La pi
d'avertiss
Cyril SMUGA - cats indépendants autogérés, nés •N un mois d'existence, les syndi-
• de l'accord de Gdansk le 31 août 1980 après 17 jours de grève, se sont affirmés comme la principale organisation ouvrière en Pologne. Ils se sont coordonnés, ont adoptés le même nom Solidarnosc (Solidarité) et les mêmes statuts. Ils comptent aujourd'hui sept millions de membres face à un Conseil central des syndicats (CRZZ - officiel) dont, selon son président, Romuald Jankowski, «les structures organisationnelles ont éclaté ».
Les syndicats officiels de branche quittent un à un le CRZZ, se proclament «autonomes» et «autogérés». La raison de ces manœuvres a été exprimée très clairement par Szyszka, président du syndicat officiel des Télécommunications, qui justiréparation de la ement du 3 oct fiait ainsi sa désaffiliation du CKZZ : «Toutes les organisations de branche ou presque ont quitté le CRZZ. Mon syndicat, au moment de l'annonce de désaffiliation ne comptait guère plus de 20% de ses membres. » Politika, l'hebdomadaire officieux du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), alla même plus loin, affirmant : «On peut dire, sans exagération, que ceux du CRZZ ont déjà fait leurs bagages et campent, valises en main. » Et aujournal de poursuivre : «Au moment où cet article paraîtra, il se peut très bien qu'il n'y ait plus personne dans la
Avec une rare clairvoyance, Politika écrit : «Les déclarations des synbranche annonçant qu'ils seront aujourd'hui autonomes et autogérés, signifient uniquement que le syndical revient statutaires.». Avant d'annongrève obre 1980 cer : "Un ne peut douter que les directions syndicales de branche espèrent egalement que la manifestacion de leur renouveau arrêtera le flux vers d'autres organisations syndicales.» côté de ces changements, la bureaucratie tente de diviser le nouveau mouvement syndical. Les propositions d'aide, voire même l'aide concrète pour certains syndicats, coexistent avec des pressions et des attaques contre d'autres. Telle l'attitude de ce directeur d'une entreprise varsovienne : «Chez moi, dans l'entreprises, il n'y aura pas de syndicats d'aucune sorte; mettezvous ça bien dans la tête ! Et quand la vague va retomber, tout sera comme avant...» Ailleurs, comme à Cegielski de Poznan, le directeur a prété qu'une délégation puisse se rendre à la réunion des nouveaux syndicats à Gdansk.
devait-il déclarer. La discussion lon- , volonté d'une partie de la bureaucra-
Solidarnose compte aujourd'hui sept millions de membres, parmi eux seule une minorité - deux à trois millions - ont fait grève en juillet et en août. Moins encore ont fait l'expérience d'une grève d'occupation longue et organisée démocratiquement. C'est dire les différences de niveau de conscience. Si une minorité de travailleurs est consciente qu'on pourra rien obtenir de la bureaucratie sans l'acculer, sans un rapport de forces construit, appuyé par la menace de grève, d'autres se font des illusions sur la bonne volonté d'une partie au moins des bureaucrates. Lors de la première recontre nationale des syndicats indépendants à Gdansk, les débats ont reflétés ces différences.
LA CONSTITUTION D'UN
SYNDICAT NATIONAL Le mercredi 17 septembre, un millier de délégués de toutes les régions de Pologne s'étaient réunis à Gdansk. Le but de la rencontre, confronter les expériences et les difficultés rencontrées dans la construction du mouvement, a été immédiatement dépassé. «Notre mouvement est trop fort pour être brisé mais il peut s'enliser (...). Il est indispensable d'avoir un seul syndicat national, et non régional, et donc un statut. Sans cela, nous n'obtiendrons rien et les travailleurs vont nous quitter.» L'intervention du délégué de Wroclaw, Karol Modzelewski (1), qui reflétait la préoccupation de la majorité des syndicalistes réunis, posait d'emblée la question du rapport de forces national face à la bureaucratie. Car, si à Gdansk ou à Szczecin, les syndicats indépendants bénéficient du rapport de forces imposé par la grève d'août, ailleurs les syndicats en construction ont besoin d'un appui national face aux manœuvres de la bureaucratie.
Intervenant tout de suite après Modzelewski, Lech Walesa, dirigeant de Gdansk, s'opposa à toute idée de centralisation des syndicats : il se méfiait du manque d'expérience des militants des autres régions qui, du fait de leur nombre, auraient facilement une majorité dans une direction nationale du syndicat : «Je ne veux pas que les autres décident pour Gdansk »; gue, démocratique et passionnée avait permis de parvenir à une solution acceptable pour tous : tous les syndicats adopteront le projet de statuts par ceux de Gdansk, une coordination, qui ne pourra pas im poser ses décisions à l'ensemble du mouvement, a été mise en place, ainsi qu'une équipe d'intervention dont la mission sera d'aider tous les syndicats ayant des difficultés. L'ensemble des syndicats s'est fait enregistré à Varsovie sous le nom de «Syndicat professionnel indépendant et autogéré Solidarnose».
