Francisco LOUÇA Pe 26 avi 197, OUR la septième fois depuis
• des élections générales vont se dérouler au Portugal. Le 5 octobre, c'est le Parlement qui sera élu, dont sortira le gouvernement que la bourgeoisie attend et souhaite voir gouverner pour une période de quatre ans - ce serait alors le premier gouvernement ans. Deux mois après ces élections législatives, tions présidentielles.
De même que le coup du 25 novembre 1975 avait clos un chapitre important de la «Révolution des œillets» en permettant à la bourgeoisie de reprendre tive sur le plan politique et social, est censée lui ouvrir le chemin pour avec les compromis ques qui ont duré pendant toute la
«novembriste»: il s'agit dé sormais pour la bourgeoisie de stabiliser sa majorité électorale, d'écarter définitivement le PS et le PCP du gouvernement, de renforcer le front politique constitué par les principaux partis bourgeois. constituent un test la capacité de résistance de la classe les effets l'offensive de démoralisation à laquelle été soumise au cours des dernières les démembrements d'unités collectives de production et de coopératives de la réforme agraire, que des centaines et des centaines de militants syndicaux ont été ciés, que certaines organisations politiques ont été réprimées, le tout de baisse rapide du pouvoir d'achat, et en général, de profondes défaites sur le front des luttes économiques. miner les conditions ces élections, efforts de la bourgeoisie pour liquider le «novembrisme», ainsi que la riposte du mouvement de masse et des partis politiques.
par le 25 novembre ?
Une première différence - mais importante - entre ces élections et les précédentes tient à ce qu'elles sont organisées par un gouvernement bourgeois homogène qui intervient directement dans la campagne électorale des partis bourgeois
Pendant huit mois, le gouvernement a préparé activement sa campagne électorale et a remporté plusieurs Avant tout, Sa Carneiro est parvenu à s'assurer le contrôle effectif des qui représentent la grande majorité des quotidiens, la télévision et toutes les chaînes de sauf une. qui appartient Jour après jour, les ministres occupent les petits écrans pour une opération d'intoxication qui ne cherche même pas à donner le change. Dans un débat parlementaire propos, le Parti socialiste (PS) a dénoncé l'existence, aupres de la Communication cabinet secret dont le est de transmettre chaque jour des instructions gouvernementales détaillées à la radio, la TV et aux journaux - ce qui ne va pas sans provoquer parfois des coïncidences néfastes dans le traitement de l'information, dans les titres ou les unes. En même temps, l'épuration des journalistes et reporters auto-censure partout, poussant le ridicule jusqu'à limiter la diffusion des prises de positions du président de la République Eanes. accentuant la baisse des salaires réels, soutenant la politique de ments exigée par le patronat pour les rentables. Mais cette offensive gouvernementale a été surtout politique : le gouvernement n'est pas parvenu légaux pour attaquer le mouvement ouvrier, ce qui a limité son action.
d'utiliser l'arsenal législatif anti-ouvrier légué par les gouvernements socialistes. Mais, pré-
Portugal cisément, la bourgeoisie a toujours qu'il était insuffisant et a tenté en conséquence de le mo-
C'est pour cela que le nement Sa Carneiro a tenté de faire adopter par le Parlement un paquet de lois sociales: des projets de loi destinés à faciliter les licenciements et à limiter les libertés syndicales, conformément aux exigences de la été incapable de les faire approuver. De la même façon, il s'est vu obligé de ratifier 40 contrats collectifs que Sa Carneiro entendait bloquer alors qu'ils avaient déjà été négociés entre les syndicats et le patronat - il s'agissait d'ajourner ce faisant l'application des augmentations de laires. Mais, malgré ces échecs, Sa Carneiro est parvenu, dans l'ensemble, à imposer une politique de blocage des salaires que peu de luttes sont parvenues à dépasser.
