Yes derniers jours, les menaces se sont aggravées. Dans notre précédent numéro, nous avions mentionné l'appréciation du quotidien du capital britannique Financial Times sur la lutte en cours : «C'est potentiellement le conflit du travail le plus sérieux et le plus important depuis plusieurs années en Italie.»
Aujourd'hui nous pouvons firmer sans aucun doute qu'il s'agit de la plus grave agression à laquelle le mouvement ouvrier européen a eu à faire face au cours des dernières années. Pour étayer cette affirmation, il suffit de reprendre le déroulement des faits depuis le samedi 27 septembre.
Ce jour-là, le gouvernement Cossiga était renversé. Ce gouvernement «tripartite», (DC) - Parti socialiste (PSI) - Parti républicain (PRI), était déjà très affaibli par les luttes ouvrières et aussi par l'opposition du Parti communiste (PCI) et les contradictions en son sein. Au cours des derniers mois, il avait été mis à plusieurs reprises en minorité, seulement sauvé à chaque fois par le vote de la question de confiance. Ce jour-là donc le gouvernement était parvenu à trouver une majorité (d'une seule voix, alors que l'arithméthique parlementaire lui en accordait plusieurs dizaines) par le vote de la question de confiance, mais, au cours d'un vote général à bulletins secrets sur un long décret économique, il s'est retrouvé une fois de plus en minorité et il a préféré donner sa démission.
Immédiatement Agnelli a annoncé le report jusqu'à la fin de l'année des mesures de licenciement concernant 14469 travailleurs. L'objectif de ce recul du patronat de la FIAT est bien clair : il s'agit d'éviter que la continuation des luttes à la FIAT ne puisse transformer la crise gouverneà l'initiative de la classe Le recul d'Agnelli représentait certainement une première victoire, bien que limitée, pour les travailleurs de la FIAT : le problème des licencie-
Epreuve de force à la Fiat
ments a été repoussé seulement de quelques mois et, de plus, subsistait la menace de « chômage technique» massif décidé par les patrons. Il fallait poursuivre la mobilisation et ne pas baisser les bras.
Telle n'a pas été la position défendue par le PCI et les confédérations syndicales. La direction du PCI a salué le recul d'Agnelli comme une «grande victoire », elle n'a proposé aucune consigne pour assurer la conde la mobilisation et s'est montrée disposée à utiliser les effets de la lutte de la FIAT dans les négociations en cours pour la formation du nouveau gouvernement. De leur côté, les confédérations ont immédiatement annulé l'appel à la grève sorte qu'Agnelli avait le chemin préparé pour se livrer à de nouvelles agressions, ce qui n'allait pas tarder à
Lundi 29 septembre, la direction de la FIAT a annoncé la mise au «chômage technique» de 24000 travailleurs. Mardi 30, c'est la liste no-
Mercredi 17 septembre, les trois secrétaires nationaux de la FLM (Fédération de la métallurgie), devant trois assemblées combatives et massives, réunies dans trois différents secteurs de la FIAT à Turin (celle de Mirafiori fut particulièrement importante avec une participation de 20000 ouvriers), promettaient que le lendemain le Comité directeur de la FLM déciderait la grève générale des métallos et demanderait aux confédérations (GCIL-CISL-UIL) de proclamer la grève générale de toutes les catégo-
En effet, le 18, la direction de la FLM décidait la grève des métallos pour le 24 et deux manifestations nationales à Turin et à Naples. Le même jour, 1200 délégués pour le même jour, 24 septembre, la grève générale de toutes les catégories dans leur région.
Vendredi 19, d'autres grandes as-
Italie minale des travailleurs concernés par cette mesure qui est rendue publique et l'on peut mesurer l'ampleur de cette nouvelle agression et le caractère purement maœuvrier du report des licenciements : parmi les 24000 travailleurs concernés, il y a la majorité des militants syndicalistes de base de la FIAT et même certains délégués membres des conseils.
Agnelli a tiré une conclusion très lucide des luttes menées ces dernières semaines: pour pouvoir imposer les 14469 licenciements, il se doit d'abord de démanteler le mouvement ouvrier organisé de la FIAT. Tel est l'enjeu de la colossale épreuve de force qui est en train de se jouer à Turin.
Il est évident que ce qui est en jeu ce sont les intérêts de la classe ouvrière italienne et de tout le mouvement ouvrier européen. La riposte se doit d'être à la hauteur de l'agression, elle est possible: ce qui s'est passé ces deux dernières semaines, et qui prolonge les mobilisations précédentes analysées dans notre numéro précédent d'Inprecor, le démontre. UNE MOBILISATION ASCENDANTE semblées se déroulaient, en particulier à Mirafiori et à Lingotto ; le maire communiste de Turin et le président du Conseil régional (socialiste) allaient y manifester leur solidarité aux travailleurs de la FIAT.