A l'issue de la réunion, Walesa devait déclarer : «Ils (les autorités) commencent à nous les arracher (les accords), petit petit, parce que nous ne sommes pas assez fermes. Il va falloir réfléchir à ce qu'on peut faire, y compris la grève. Concrètement, fermement, finie la rigolade, on essaye de nous attirer sur une voie de garage. »
Mais, si la première réunion avait permis, dans l'affrontement des deux perspectives, l'apprentissage de la démocratie ouvrière, celle du lundi 22, qui adoptait les statuts, était son contraire. Walesa présidait, s'arrangeant couper court aux discussions, soumettant au vote les points discutés d'autant plus vite qu'ils soulevaient des débats. Lors du vote final, à main levée, quelques délégués se sont abstenus et le représentant de la Silésie critiqua ouvertement la façon de faire du président. Les « manœuvres de démobilisation » des syndicats officiels que celui-ci avait invoquées dans sa réponse pour justifier sa hâte n'ont certes pas convaincu grand monde. D'autant plus que, dans son intervention rendu hommage au vice-Premier miGdansk : «Il faut aider des gens comme lui. Il n'y en a pas beaucoup au sommet de l'appareil. Tous ne sont pas mauvais et certains méritent
Pourtant, après les accusations de sabotage de l'accord, dont Walesa fait le porte-parole après la réunion du 17 septembre, c'est Jagielski qui a répondu au nom de l'appareil. S'il a expliqué que la route du «renouveau (était) parsemée d'écueils », il s'en est surtout pris aux «revendications irréalistes» des grévistes et à la «baisse du rendement et de la discipline». Un discours très classique dans la bouche d'un bureaucrate apeuré.
DES MANOEUVRES
BUREAUCRATIQUES L'apparition d'illusions dans la tie d'appliquer loyalement cords, dont Walesa s'est fait le porte-parole, est d'autant plus grave que, si les autorités ont changé de tactique, elles n'ont pas abandonné l'espoir de détruire à terme le nouveau syndicalisme. Ainsi, si le 20 septembre Politika n'avait publié qu'une toute petite note consacrée aux syndicats indépendants, noyée dans une page d'informations brèves, le 27 ce journal a consacré sa «une» et deux pages intérieures à la question. En apparence, c'est un changement dans le bon sens. Mais l'article consacré au MKZ (Comité syndical inter-entreprises de Gdansk) insiste surtout sur les difficultés du mouvement, commentant longuement l'affichette trouvée du local syndical : «Nous nous excusons auprès de tous ceux qui sont mal informés et déçus ! Les syndicats d'ici sont dans la phase la plus difficile d'organisation. Donnez-nous un peu de temps pour organiser
Merci. » Et au journaliste d'insister sur les faiblesses. Des débats qui ont traversé la réunion de Gdansk, pas un mot.
Un autre article, qui se présente comme une information pour tous ceux qui ne s'y retrouvent plus entre syndicats indépendants, syndicats autonomes et CRZZ, s'il explique que la centrale officielle n'existe plus, se garde bien de répondre clairement aux questions que tout le monde se pose : comment vont être gérés les œuvres sociales jusque là entre les mains des syndicats «anciens» ? Ou plutôt, après avoir admis commence à être connu, c'est-à-dire que les fonds sociaux de l'entreprise (le salaire social) dont les syndicats officiels ont accaparés la gestion, appartient à tous les travailleurs, même que la caisse de prêts et d'entraide, il affirme péremptoirement: «Les fonds syndicaux proviennent des cotisations des syndiqués. C'est là-dedans qu'on puise pour payer les congés maladie, les allocations pour les naissances, les décès, etc. Il va de soi que ce fonds ne concerne que les membres du syndicat. En quittant le syndicat, on perd le droit d'en user - on acquiert de nouveau ces droits en se syndicant dans une autre organisation qui, avec le temps, pourra se constituer un fonds semblable.» Cet exposé sec et détaillé sert de juspour refuser tout partage. syndicats ont été désertés par la majorité de leurs membres. toute logique, Politika divise les travailleurs en deux catégories : ceux qui sont prêts à tenter l'aventure et les autres dont la sagesse sera récompensée: ils pourront puiser dans l tonds accumule par des prélévement. sur tous les salaires depuis des années.