Pour la troisième année consécutive, on a enregistré une forte
Si quelques entreprises, particulièrement sont parvenues à l'éviter, la grande majorité y a beaucoup perdu. Les travailfonction publique par exemple ont eu une augmentation de salaire de 11 pour cent alors que l'inflation a dépassé 24 pour cent dans l'année. Un autre aspect impor tant de cette offensive, sur laquelle nous reviendrons plus loin, sont les mesures contre la réforme agraire, par la mise en œuvre de la loi Barreto (elle aussi élaborée par le Parti so-
Prises dans leur ensemble, ces mesures ont affaibli le mouvement syndical et placé les partis ouvriers, à la veille des élections, dans une situation plus difficile qu'au cours de la période précédente.
ces mesures, Sa Carneiro poursuivait une politique que les commentateurs ont qualifiée «d'italianisation» : accentuation des affrontements, de l'instabilité et de la bipolarisation force entre le gouvernement et le
mouvement syndical, et par là, entre l'AD et le PCP, visant à désagréger la base électorale du PS (celui-ci étant placé devant l'alternative choisir entre un gouvernement bourgeois stable et homogène ou une coalition qui ne pouvait être que minoritaire pour permettre à Soares de redevenir Premier ministre).
LES DIFFICULTES
ET LA CRISE DE
L'ALLIANCE DEMOCRATIQUE
En accord avec les buts qu'il s'était fixés, Sa Carneiro a repris les vieux slogans anti-communistes, il a généralisé l'épuration de l'appareil d'Etat (certaines de ces mesures furent particulièrement impopulaires comme l'éviction de l'ancienne Premier ministre, Lurdes Pintasilgo, qui ne put retrouver ses fonctions à l'UNESCO). Il a même agité la menace d'un coup d'Etat qui aurait été préparé par l'opposition (1). Mais surtout, a pris le risque de maintenir et d'accentuer les divisions dans les institutions et, partant, l'image de faiblesse de l'appareil d'Etat, en centrant ses attaques contre président de la République le Conseil de la révolution, coupables de vouloir prolonger le «novembrisme» en cherchant à nouer une alliance gouvernementale entre le PS et le centre de l'AD.
Cette politique était d'autant plus risquée qu'elle pouvait retourner contre son initiateur. Il faut se rappeler qu'aux élections du 2 décembre 1979, l'AD n'avait conquis qu'une majorité très précaire (2). Or, en ce moment, tout porte à croire que cette politique va permettre à l'AD de récolter exactement l'inverse de ce qu'elle espérait. Toutes les élections partielles qui se sont déroulées jusqu'alors indiquent une chute électorale vertigineuse de l'AD (il convient de préciser pourtant qu'elles ne sont pas très représentatives, mais que leur effet a exercé un certain impact dans l'opinion publique). Mais surtout, on assiste à la généralisation d'un sentiment de rejet à l'égard du caractère antidémocratique gouvernement Sa Carneiro, qui a agi selon le principe: lorsque des journaux critiquent le Premier ministre ou l'exécutif, on licencie les journalistes, si les élections peuvent être gagnées par l'opposition, on modifie la loi électorale...
Quelques échecs sur le terrain parlementaire ont empêché Sa Carneiro d'atteindre ses objectifs essentiels. S'il est certain que le mouvement syndical sort affaibli de cet affrontement avec le gouvernement de droite, il n'en reste pas moins que celui-ci, par rapport à ses principaux objectifs, reste loin du comp1) En essayant de créer l'image d'un pouvoir bourgeois stable, le gouvernement Sa Carneiro cherattirer les couches de la petite bourgeoisie dont le pérait également alimenter une éventuelle abstention ouvrière par le biais de la dégradation permanente des conditions de vie des travail-
(3). Mais cette image qu'il prétendait se donner a été contrecarrée par la véritable guérilla institutionnelle qui s'est déroulée entre Sa Carneiro et Eanes, entre la majorité parlementaire et le Conseil constitutionnel ou le Conseil de la révolution (qui a le pouvoir de récuser - ce qu'il a fait - des lois votées par le Parlement, en prétextant de leur caractère inconstitutionnel). Par-dessus tout cela, les scandales permanents sur la corruption, le népotisme, fonds, ont marqué en permanence ce gouverne2) Le gouvernement n'est pas parvenu à mettre en œuvre aucune des grandes transformations économiques qu'il avait annoncées. Après les déclarations de Giscard, il est clair que l'adhésion du Portugal à la CEE sera beaucoup plus lente que prévue: or, c'était l'un des thèmes de la propagande gouvernementale. En plus, le gouvernement a échoué par trois fois dans ses tenmodifier l'actuelle loi de «délimitation entre le secteur public et le secteur privé» de l'économie qui devait amorcer la dénationalisation de vastes secteurs de l'économie, telle la banque. 3) Craignant de ne pas gagner les
Heitor de Souza, «Un défi au gouvernement Sa Carneiro». cor», numéro 75 du 17 avril 1980.
