directeur de la revue « non officielle » de Canton la Voie du peuple
E suis né en 1948 dans une famille de médecins. Mon était dentiste. Dans les premières années de la révolution, trois fois au Congrès national du peuple comme représentant de notre région. Donc, ma famille était communiste et soutenait sans défaillance le Parti communiste. (...)
Quand j'obtins mon diplôme de fin d'études secondaires, en 1965, j'ai commencé à me sentir sans perspectives. Puis je suis entré au Collège technique de construction navale de Canton où j'ai étudié pendant un an. Avec le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne (GRCP), tous mes espoirs de poursuivre mes études se sont à jamais évanouis. Tout d'abord, je ne vis dans la GRCP que stupidité, confusion et agitation fébrile qui ne faisaient que développer la violence parmi mes camarades de classe. Dès le début, j'ai suivi aveuglément les Gardes rouges. Je suis parti en mission dans le train spécial des Gardes rouges pour établir la liaison entre trois grandes villes : Wuhan, Beijing et Shangai. Mais ce fut une expérience très marquante. (...)
A mon retour, je me suis vraiment senti mal à l'aise : tout ce que je voyais et entendais me conduisait à une seule conclusion : le peuple de mon pays avait été trompé. Cela me fit ressentir, au plus profond de ma conscience, de la pitié pour le peuple de mon pays. Ma colère, longtemps réprimée, contre les bureaucrates put alors s'exprimer dans des écrits; je me considérais comme un témoin de ce courant historique de lutte des classes. C'est par rapport à ce choix et à ce combat que j'ai alors décidé de ne plus poursuivre mes études. Quand toutes les écoles et les instituts de formation furent fermés, en 1968, je suis entré comme ouvrier dans une usine de construction navale bien que cela n'était pas pour moi la solution idéale. (...)
Cette vie à l'usine m'intégra à la classe ouvrière et me permit de m'é panouir pleinement. La tragédie de la GRCP se révéla sous son masque grotesque. A partir de cette déception, tous ceux qui avaient un tant soit peu de conscience sociale ou patriotique se virent obligés de cesser l'activisme effréné pour réfléchir sur la «voie au socialisme» qu'avait suivie le pays pendant ces vingt dernières années. Paradoxalement, c'est au moment où la GRCP est apparue comme
Autobiographie de Ho Qui fondamentalement contraire au so cialisme authentique que je me suis fermement rallié au marxisme. Je me suis rendu compte que ce n'était pas le marxisme qui avait mené mon pays à la ruine mais ses caricatures produites par la réalité sociale dans laquelle je me trouvais plongé. (...)
Quand un de mes frères, qui habitait dans une autre ville, vint en vacances en 1973, nous avons eu de nombreuses discussions sur les causes des différents problèmes sociaux. La différence entre nos points de vue entraîna des discussions riches, parfois violentes, qui se prolongèrent ensuite dans une correspondance. Je lui écrivais de longues lettres détaillées en utilisant des citations prises dans les classiques du marxisme. Parmi nos nombreux sujets de débat, il y avait : l'exploitation à laquelle le régime soumettait les travailleurs, la trahison des intérêts nationaux par la politique étrangère de l'époque, le chômage et le problème des étudiants qui étaient envoyés de force à la campagne, le choix erroné de Mao d'aider le Pakistan. Comment aurais-je pu imaginer que cette correspondance privée avec mon frère serait utilisée par la Sécurité publique pour fonder mon inculpation comme «contre-révolutionnaire». Je fus donc emprisonné le 18 juin 1973 sans bénéficier d'aucun droit de défense (...), puis condamné à trois ans de rééducation par le travail (la période de détention préventive n'étant pas comprise dans cette peine) au cours d'une réunion publique de masse, à Canton, en septembre de cette même année. (...)
On nous imposait toutes sortes de travaux sales et humiliants. Par exemple, il y avait des quotas individuels pour transporter 30 tonnes de temps déterminé. Pendant les courtes périodes de dé tente, il y avait parfois des lectures collectives des classiques marxistes. Je réussis à faire quelques analyses critiques, en particulier au cours du débat sur les Discussions sur les bases sociales de la clique contre-révolutionnaire de Lin Piao de Yiao Wen Yuen, publiées dans le Quotidien du peuple. (...)
