Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Après le congrès du PT, sur la conception du parti et le mot d'ordre de Constituante

Inprecor n° 82-83, 31 juillet 1980 · p. 37-38 · 1 107 mots

Syndicalisme Économie mondiale

E spectre de la crise économique hante le pays. Le gouvernement admet déjà, fût-ce à contre cœur, que la récession est peut-être inévitable. Incapable de maîtriser l'inflation et l'accroissement de la dette du PT, sur la cor

: de Constituante extérieure, le régime n'a pas un grand choix de solutions. Lancer le pays dans une récession, en dépit des déclarations contraires de Delfim Neto, aggraverait encore, à coup sûr, l'illégitimité du régime militaire.

Document Brésil ception du parti

Qualifier le régime d'illégitime serait peut-être redondant puisque ses dernières initiatives, comme la réforme des partis politiques, la répression policière et la transgression de ses propres lois, dans le cas des

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métallurgistes de Sao Bernardo et, plus récemment, dans celui violence contre les étudiants et les servent pas chose pour récupérer un minimum de crédibilité aux yeux de la nation.

Cette situation, cependant, ne se produit pas dans un moment de défaite des classes populaires. contraire, les mouvements sociaux

Use développer et avec la réforme partidaire, bien que limitée, on voit naître de nouveaux partis et adversaires inattendus, comme le PT, qui peuvent servir de canal organıse pour que différents secteurs de la société puissent s'exprimer de manière plus agile, plus efficace et surtout

Cette situation de montée du mouvement de masse, de réorganisation des partis et d'approfondissement de la crise que vit le pays, montre clairement que les oppositions doivent se préoccuper, dès maintenant, de définir une alternative à la dictature militaire. Cette question n'est ni prématurée, ni hors de propos. Elle est encore moins étrangère aux luttes les plus concrètes et immédiates pour de meilleures conditions de vie, pour la liberté syndicale et pour le plein droit d'organisation politique. Ce sont des questions qui ne sont pas séparées et qui demandent une réponse ferme et unifiée de l'ensemble des oppositions.

HIER ET AUJOURD'HUI

La crise de la dictature met à l'ordre du jour la question de la Constituante. Il ne s'agit pas là d'un drapeau pour les seuls partis politiques mais d'un objectif déjà approuvé par des assemblées et des conférences nationales du mouvement de masse : une assemblée constituante libre et souveraine.

La proposition n'est pas neuve. Il y a quelques années, l'ex-MDB avançait ce mot d'ordre dans un moment où les libéraux étaient hégémoniques dans l'opposition, à un moment où les classes populaires ne commençaient pas encore à sortir dans les rues, à reprendre leurs luttes et à se présenter comme une alternative possible pour le pays.

Depuis lors, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. L'illégitimité de la dictature a crû dans la même proportion que le mouvement de masse qui, en 1979 et 1980, a laissé beaucoup de gens perplexes devant sa vitalité spontanée, sa capacité de résistance et son organisation croissante.

Le lecteur se demandera certainement : mais cette lutte intéresse-telle les travailleurs ? Leurs revendica• tions quotidiennes comme celles sur le coût de la vie, les salaires, les loyers, les libertés syndicales, ne elles pas prioritaires?

Le fait que le Parti des travailleurs, lors de sa rencontre nationale, pas inclus l'Assemblée tuante dans sa plate-forme de lutte, n'indiquerait-il pas qu'il ne se préoccuperait pas aujourd'hui de la classe travailleuse ? Ce fait isolé est insuffisant pour que la réponse soit affirmad'ordre par le PT est due à une question de circonstances dans le débat en son sein. Une insuffisante préparation du débat et un rapport de plénum furent responsables de la non-adoption de ce mot d'ordre au profit d'une discussion dans le parti.

Ce qui importe, c'est de développer le thème, de l'approfondir. Pour beaucoup, certainement la majorité de la population, tenue à l'écart de la vie politique depuis des siècles, le thème est peut-être inconnu, confus ou dépourvu de sens. Cela ne diminue pas pour autant son importance, puisqu'en suivant un tel raisonnement, nous devrions conclure que l'amnistie ou la réforme sont aussi des questions qui n'ont pas de sens pour les larges masses. L'INTERET DES TRAVAILLEURS

La question de l'Assemblée constituante intéresse les travailleurs parce que les travailleurs ont aujourd'hui besoin d'une alternative de gouvernement face à la dictature militaire. Et, si cette question n'est pas présente dans la conscience de la grande majorité des classes populaires, systématiser et indiquer une alternative pour le mouvement de masse constitue une tâche pour les partis d'oppositon, pour les secteurs les plus combatifs et organisés de la classe travail-

Il est évident que les travailleurs ne sont pas intéressés par une «constituante avec Figueiredo», ni par une constituante qui se limiterait à instaurer un «état de droit» sous hégémonie des libéraux.

Les travailleurs sont intéressés par une constituante qui synthétise une solution globale à l'ensemble de leurs revendications démocratiques comme la liberté syndicale, le droit de grève et d'organisation politique.

Pour les travailleurs, la démocratie substantielle et effective n'est pas une revendication de circonstances, passagère, mais quelque chose de fondamental pour la construction d'une société nouvelle. Dans notre pays, la bourgeoisie et même ses secteurs libéraux ont déjà suffisamment démontré qu'ils sont incapables de garantir cette démocratie. peuvent pas se passer de leur garde

Get la seule démocratie qu'ils ont à leur offrir, c'est la phraséologie creuse des généraux et des ministres dont la pratique est la casdes députés, dans les syndicats, la répression et la

Les travailleurs doivent prendre en charge la lutte pour l'Assemblée constituante car elle synthétise aujourd'hui les revendications démocratiques et la riposte à la crise dans laquelle se débat le régime militaire, en l'état actuel de la conscience des masses et du rapport de forces dans la société.

En prenant la tête de la lutte pour la démocratie, les travailleurs pourront diriger d'autres secteurs sociaux, leurs alliés potentiels dans la lutte pour une société nouvelle, les soustraire à l'influence libérale, leur montrer comment la conquête de la démocratie est indissolublement liée au dépassement de la société capitaliste. C'est la voie pour assurer un espace politique à l'exercice de leurs propres formes de démocratie ouvrière à l'intérieur de la société capitaliste.

Actuellement, le régime cherche à se réformer de l'intérieur, à l'espagnole. Il ne manque pas de conseillers du «président Joao» pour s'inspirer à la source ibérique. A coup sûr, ne manqueront pas non plus les éternels libéraux pour applaudir et se contenter de nouveaux artifices qui leur permetteraient de sauvegarder leurs privilèges..

C'est pourquoi les travailleurs ne doivent vas renoncer au drapeau de la Constituante, libre et souveraine, entraînant avec eux et sous leur direction de larges secteurs populaires de ce pays qui n'ont plus aucun espoir dans le régime militaire et dans son système d'exploitation et de misère. Raoul PONT

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