Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

La contre-révolution recule

· Inprecor n° 81, 10 juillet 1980 · p. 20-22 · 2 202 mots

Nicaragua Femmes Syndicalisme

le sigle des Forces armées démocra- ex-Gardes somozistes qui ont sauva-

Alfredo MORABIA

| N démissionnant spectaculairement de la Junte de Gouvernement de Reconstruction nationale (GRN), Alfonso Robelo, leader du Mouvement démocratique nicaraguayen (MDN), principale formation bourgeoise, avait un double objectif : provoquer une crise politique en polarisant une opposition au FSLN sur le thème du «socialisme démocratique», du pluralisme politique et de d'autre part, commencer à mobiliser ses partisans pour faire pression sur le

Le motif principal de sa démission, qui avait suivi de près celle de Violetta Chamorro, était la décision du FSLN d'élargir la participation au Conseil d'Etat à toutes les organisations de masse, mettant ainsi les capitalistes en minorité.

Moins de trois mois plus tard, le MDN de Robelo et le Parti démocratique conservateur se voient contraints d'intégrer le Conseil d'Etat la tête basse pour y occuper leur place minoritaire dans ce «forum démocratique», ainsi que l'a appelé Sergio Ramirez (membre de la GRN et du FSLN). Cet événement traduit une modification des rapports de forces au Nicaragua : au cours des dernières semaines, les capitalistes ont perdu sur tous les terrains où ils avaient voulu livrer bataille au FSLN. - Sur le plan politique, tive de Robelo de mobiliser l'opposition bourgeoise a échoué; il n'y qu'une seule manifestation à Matiguas, petite ville à l'intérieur du pays, la deuxieme manifestation pré vue début juin à Nandaime a dû etre annulée parce que, le même jour, les organisations de masses entendaient commémorer le premier anniversaire de l'insurrection ! Le FSLN a par ailleurs su profiter de la démission de Robelo pour lancer une dure pagne contre le présentant comme le leader de la contre-révol'anti-communisme l'accusant, en dernière analyse, faire le jeu de Somoza. Cette campagne a eu un écho indéniable. Auprès de larges couches de la population, Robelo a perdu toute dans le processus révolutionnaire. Des centaines de manifestants l'ont

Chinandega où il participait à l'inauguration d'un local du

La contre-révolution recule

MDN. Il n'a pu quitter la ville que à la protection de militants - Sur le plan économique, le GRN

La su conjurer la catastrophe en amortissant les conséquences conjoncturelles les plus graves du désastre économique hérité L'inflation, la pénurie des biens consommation, développement du chômage sont relativement maitrisés. La préparation de la nouvelle année agricole s'est faite dans d'excellentes conditions : 150000 manzanas de coton sont prêtes à être ensemencées sur les 170000 que prévoyait le Plan de réactivation économique; les objectifs de production de maïs, de haricots, etc., vont être

Dans l'industrie, au contrôle ouvrier sur la production et au monopole étatique du commerce extérieur, les tentatives de«décadifficiles et risquées, car elles peuvent être pénalisées par l'expropriation. La crainte de tout perdre et les effets des crédits liés à l'aide extérieure suscitent une relance de la production dans le secteur privé. - Sur le terrain idéologique, dernier retranchement d'une bourgeoisie aux abois, la révolution a marsemaines, La Prensa et les émetteurs de radio que contrôlent les capitalistes, abondent en déclarations sur l'amour et la haine, accusant le FSLN d'attiser la haine entre les classes soalors que la révolution antisomoziste s'est faite sous le signe de l'amour. «Aimer, c'est haïr les ennemis du peuple» a répondu Tomas Borge au nom du FSLN. «En mettant fin à l'exploitation, la révolution est un acte d'amour». Pour concrétiser cela, le FSLN peut s'appuyer sur les résultats tangibles de la révolution, tant sur le plan de l'alphabétisation, Robelo comme une tentative d'endoctrinement, que de la santé (camvaccination, création d'un système unique de santé). - Sur le plan militaire, l'Armée populaire sandiniste vient de démanteler des bandes armées contre-révolutionnaires, se dissimulant sous

Nicaragua (FAD) qui sont à l'origine de l'attaque d'un poste qui a fait un mort du côté sandià la contre-révolution est moins liée sentaient les FAD - et de leur jencavec les ex-gardes réfugiés au Honduras -qu'au fait que ses inspirateurs seraient des membres du COSEP (CNPF nicaraguayen), soit d'importantes personnalités liées à lui par l'interméde l'Association des éleveurs, flétrissant du coup la candeur démocratique et pacifiste dont s'affublent les capitalistes. En outre, le développement des milices populaires sandinistes marque un nouveau renforcedes positions révolutionnaires sur ce terrain.

