amnistiées, dont 11 prisonniers politiques, les 20 autres étaient poursuivies pour des motifs politiques.
Les mass-media ont commencé à donner des informations sur notre campagne. Aux Pays-Bas, il y a eu la présentation à la télévision d'un documentaire sur la répression au Mexique.
Jusqu'à présent, nous sommes allés en Italie et en France. Nous espérons pouvoir nous rendre en Allemagne occidentale, en Suède et si c'est possible en Espagne. Q.: Quels sont vos projets ? R. : Concrétement, avec ce voyage, nous souhaitons préparer la venue à Paris, en octobre prochain, d'une délégation plus large de notre front pour témoigner sur la répression au Mexique. A plus long terme, notre objectif est de constituer une commission internationale sur la répression au Mexique qui vienne enquêter sur place.
Aujourd'hui, nous pouvons dire que se sont ralliés à ces actions en Italie la FLM (Fédération des ouvriers de la métallurgie), les confédérations syndicales CISL, CGIL, UIL, le PCI et le PSI, ainsi que la Ligues des droits et des libertés des peuples (ancien Tribunal Russell, dirigé par Lelio Basso).
Ici, en France, nous avons rencontré les organisations suivantes : Justice et Paix, Action chrétienne pour l'abolition de la torture, la Ligue française des droits de l'Homme, l'Association internationale des juristes catholiques, l'Association internationale des juristes démocratiques, la CIMADE et la section française d'Amnesty International qui se sont engagées à exiger que le gouvernement présente les disparus. Le PCF, le PSU, la LCR, la CGT, la CFDT, Témoignage chrétien, Libération, Le Ma tin et Riposte se sont engagés à envoyer des lettres de protestation et à apporter leur soutien au Front et au Comité. Les personnes qui désirent contacter le Comité peuvent écrire à l'adresse suivante :
Rosario Ibarra de Piedra GUAYAQUIL 205 Col. Altavista Monterrey, N.L. MEXIQUE Mexique