Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Un Vietnam pour toute l'Amérique centrale

· Inprecor n° 82-83, 31 juillet 1980 · p. 44-45 · 1 241 mots

Amérique centrale El Salvador Indochine Cuba

Un Vietnam pour toute l'Amérique centrale force militaire andine a fait de rapi- - La création d'une force inter-

Eduardo MEDRANO

ACE au soulèvement révolutionnaire des masses d'Amérique centrale et des Caraibes, le Pentagone déploie ses efforts pour créer une force militaire d'intervention fondée sur les régimes du Pacte andin : la Colombie, le Pérou, l'Equateur, la Bolivie et le Vénézuela.

Cette révélation qui a fait sensation dans la presse colombienne, a été publiée par un journaliste de pays, Patricia Lara, dans un long article du quotidien libéral de Bogota, El Espectador, du 29 juin 1980. Lara utilise des sources officielles de New York et de Washington. Selon ces informations, le projet de créer une des progrès dans les cercles dirigeants nord-américains après une réunion, organisée au printemps dernier, par le Pentagone pour examiner les différents moyens et plans d'action à mettre en œuvre pour combattre l'insurrection au Salvador.

En développant ce plan, une personnalité «bien connue et discrete», agissant au nom de l'administration Carter, est venue convaincre les présidents Turbay Ayala de Colom-

Herrera Campins du Vénézuela et Lidia Gueiler de Bolivie (1) d'organiser cette force militaire andine. Le même envoyé spécial comptait pouvoir convaincre rapidement et gagner à ce plan le nouveau président péruvien, Belaunde Terry, et le président équatorien Jaime Roldos.

Avec l'envoi de mercenaires somozistes et anti-castristes, entraînés au Guatemala par la CIA (plan qui a commencé d'être mis en œuvre et qui a été dénoncé depuis le 23 mai dernier par plusieurs journaux bourgeois latino-américains), ce projet de constitution d'une force militaire andine est considéré comme le plus fiable face à la situation politique régionale. D'autres propositions d'action pour stopper le développement de la révolution salvadorienne ont été évoquées avant d'être écartées, au moins pour le moment, parmi lesquelles :

- Une intervention militaire américaine directe mais qui pourrait déboucher sur un véritable ouragan anti-impérialiste dans toute l'Amérique latine;

Une intervention militaire combinée du Guatemala et du Honduras, sous le prétexte d'un incident de frontière avec le Salvador. Il est bien connu que les organisations de guérilla sont, à l'heure actuelle engagées dans des combats avec l'armée salvadorienne tout le long de la frontière entre ces deux pays. Mais les gouvernements guatemaltèque et hondurien sont eux-mêmes aux prises populaires combatifs dans leurs propres pays;

américaine de défense, avait déjà été proposé par le président colombien, Turbay Ayala, lorsque les Sandinistes étaient sur le point de renverser le régime de Somoza. Mais cette formule, qui avait dû être écartée à l'époque en raison des protestations populaires et des manifestations qu'elle avait suscitées, devra, aujourd'hui encore, compter avec la résistance de certains pays, comme la République dominicaine; cela pourrait empêcher l'Organisation des Etats américains, OEA, d'obtenir les 14 voix nécessaires à la constitution d'un tel corps expéditionnaire.

En 1965, le même type de couverture, TOEA, avait été utilisée, lors de l'invasion sauvage de la République dominicaine par l'impérialisme américain. «Mais ce pays accepterait l'intervention, au Salvador, d'une force militaire qui, par un habile tour de passe-passe, ne soit pas directement celle des Etats-Unis ni celle de l'OEA, telle cette force militaire andine dont la création ne devrait être approuvée que par les pays membres du Pacte andin.»

La diplomatie américaine s'emploie à surmonter les hésitations que continuent d'avoir certains dirigeants politiques colombiens, hésitations

El Salvador qui ont un écho dans certains secteurs de l'OEA qui s'inquiètent de voir le Pacte andin assumer des responsabilités politiques en plus de son rôle économique. Ils craignent que cela ne porte préjudice aux fonctions mêmes de l'OEA.