L'AD a obtenu une courte majorité de sièges au Parlement, même si elle n'a recueilli que 45 pour cent des voix contre 51,1 pour cent pour tous les partis de gauche avec une avance de 300000 voix. (3) Jusqu'à maintenant, au cours de toutes les élections législatives, le taux d'abstention a été extrêmement faible, inférieur à 20 pour cent et dans certains cas à 10 pour cent. (4) C'est l'occasion pour le CDS d'exiélections, l'AD a tenté de mofifier la loi électorale. Comme la Constitution fixe un système de proportionnelle pour l'élection des députés (un député pour chaque tranche de 25000 électeurs), Sa Carneiro sug géra de faire une exception pour la colonie de Macao, où l'AD est largement majoritaire et qui, avec ses 5000 électeurs, devrait selon lui élire deux députés. Avec deux ou trois autres trucs du même style, les partis de gauche devaient avoir 500000 voix de plus que l'AD pour obtenir une majorité parlementaire. Mais ces projets de l'AD se sont heurtés au veto du Conseil de la ré volution et du président de la Répu-
Après l'annulation d'autres lois importantes (l'une portant sur une nouvelle réglementation de l'élection présidentielle, référendum» qui prévoyait que la révision de la Constitution pourrait référendum, modifiant ainsi les propres procédures de révision contenues dans une Constitution que Sa Carneiro et son parti avaient adoptées en son temps), l'AD a proposé au Parlement d'autoriser le gouvernement à légiférer par décrets-lois. Il prix fort pour cette manœuvre : l'AD a perdu la majorité parlementaire, avec le départ de quatre députés qui avaient été élus comme «indépendants» sur les listes de l'AD en 1979 (5).
Ces échecs sont à l'origine des contradictions et des difficultés que connaît actuellement l'AD. La lutte pour le pouvoir au sein de l'AD, qui se concentre autour de la nomination des candidats «éligibles» sur les listes, avec l'exigence formulée par le CDS d'avoir une plus forte représentation parlementaire (6) au sein de l'alliance, rend compte de ces contradictions.
Pour l'instant, l'alliance se maintient unie... en attendant le résultat ger de chacun de ses candidats une déclaration écrite sur «la régularité de sa vie familiale». De fait, une série de scandales «familiaux» ont entraîné l'hos tilité de l'Eglise vis-à-vis de l'AD. Comme on dit: «Chat échaudé...».
Il s'agit du groupe de Medeiros Ferreira, Antonio Barreto et autres qui avaient été membres de la direction du PS. (6) L'Alliance démocratique (AD) est formée par le PSD (Sa Carneiro), le CDS (parti formé de partisans du retour à l'ancien régime) et le petit PPM (monar-
des élections. Une défaite ne pourrait aboutir qu'à son éclatement.
La crise de l'AD est liée à une profonde contradiction au sein de la bourgeoisie: celle qui oppose deux projets politiques distinets, sur deux analyses opposées de l'ac-
DEUX PROJETS POLITIQUES
POUR LA BOURGEOISIE Pour Eanes, le président de la République, il est indispensable du PSD (ce qui suppose aujourd'hui la défaite électorale de l'AD et le remplacement de Sa Carneiro à la direction du PSD), sous le contrôle du président de la République, telle sorte que la politique d'austérité puisse être négociée et acceptée par le mouvement syndical.
Sa Carneiro, appuyé par des partis politiques bourgeois, une telle solution est impensable. L'AD joue son avenir sur la possibilité pour elle de conparlementaire pour former un gouvernement stable, inverser d'un seul coup le rapforces et ouvrir la voie vers la remise en cause radicale des conquêtes des travailleurs. La preuve l'égard de la réforme agraire: dans derniers jours élections, les remises de terres aux anciens grands propriétaires vont se multiplier afin de détruire le plus possible d'UCP. Le choix du ral Soares Carneiro comme candidat présidentiel de l'AD est rent avec une telle politique. D'une part, l'AD a besoin de remplacer Eanes pour ment viable. D'autre essaie de regrouper l'extrême-droite de l'armée autour d'un candidat dont le curriculum vitae comprend une collaboration active PIDE (la police politique salazariste), qui a été le numéro deux politique en Angola où il procéda à l'internement des militants du MPLA dans de véritables camps de concentration, avant d'être emprisonné pour sa participation au coup d'Etat avorté du 11 mars 1975.