Deux camarades des Comisiones obreras de la SEAT de Barcelone, militants de la IVe Internationale, prirent la parole au cours de ces assemblées pour manifester le soutien des travailleurs de l'Etat espagnol; ils furent très applaudis.
Cependant à Rome les entretiens piétinaient. Une proposition, avancée par le ministre (DC) du Travail Foschi, d'attendre avant de prendre des décisions que le parlement approuve une loi sur la « mobilité», fut repoussée tant par la FIAT que par les syndicats. Le samedi 20, la FLM deau ministre une réponse Face à l'impasse évidente des pourparlers, lundi 22, le Conseil de Mirafiori (appelé le «Consiglione»
car il comprend 800 délégués) maintenait la consigne de la continuation de la lutte jusqu'au bout (8 heures de grève chaque jour avec assemblées et cortèges) et donnait un avis favorable pour des lutte », c'est-à-dire pour l'occupation de toutes les sections de la FIAT.
Le mardi 23, le conseil d'administration de la FIAT décidait d'augmenter le capital de 165 à 337,5 milliards de lires; simultanément, le Premier ministre Cossiga démissionnaire) rencontrait les trois secrétaires généraux des syndicats, Lama, Carniti et Benvenuto pour les convaincre d'appuyer la proposition que le ministre du Travail était en train de préparer et de faire pression sur la FLM pour qu'elle-même l'accepte.
A Mirafiori, le mercredi 24, se déroulait une nouvelle grande assemblée très houleuse avec plus de 10000 ouvriers et avec la participation des représentants des partis. Les interventions des travailleurs demandaient la grève générale nationale et l'occupation des usines; les sifflets retentirent au moment de l'intervention du représentant démocrate-chrétien, mais aussi au moment de celle de Boato, député du Parti radical, ex-dirigeant de Lotta Continua. Cicchitto, socialiste, lui aussi dut supporter d'être surtout de la part de tous les travailleurs qui reprochent au PSI de participer au gouvernement démocrate-chrétien.
Pour la première fois, la LCR (section italienne de la IVe Internationale) était invitée comme organisation politique à parler dans une assemblée de ce type. Notre camarade Caforio, un des 61 travailleurs licenciés en octobre dernier par la FIAT, obtenait de nombreux d'applaudissements.
Le même jour, le Comité directeur de la CGIL-CISL-UIL, décidait une grève générale de 4 heures pour le 2 octobre.
Finalement, le jour suivant, s'est déroulée la grève générale du Piémont qui a touché 1300000 travailleurs et celle nationale des métallos (1500000), toutes les deux furent des succès.
Néanmoins, la manifestation de Naples ne dépassait pas les 10000 ouvriers et cela témoigne des grandes difficultés que le mouvement ouvrier et syndical connaît de nouveau au Sud, du fait des erreurs de sa direction. Au contraire, la manifestation de Turin était puissante et extraordinairement combative. Au moins 80000 travailleurs, peut-être plus de
100000, occupaient la place principale de Turin, des 4 grands cortèges qui avaient traversé la ville.
Dans les cortèges et lors du meeting final, marqués par la présence combative des travailleurs, tendait que des d'ordre très durs contre le patron, pour l'occupation des usines, pour la grève générale de 8 heures; le secrétaire général de confédéral, Carniti, vigoureusement sifflé par les manifestants. Les nombreuses banderoles et pancartes préparées par les militants de la LCR, qui s'était engagée au niveau national pour la mobilisation, demandaient les contre le chômage. Il s'agit d'un mot d'ordre qui à pénétrer d'importants couches de travailleurs
Entre-temps, le ministre du Travail avait fait une nouvelle proposition, dite de médiation. Elle envisageait, en plus des propositions déjà faites par la FLM (c'est-à-dire : licenciements volontaire; mises a la la retraite anticipées; blocage de l'embaumobilité intérieure au groupe FIAT), caisse d'assistance, pour zéro heure de travail, pour 24000 travailleurs jusqu'à la fin de l'année et, de plus, chômage technique pour un volant de 24000 travailleurs.
Il était prévu qu'au milieu de 1981 les parties en présence contreraient pour vérifier si ces mesures avaient donné les résultats attendus ou bien s'il fallait envisager d'autres solutions.
Après pas mal de débats internes, la FLM fut poussée par les confédérations à accepter cette proposition. La FIAT, au contraire, la
Au cours d'une violente conférence de presse, les dirigeants de la FIAT ont confirmé la nécessité des licenciements, et surtout celle d'une liste d'ouvriers voués à la mobilite extérieure, en expliquant que c'était prévu dans la Convention collective nationale des métallos. l'année dernière, les dirigeants syndicaux ont signé une clause de ce type, très dangereuse pour les travailleurs, en envisageant un développement de la production qui aurait facilité le déteurs en crise vers d'autres usines du
Mais aujourd'hui, face à la forte mobilisation ouvrière contre la «mobilité», perçue comme un instruficile situation de l'emploi dans le
Piémont, la direction de la FLM comprend qu'elle doit pas d'engager dans cette impasse.
