UJOURD'HUI, tout le monde A
• parle, à Managua, de l'importance du discours que le dirigeant sandiniste Humberto Ortega a prononcé le 23 août dernier, lors d'un énorme rassemblement appelé pour célébrer la clôture de la campagne d'alphabétisation au Nicaragua.
Dans son discours, Ortega a répondu a la campagne menee par quatre partis bourgeois qui réclament la _onvocation d'élections dans un délai rapide. Il a déclaré que les priorités de la révolution étaient d'une part la reconstruction de l'économie détruite et d'autre part l'accroissement mobilisation des masses et de leur niveau d'organisation.
«La démocratie commence lorsqu'on a atteint un niveau économiles inégalités sociales commencent à diminuer, lorsque les travailleurs et les paysans voient leur niveau de vie s'améliorer..."
«Et, même dans des formes plus avancées, la démocratie signifie la participation des travailleurs à la des usines, des haciendas, des coopératives et des centres cul-
Ortega a conclu en disant que élections n'auraient probablement pas lieu avant 1985. «Et alors, a-t-il dit, il y aura des élections pour établir le pouvoir révolutionnaire, il n'y a aucun doute là-dessus.»
La plupart des gens en cluaient que «la révolution était entrée dans une nouvelle phase». Ce qu'il fallait entendre par là dépendait bien sûr de la personne à qui pas la même signification pour Enrique, jeune cadre de 20 ans des Jeunesses sandinistes, qui revient de la campagne d'alphabétisation, et pour quelqu'un comme Carlos Gabuardi, secrétaire général du Conseil supérieur de l'entre-
«Eh bien ! Nous y voilà !» tel est le commentaire d'Enrique après le discours d'Ortega. «Maintenant, personne ne peut plus avoir aucun doute sur le type de société que nous sommes en train de construire au Nicaragua. Personne ne peut plus douter que ce sera un Etat où les ouvriers
L'offensive bourgeoise
et la question des élections
et les paysans auront le pouvoir et où l'économie sera organisée pour satisfaire leurs besoins.»
«Ceux qui en doutaient avant, poursuit Enrique, n'ont plus aucune raison de le faire.»
Lorsqu Enrique parle, sa voix vibre d'enthousiasme. Il est heureux.
Au siège du COSEP, il n'y a ni enthousiasme, ni bonheur de vivre.
Deux journalistes de La Prensa, le journal bourgeois, arrivent en mêmots d'Enrique, ils disent: «Nous y voilà !» Mais lorsqu'ils continuent, on perçoit un ton hystérique voix. «Voilà, le communisme le marxisme-léninisme a gagné !»
Le secrétaire général du COSEP, Carlos Gabuardi, paraît un peu plus calme. Mais ce qu'une apparence venons d'entrer sons le regne du totalitarisme» dit-il.
«En fait, le discours d'Ortega l'instauration d'un régime le pouvoir, excluant tous les autres la lutte contre Somoza.»
Dans son bureau, Gabuardi a un immense portrait d'Augusto Cesar Sandino, au-dessus de son imposante table. Sandino, qui a dit une fois que «seules les forces organisées ouvriers et des paysans peuvent mener la révolution jusqu'a terme final » semblait légèrement sourire à la déclaration de Gabuardi.
Gabuardi dit qu'il a cru d'abord avoir mal entendu lorsqu'Ortega parle des élections. «Mais, maintenant, dit-il, après les trois nouvelles lois publiées hier, il n'y a plus aucun
L'une des lois auxquelles Gabuardi fait allusion concerne le processus électoral. Son point principal dit que «toute nomination ou désignation de candidats aux élections générales et toute campagne publique sont interdites jusqu'à ce qu'elautorisées par l'organisme central qui sera créé en 1984. Cela n'empêche pas les activités politiques - qui seront garanties par le Statut fondamental et le Statut des droits et des garanties».
Nicaragua La seconde loi interdit à la presse de publier des articles concernant la pénurie de biens de consommation, ce qui pourrait encourager la spéculation. Pour cette raison, toutes les informations doivent d'abord être contrôlées par un service gouvernemental spécial de l'information.