Mais les projets contre-révolutionnaires du président vénézuélien Herrera Campins ne font pas de doute. Après la victoire électorale démocrate-chrétienne, le régime vénézuélien a contribué à la dégradation de ses rapports avec Cuba. A tel point que, lors d'une récente visite au Costa Rica, Herrera Campins a proposé à son collègue démocrate-chrétien, le président costaricain, Rodrigo Carazo, de mettre en œuvre une politique agressive contre Cuba. Le ministre vénézuélien de la Justice a affirmé que son gouvernement était prêt à relâcher les Cubains, Orlando Bosch et Luis Posadas Carriles, et les Vénézuéliens Fredy Lugo et Hernan Ricardo. Ce serait une véritable déclaration de guerre, non officielle, contre Cuba puisqu'il s'agit des assassins avaient placé une bombe et fait explosé un avion cubain, en 1976, près de La Barbade; 73 personnes étaient mortes dans cet attentat.

Depuis lors, le Venezuela a mis en œuvre un important plan d'équipement militaire avec le concours des Etats-Unis. En 1979, le Vénézuéla a dépensé 587 millions de dollars pour des achats d'armes, tandis que le Pérou en dépensait 401, la Colombie 188 et la Bolivie 81.

Le régime vénézuélien a également créé un «Groupement d'entraî nement mobile des forces spéciales (2)», a accepté la visite, au cours de l'année dernière, d'un groupe important d'officiers nord-américains de haut rang et a demandé à participer à la phase terrestre des manœuvres militaires américaines, Solid Shield 80, qui étaient dirigées contre Cuba. • (1) Lidia Gueiler vient d'être renversée par un coup d'Etat militaire. (2) Les forces spéciales sont les unités militaires d'élite contre-insurrectionnelles.

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La volonté du gouvernement colombien de participer à une aggression impérialiste contre les révolutions centro-américaines et caraibes ne surprendrait personne.

Selon El Espectador, des sources proches du Congrès colombien affirment que la Commission colombienne des Affaires étrangères a déjà avalisé l'idée de la création de cette force militaire andine pour une intervention en Amérique centrale. De plus, le gouvernement colombien a menacé le Nicaragua à propos de ses revendications sur l'ile de San Andres et sur l'archipel de la Providence. Il a contribué à empêcher Cuba d'occuper un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies, ce qui a aggravé les relations entre les deux pays.

Le gouvernement militaire péruvien s'est engagé, sans vergogne, dans la campagne impérialiste visant à discréditer la révolution cubaine après l'incident des réfugiés de l'ambassade péruvienne à La Havane. Et tout laisse prévoir que le président. qui vient d'être élu au Pérou, va poursuivre cette politique.

La révélation de la possibilité d'une intervention militaire du Pacte andin en Amérique centrale a provoqué une émotion considérable dans l'opinion publique colombienne. Patricia Lara analysait ainsi les implications d'une telle intervention : «Face à une intervention militaire se produisant au Salvador pour stopper une nouvelle révolution en Amérique latine, ni le Nicaragua, ni Cuba, ni Grenade, ni les nombreuses organisas'étendrait jusqu'aux Andes, propulsé, ce qui est paradoxal, par la politique officielle des gouvernements andins et latino-américains.»

Un éditorial de l'édition du 30 juin d'El Espectador tentait de désamorcer l'idée d'une armée andine et cherchait à blanchir le président Turbay et son chancellier, Diego Uribe

Vargas, de tout soupçon. Cependant, dans un rapport du 29 juin, Uribe Vargas reconnaissait que la vietnamisation de l'Amérique centrale constiun danger réel, même si, selon lui, le conflit continuait de garder un caractère interne. Mais il suggérait que, si cela cessait d'être le cas, un «mécanisme extérieur» d'intervention devrait être mis en œuvre.

Les masses exploitées et opprimées des pays du Pacte andin et leurs compatriotes à l'étranger doivent rester vigilants face à toute tentative faites par leurs gouvernements de créer un tel instrument militaire contre les révolutions centro-américaines et caraibes. Nous devons nous opposer aux mesures, aussi limitées soient-elles, qui iraient en ce sens. Dans le même temps, nous devons appuyer de toute notre énergie les peuples qui luttent pour briser une fois pour toutes le joug impérialiste et capitaliste. Bogota, le 30 juin 1980.

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