Les autorités furent forcées battre en retraite devant ce mouvement, en relâchant nombre de travailleurs de Radom et d'Ursus emprisonnés (mais pas tous), en offrant des concessions institutionnelles l'Eglise et en expliquant que les histoires sur la brutalité de la police étaient des inventions anti-communistes. Toutes les capacités imaginatives de la police furent mises en œuvre pour intimider membres du Comité: certains furent agressés et frappés; d'autres rent des menaces de mort et des Peter GREEN
EPUIS la tentative faite par la
D direction du POUP, en 1976, de diminuer brutalement le niveau de vie de la classe ouvirère, la Pologne traverse crise. Les symptômes les plus évidents et quotidiens de cette crise se manifestent au niveau économique et
HHIM
social: augmentation des prix, pénuries chroniques et aiguës, en particulier dans le domaine agricole, grave d'énergie, ments de l'industrie, large insuffides équipements -manque de logements, pénurie d'équipements médicaux —, énorme endettement à l'égard des banquiers capitalistes occidentaux, etc.
Mais ces problèmes économiques et sociaux sont considérés par nombreux Polonais, zons politiques très différents, me les symptômes d'une crise globale plus profonde, d'ordre social, une crise beaucoup plus générale qui réclame de nouvelles solutions d'ensemble. Le régime politique n'a avancé aucun programme global de réformes, mais la chute soudaine de Jaroszewicz et d'Olszowski (1), au moment du congrès du Parti, indique clairement que la paralysie politique du régime tout au long des quatre dernières années a été source et harceler les ture d'une enquête officielle reçu-
La C des
Nous chie catholique, les nationalistes et le KOR - à fonde qui traverse la Pologne.
Parti et au sein de l'appareil d'Etat.
juin une nouvelle duction se disfonctionnedans l'absence sociaux les ouvriers polonais.
arrivés à termes de solutions globales, ques de très clairement dans les
Polityka: ils venant d'horis'attaque comfondamentaux nais de politique et le créer une serve
Dans ce ils sens, ler plus permettant au régime de la crise.
monceaux de lettres anonymes. Mais, au cours des mois de novembre et de décembre, l'initiative passa du régime au Comité qui menait campagne pour que soit constituée une commission d'enquête de la Diète sur les brutalités policières pendant et après les événements de juin. Un croissant de personnalités turés
-dont beaucoup n'avait jamais parsuffisamment ticipé à des actions de protestation— signèrent des pétitions pour l'ouversubies. (...)
les brutalités policières. En décembre, ces protestations touchaient crise et reventall fausses solutions publions ici la transcription d'une conférence donnée par Peter Green, au mois de mars 1980, où il effectue une analyse critique des solutions proposées par les principaux regroupements socio-politiques - les technocrates, la Hiérarla crise prode tensions constantes au sommet du
L'élite qui se trouve aux postes de direction et qui est responsable de l'organisation de la prosatisfait totalement des toire générales de l'Etat polosous Gierek, mais elle voit la principale raison de la crise actuelle dans la paresse et l'indiscipline de la classe ouvrière polonaise et pour faire travailler plus dur posé courants conscients chez les managers économiques, ceux qui en sont ter une polonais.
poser les problèmes en programmatiexprimés sont se pages de veulent que le régime à l'un des acquis les plus dietinet, ouvriers polodes la période d'après-guerre:
droit au travail. Ils souhaitent armée industrielle de réafin que chaque ouvrier sente peser sur lui la menace du chômage.
pensent que les travailleurs seront obligés de travail-
(1)
dur et produiront, par conséquent, un important surplus surmonter l'Académie des sciences et la direction du Parti se retrouva sur la défensive: ses tentatives de rétablir son autorité par le biais de la répression devenaient une autre source d'instabilité. Même à Radom, où la répression avait été particulièrement dure, plusieurs des travailleurs torpar la police avaient récupéré de confiance pour organiser des actions de protestation contre les brutalités qu'ils avaient
Document Pologne
La direction du Parti a reculé propositions craint la réaction des ouvriers polonais. Elle sait que les travailleurs résisteront de toutes leurs forces et elle n'a pas suffisamment confiance en elle-même pour croire qu'elle sera capable de gagner cette bataille contre la classe ouvrière et l'hispolonaise donne tous les exemples du contraire.