Ces deux projets politiques de la bourgeoisie reflètent une contradiction au sein du système institutionnel, entre le rôle actif et les pouvoirs importants dévolus à Eanes et les attributions normales du gouvernement qui ont échu à l'AD pour ces derniers mois.
L'impérialisme, quant à lui, appuie clairement Eanes (7). Non pas qu'il préfère tellement sa solution pour résoudre le problème politique parce qu'Eanes tout indiqué pour le rôle affecté au Portugal: servir de pointe avancée pour la pénétration du capi-
Get nord-américain dans d'importantes régions frique. Et il faut reconnaître qu'il est en train de remplir ce rôle avec pour cela Pires, le seul politicien membre de la Commission trilatérale et dirigeant du CDS, insiste, avec son parti, pour que modérées les attaques portées contre Eanes. Une telle position n'est évidemment pas partagée par les principaux dirigeants de l'AD ont d'ores et déjà déclaré n'accepteraient pas de gouvernement, même en ayant gagné élections, président de la République. Attitude bien imprudente Soares Carneiro fait d'ores et figure de candidat promis
LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE Le problème de la révision de la Constitution est au centre de ces élections. De fait, il est décisif, pour que la droite puisse mener à bien son offensive, que le prochain modifier librement l'actuelle Constitution, élaborée dans la période de montée du mouvement de masse en 1974 et (7) La revue «Newsweek» s'est faite le porte-parole de cette position en dénoncant Soares Carneiro comme ayant été lié à la PIDE et plus grave encore…. comme incapable de gagner les élections. (8) Il faut souligner l'importance stratégique du Portugal pour l'impérialisme. Les bases militaires des Açores ont été décisives pour le raid américain en Iran et le sont toujours pour le contrôle de l'océan Atlantique. Mettant à profit cette situation et, dans la perspective de renforcer la place du Portugal dans l'OTAN - en anticipant l'intégration de l'Espagne à l'organisation militaire de l'alliance —, Sa Carneiro a cherché à renégocier les accords militaires avec l'impérialisme: il a finalement été décidé d'augmenter les effectifs brigade de POTAN au Portugal (4000 hommes des troupes spéciales) et de construire un pipe-line le long de la
1975, alors qu'existait une majorité partis ouvriers à l'Assemblée des constituante.
Théoriquement, le Parlement élu le 5 octobre aura le droit de réviser la Constitution, mais il faut une majorité des deux-tiers pour une telle révision, ce qui empêche toute modification du texte constitutionnel qui ne soit pas négociée avec le PS. Par ailleurs, la Constitution actuelle fixe dans son texte même les limites d'une telle révision éventuelle, excluant formellement de nombreux points sur lesquels la droite veut précisément apporter des modifications. Cela touche en particulier certains des droits des travailleurs les plus importants. Dans la Consnous pouvons aspects fondamentaux. lieu, son contenu doctrinaire, tel qu'il figure dans le préambule «Libérer le Portugal de la l'oppression et du colonialisme a représenté formation révolutionnaire et l'amorsociété portugaise. (...) L'Assemblée constituante réaffirme la décision du peuple portugais de défendre l'indépendance nationale, de garantir les droits fondamentaux des citoyens, d'établir les principes de base de la démocratie, d'assurer la primauté de l'Etat de droit démocratique et d'ouvrir la voie vers une société socialiste, dans le respect de la volonté portugais.» Dans la l'article premier définit le comme étant une République souveraine, «engagée dans sa transformation vers une société sans classes». Sans être décisif, ce contenu doctrinal reste fortement incommode pour un pouvoir bourgeois qui cher-
En second lieu, il s'agit d'une pour approvisionner les bases qui doivent y être construites. Il a même été question de navires disposant d'armement nucléaire dans l'estuaire du Tage.
Ces négociations avec l'impérialisme ont été combinées avec des manœuvres militaires organisées à la hate contre l'ennemi intérieur. Les manœuvres militaires «préventives» se sont multipliées dans la région de l'Alentejo: débarquement de 1500 marines américains, lâchers de parachutistes, etc. La coïncidence n'est pas fortuite. On apprenait au même moment l'existence d'un plan nommé «Laurinda 80», «plan d'urgence pour la détous les effectifs militaires du pays. Inutile de souligner de guerre représente pour le
lution. Son aspect décisif a été l'exis- de 1974-1975, il n'y a pas eu la
Constitution qui reconnaît d'importants droits démocratiques et pour les ouvriers, y compris le droit au contrôle ouvrier, les droits des commissions de travailleurs et des syndicats. C'est là que la Constitution devient inacceptable pour les partis bourgeois et qu'elle constitue une limitation dangereuse pour l'action des gouvernements qu'elle parvient à imposer.