L'intégration du MDN et du PDC au Conseil d'Etat traduit donc bien un recul des positions de la bourgeoisie, qui doit céder du terrain pour moins porter le flanc aux attaques du FSLN et réorganiser ses forces en attendant une nouoccasion de frapper la révolution.

Ce recul est aussi l'expression de progrès notables du pôle révolutionnaire sous forme d'un renforcement des organisations de masse.

LA REVOLUTION

S'APPROFONDIT L'événement le plus important est incontestablement le succès du premier congrès national d'alphabétisation (CNA) qui s'est tenu du 9 au 11 juin à Managua. Près de 700 délégués représentant 220000 alphabétiseurs ayant entre 12 (!) et 70 ans ont tiré un bilan des deux masse que connaît en moins d'un an le Nicaragua. Les travaux se sont déroulés dans une ambiance enthousiaste et militante, montrant que le moral des alphabétiseurs n'avait pas été entamé par les nombreuses difque devait surmonter la CNA : la pénurie de vivres, les conditions d'hygiène dérisoires, les épidémies, la malaria, la lépre des monintestinales qui augmentent pendant des pluies et les coups des

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Giorgino Andrade, près de la fron- assassiné un alphabétiseur, hondurienne, et Esteli. Malgré tout cela, les résultats dépassent toute espérance: certaines sont déjà déclarées libres d'analphabétisme et il est d'ores et déjà acquis que - exception faite intervention impérialiste le Nicaragua sera en grande mi-août, date de la fin de la campasuccès n'est pas le fruit de la bonne organisation technique de la campagne. Il s'agit avant tout d'un phénomène politique. Une telle campagne eut été impossible hors du contexte d'une révolution qui libère l'énergie de dizaines de milliers de jeunes et qui force et la volonté d'aller jusqu'à la victoire de cette «insurrection culturelle». Cette campagne aurait également avorté sans la parà tous les niveaux organisations de masse nées de la révolution, qui ont préparé la population, recruté les analphabètes, organisé les communications rendues trés difficiles dans les deux tiers du pays par les pluies, assuré l'alimentation, les soins médicaux et la formation politique et pédagogique des alphabétiseurs.

La CNA alimente en retour la révolution, renforce l'organisation et la politisation des masses et élargit l'audience du FSLN. Les organisations de masse doivent profiter de la campagne pour se renforcer et capitaliser les progrès de la conscience révolutionnaire des masses, en formant dans toutes les localités des comités de base et en forgeant ses cadres dirigeants.

Les meilleurs jeunes alphabétiseurs, sélectionnés selon des critères politiques, s'intégreront aux Jeunesses sandinistes du 19 juillet, d'où le FSLN compte puiser une nouvelle génération de cadres politiques qui remplaceront les innombrables «héros et martyrs» tombés au cours de la guerre civile.

En permettant une participation et une politisation accrue des femmes à la révolution, la CNA est un tremplin pour l'Association des femmes nicaraguayennes Luisa Amanda Espinoza (AMLAE) qui regroupe actuellement 35000 femmes. En effet, plus de 400000 femmes vont être alphabétisées;60 pour cent des brigadistes sont des femmes et 6700 militantes de l'AMLAE participent à tous les niveaux d'organisation de la campagne.

Mille trois cents coopératives paysannes, qui regroupent 50000 petits producteurs, ont pu être organisées avec l'aide de l'Asociacion de los Trabajadores del Campo

1979. 600 nouveaux syndicats ouvriers ont été formés, dont la majorité sont affiliés à la Centrale sandiniste des travail-

Une attention toute particulière est accordée à la propagande pour la des Milices sandinistes, dans le cadre de la campagne. L'appel du FSLN a été largement suivi. Des ouvriers, sans, des jeunes, des mères de famille affluent dans les stades ou sur les places centrales de 17 à 20 heures tous les soirs. Les milices en sont encore au stade de l'apprentissage de la discipline militaire, elles ne seront armées que dans quelques semaines. Les Comités de défense sandinistes de Managua pensent orga-

50000 miliciens d'ici juillet prochain et le principal obstacle n'est pas celui de l'affluence, mais le manque d'instructeurs.

Depuis le début du mois de juin, tout le pays revit fébrilement les cart sur la composition du Conseil d'Etat. En effet.

ce Conseil a la composition suivante (source : Barricada, 22 auril 1980) :

FLSN

6

PLI

PSN

PPSC

MDN

PCD

PSC

1

CDS

9

JS

1

Asociacion del clero

Fuerzas Armadas

Consejo Nacional

Educacion Superior

ANDEN

UNP

MISURASTAT

Asociaciones profesionales

COSEP successives qui ont mené à l'insurrection finale victorieuse. assemblées commémoratives connaissent une forte affluence, comme à Massaya où 50000 personnes participèrent à la manifestation. Le soir du 10 juin à Managua, des brasiers furent allumés dans tous les quartiers en commémoration de l'insurrection des quartiers orientaux. Des groupes allèrent jusqu'à dépaver renverser les poubelles, pour construire des barrricades, paralysant le traffic, ce qui fut qualifié «d'excessif» par le FSLN.

