La répression du Mouvement démocratique en Chine se fait à nouveau sévère. Les derniers dazibao (affiches murales) officiellement tolérées ont été arrachés des murs de Pékin. L'Assemblée nationale a voté la supression des Quatre grandes libertés inscrites dans la Constitution, dont justement la libertés de recours aux dazibao pour faire connaître son point de vue, ses plaintes et critiques. Et de nouvelles arrestations ont eu lieu en Chine du Sud, alors même que l'Assemblée nationale inaugurait ses travaux : le 31 août, à trois heures du matin, quatre rédacteurs en chef de publications «non officielles» étaient arrêtés au domicile cantonnais de l'un d'entre eux. Il s'agit de Ho Qui (de la Voie du peuple de Canton), de Zhong Yuequin (de la Voix des masses de Shaoguan dans le Guandong), de Zhu Jiangbieng (du Son de la cloche de Wuhan) et de Zhang Jingsheng (de la Presse républicaine de Changsha dans le Hunan).
Zhong, Zhu et Zhang sont accusés de résidence illé. gale pour s'étre rendus à Canton chez Ho, sans en avoir référé aux autorités, et Ho est accusé de les avoir hébergés alors qu'ils étaient en «situation irrégulière». Tous les quatre se rencontraient pour échanger leurs expériences d'animation de publications du Mouvement démocratique chinois.
Ces arrestations font suite à de nombreuses mesures visant à juguler le développement du Mouvement démocratique, mesures engagées dès novembre 1978, alors même que la manifestation de la place Tien An Men d'avril 1976 - date anniversaire du Mouvement démocratique — était officiellement réhabilitée. Wei Jingsheng de la revue Exploration a été condamné à 15 ans de prison, Fu Yuehan du Forum des droits de l'homme en Chine doit purger 3 ans de «rééducation par le travail», Liu Qing du Forum du 5 avril a été lui aussi condamné, sans procès, au mois d'août, à 3 ans de rééducation par le travail. De façon générale, les militants du Mouvement démocratique placés sur la «liste noire» ont été soumis à de multiples pressions.
Le Mouvement démocratique a commencé à s'organiser plus systématiquement face à ces mesures de répression. L'arrestation de Liu Qing, du comité de rédaction du Forum du 5 avril, a provoqué toute une série de protestations dans la première moitié de l'année 1980. Un appel avait été lancé au printemps par les représentants de 11 comités de rédaction de revues «non officielles», appel à la libération de Liu Qing qu'Inprecor avait reproduit dans son numéro du 11 septembre dernier. Finalement, le 31 août, 17 comités de rédaction de samizdat chinois fondaient ensemble un Comité national de défense pour la libération de Liu Qing.
Ces 17 revues sont: la Voix du peuple (Canton), la Voie du peuple (Canton), le Son de la cloche (Wuhan), la Presse républicaine (Changsha), la Voix populaire (Shao Guar, Canton, la Revue de la rivière septentrionale
Chine (Shao Guan, Canton), la Voix de la démocratie (Shanghai), le 5 avril (Heng Zhou), la Mission (Gui Yang), le Soulèvement (Qing Dao), la Pierre de la démocratie (An Yang, Henan), la Jeunesse de Pekin (Pékin), les Flocons de neige (Chang Chu), le Courrier de l'idéal (Changsha), l'Ile de la rose (Chong Mingdao, Shanghai), Convainc (Lin Qing, Shan Dong)*.
Pour chacune de ces revues, le communiqué de fondation du Comité de défense donne le nom d'une personne chargé d'établir les contacts. Le Comité de défense a par ailleurs envoyé à la Cour suprême de Pékin un acte formel d'accusation pour détention illégale contre les membres du Bureau de sér rité de la capitale coupables de la détention de Liu Qing. Il a de même lancé un appel au président de la Ille session de la Ve Assemblée nationale, aux délégués à cette assemblée, à la population de la République populaire de Chine et aux compatriotes d'outre-mer. Enfin, le 8 août 1980, Wang Xizhe, l'un des rédacteurs du fameux dazibao de Li-Yi-Zhe placardé à Canton en 1974, a envoyé une longue lettre en défense de Liu Qing aux délégués de l'Assemblée nationale.
La formation du Comité national de défense pour la libération de Liu Qing est un événement sans précédent en Chine. Il manifeste la détermination du Mouvement démocratique de ne pas se laisser réduire au silence par la répression bureaucratique et souligne l'urgence qu'il y a à développer la solidarité internationale. Les membres du Comité de défense sont en effet eux-mêmes soumis à de multiples pressions. Ho Qui, de la rédaction de la Voie du peuple qui avait été arrêté le 31 août avec Zhong, Zhu et Zhang, était membre du Comité national de défense. Vu sa notoriété, cette arrestation avait provoqué beaucoup d'émotion, notamment à Hong Kong, proche de Canton. Une partie de la presse locale et la presse internationale se sont fait l'écho de ces arrestations et selon des informations encore non confirmées qui viennent de nous arriver, Ho Qui aurait été libéré le 16 septembre du fait de la publicité faite aux arrestations. C'est dire le rôle de la solidarité internationale. Si la libération de Ho était confirmée, ce serait une première victoire du Mouvement démocratique face à la nouvelle vague de répression.
Les arrestations de Ho, Zhong, Zhu et Zhang sont particulièrement graves en ce qu'elles frappent un secteur très actif du Mouvement démocratique. Nous publions ci-dessous des extraits d'une autobiographie de Ho Qui. Elle permet de mieux comprendre qui sont ces militants du Mouvement démocratique chinois frappés par la répression. Nous appellons au renforcement du mouvement de solidarité international pour exiger la libération immédiate de Ho, Zhong, Zhu et Zhang, ainsi que de leurs camarades. * La traduction exacte des titres des revues peut varier. Par exemple, la Voie du peuple (à ne pas confondre avec la Voix du peuple) est parfois appelée la Rue du peuple.