La troisième loi dit la même cause au sujet des informations concerintérieure, que les affrontements armés et les contre les dirigeants de Les deux dernières lois doiappréciées que le quotidien La Prensa sur les difficultés à travers tout le pays, en particulier au nord. De telles spéculations sont des armes dont La Prensa et l'opposition servies pour créer un méqu'elles pouvaient utiliser au niveau politique contre le FSLN et le gouvernement. de tous les partis bourgeois au sujet de ces nouvelles lois et du discours d'Ortega n'a encore
On sait cependant qu'ils ont tenu des réunions pratiquement ininterrompues depuis
La participé réunions. Et ce qui a été dit par des porte-parole de ces différents partis est tout à fait identique à ce que dit Gabuardi. Wilfredo Montalvan, leader du Parti social-démocrate (PSD), a déclaré par exemple à La Prensa, au lendemain du discours d'Ortega: «Si ces déclarations une dictature militaire qui est en train de se mettre en place ici.» démocratique nicaraguayen (MDN) et du Parti conservateur démocratique (PCD) ont fait des déclara-
Tout ceci indique que la bourgeoisie se sent maintenant éloignée que jamais de la possibilité d'influer sur le cours de la révolution. Au cours de l'année dente, elle a essayé d'user de son pouvoir économique pour obliger
le FSLN à faire des concessions au niveau politique. Le discours d'Ortega a été la réponse.
Mais ce discours met non seulement fin aux illusions de la bourgeoisie sur ses possibilités de gagner quelque pouvoir politique, mais il annonce également un nouveau plan économique.
Le bilan - non officiel - du premier plan économique -le plan de 1980 de réactivation économique - montre que la participation du secteur privé ne correspond en rien à ce qui avait été prévu et que les objectifs économiques projetés par le plan n'ont pas été réalisés.
Cela veut dire que la situation économique est très mauvaise. Ortega a lancé un avertissement: «Nous et croire qu'à court terme nous serons capables de récolter les fruits des biens matériels créés par la sueur de notre classe ouvrière. Le programme économique pour 1981 consiste principalement à consolider les bases de la révolution.»
«Mais, a-t-il continué, notre programme pour 1981, dans le même temps, malgré les difficul- même temps, tés se propose de satisfaire les besoins des travailleurs. Le processus économique proposé dans le plan de 1981 nous permettra de mettre progressivement fin à la dépendance dans laquelle nous nous trouvons à l'égard de l'impérialisme.»
Cela indique que le FSLN et le gouvernement de la prochaine année une attitude ferme à l'égard des propriétaires qui rechignent à reconstruire le pays.
Pendant la semaine précédente, des travailleurs, sous la direction de la Fédération sandiniste des travailleurs, ont pris en charge la production dans des usines où les propriétaires refusaient d'accorder satisfaction aux revendications des ouvriers.
L'offensive des travailleurs s'est accompagnée d'avancées sur le plan organisationnel. Le commandant Monica Baltodano, une des principales dirigeantes du FSLN, responsable des organisations de masse, m'a dit au cours d'une interview qu'elle s'attendait à ce trois syndicats de l'Intersyndicale
(1) s'unifient bientôt avec deux autres syndicats - la CAUS (Centrale d'action d'unification syndicale) et FO (Front ouvrier) - sur un programme commun. Cela aidera à différencier des syndicats tels que la CAUS et FO qui, malgré des divergences idéologiques et des conflits occasionnels avec les Sandinistes, soutiennent le processus révolutionnaire, de ceux qui, tels la CTN (Centrale des travailleurs nicaraguayens) et la CUS (Confédération d'unification syndicale) qui soutiennent la bourgeoisie d'opposition et ses alliés impérialistes.
Le type d'unité syndicale projeté par Baltodano serait un grand pas en avant pour la classe ouvriére. (1) Les trois syndicats de l'Intersyndi-
Scale sont la Centrale sandiniste des travailleurs (CST), l'Association des travailleurs de la terre (ATC) et la Confédération générale du travail-indépendante (CGT-i) - qui a des liens avec le PSN (Parti socialiste nicaraguayen, appellation
Nicaragua