LA HIERARCHIE CATHOLIQUE
La Hiérarchie catholique a proson propre diagnostic de la crise et son programme pour appor-
«solution» aux problèmes Alors que les Polonais de chacun des groupes sociaux et de toutes opinions politiques sont de religion catholique, la Hiérarchie de l'Eglise a son propre point de vue qui correspond à son intérêt collectif qui est de renforcer l'Eglise en tant qu'organisation et d'accroître l'influence même de la Hiérarchie sur le cours des événements en Pologne.
Stefan Olszowski, écarté en février 1980, lors du dernier congrès du POUP, fut envoyé comme ambassadeur en Allemagne de l'Est. Il vient d'être réintégré dans le bureau politique du POUP.
l'Eglise. Seule l'Eglise, dit-il à la certain nombre d'économistes, réunis
On dit souvent que la Hiérarchie n'a pas de rôle politique, qu'elle s'occupe de sauver les âmes et non des affaires de l'Etat polonais, mais c'est une vue quelque peu naïve: la tâche de préserver et d'accroître le pouvoir de l'Eglise fait de tout événement important se produisant en Pologne l'objet de profondes préoccupations de la part de la Hiérarqui ne craint pas d'essayer d'exercer son influence pour tirer du cours des événements. fait qu'elle n'emploie pas langage politique et les méthodes conventionnels afin d'arriver à ses change pas le moins du engagement dans la vie politique.
Que veut la Hiérarchie ? Quelle est son analyse de la crise ? Tout d'abord, malgré son idéologie officielle anti-communiste, la Hiérarchie ne cherche pas à renverser les bases sociales et économiques de l'Etat polonais telles qu'elles furent établies à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle ne cherche pas non plus à renverser l'actuel régime politique ni même à apporter son soutien à ceux qui, en Pologne, luttent contre la dictature bureaucratique. Comme l'a dit le cardinal Wyszynski, lors de la visite du président Carter en Pologne, en 1978, indiquant par là l'opinion de la Hiérarchie : «Gierek a les intérêts de la Pologne à cœur.»
Pourquoi les évêques polonais adoptent-ils ce point de vue ? Serait-ce parce que le soutien à un régime existant est en tout lieu un devoir pour les dignitaires catholiques ? Certainement pas. Dans de nombreux pays. les prêtres catholiques ont joué un rôle militant très actif dans la lutte pour la défense des droits des opprimés. Pourquoi pas en Pologne ?
Parce que la Hiérarchie polonaise participe en Pologne à l'ordre établi de la société. Elle jouit d'un grand prestige et d'un large soutien de la population; son organisation religieuse est capable de fonctionner sans subir la répression et elle est consciente du rôle déterminant qu'elle joue dans le maintien du statu quo actuel (2). C'est pourquoi les évêques catholiques ne cherchent qu'un élargissement quantitatif de leurs pouvoirs et non pas un changement fondamental de la société polonaise.