(Après ma libération), je quittais la maison familiale. En apprenant les événements de la place Tien An Men, la libération de Li-I-Che (pseudonyme des quatre auteurs de la fameuse affiche de 1974) et la chute de la Bande des quatre, alors que j'étais encore en prison, j'ai eu le sentiment que l'heure des changements radicaux dans le pays était arrivée. (C'est seulement alors que je compris «l'expérience» et la «détermination» que j'avais acquises en prison.) La création du Mur de la démocratie à Beijing (Pékin), les soulèvements populaires, tous ces événements montraient clairement une montée des luttes dirigées directement contre les bureaucrates de haut rang. (...)
Alors qu'une procédure était engagée pour ma réhabilitation, je rejoignis la revue non officielle locale, la Voix du peuple. Mon expérience personnelle me donnait le sentiment aigu de la nécessité pour le peuple du droit à la liberté de parole, de pensée et de la presse (pas étonnant que ces droits n'aient jamais été tolérés sous les régimes d'autoritarisme féodal). Cependant, cette vague de luttes, pour être victorieuse, devrait s'appuyer sur des revendications fondamentales et simples. Un système dans lequel les droits fondamentaux l'existence individuelle sont niés et où les activités naturelles et biologiques sont limitées de façon capitaliste, est l'exemple le plus monstrueux de tous les autoritarismes féodaux jamais vu. Les gens doivent avoir leur propre pensée, indépendante, afin de vivre véritablement leur vie. La pensée n'est réelle et vivante que si elle est exprimée et c'est pour cette raison que les gens doivent pouvoir avoir leurs propres publications. Depuis la chute de la Bande des quatre, en particulier depuis sa confirmation par le Ille Plénum du Xle Comité central du Parti, le président Hua et le vice-président Deng ont commencé à instaurer un système politique nouveau qui s'oppose fondamentalement à celui de la dictature féodale de la Bande des quatre. Leurs efforts, en tant que dirigeants du pays, pour établir la démocratie socialiste et pour son institutionalisation (dans la législation) l'expression de l'aspiration du peuple à la liberté. (...)
La première étape dans la réalisation de cet objectif consiste à respecter les droits du peuple tels qu'ils sont inscrits dans la Constitution dans l'intérêt de la nation. Cela est directement lié à la garantie pour le peuple de la liberté de penser et de critiquer. (...)
J'ai toujours pensé, je le pense aujourd'hui encore, que notre pays
obéissance; notre soutien sera accor- pays, ni à certains de leurs courants est sur le chemin du socialisme, mais seulement sur le chemin. Et c'est parce que le système sous Lin Piao et sous la Bande des quatre était une forme d'autoritarisme féodal pourri, qu'il n'est pas possible de le changer, de le voir se transformer du jour au lendemain, à partir du 16 octobre 1976, en un véritable système socialiste. C'est-à-dire que la base matérielle pour construire le ne peut être que la destruction complète du système de domination antérieur. Donc, à l'étape présente du développement social, il est nécessaire de maintenir la dictature du prolétariat. La tâche principale, la tâche la plus urgente, pour cette période de transition, c'est la suppression complète des bases sociales de l'autoritarisme tel qu'il a existé auparavant -réaliser «la destruction de l'appareil d'Etat». Ce n'est que sur cette base que la modernisation et tout autre développement progressiste pourra s'effectuer. Dans ce processus, quand le Parti communiste de Chine tente, pour réaliser une authentique démocratique du peuple dans l'intérêt de l'immense majorité du prolétariat, d'éliminer les forces
You opposées; quand il tente de perfectionner le socialisme et son système législatif; quand tente de réaliser sa tâche historique et d'exprimer les véritables aspirations du peuple, les publications du peuple ont de toute évidence un rôle politique très important à jouer.
En septembre, j'ai quitté, avec deux autres camarades, la Voix du peuple pour fonder la Voie du peuple. Notre objectif et l'esprit dans lequel nous voulions travailler, a été clairement défini dans le premier numéro de notre revue (...). Notre but était de faire de cette publication un forum de débats du peuple, pour le peuple; elle ne devrait jamais étre la propriété privée de ceux qui la publient. Nous ne sommes là ni pour éclairer le peuple, ni pour lui apporter un enseignement, nous sommes là pour apprendre du peuple, nous sommes ses serviteurs sincères et loyaux ! Nous espérons que notre modeste publication sera un instrument de discussion et de recherche pour les masses (et donc pour nous) sur le chemin de la transformation sociale.
