E 12 septembre, tranché la crise prolongée | la direction de la bourgeoisie turque, en prenant elle-même le pouvoir, selon un scénario mis au point depuis un an. Vers minuit, une vaste opération de police vidait le centre d'Ankara de ses derniers noctambules. Les blindés de la caserne prenaient points stratégiques et les commandos occupaient le centre de la radio-
Après avoir arrêté les secrétaires des partis politiques et leur avoir communiqué les décisions de l'état-major, les dirigeants des tection de l'armée»; et à trois heures du matin, les speakers de la réquisitionnés, ont commencé à lire décisions du Conseil national de sécumajor, «dans l'ordre hiérarchique».
L'état de siege est étendu l'ensemble de la Turquie; tous les partis politiques sont interdits; le Parlement est dissous; le fonctionnement des associations est suspendu; les syndicats DISK (Confédération des syndicats ouvriers progressistes) et MISK (fasciste) sont interdits tandis que le syndicat Türk-is, cadre d'alliance des deux principaux partis bourgeois, Parti de la justice (PJ) et Parti républicain du peuple (PRP), continue à fonctionner. Dès samedi, jes militaires décrochaient les enseignes des d'Etat pro-im des partis et des syndicats, prenaient place dans les ministères, les préfectures et les mairies
La décision de l'armée d'intervenir directement dans la crise politique turque faisait suite à plusieurs garde de l'état-major aux et à leurs l'OTAN et tête de pont de l'impérialisme au Moyen-Orient, ne pouvait plus tolérer que les partis bourgeois soient incapables d'instaurer un régime stable, face à la montée de la radicalisation ouvrière et au renouveau du mouvement Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le vase a été une tentative de censure au Parlement contre la poligouvernement Demirel. Les partis bourgeois turcs, dans leurs luttes pour le partage du gouvernemental, menaçaient les fondements de l'Etat bourgeois ture. L'armée devait alors jouer son de Bonaparte en rappelant aux que, si en Turquie toutes les variantes sont possibles pour la politique bourgeoisie dictature fasciste aux compromis les souples avec la bureaucratie la politique étrangère n'est pas une politique du gouvernement, mais une politique de l'Etat: l'alignement total sur les USA. Ce rôle d'agent principal de l'impérialisme au Moyen-Orient s'est trouvé encore renforcé par la chute de la dictature Pahlavi en Iran. La Turquie est à la fois le point-clé du dispérialiste positif militaire de l'OTAN sur le flanc sud de l'URSS et la seule base de départ sûre pour toute intervention vers l'Iran, le Golfe et l'ensemble des centres pétroliers.
L'armée turque n'est pas une armée d'opérette. Forte de 566000 hommes et de 120000 gendarmes, dotée d'un important matériel américain et allemand (500 chars, 300 avions), elle est un élément important du dispositif de l'OTAN. De plus, sous la houlette des officiers américains, c'est de Turquie qu'est effectué l'essentiel des écoutes en direction de l'Union soviétique. Officiellement, il existe trois bases: à Sinop sur le cap le plus septentrional de la côte de la mer Noire; à près d'Ankara; à Karamursel pour le contrôle du passage des détroits et de la mer de Marmara et près de Diyarbakir, la capitale du contrôle satellites. A cela s'ajoutent des bases officielles, comme ces grands dômes que l'on voit dans la montagne près de Tortum, ou les antennes de Mardin dominant la Syrie, devant sont souvent garés véhicules de l'armée US. Si, à la suite de l'invasion de Chypre en juillet 1974, il y avait eu un refroidissement des relations Washington-Ankara, les nuages ne durèrent que quelques mois et la coopération dans le «respect de la hiérarchie» a repris très vite, et au début de l'année 1980, l'Allemagne, principal partenaire économique de la Turquie, décidait de fournir une centaine de chars supplémentaires.