La politique menée par le cardinal Wyszynski est d'essayer de persuader le régime qu'il est de l'intérêt même du Parti communiste d'augmenter les pouvoirs de
Parti, a l'autorité plus dur les ouvriers. Les évêques que les droits institutionnels de l'Eglise soient élargis, en particulier, dans le do de l'acces aux mass media et de l'éducation. Dans le même temps, ils veulent que cesse toute propagande athée et étendre l'inpolitique sociale de toute la -contre l'homosexualité, contre le dégénérescence morale. Ils veulent voir leurs idées prévaloir dans la société polonaise parce que, de cette l'influence de l'Eglise ira Certains prétendent que les évêques polonais défendent les libertés démocratiques et l'indépendance de la Pologne. Mais quand les a-t-on vus mettre tout leur poids dans la lutte pour faire aboutir ces revendications ? Ces objectifs avaient les plus grandes chances de réussite en 1956, en 1970-1971, et, en 1968, les étudiants polonais ont lutté pour cela. Quelle fut l'attitude du cardinal Wyszynski et des évêques lors de ces crises ? N'ont-ils pas appelé tous les Polopour Gomulka en 1956 ? N'ont-ils pas appelé les polonais à rechercher, 1970, la paix et la réconciliation avec un régime qui avait massacré des centaines de trasur la Baltique pourquoi la Hiérarchie est-elle restée silencieuse face à la campagne antisémite monstrueuse et réactionnaire de Moczar (3) en 1968 ? C'est parce que les évêques font passer les mesquins intérêts institutionnels de PEglise avant l'intérêt général du peuple polonais travailleur et parce qu'íls trouvent que les intérêts de l'Eglise sont mieux préservés grâce à la existence pacifique avec une dicta-
LE GROUPE «EXPERIENCE ET AVENIR» ET CONSORTS de l'intelligentsia cielle dans le domaine des sciences et de la culture, des diagnostics variés de la crise et des programmes divers pour y porter remède ont été avancés. Le plus connu de ces regroupements est «Expérience et Avenir»
La lettre à Gierek adressée par Ochab et d'autres anciens dirigeants réformistes du Parti communiste est un autre exemple de programme. Un troisième regroupement d'être mentionné est l'analyse de la crise économique faite par un autour du KOR, et publiée avec une introduction du professeur Lipinski à l'automne 1978. Tous ces programmes ont certaines caractéristiques communes.
Ils reposent sur l'a priori les intérêts ceux des travailleurs po Ils signalent dans leurs diafait que, dans le passé, des erreurs ont été commises par le régime et leurs programmes se prédes guides pour le régime, afin que celui-ci corrige à une plus grande démocratie cadre des institutions politiques exis tantes et des réformes économiques. Dans le cas de la lettre d'Ochab, on trouve peu de propositions concrètes sur le plan économique, mais l'accent est fortement mis sur la né cessité d'une démocratie interne dans le Parti, sur l'autonomie des divers partis composant le Front d'unité nationale et sur un choix plus large des élections en même temps que la nécessité d'ouvrir un dialogue entre le Parti et les masses Dans le cas du document des économistes, il est fait allusion à une sorte de «solution à l'italienne» à la crise: que la classe ouvrière accepte des réductions de son niveau de vie et l'austérité, en échange de quelques concessions politiques et de réformes de la part du régime. Les réformes proposées par «Expérience et Avenir» sont en gros identiques.
Ce que ces courants ont en commun, ce sont les postulats suivants: a) par la persuasion, le régime peut mener à bien une réforme nécessaire pour concilier ses intérêts avec ceux des travailleurs en Pologne; b) des mobilisations de masse et la création d'un mouvement de la classe ouvrière entièrement indépen dant du régime ne sont pas nécessai-
L'appel lancé par Wyszinski, à l'occasion du pélerinage à Czestochowa, le 26 août, est l'illustration la plus gieuse : «J'estime que parfois il ne faut pas exiger trop, pourvu qu'il y ait de l'ordre d'autant plus que les revendications, si elles sont justes, et, en général, elles le sont, ne peuvent jamais être satisfaites sur-le-champ.»
Le général Moczar, nationaliste et anti-sémite, fut l'un des principaux protagonistes des mesures de répression en
c) une transformation radicale du système politique polonais n'est pas non plus nécessaire.