En fait, en plus des 15000 emplois en danger chez FIAT, sont envisagés 4000 licenciements chez Indesit (appareils électro-ménagers) 2000 à la Montefibre (fibres synthé-
Il y a déjà plus de 12000 travaildans la seule province de Turin, 2000 dans celle d'Asti.
Plus de 7000 travailleurs venant d'entreprises fermées ou « restructurées » au cours de ces dernières ansont encore en «mobilité», c'est-à-dire inscrits sur une liste spéciale en attente d'un nouvel emploi.
Il y a 53000 chômeurs inscrits sur les listes normales de l'Agence pour l'emploi de la province de Tu-
Les négociations au ministère du Travail ont donc été arrêtées sans aucun accord. Le Premier ministre a convoqué une nouvelle fois les parties pour essayer d'engager le débat au plus haut niveau du gouverne-
Pendant ce temps, les délégués de la FIAT, qui s'étaient contentés d'accepter la «médiation gouvernementale » avec quelques réticences et après de nombreuses pressions de l'«aile gauche » de la FLM, ont poursuivi la préparation politique et organisationnelle de l'occupation des entreprises. Mais la chute du gouvernement Cossiga et les événements qui l'ont suivie ont ouvert une nouvelle phase de la lutte. TOUS AVEC CEUX DE LA FIAT!
Les travailleurs de la FIAT sont à nouveau en grève. Ce même mardi 30, jour où la liste des travailleurs mis au «chômage technique» fut connue, la FLM appela à la grève ainsi qu'à des piquets massifs avec la participation rotative de tous les grévistes pour bloquer les portes des usines. Il s'agit «presque» d'une occupation mais ce n'est pas une occupation, et surtout ce n'est en aucune façon une ligne de mobilisation générale et centralisée de toute la classe ouvrière italienne comme ceux de la FIAT en ont besoin. Il ne s'agit donc que d'un premier pas dans la riposte à l'agression patronale. La LCR, aux côtés des milliers de travailleurs qui ont fait l'expérience de ce mois de luttes, avance le
mot d'ordre de grève générale qui est de vaincre Agnelli. L'actuelle crise gouvernementale en Italie donne une importance d'autant plus grande aux luttes de la FIAT. Il ne fait pas de doute qu'Agnelli fait le calcul que le PCI et les directions des confédérations syndicales vont avoir pour objectif premier d'éviter au pays une crise politique grave qu'ils auraient bien du mal
Il n'y a qu'une puissante mobilisation à la base qui puisse obliger, une fois de plus, Berlinguer et les bureaucraties syndicales à «chevaucher le tigre». Car il existe un danger d'isolement de la FIAT qui constitue le danger principal à combattre. C'est a cela que se sont atteles les camarades de la LCR mais c'est également une tâche de toute la IVe Internationale et particulièrement de ses sections européennes.
Ces quatre semaines de luttes montrent que nous sommes en train avec la FIAT une double «répétition générale »: Agnelli assume le rôle d'«avant-garde» du patronat de l'industrie automobile européenne, et pas seulement de l'industrie automobile d'ailleurs, dans la tentative de mise en place de sa stratégie anti-crise; par ailleurs les travailleurs de la FIAT sont effectivement l'avant-garde des travailleurs européens dans la leçon inappréciable qu'ils donnent sur la manière de faire face aux agressions et aux manœuvres les plus brutales de patronat. Et ceci la position de collaboration de classe honteuse des directions des centrales syndicales, des oscillations et du manque de détermination de la FLM dans la centralisation et la dide cette lutte qui doit être menée jusqu'au bout, et enfin malgré les manœuvres tactiques du PCI qui entend renouer des liens plus étroits avec la classe ouvrière sans se départir un seul instant de sa ligne de collaboration avec la bourgeoisie.
Les travailleurs de la FIAT sont en droit d'attendre au cours des prochaines semaines qui seront décisives le soutien de tous leurs camarades à travers l'Europe. En particulier il faut éviter que la production de la SEAT en Espagne ne soit utilisée par Agnelli - comme cela s'est passé la semaine dernière - pour mieux faire face à la grève de la FIAT.
Enfin, du point de vue de la solidarité internationaliste également, la lutte de la FIAT est une « répétition générale ». Les travailleurs européens de l'automobile ne peuvent affronter la très grave crise de cette branche qu'en coordonnant leurs efforts et leurs luttes, en avançant des mots d'ordre unificateurs, tout spécialement les 35 heures de travail par semaine, en refusant la logique réactionnaire de la « défense de la compétitivité de l'industrie nationale » dont les réformistes se font les complices, et en organisant un front unique solidaire à l'échelle européenne.
La IVe Internationale et tout spécialement sa section italienne vont rassembler tous leurs énergies dans ce sens. Pologne