Alors que la bourgeoisie doit céder du terrain et que se consolide les positions des ouvriers et paysans sur l'ensemble de la vie politique, économique, sociale et militaire, le Nicaragua libre, pays de lacs et de volcans, s'apprête à célébrer, le 19 juillet prochain, le premier anniversaire du plus profond séisme de son histoire: la Révolution populaire Managua, 15 juin 1980 Des erreurs ont été commises aussi dans l'enAMNLAE CST CGT-I 2 CTN CUS CAUS FEDERSALUD ATC 3

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vous informe de sa nouvelle adresse

D ANS les premiers jours de juin, on a annoncé officiellement à Managua la libération des trois journalistes de Pueblo et de deux militants de Frente Obrero, Melvin Wallace, Carlos Cuandra, Isidro Tellez, Juan Alberto Enriquez et Ricardo Guevara. Les journalistes avaient été condamnés au mois de février dernier (voir Inprecor numéro 72-73) alors que Teller avait été condamné séparément pour détention illégale d'armes dans la même période. Douze membres du PCN et de la CAUS ont été aussi libérés. Ils avaient été arrêtés début mars à la suite des grèves dans le secteur industriel de Managua (voir Inprecor numéro 77). Alors que, dans le cas des cinq, il s'agit d'une mesure de grâce, les douze ont été tout simplement remis en liberté car ils n'avaient jamais été traduits en justice.

Nous ne savons pas, au moment où nous écrivons, si des militants du PCN, de la CAUS et de FO restent encore en prison. En ce qui concerne le PCN et la CAUS, plus de douze personnes avaient été arrêtées à l'époque. A la suite d'une manifestation des familles des emprisonnés, le 30 mai, le représentant de la CAUS au Conseil d'Etat, Manuel Estrada, avait déclaré que les militants en prisons étaient dix-huit.

Dans une conférence de presse du 5 juin, le nouveau membre de la Junta Cordova a présenté la décision concernant les journalistes de Pueblo comme une preuve de la générosité de la révolution. Au cours de la même conférence, Jaime Wheelock a expliqué que

10 impasse

Libération des journalistes de Pueblo et des militants de FO Borge et lui avaient été chargés par la direction du FSLN de discuter avec les gens de Pueblo et de FO. D'après la version de Barricada du 6 juin, il a ajouté que «ceux de voulaient mener une civile révolutionnaire et que cela était le produit de leurs déviations idéologiques ultra-gauchistes. Par exemple, au moment où nous disions qu'il fallait lutter contre la dictature, eux s'étaient engagés dans une guerre d'épuration dans le mouvement ouvrier parce qu'ils pensaient qu'il fallait se donner une organisation et une pureté totale de la classe ouvrière dans notre pays». Maintenant certains d'entre eux ont pris une «attitude positive» et on a «traité avec eux individuellement et non d'organisation à organisation»

Dans une émission à la radio, Carlos Nunez a expliqué à son tour que «FO est une organisation qui a eu des positions ultra-radicales, contre-révolutionnaires, de sabotage. Dans cette organisation, sont entrés des délinquants qui ont vu dans ses attitudes un moyen de nuire à la révolution». Quant à la CAUS, «‹sa direction, en partant de

Get en oubliant la réalité de la révolution, avait voulu profiter des problemes réels des travailleurs pour avancer ses positions anti-sandinistes». libraire diffusion Guéménée 75004 Paris 272.68.82. 9 rue de Tunis 75011 Paris 367. 63. 57.

Nicaragua et de la CAUS

Le FSLN n'aurait pas modifié son jugement jusqu'à une rectification pratique de telles positions. «Nous avons des attitudes généreuses mais drastiques, si on maintient des positions inconséquentes» (Barricada, 6 juin 1980).

Finalement, en parlant à une assemblée convoquée par la CNI (Commission nationale inter-syndicale), Henry Ruiz a affirmé que les mesures prises contre la CAUS et FO avaient été «nécessaires pour garantir la marche de la révolution» (Barricada, 9 juin 1980).

La décision de libérer les journalistes et les militants emprisonnés se place dans le cadre d'un réajustement que le FSLN et la CST sont en train d'opérer pour faire avancer l'unité syndicale et pour améliorer leurs rapports avec des secteurs des masses. Il s'agit incontestablement d'une décision qu'il faut saluer. Mais à en juger d'après les déclarations susmentionnées, elle a été concue comme une mesure «de générosité» envers des militants qu'on espère récupérer, beaucoup plus que comme reconnaissance du droit à s'organiser pour les différents courants du mouvement ouvrier. Dans ce sens, la mesure adoptée ne résout pas par elle-même le problème que les arrestations et les condamnations avaient posé.

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