Le général Evren, chef d'état-major, président du Conseil nal de sécurité, avait présenté lors de la réunion de l'OTAN du mois de mai à Bruxelles un projet d'intervention. Quelques jours avant le coup d'Etat, c'est le commandant de l'armée de l'air qui s'était rendu à Washington où il avait reçu le feu vert du Pentagone, et deux heures avant le déclenchement des opérations, l'ambassade US à Ankara avait été officiellement prévenue. les pays capitalistes montrent la satisfaction générale devant la tion de force employée pour résoudre la crise politique turque. Les déclarations sur le «respect
«retour rapide à des conditions démocratiques» des larmes de crocodile car la «Commission de et le Chancelier d'Allemagne fédéparfaitement Turquie, depuis deux ans, le pect des droits démocratiques n'est plaisanterie. contre la presse d'opposition étaient devenues systématiques, avec l'arresjournal Politika et les interdictions contre le quotidien Demokrat. Depuis l'instauration
Men décembre 1978. l'armée avait fait procéder à plus de 50000 arrestations en se livrant à de véritables opérations de guerre dans certaines régions du Kurdistan, arrêtant les élus et toute la population de petits villages. Certaines avaient été brisées par l'interven-
La menace d'une intervention de l'armée planait depuis La stratégie de tension développée par le PAN s'est concrétisée à traElazig et surtout de Kahramanmagouvernement du Parti républicain du peuple (PRP) de B. Ecevit a promulgué fin 1978 l'état de siège et la loi martiale dans treize provinces. L'échec de l'intégration de la classe ouvrière a sonné le glas du gouvernement Ecevit. L'impérialisme US, et surtout ouest-allemand - principal banquier de la Turquie -et les plus importants groupes financiers et industriels tures rèrent leur soutien au PRP en même temps que ce parti perdait la confiance de larges
UN COUP D'ETAT ORGANISE AVEC L'AVAL DE L'OTAN de l'armée, culier dans les usines textiles de la banlieue d'Izmir, à Taris où plusieurs centaines de grévistes avaient été arrêtés et torturés. La torture était devenue la méthode d'interrogatoire systématique. Cet été, dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat d'un ancien ministre, N. Erim, des étudiants et des jeunes furent interpelés. Après avoir été confrontés avec le chauffeur de avoir été innocentés, ces personnes gardées quelques jours dans «un peu» torturées au cas où elles auraient quelque chose à se reprocher. Mais c'est surtout lors de l'opération contre la ville de Fatsa, sur les bords de la mer Noire, que lutte antiterroriste, quadrillé la perquisitionné dans toutes les maisons que lui indiquaient quatre civils masqués. Le bilan s'est élevé cents arrestations, qui, les dents cassées et la colonne vertébrale touchée, a dû être hospitalisé. Les quatre indicateurs de l'armée se des nervis deux étaient recherchés pour meurtre. Cette collusion entre une armée qui pratique la torture systématique, qui a une véritable expérience mée coloniale au Kurdistan, avec les commandos fascistes du PAN, en dit long sur la conception du «respect droits de l'homme» des miliLA CRISE ECONOMIQUE classe ouvrière en lutte contre mesures d'austérité hausse des prix. Le mois de novembre 1979 a vu la formation du gouvernement Demirel, après la victoire du Parti de la justice (PJ) aux élections partielles (1). Après deux mois de flottement, des mesures économiques ont été prises pour permettre la des investissements, avec en particulier la suppression des restrictions à l'entrée des capitaux étrangers. La livre turque a été dévaluée plusieurs fois, les tarifs publies ont connu plusieurs essentiellement dans le domaine de l'énergie, de l'essence, du charbon, de l'électricité et des bouteilles de gaz. tous les produits de consommation ont été libérés et ont fait un bond
Si Demirel réussissait à obtenir de l'OCDE et du FMI de nouveaux crédits pour plus de 3 milliards de dollars, un report d'échéance des dettes précédentes et un nouveau prêt de Bonn pour l'achat d'armement, la crise économique n'était pas résolue pour autant. La hausse des prix menaçait de dépas-
100 pour cent pour l'année 1980, la pénurie de nombreux produits, soit parce que la Turquie devait les acheter en devises fortes, soit qu'ils faisaient l'objet d'un trafic, devait favoriser la recrudescence du marché noir. Les chiffres officiels du chômage dépassaient 20 pour cent de la population active; à ces 2,5 millions de chômeurs s'ajoutait la menace contre les travailleurs immigrés tures dans les pays européens qui fermaient leurs frontières. Les grèves s'étendaient dans de nombreux secteurs - textile, électroménager -, et menaçaient de toucher, en octobre, l'industrie du verre, le pétrole, les PTT, les chemins de fer, pourtant le secteur le moins combatif de la classe ouvrière turque (2).