Les travailleurs ne l'entendent pas ainsi, mais, sauf en Silésie où les grévistes ont des syndicats officiels au niveau local et où le syndicat indépendant a pu entrer en possession de l'argent ouvrier et à Gdansk où un accord a été conclu pour une gestion commune de ce fonds, les autorités refusent tout
partage.; même si le syndicat officiel (souvent devenu «autonome») ne regroupe que 10 ou 20% des membres qu'il avait auparavant.
UNE GREVE NATIONALE
D'AVERTISSEMENT Ne pouvant que constater ces manœuvres, le syndicat indépendant Solidarnose a appelé à une heure d'arrêt de travail le vendredi 3 octobre dans l'ensemble du pays. Dans un communiqué daté du 30 septembre, Solidarnose dénonce les «tracasseries» qui constituent une violation de l'accord du 31 août. En particulier, exige que les autorités cessent les négociations avec les syndicats «anciens» et que les augmentations salariales versées le soient sous forme d'augmentations égales pour tous et non en pourcentage. «Nous connaissons les difficultés actuelles, poursuit le communiqué, mais, si le gouvernement ne peut satisfaire les augmentations prévues, qu'il s'engage sur un calendrier précis de négociations qui devraient se terminer avant le 20 octobre. L'accord de Gdansk doit entrer en vigueur eu plus tard le ler octobre. » Pour cela le syndicat exige, comme preuve de bonne volonté, que le gouvernement demande à toutes les autorités locales « d'aider les syndicats Solidarnose à s'organiser».
A ces justes demandes, la bureaucratie a répondu par la calomnie : Kazimerz Bareikowski, vice-président et négociateur des accords de Szczecin, s'est adressé à tous les Polonais à la télévision le 30 septembre. «Nous changeons maintenant le vieil ordre des choses et façonnons de nouveaux mécanismes », a-t-il nom du bon sens, nous ne pouvons et nous ne devons pas abuser de la grève ni la considérer comme un moyen de pressions permanent, (nous !). appelant les ouvriers à la grève et en donnant cette information aux centres de propagande étrangers (...), le syndicat viole les accords. Peut-être s'emploie-t-il à maintenir la tension sociale et à nous pousser vers un chaos dangeureux pour le pays et le peuple, pour sa paix intérieure et pour sa sécurité. » Mettant les points sur les «i», le quotidien du POUP, Trybuna Ludu, a accusé pour sa part l'opposition d'œuvrer au détriment
«intérêts nationaux», « raison d'Etat» et d'être «anti-socialiste ». Trois noms Jacek Kuron, porte-parole du Comité d'autodéfense sociale KOR, Andrezej Czuma, dirigeant du Mouvement de défense des droits de l'Homme et du citoyen, ROBCIO, et Leszek Moczulski, chef de file de la Confédération de la Pologne indépendante, KPN (nationaliste). Trybuna Ludu mêle habilement dans son commentaire
bureaucratie, les dirigeants de Soli- ment ne satisfaisait pas leurs revendides citations tronquées de ces trois organisations très différentes.
encore l'opposition, la TV a diffusé la profession de
«syndicat nouveau» de l'aciérie Lénine de Nowa Huta qui prend clairement ses distances avec l'opposition.
Répondant aux attaques de la darnose ont pour leur part expliqué : «Il est certain maintenant que là où nous n'arriverons pas à contrôler la situation, les grèves commenceront des vendredi matin», alors que Solidarnose appelait uniquement à une grève de 12 à 13 heures. Il se pourrait également que ce mouvement se poursuive après vendredi, certains secteurs, comme le bâtiment, ayant déjà annoncé qu'ils auraient recours à une grève générale si le gouverne-
cations, notamment celle de 800 zlotys d'augmentation pour tous.
Une épreuve de force s'engagera donc en Pologne le vendredi 3 octobre. Le syndicat indépendant espère obtenir, sinon le droit à avoir sa propre presse, du moins un accès aux médias nationaux qui corresponde à son influence réelle dans le pays. Quant à la bureaucratie, elle tentera de mettre en échec cette grève «qui n'a pas de raison d'être ».
Un plénum du Comité central est annoncé pour le 4 octobre. Il pourrait sanctionner la réémergence de la fraction chauvine du général Moczar (artisan de la campagne antisémite de 1967-1969) au sein de la direction du parti. Les «partisans» de Moczar sont réapparus à la faveur de la campagne démagogique menée contre la corruption. Ils pourraient bénéficier du soutien d'une fraction de l'armée perméable aux thèmes nationalistes et à la démagogie égalitaire.
Enfin, le Département d'Etat américain a de nouveau annoncé des concentrations de troupes soviétiques à la frontière polonaise le 2 octobre. Comme précédemment, cette information n'a pas été officiellement démentie par le Kremlin. Le 2 octobre 1980.