Cependant, l'expérience de 35 d'après-guerre en permet de penser que ces postulats sont profondément erronés. Chaque tentative de réforme du système sur bases susmentionnées a rapidement mené à une impasse et a été suivie d'une nouvelle crise explosive: c'est ce qui se passa pour le régime de Gomulka après 1956, qui honteusement achevé par les 1970. C'est ce qui s'est également passé pour le régime de Gierek dont les promesses de changements durables aux soulèvements de juin 1976 à la crise qui a suivi. En deuxième lieu, toutes les tentatives de réformes sérieuses au sommet ont été arrachées au régime par les luttes extrêmement douloureuses et coûde la classe ouvrière, que ce soit à Poznan en 1956, sur la Baltique et à Lodz en 1970-1971 et dans la grande vague de grèves de juin 1976. Chacune de ces mobilisations de la classe ouvrière suivie par la mise en œuvre d'efforts acharnés de la direction du Parti pour ramener la classe ouvrière sous le strict contrôle bureaucratique et, une fois que cet objectif a été atteint, tout essai de réforme a pu être neu-
Get réduit à néant. sième lieu, l'emprise de la bureaucratie sur la vie politique et sociale n'est pas le produit de jugements ou d'une politique erronés de la part de telle ou telle équipe dirigeante: il s'agit bien plus de la conséquence naturelle et nécessaire d'un système politique monopoliste et monolithique en tant que tel. Les structures du système creusent inévitablement un entre la masse des travailleurs et le régime. Elles engendrent de la même manière ce type de situation lorsque, avant le soulèvement de juin 1976, toutes les organisations contrôlées par le Parti, excepté une, ont affirmé à la direction centrale que les augmentations des prix proposées seraient acceptées par la population.
Au cours des quatre dernières années, depuis les 1976, des groupes d'opposition sans statut légal sont apparus en dehors du cadre du POUP et ont directement fait appel au soutien de l'ensemble de la population. Ces groupes ont aussi établi leur diagnostic de la crise et leur programme pour y répondre. Les deux principaux types de programmes avancés par ces groupes d'opposition ont été des programmes nationalistes et des programmes mis en avant par différents dirigeants du KOR. Nous allons étudier chacun de ces groupes, en faisant ressortir ce que nous pensons être l'expression caractéristique de la pensée de ces courants d'opinion.
LES NATIONALISTES
L'expression la plus consistante et la plus cohérente du programme nationaliste est celle mise en par le KPN (Confédération de la Pologne indépendante) et par son principal idéologue et dirigeant, Leszek Moczulski. Ce courant voit la source fondamentale de tous les problèmes auxquels se trouve confrontée la sosubordination de la Pologne à la Russie depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Aux termes de la la période voit démembrement final de la République et la subordination de la Pologne à l'hégémonie soviétique».
Les nationalistes ont bien sûr raison et ils ne sont pas les seuls à l'accent sur le rôle crucial joué par la bureaucratie soviétique dans la détermination du sort du peuple polonais. Dans la mesure où ils que les problèmes fondamentaux de la société polonaise ont leurs racines dans la forme bureaucratique d'Etat imposée au peuple polonais par l'Etat soviétique, ils ont absolument raison (bien que certains nationalistes, tels Moczulski, en niant totalement l'existence d'un Etat po-
Get, par conséquent, en sant de la Pologne l'égale de l'U. kraine ou des Républiques baltes, fasse une sérieuse erreur de juge-
Cependant, c'est dans la formulation des solutions programmatiques que les nationalistes révèlent le contenu réel de leurs positions. En premier lieu, ils cherchent à dissocier la lutte pour l'auto-détermination nationale de tous les autres problèmes politiques et sociaux, internationaux et internes. Aux termes de la Déclaration de fondation du KPN, «le KPN lie toutes les activités et les efforts en vue de l'indépendance. Il réunit différents regroupements venant d'horizons divers concernant les questions idéologiques, sociales et politiques, tout en restant fidèle au but auquel on ne saurait déroger, celui de l'indépendance». Cette notion selon ladans la lutte nationale, tous groupes sociaux et toutes les tendances politiques peuvent se retrouver unifiées est tout à fait irréaliste. En réalité comme Jacek Kuron l'a souligné, il y a des forces puissantes à l'intérieur de la société naise qui ne se limitent en aucune manière au groupe dirigeant dans le POUP et qui ont un intérêt fondamental à l'existence de la dictature bureaucratique. Il y a aussi des groupes et des forces dans la société polonaise qui aimeraient remplacer l'actuelle répression que connaissent les travailleurs polonais par une autre forme d'oppression, par la restauration du vieil ordre à la Pilsudski des années d'avant-guerre (4), un régime qui lierait l'économie polonaise, pieds et poings, aux français et allemands.