De plus, nous voulons insister sur le fait que nous ne sommes, nous n'avons jamais été, en aucune manière, des «éléments dissidents». Nous partageons avec le Parti communiste chinois la volonté de défendre le marxisme et de nous battre pour la construction du socialisme. Nous apportons notre soutien à la direction du Parti communiste. Cependant, cela ne signifiera jamais une dé en fonction des critères fixes par le marxisme scientifique. (...)
Nous devons insister sur le fait que ceux qui nous considèrent comme des «éléments anti-gouvernementaux» se trompent totalement. Nos adversaires ne sont pas le gouvernement en tant que tel, mais les bureauqui sont au gouvernement. C'est parce que nous soutenons le rôle du gouvernement en tant que serviteur du peuple, s'identifiant à lui, se conformant à ses intérêts fondamentaux, que nous avons la responsabilité d'assurer sa capacité de direction ainsi que de favoriser des liens plus étroits entre lui et le peuple, une meilleure compréhension des besoins et des aspirations du peuple. absolument clair pour nous que ces objectifs, par leur nature même, vont inévitablement se heurter aux
Le Mouvement démocratique, tel qu'il existe à l'heure actuelle, est l'expression politique d'une mission émanant du peuple. Il ne représente pas seulement l'aspiration du peuple chinois au progrès social, mais il est aussi révélateur, au niveau social, de l'étape actuelle de développement de la pratique du marxisme en Chine et de celle du mouvement ouvrier international. La nécessité de dépaslimitations historiques des expériences passées a été lumière. Le besoin urgent de dépasser le capitalisme se fait sentir de façon de plus en plus aiguë dans la recherche permanente de voies nouvelles, c'est-à-dire dans l'avancée vers la révolution prolétarienne. contexte, les liens indissolubles entre le mouvement ouvrier chinois et le mouvement ouvrier dans les autres pays du monde (au niveau international) devront apparaître de plus en plus clairement. (...)
Ce n'est que dans cette perspective que la Chine pourra se libérer de l'engrenage de la lutte avec le système capitaliste international. Les revendications fondamentales du Mouvement démocratique en Chine sont liées à l'instauration de la démocratie socialiste et du système législatif correspondant dont le but final est la libération des forces productives par l'élimination de toute forme d'exploitation. Du fait de la fusion des intérêts du Mouvement démocratique et des travailleurs chinois avec ceux prolétariat international, tous deux seront soumis aux attaques sans merci du capitalisme si les premiers ne se lient pas consciemment avec le second. Il doit être absolument clair que le Mouvement démocratique demande aucun soutien, quel qu'il soit, ni aux bourgeoisies démocratiques, car les unes comme les autres, de par leur nature, lui sont radicalement opposés. ment démocratique se reconnaît exclusivement dans la classe ouvrière internationale et dans ses luttes pour la construction du socialisme. Nos liens avec nos compatriotes du Hong Kong ne peuvent être compris que comme une application de notre internationalisme et de notre volonté de nous lier au prolétariat international et aux sympathisants du Mouvement démocratique. Ces liens sont de première importance car nous poursuivons les mêmes objectifs. C'est justement cette compréhension nous espérons voir le prolétariat international acquérir pour rendre possible et efficace le soutien mutuel. Le jour où les travailleurs de Chine obtiendront un réel contrôle sur l'admide leur pays, sera le jour où la Chine pourra véritablement apporter sa contribution aux travailleurs du monde entier. (...)
Nous sommes convaincus que notre publication se place ment dans le cadre fixé par la Constitution. Elle temps, l'expression d'un courant du peuple qui aspire à la liberté de pensée et à la libération des chaînes du féodalisme depuis la chute de la Bande des quatre. (...) La question qui se pose est de savoir s'il existe une volonté authentique de respecter les droits fondamentaux du peuple tels qu'ils sont inscrits dans la Consti-
Les idées nouvelles et les mesures progressistes rencontrent toujours une résistance ou même une opposition des forces rétrogrades. Il y a, en effet, une opposition objective aux publications de la part des bureaucrates car les aspirations qu'elles expriment représentent le contraire de bureaucratie. Naturellement, les bureaucrates ne pourront qu'accuser les publications de tous les maux. (...)
Je veux expliquer clairement le fond de ces problèmes. Notre grande race chinoise poussera, sans aucun doute, notre grand parti vers le progrès. Elle ne permettra jamais que le parti perde son caractère prolétarien et vacille. Le peuple ira de l'avant et luttera. Sans craindre car le sang versé aujourd'hui annonce le début d'une ère nouvelle. Le 5 janvier 1980.