LE REVEIL DU MOUVEMENT
NATIONAL KURDE L'accentuation de la répression et de la crise économique n'avait pas freiné la combativité d'une classe ouvrière qui voyait son niveau de vie baisser chaque jour. Si le patronat ture soutenait la politique économique du Parti de la justice, il demandait en même temps une solution politique à l'instabilité d'un gouvernement minoritaire dans un Parlement qui, après six mois, n'avait pas réussi à élire un président de la République et gouvernement incapable de mater le
En même temps, un autre danger pour la stabilité et la sécurité de la bourgeoisie turque se levait à l'Est, avec le réveil du mouvement national
La nation kurde qui compte 20 millions de personnes est partagée entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Les Kurdes de Turquie, qui sont plus de 8 millions, ne voient même pas leur existence reconnue, puisque les thèses des pseudo-histonuméro 71 du 6 Le gouvernement possédait le droit les grèves pour une durée maximum de 90 jours lorsqu'elles résultaient de l'impossibilité d'arriver à un accord pour la signature des contrats collectifs annuels entre syndicats et patrons. Ce délai de 90 jours arrivait à expiration courant octobre dans de nombreux sec-
riens kémalistes expliquent s'agit de «Tures montagnards» qui, au contact des Persans, et des Arméniens, ont oublié leur
De la non-existence des Kurdes découle done le refus l'Etat ture de leur accorder le droit élémentaire de parler le kurde. Le Kurdistan est occupé militairement et voit ses richesses pillées bourgeoisie turque. Mais aujourd'hui, les Kurdes de Turquie ne se contentent plus d'exiger la reconnaissance de leur existence, de demander des écoles et des publications en langue kurde, ils ont commencé la lutte pour leur indépendance. Les mouvements kurdes, nés 1970, stimulés Iran, connaissent une influence granleurs erreurs et les sanglantes luttes de fractions (3). l'armée qui assumait déjà une grande partie des pouvoirs exécutif a obtenu le feu vert de l'OTAN pour le coup
Si, durant la journée, l'armée n'intervient quasiment discrète à Izmir, occupe la rue Ankara, il n'en est pas de même la nuit. Les quartiers ouvriers sont systématiquement investis et fouillés. Plus de 5000 arrestations lieu dans la seule nuit qui a suivi le coup d'Etat. Les responsables des yndicats interdits, aussi bien
Internationale paraîtra mois d'octobre et comportera : - un éditorial consacré aux de Pologne, - des articles sur mité paritaire» d'Ernest Mandel, Maitan, - les travailleurs nuel Farjoun, dolfo Gilly, lain Brossat.
niveau des confédérations, des fédéqu'il des Arabes des plus importants employeurs du contexte que
Pour la levée de l'Etat de siège !
pas, se fait à
Pour l'armée turque hors du Kurdistan
On consultera à ont eu
«La poudrière kurde», paru dans « Le Monde diplomatique», septembre 1980.
au
Quatrième
Internationale
Organe du Comité Exécutif International de la Quatrième Internationale
Le numéro 2 de la revue Quatrième début du au
Pays grèves
- les bases politiques et les propositions organisationnelles du «Co-
- la «crise du marxisme» de Livio palestiniens dans l'économie israëlienne d'Emma-
— la restructuration du mouvement ouvrier en Amérique latine d'A-
— la classe ouvrière juive d'Europe orientale avant l'holocauste d'Arations que des entreprises, doivent d'Etat au see présenter aux autorités militaires et se voient notifier leur assignation à résidence. Le droit de grève est interdit et les ouvriers des entreprises en grève ont reçu une prime de 70 cent de leur salaire alors qu'ils demandaient des augmentations mende 100 à 200 pour cent. Le patronat turc, par le biais de l'association patronale TISK, ne cache pas sa satisfaction car il n'espérait pas s'en tirer à si bon compte. Il faut dire que si, en Turquie comme ailleurs, l'armée est le bras armé de la bourelle est elle-même de cette bourgeoisie par truchement de ses sociétés d'investissement et de l'OYAK (Office la mutuelle d'assistance de l'armée) qui font des forces armées un
La continuité de la politique économique mise en place par Demirel sur les injonctions du FMI est d'ailleurs affirmée par le mainPour la libération des prisonniers politiques ! Pour la liberté pour tous les partis et syndicats ouvriers !
! ce propos l'article très complet de Chris Kutschera sur On se reportera aussi à l'ouvrage de ABONNEZ-VOUS !!! 1 AN : 4 N°g Tarif FRANCE 70FF Soutien 140FF BELGIQUE 500Fb Soutien 1000Fb AUTRES Voie normale PAYS 30F suisses ou 16 dollars US Par avion 19 dollars US tien en place du sous-secrétaire d'Etat aux Finances et du directeur de la banque nationale, ainsi que par la nomination de T.Ozan, principal conseiller économique de Demirel, comme Premier ministre par inté-
Pas plus qu'en 1960 ou qu'en
1971, l'armée ne frappera les fascistes même si quelques individus sont sacrifiés pour la forme car cette armée est intervenue pour restaurer les intérêts impérialistes dans la région, liquider des structures politiques devenues inefficaces et institutionaliser un Etat fort.
L'enjeu pour l'impérialisme importance dans cette stratégique, pour le prolétariat il s'agit, après la chute de la monarchie iranienne, de la première réaction d'envergure de l'impérialisme au Moyen-Orient. La solidarité internationale doit se développer autour de la défense des droits de la classe ouvrière:
Kutsehera, «Le mouvement national kurde» (Ed. Flammarion) et au livre collectif.
direction de G. Chaliand, «Les
Kurdes et le Kurdistan» (Ed. Maspero).
Comment payer?
CHEQUES à l'ordre de PEC
2 r. Rich Lenoir
93100 Montreuil
Virement au Cpte
001-1020473-12 de Quatrième
Internationale
12 rue Buanderie
1000 Bruxelles.
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