En deuxième lieu, en faisant appel à la notion selon laquelle l'indépendance est une valeur absolue, à sont liés, ils laissent de côté le fait' que le nationalisme est la religion de la machine d'Etat et que c'est une religion qui jouit d'une grande popularité au sein de la bureaucratie d'Etat polonaise elle-même. La possibilité de celui de Ceaucescu Roumanie apparaissant dans le cadre dictature bureaucratique elle-même, être écartée. Et est-ce qu'un tel régime nationaliste bureaucratique aiderait en quoi que ce soit la classe ouvrière polonaise ? Par le
L'indépendance nationale ne peut être une valeur absolue pour ceux qui luttent pour que les travailde Pologne conditions de vie meilleures. Ce n'est qu'un levier permettant de gagner des avantages réels et concrets dans le domaine de la vie économique, sociale et politique et culturelle pour le peuple polonais. Et une fois que le joug de la domination soviétique aura été secoué, ces avantages réels exigeront que s'engage la coopération la plus étroite possible entre les travailleurs de Pologne et les peuples de ses voisins d'Europe de l'Est. A long terme, une telle coopération ne peut mieux trouver son expression qu'à travers l'établissement d'une fédération des peuples d'Europe de l'Est. Et, dans ce contexte, il sera vital pour la lutte du aujourd'hui de lutter en collaboration la plus étroite possible avec les autres peuples de l'Est et d'Union soviétique même, contre la domination bureaucratique. Et ce sera aussi une tâche cruciale d'aider à stimuler et à soutenir la soviétiques eux-mêmes à renverser le régime stalinien soviétique. L'idée que les travailleurs et les paysans russes bénéficient du régime chauvin et oppresseur qui règne à Moscou et y perdront lors de son renversement est
Le maréchal Jozef Pilsudski prit le pouvoir en Pologne lors du coup d'Etat de mai 1926 et imposa une dicta-
Et dans cette lutte pour l'autodétermination nationale, on ne doit pas oublier que le nationalisme polonais d'avant-guerre était lui-même profondément réactionnaire et chauvin. Tout ce que l'on peut dire de la Démocratie nationale est qu'elle a persécuté sans cesse ni pitié les juifs polonais. Les Pilsudskistes ont systématiquement opprimé les communautés ukrainienne et biélorusse en refusant de reconnaître leur droit à l'auto-détermination. Afin de mettre en place une réelle coopération avec les autres peuples d'Europe de l'Est dans la lutte internationale décisive pour renverser la bureaucratie stalinienne, il est nécessaire de rompre avec cette tradition nationaliste réactionnaire.
LE KOR
Le KOR, qui est en «Comité d'auto-défense sociale» se présente pas lui-même comme un regroupement politique avec un programme global apportant une solution à la crise. Cependant, la forme et l'intitulé du Comité suggèrent de fait une ligne d'action générale et le Comité s'efforce en réalité de parler au nom de la société dans son ensemble.
Lorsque le KOR s'est d'abord constitué en septembre 1976, en tant que comité de défense faisant campagne pour la libération sans conditions de tous les travailleurs emprisonnés en juin 1976 et pour l'ouverture d'une enquête parlementaire sur les brutalités policières contre les grévistes, leurs familles et leurs proches, il remplissait une fonction absolument essentielle en prenant en charge un des problèmes centraux du moment et en cherchant à mobiliser le plus de gens possible autour de ces revendications. Mais lorsque le KOR a réussi à obtenir la libération des travailleurs emprisonnés il a entièrement changé de fonction, en devenant un organe général «d'autodéfense sociale», prenant la parole à chaque occasion sur les sujets qui concernaient les différents groupes sociaux.