En troisième lieu, rien de ce qui vient d'être dit n'altère le caractère bourgeois de cette Constitution, qui défend la propriété privée, les pouvoirs de l'appareil d'Etat (en particulier, l'autonomie et la possibilité d'une intervention politique de l'armée).
Il s'agit donc d'une Constitution qui, si elle ne peut être soutenue ou défendue en aucune manière par le mouvement ouvrier, doit cependant être utilisée lorsqu'il s'agit de soutenir l'action et la défense quêtes des travailleurs. Cela implique la formation d'un front sur des bases claires pour refuser la révision constitutionnelle bourgeoise. Le Parti socialiste révolutionnaire (section portugaise de la IVe Internationale) a résumé ces objectifs en s'opposant à la révision proposée par Sa Carneiro et en proposant une Charte des droits des travailleurs qui reprend et élargit les conquêtes déjà consacrées par la
Ce n'est pas la position des autres partis ouvriers. Le PS, par le biais de son Front républicain socialiste, propose une révision constitutionnelle qui abroge les parties «doctrinales» de la Constitution, main-
Uses aspects essentiels en ce qui concerne l'importance voir accordés au président de République, du caractère exceptionnel de l'institution militaire et de la défense de la propriété privée. Quant au PCP, il défend la Constitution dans sa forme actuelle, et fait même de cette défense l'essentiel de l'image de marque du Parti. Certains de ses soutiens les plus extravagants, comme l'ancien Premier ministre Vasco Gonçalves, en viennent à justifier le rôle dévolu aux forces armées avec de savoureux exemples puisés l'échelle internationale l'intervention des militaires dans le pouvoir civil qui marqua le retour au pouvoir de De Gaulle en 1958. Dans l'ensemble, les organisations d'extrê me gauche suivent ces positions et apportent un appui inconditionnel à
Tout au long de l'affrontement avec le gouvernement, le mouvement ouvrier a connu une importante évotence d'une large mobilisation des masses, au contenu directement politique, regroupant des secteurs plus important que ceux qui se reconnaistraditionnellement dans mobilisations centrales des syndicats. Les grèves de mars et d'avril ont regroupé des centaines de travailleurs. Certaines manifestations, organisées par la CGTP contre le gouvernement, ont rassemblé rues des dizaines de milliers de perLA SITUATION DU MOUVEMENT
SOCIAL ET L'INTERVENTION
DES PARTIS OUVRIERS DANS LES ELECTIONS Dans un premier temps, ces mobilisations ont été axées sur la défense de la réforme agraire contre laquelle le gouvernement Sa Carneiro avait lancé une attaque d'une rare violence. Au cours de ses huits mois d'activité, il y a eu plus de terres remises aux anciens grands propriétaires que sous tous les autres gouvernements, sans que soit exproprié par contre un seul hectare pour «compléter» la réforme agraire, ainsi que le prévoyait la loi Barreto elle-même. Aujourd'hui, le affrontements permanents produisent avec la police lorsque les travailleurs réoccupent spontanément les terres qu'ils considèrent comme leurs, les communistes ont une attitude extrêmement prudente et ils ne contestent pas en pratique les mesures gouvernementales. En plus, le mouvement de solidarité dans les villes n'a pas été poussé très loin. Malgré les expulsions des terres, les activités criminelles de la GNR (gendarmerie), des morts survenues dans l'Alentejo, le mouvement syndical n'a organisé la grève générale qu'il était possible, à certain moments, de lancer.
Ainsi, la tactique des «journées d'action» ou des grandes manifestations syndicales anti-gouvernementales, jamais suivies d'action pratique, s'est rapidement épuisée d'elle-
Par ailleurs, le refus de la bureaucratie syndicale de développer une action unie à l'échelle nationale a conduit à la défaite les mouvements revendicatifs des grèves de mars et avril, ce qui a eu pour effet une importante diminution de la participation des travailleurs aux réunions et assemblées syndicales. Il faut rappeler que la dernière tentative de grève générale organisée par le ment syndical remonte à 1934 et échoua. Et même dans la période de crise pré-révolutionnaire moindre expérience de grève générale, que ce soit pour des motifs économiques ou pour des motifs ajoutons à texte les effets de la division syndicale, de la politique scissionniste du PS qui a créé FUGT et du sectarisme syndical absurde du PC, de manipulation du syndicat (qui permet au PS de maintenir sans difficulté une centrale syndicale qu'il dirige paritairement avec les partis de l'AD qui se trouvent au gouvernement), nous aurons une photographie complète du mouvement syndical portugais.
Get même dans un contexte d'érosion prolongée du pouvoir d'achat, la combativité ouvrière continue de s'exprimer dans certaines luttes d'entreprises, très dures, dans la zone de la réforme agraire, et par l'importante politisation qui se marque dans certaines grandes entrepri-
C'est cette situation qui a poussé l'AD à mener une politique dure pour rechercher l'affrontement im-
Face à cette politique, les partis avant tout à mettre à profit les tradictions du pouvoir, notamment en appuyant de façon déterminée, tant l'action que
Le PS a constitué un Front républicain et socialiste, en s'alliant avec l'ASDI (un groupe scissionniste du PSD, qui, en son temps, regroupa la majorité des députés du Parti) et l'UEDS (la dissidence du PS dirigée par l'ancien ministre de l'Agriculture, Lopes Cardoso). Ce Front espère
30 pour cent des voix et 87 députés. Appuyant résolument la déclaré prêt à constituer un gouvernement après les élections, en espérant attirer certains secteurs du PSD li hésitent à appuyer Soares Ca eiro bour les présidentielles. Ceti collaboration est reconnue tant que telle par les dirigeants socialistes. Ainsi Salgado Zenha a-t-il déclaré: «Il est évident que le général Eanes est un indépendant situé politiquement à la droite du PS. On même dire qu'il est plus proche de l'ASDI et des quelques libéraux qui restent encore au PSD... important que pourraient être appelés à jouer les députés de l'ASDI élus sur les listes du FRS, dans le jeu de
balance parlementaire. S'il y a une majorité des partis élus sur les listes de gauche pourront toujours basculer et donner une majorité à la droite, étant donné l'équilibre relatif des forces.
Une fois de plus, le PCP se présente aux élections sous le sigle de l'APU (Alliance du peuple uni). Le PCP est aujourd'hui le parti national qui a la plus importante force organisée, 220000 militants, et il dirige de façon incontestée la large majorité du mouvement syndical. Sur le plan électoral, il a dépassé en décembre 1979 le million de votes, mais il pourrait perdre un peu de voix, étant donné la pression du vote utile qui joue en faveur du FRS qui apparaît, sur le plan électoral, mieux à même de s'opposer à la coalition de droite.
Le PCP n'a pas encore défini de position publique à propos des présidentielles, mais il est certain qu'il appuiera Eanes au premier ou au deuxième tour, selon la situation politique existant à la suite des
La FUP (Force d'unité populaire), constituée par Otelo Saraiva de Carvalho et qui était parvenue à regrouper toutes les forces d'extrême-gauche, moins le PSR, a subi récemment deux malheurs: d'abord, une scission, tous les partis l'ayant saut l'OUT (Organisation unitaire des travailleurs, dirigée ou influencée directement par Otelo). Ensuite, elle n'est pas parvenue à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions électorales pour des raisons d'ordre juridiques complexes. Ainsi les possibilités de faire élire Otelo député duites sensiblement, alors que tait fondamental pour le catapulter vers la candidature présidentielle.
Le POUS (organisation adhérente au CORQI) et le PST (lié à la Fraction bolchevique) se présentent ensemble dans presque toutes les circonscriptions électorales.
Le PSR, lui, se présente dans toutes les circonscriptions, avec près de 300 candidats dont 45 dirigeants syndicaux, délégués syndicaux ou des membres des commissions de travailleurs.
centrales, que ouvrier, sont la bataille pour une majorité et un gouvernement des partis ouvriers, pour l'unité syndicale et la grève générale, pour que le PC et le PS présentent un candidat civil s'opposant à Eanes et à Soares Carneiro, plate-forme d'urgence reprenant les principales revendications économiques et sociales des travail-
«O Jornal», 4 juillet 1980.