Tous les membres du KOR semblent être d'accord sur un thème général, disant que les problèmes de la société polonaise ont leurs racines dans le divorce qui existe entre le régime politique et la société et dans l'action du régime pour étouffer toute initiative sociale. D'une manière conséquente, ils posent comme point de départ à la recherche d'une solution pour répondre à la crise la nécessité pour la société de s'organiser elle-même pour être capable de résoudre la crise. Son objectif programmatique central est énoncé dans les termes suivants: «L'objectif est de garantir la liberté d'opinions, de parole et d'information, de réunion et d'organisation, de la la responsabilité des autoL'action pour atteindre cet objecsociaux qui ont été pratiquement détruits dans un système de domination monopoliste et centralisé.»
De plus, l'Appel fait état de ses points d'accord avec le contenu de la «Déclaration du mouvement démocratique» 1977, dans le premier numéro de la revue clandestine, Glos, et signée par plus de 100 personnes. déclaration contient les revendications suivantes: liberté d'opinion, de parole et d'information, liberté d'association, syndicale nion, «le droit au travail», le droit grève. Pour faire aboutir ces revendications, Déclaration envisage la mise en œuvre de méthode coopération sociale. Elle réclame aussi des «élections réelles» résume ses objectifs fondamendans les termes suivants: «A d'entreprendre la lutte pour la démocratie et la souveraineté à une échelle et d'une mapermanente. signés, sommes convaincus que ce programme peut être réalisé ici et maintenant (...)»
L'appel contenu dans ces déclarations pour les libertés démocratiques et pour la souveraineté natioacceptés par tous ceux qui veulent résoudre la crise. Mais qu'impliquent exactement ces revendications ? Quel type de régime social et politique est envisagé par le KOR pour concrétiser ces passe par l'amélioration de l'actuel système politique ou par son renversement ? Cela se fera-t-il par un avec le régime par une lutte radicale contre tion alternative ? Les bases socio-économiques économie planifiée ou bien serontsystème capitaliste occidental ? Quels groupes sociaux sont décidés à faire aboutir les revendications du KOR et quels sont ceux qui ont intérêt à son échec ? En d'autres termes, quelles sont les forces sociales dont
KOR recherche le soutien d'atteindre ses buts et d'obtenir la victoire ? Tels sont sans aucun doute les éléments programmatiques cruauxquels un sition tel que le KOR sera sans aucun doute confronté et auxquels il devra apporter une réponse. Cependant, en tant que groupe, le KOR a systématiquement évité de donner une réponse claire à ces problèmes. D'une part, il a rejeté toute solution qui impliquerait de demander aux travailleurs qu'ils paient la note de la crise, mais il a également éludé la question de savoir qui exactement doit payer cette note et quel sera son montant. En d'autres mots, il a éludé la question du pouvoir politique.
Cependant, ce problème du pouvoir politique est absolument fondamental pour les travailleurs polonais (5). L'actuel système de domination (5) La position adoptée par le KOR.
sur cette question centrale à l'occasion de l'actuel mouvement de grève, confirme ce jugement.
et les groupes sociaux qui ont intérêt à son maintien pourront-ils être remodelés dans le cadre d'un système de droits démocratiques plus prendre larges et de souveraineté nationale ?
S'il en est ainsi, la route menant à une solution de la crise pourrait être être très courte et sans difficultés, pour peu que «des éléments irrescomptent mettre en œuvre ponsables» remettent pas en ne cause le processus de réformes en défini quelle est cette solution altercours. Sinon, si le présent système native. Dans le même temps, il ne dit doit être brisé et renversé, alors les pas que l'ordre existant soit compaforces anti-bureaucratiques devront tible avec les buts qu'il s'est fixés.
une route totalement différente, définir concrètement pour
Il laisse les problèmes programmatiques fondamentaux sans solution.
tent, comment celui-ci pourra fonctionner et quelles méthodes elles pour détruire l'ordre existant et en fonder un nouveau. Le KOR n'a pas encore
Mars 1980
Caraibes